lundi 18 octobre 2010

Quand on a tout perdu...


C’est un beau portrait de jeune homme du 17ème siècle, que l’on peut voir au Musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, et qui est l’oeuvre d’un peintre hollandais peu connu, Michael Sweerts.

L’expression de son visage est très belle et subtile, mélancolique, à la fois fatiguée et soulagée. On ignore ce que le peintre a voulu exprimer dans cette oeuvre. On suppose aujourd’hui qu’il s’agit peut-être d’un autoportrait. Mais alors, pourquoi les accessoires autour de lui sont-ils non pas ceux d’un peintre mais ceux d’un banquier ou d’un agent de change : bourse, pièces, livres de comptes, encrier et plumes ?

En réalité, le premier titre du tableau était : «En faillite», ce qui permet de mieux comprendre - en tout cas de mieux imaginer - le pourquoi de ce visage (à la fois triste et souriant) et de cette position (à la fois épuisée et apaisée). L’homme est peut-être effondré par sa faillite mais soulagé d’en avoir fini avec ses soucis d’homme d’argent. Je me souviens à ce propos d’avoir lu il y a quelques temps une interview de l’escroc Carl Madoff, qui provoqua une catastrophe bancaire mondiale, et qui racontait avoir été «soulagé» par son arrestation (mais sans doute moins par sa condamnation à 150 ans de prison...).

Le peu que l’on sait de la vie de Sweerts est qu’il était psychologiquement fragile, et qu’il termina sa vie en Inde, comme jésuite. Sans doute que sa fragilité fut à la source de sa subtilité en tant que peintre...

Illustration : le portrait de L'Ermitage.

18 commentaires:

  1. Bjr,
    pour moi ce sont surtout les relations sociales qui connaissent des faillites. Il arrive un moment où les contacts se délitent, jamais dans la colère, mais petit à petit. C'est comme un engrenage général. Au début, j'ai peur, je m'accroche puis à un moment, je laisse tomber. Je sais que je dois partir. Je peux recommencer à zéro.
    Je suis la fois souriante car tout est à refaire mais aussi triste car dans mon esprit toute relation est vouée à mourir.

    Bien à vous,
    B.A.

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  2. B.A
    A mon avis si les contacts "se delitent...petit à petit", c'est qu'il n'y a pas eu d'échanges verbaux, de commnunications pour comprendre, pour éclairer, pour savoir. S'il y a échange, la relation peut repartir mais différemment ou s'arrêter mais au moins on saura à priori pourquoi.
    J'en parle car je le vis avec une amie avec qui je m'éloigne sans explication et effectivement il y a un cote "je m'accroche puis je laisse tomber"; en meme temps je sais pourquoi je m'éloigne mais ca ne me satisfait pas vraiment du fait qu'il n'y ait pas de discussion. Et la semaine derniere nous sommes allees au cine et elle en a profite pour emettre le souhait que l'on parle de nous deux quand ca sera possible. J'apprehendre mais j'en suis ravie: pour que ce soit plus clair, plutot que rester dans le flou.
    Pour moi les relations ne sont pas uniquement vouées à mourir mais à être vécu différemment selon l'évolution de chacun et c'est enrichissant. Et si jamais ces relations meurent, elles restent un souvenir et elles devaient exister à un moment donné.
    ValerieB

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  3. Quand on anticipe une catastrophe, on est soulagé quand celle-ci se produit. C'est l'anticipation de la réalité qui fait peur, pas la réalité elle-même, celle-ci on la prend à bras-le-corps et on fait avec, bien obligé.
    Je note la juxtaposition "psychologiquement fragile" et "il termina comme Jésuite". Faut-il y voir une explication, une relation cause-conséquence? La vie monacale est-elle un remède à la fragilité de l'âme? une façon de se protéger des agressions du monde extérieur en vivant reclus (comme la prison de Madoff).

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  4. Un jour, j'ai vu un film japonais où un jeune avait tout perdu dans sa vie et se retrouvait dans un monastère; à vrai dire je ne me souviens plus de l'histoire. MAIS la seule chose que j'ai retenu, c'est qu'il était assis sur une marche à côté d'un ami et lui avait dit:
    "CA FAIT DU BIEN DE RECOMMENCER A ZERO", cette phrase m'a marquee, peut-etre parce qu'elle me parlait, peut-etre parce qu'il l'avait tres bien exprimée. Mais il semblait soulagé, comme si maintenant tout était possible.
    ValerieB

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  5. Très intéressée par les 2 1ers commentaires.
    Je ressens des choses très similaires avec ce que j'ai vécu de liens amicaux. J'ai aussi essayé de discuter de ce que nous ressentions avec celle que je considérais comme ma "meilleure" amie (20 ans d'amitié forte), échanges de lettres aussi, pour adoucir la confrontation ? Cela peut être très douloureux de constater cet effritement, surtout quand soi-même, on ne va pas très bien...
    Baptistine

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  6. Merci Assila :
    je viens de "tilter" sur le "psychologiquement fragile" et le fait que ces derniers-temps, je ressentais le besoin de passer quelques jours dans un monastère. Je me disais que ça me ferait du bien de me recentrer un peu sur moi-même.
    Je viens de comprendre qu'en fait, je voulais me protéger des agressions extérieures, peut-être donc pour moi une fuite (une de plus !). Aujourd'hui je me sens mieux et n'envisage plus cet "exil". Je me sens peut-être un peu plus capable d'affronter les choses.
    Merci pour cette révélation.

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  7. Les policiers, enquêteurs et inc connaissent bien ce phénomène . Les coupables se sentent soulagés après leur aveu , s'ils ne sont pas trop psychopathes ....D'ailleurs , dans les séries policières ce fait est bien exploité .
    GD

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  8. Bonjour,

    Tout d'abord, ce personnage peut etre le peintre lui meme qui aurait eu des problemes d'argent, rappelez vous ce que vous disez votre patiente: son petit ami peintre ne parlait que d'argent et le banquier de peinture...
    Par ailleurs, il me semble qu'une personne honnete ne peut pas etre soulage face a l'adversite, c'est a dire que Madoff etait un escroc, il a du beaucoup ruser/mentir pour ne pas se faire prendre, une fois qu'il s'est fait prendre plus besoin de ruser, quel soulagement! Mais une personne honnete qui ferait faillite, ou qui perdrait ses amis, quel soulagement? je pense qu'on est soulage uniquement si on est coupable ou qu'on se send coupable.

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  9. Dans 'Sagesse d'un pauvre', Eloi Leclerc prête à François (qui deviendra Saint) la phrase : on peut tout perdre sauf la confiance !
    Quelle belle phrase !


    On peut noter moins d'engouement pour le billet de ce jour que pour la confiscation ;-))
    Dy

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  10. Pourquoi un escroc se sentirait-il soulagé de se faire prendre ? ... Pourquoi un tueur se sentirait-il soulagé de se faire prendre ? ...
    ça ne tiend pas la route comme discours . Je ne vois pas pourquoi quelqu'un qui choisit délibéremment de transgresser la loi devrait "naturellement" se sentir coupable . IL se sentira probablement trés déçu de son échec , mais coupable ? pourquoi ? ... La culpabilité c'est quelque chose qui s'apprend . Se sentir coupable c'est le résultat d'un dressage social . On peut se sentir coupable d'avoir aidé son prochain si on est dressé à faire le mal . Par exemple Brice Hortefeu a réussi à culpabiliser des citoyens qui venaient en aide aux sans-papiers . C'est facile a réaliser par la menace , les pressions morales et physiques . Les intégristes religieux dressent les amoureux à se sentir coupables . ILs ont même dressé les femmes à se sentir coupables d'être femmes . Ce n'est qu'une quéstion de dressage . Une personne qui choisit délibérement de transgresser la loi sait cela et n'a donc aucune raison de se sentir coupable .

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  11. Merci pour la découverte de ce peintre .
    Je trouve ce tableau superbe . Le commentaire de Christophe est riche et complet et j'ai l'impression qu'il ouvre sur de multiples pistes :la complexité des états d'âme mélés et contradictoires , l'argent et le bonheur-malheur, l'hypersensibilité qui distingue les artistes mais qui contraint à rechercher l'isolement ...;

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  12. Si j'avais su écrire, j'aurais écrit le même commentaire qu'odile !

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  13. Triste d'avoir tout perdu, mais un petit sourire parce que la faillite fait remonter à zéro (pas tomber).

    Un peu d'accord avec Zoé, sur la culpabilisation. Quand on est à zéro, c'est comme une maladie honteuse, on se fait stigmatiser par l'ignorance qui sévit encore. Et même si on se sent honnête et qu'on ne culpabilise pas soi-même on se fait tellement parler comme à un moins que rien par les "braves gens" et les "intégristes matérialistes", on en arrive à se poser des questions.

    Oui ... Carl ou Bernard ?

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  14. A Valérie B et Baptistine:
    en effet, pour certaines relations, il y a un délitement progressif que l'on ne sait freiner. Peut-être le poids de l'habitude ("oh ça va passer") ou l'impression d'être figée dans un comportement, un mode e fonctionnement. Mais pour d'autres, c'est comme si tout à coup on avait fait le tour.
    Peut-être que je ne me suis pas trouvée moi-même ? d'où mes faillites. Ce qui revient au thème de notre hôte, décidément toujours inspiré.

    Bien à vous,
    B.A.

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  15. Quand on a tout perdu, peut-être qu'on se rend compte qu'on attachait trop d'importance à ce qu'on avait... Et finalement, il reste quand même la vie et ce n'est pas rien!
    C'est un peu comme un réveil!

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  16. Et puis il y a "tout" perdre et "tout" perdre. Tout dépend de ce qui comptait pour nous.

    Ce matin, j'en ai entendu une bonne :

    "Nos vrais ennemis ne nous abandonnent jamais".

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  17. Moi en 5 seconde j ai tout perdu; ma femme mes enfants mon boulot et tout le reste et je peux vous dire que repartir a zero c est pas la liberté.

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