lundi 18 mars 2019

Les anges, derrière ton épaule



C’est dans le dernier livre de Christian Bobin, La Nuit du cœur, une merveille comme d’habitude. Dès le chapitre 3, ceci : « J’écoute le bruit que fait l’araignée d’eau courant sur l’étang. Je frissonne au passage d’un ange pressé de rentrer chez lui. » Christian voit des anges partout ; c’est une des sources de sa grâce.

Il y a des gens comme ça, qui croient aux anges. Longtemps, j’ai eu du mal avec ce truc, vraiment. Peut-être était-ce dû à une patiente, croisée lorsque j’étais jeune interne. Elle se promenait dans les couloirs de l’hôpital en écartant de ses mains des mouches qui volaient tout autour d’elle. Mais il n’y avait pas de mouches. Et quand je lui demandai pourquoi ces gestes de la main, elle m’expliqua, l’air préoccupé : « ce sont les anges, qui volent trop près de moi ; ne les voyez- vous pas ? » Non, je ne les voyais pas ; et je ne les vois toujours pas aujourd’hui.

Mais beaucoup de mes proches les voient, ou les sentent. C’est mon cousin François, qui nous raconte qu’il a perçu leur présence, au soir d’une journée d’été où l’amitié a soufflé sur notre groupe, et réconforté un de ses frères, déprimé. C’est mon épouse, après la lecture d’un petit livre offert par une amie, qui se met, dès le lendemain, à voir la main des anges derrière toutes les joies de la journée. 

À leur contact, je me mets parfois à croire, moi aussi, aux anges, à chercher leurs traces dans nos vies. Cela m’aide à mieux voir tous ces copeaux de bonheurs minuscules qui nous tombent du ciel, chaque jour. Ils sont vraiment là, eux ; ils ne sont pas une illusion. Croire aux anges me fait du bien. Un bien fou. 

Je pense souvent à la phrase de Claude Nougaro, dans sa chanson Plume d’Ange : « La foi est plus belle que Dieu. » Même si Dieu n’existe pas, la foi est belle et réconfortante. Même si  les anges n’existent pas, songer à leur présence à nos côtés nous soutient, nous ouvre les yeux sur ce que nous oublions : la chance d’être là, vivants.

Croire aux anges nous rend humbles : tout ne dépend pas de nous, de nos efforts, de nos qualités ; pour que la vie soit belle et bonne, il y a aussi des choses et des chances qui doivent nous tomber du ciel.

Croire aux anges, c’est penser qu’une présence aimante veille sur nous. Parfois imprévisible dans ses actions, dans ses absences, dans ses violences aussi, que nous ne comprenons pas, ou seulement des années plus tard.

Pas besoin d’y croire à 100%. On peut juste se contenter d’une demi-croyance. On en a beaucoup, de ces demi-croyances, de ces confiances dont nous ne sommes pas sûrs qu’elles soient fondées ni garanties, mais dont nous percevons obscurément que nous ne pourrions vivre sans elles. 

Maintenant, arrêtez-vous de lire. Arrêtez-vous de tout. Respirez. Écoutez. Ressentez. Je suis sûr qu’il y en a un, là, penché sur votre épaule, juste à cet instant… 


Illustration : l'ange de la cathédrale de Reims.

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en décembre 2018.

mercredi 13 mars 2019

La fin du monde ?


À un moment de ma vie, j’ai essayé d’être moderne : de me servir par exemple de l’agenda électronique de mon smartphone ! Bon, depuis j’ai renoncé… Mais à l’époque, mes filles profitaient de mes efforts avec cet engin pour me faire des blagues.

Un jour par exemple, j’étais en train de parcourir mon agenda pour voir un peu ce qui m'attendait quand je tombe sur une date bizarre : un truc planifié pour 2068 ! Wow... Qu’est-ce que c’est que ça ? J’aurai alors plus de 100 ans ! Une erreur, sans doute. J’ouvre la page et je lis : « 1er décembre 2068, 18 heures : fin du monde ». C’est bon, j’ai compris, c’est encore un coup de mes filles : à l’époque, elles me chipaient régulièrement mon téléphone pour y glisser de faux messages, de faux rendez-vous, ou des photos de grimaces loufoques. Mais comme aucune n’a jamais avoué être l’auteure de cette prophétie, je vous transmets tout de même l’info : la fin du monde, d’après le fantôme dans mon téléphone, c’est peut-être pour 2068 ! 

Sans rigoler, moi, la fin du monde, ça me touche. Je fais partie de la génération des baby-boomers qui a grandi avec la menace de guerre atomique et les affolements survivalistes des grands anxieux qui se faisaient construire des abris enterrés au fond de leur jardin, avec réserves d’eau, boîtes de conserve, médicaments et tout le tremblement…

Alors aujourd’hui, le discours des collapsologues me touche, forcément. Mais il a, à mes yeux, quelque chose de plus sympathique que ce que j’ai connu dans mon enfance. Ce discours n’émane pas de prophètes de malheur, mais de chercheurs et penseurs bien informés. Il ne nous pousse pas à la paranoïa ou à l’égoïsme mais à la lucidité et à la solidarité. Il nous dit, ce discours : « oui, le pire va sans doute arriver ; oui, notre monde va sans doute s’effondrer ; mais on pourra s’en tirer si on se serre les coudes ». 

Se serrer les coudes, mais aussi accepter de voyager léger et de vivre de peu, comme on le chantait déjà en 1991

Oui, si notre monde s’effondre, nous aurons besoin de vivre avec moins, de faire le deuil de toutes nos dépendances énergétiques et matérialistes. Mais surtout, nous devrons comprendre qu’il sera alors inutile de vouloir survivre égoïstement, de seulement chercher un abri pour y vivre comme avant.

Quand tout menace de s’effondrer, on se met à mieux écouter les prophètes, mais aussi les poètes. Et voilà ce que nous dit l’un d’entre eux, Christian Bobin : « Fou celui qui se croit à l’abri. Je ne cherche pas un abri. Ce ne serait qu’un endroit pour y mourir sans bruit. Je cherche ce qui arrive quand on n’est plus protégé et qu’on n’a plus peur de rien. »

Ouh la, ça va nous faire bizarre de renoncer à toutes nos protections et toutes nos peurs. Mais ça va peut-être aussi nous faire du bien…

Et en attendant, on fait quoi ? 

Eh bien, on fait de notre mieux : on agit individuellement (moins de voiture, moins d’avion, moins de viande, moins de plastique, moins de vêtements), on agit collectivement (en rejoignant des associations et en militant), on agit électoralement (en votant pour des politiques qui agissent vraiment pour l’environnement). C’est vrai, on ne sait pas si tout ça suffira ; mais au moins on n’aura pas de regrets !

Et vous, vous le voyez comment le monde de demain ? 


Illustration : la fin du monde, vue par les dieux depuis le mont Olympe. 

PS : ce texte reprend ma chronique du 5 février 2019, dans l'émission d'Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.


vendredi 8 mars 2019

Suivre la mode, c’est ringard !


Il y a longtemps, 15 ou 20 ans, je participais à un congrès de psychiatrie aux USA, dans une grande ville comme Chicago ou Atlanta. Il y avait beaucoup de soleil, et je cherchais un couvre-chef pour me balader, quand je passe devant une vitrine où trônait la casquette rouge de mes rêves. Je rentre pour l’essayer : parfait, il y avait ma taille. Mais elle était tailladée à certains endroits, un peu déchirée à d’autres. Je vérifie la pile : toutes abîmées !

Je demande au jeune vendeur ce qui se passe, et il m’explique en riant que c’est la mode cette année, les vêtements déchirés. Mince alors ! Je connaissais les jeans délavés, mais pas les fringues déchiquetées. L’année suivante, ce truc absurde arrivait chez nous, pantalons tailladés et tout ça… C’est dingue, ces histoires de mode ! 

D’abord, c’est absurde : des bureaux de tendance et de style, commandités par les firmes,  décident tous les ans que l’année prochaine ce n’est plus l’orange qui sera à la mode, mais le violet, et que les vêtements ne se porteront plus amples mais près du corps. Donc, sous la pression insidieuse de ce qu’il convient de porter pour avoir sa place en société, on se débarrasse de son ancienne garde-robe pour suivre bêtement ces diktats et passer à la caisse. 

Ensuite, ça pollue sévèrement la planète : fabriquer un simple T-shirt en coton consomme énormément d’eau. Si on le garde 10 ans, pourquoi pas ; mais si on en change tous les ans, c’est criminel. 

Enfin, ça pollue nos esprits : ça nous rend moutonniers, inquiets quant à notre apparence, tendant à juger les autres sur leur look, etc. L’importance prise par l’apparence physique (corps et fringues) notamment auprès des jeunes et sur les réseaux sociaux, la part qu’elle tend à occuper dans l’équilibre global de l’estime de soi, tout cela est disproportionné et dangereux pour notre équilibre intérieur.

C’est pour ça que ça me réjouit à chaque fois de voir Pierre Rabhi en conférence ou dans les médias, avec sandales, chemise à carreaux et pantalon paysan, pas intimidé par la mode : réconfortant ! Il fait partie de celles et ceux qui résistent tranquillement. Mais quand on ne vit pas dans une communauté ou un groupe ayant adopté ces valeurs, ce n’est pas si facile. 

Alors, on fait quoi ? On résiste comment ? 

Pour la plupart d’entre nous, on peut choisir de n’acheter que ce qu’on appelle des « basiques », solides, écoresponsables, et les garder le plus longtemps possible. On peut les choisir discrets, n’attirant pas l’attention sur nous, ni parce qu’on est à la mode ni parce qu’on est ringard ; le vêtement retrouve alors une fonction plus sobre, il se fait oublier, ce n’est pas lui qui importe mais l’humain qui est à l’intérieur ! 

Vouloir être élégant, plutôt qu’à la mode, me semble un compromis respectable avec nos apparences. Pour les accros à la mode, mais dotés d’une conscience écologique, de nombreux mouvements se dessinent (voir quelques sites ci-dessous) qui encouragent à plus de responsabilité humaine (halte aux vêtements fabriqués dans de sales conditions) et écologique (on recycle).

Il est normal que nos façons de nous vêtir puissent évoluer. Mais il est anormal que les codes changent tous les ans ou presque : ce n’est alors plus une question de plaisir (découvrir des nouvelles couleurs ou formes) ni de fonctionnalité (aller vers un progrès en terme de confort) mais seulement de bénéfices des multinationales de la mode, tout aussi cupides, égoïstes et irresponsables que celles de l’agro-alimentaire, de la banque, etc. 

Comme l’écrivait GB Shaw : « Les modes ne sont après tout que des épidémies provoquées. » Alors, on se soigne et on résiste ?

Sites pour une mode responsable 

Illustration : La mode pour hommes en Allemage de l'Est, en 1975.

PS : cet article a été initialement publié dans Kaizen en novembre 2018.

PPS : quant à la casquette rouge, j'ai fini par l'acheter (il m'en fallait bien une) et elle est toujours en ma possession. Très solide, finalement, malgré les mauvais traitements pré-subis !


mardi 26 février 2019

Orange et roux : vive la diversité !


Bon honnêtement, et sans vouloir vexer personne, je m’en fiche un peu de la couleur orange et des gens roux. Et aussi des blonds, des bruns, des auburn, des dames âgées aux cheveux violets... Un humain, c’est un humain, quelle que soit la couleur de ses poils de tête…

Ça me rappelle une histoire arrivée récemment à une de nos amies. Sa fille aînée lui parlait depuis des mois de son nouveau petit copain. Et un jour elle propose de lui présenter. Notre amie, trop contente, organise un petit thé à la maison. Le copain arrive, il est charmant et tout se passe très bien. Mais quand il repart, notre amie dit à sa fille : « il est super ton copain, mais tu ne m’avais pas dit qu’il était noir ! » Et sa fille, très étonnée, de lui répondre : « ben non, pourquoi ? » C’était un détail que la maman avait remarqué, mais que sa fille avait oublié. Très bon signe pour l’évolution de nos sociétés : ça bouge, ça bouge, et dans le bon sens.

Attention, tout n’est pas parfait, loin de là, et l’actualité récente nous montre que les « ismes » de tout poil (racisme, sexisme, antisémitisme et autres fléaux idiots) ne sont pas encore en voie d’extinction. Il faut du temps pour les extirper de nos cerveaux ; même lorsque nous sommes de bonne volonté, comme notre amie avec le copain de sa fille. Les personnes rousses, par exemple, ont longtemps mal vues, et parfois même considérées comme maléfiques

 Plus grand monde ne croit à ces sornettes, heureusement. C’est bien, la capillo-diversité, c’est bien que toutes les chevelures ne soient pas semblables. Même chose pour la dermato-diversité : c’est bien qu’il existe des peaux de toutes les couleurs.

Dans la nature, la biodiversité est toujours une chance et une richesse. Toujours ! Plus il y a de variétés de plantes, d’insectes, d’animaux de tous genres et de toutes apparences, plus le monde va bien. Et notre moral aussi : des recherches scientifiques montrent qu’évoluer dans un environnement marqué par la diversité, même si nous ne nous en rendons pas compte consciemment, fait du bien à notre esprit.

Mais il y a une autre diversité qui me tient à cœur : la psychodiversité. Le fait que nous n’ayons pas toutes et tous le même caractère, les mêmes idées, les mêmes préférences, etc.

Ça nous agace parfois, que les gens ne pensent pas comme nous, ne partagent pas nos convictions, ne se comportent pas comme il le faudrait, à nos yeux. Qu’ils n’aient pas les mêmes idées que nous, qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs que nous !

Pourtant c’est une bonne chose ! Si nous avions tous le même avis, quel ennui ! Et quel danger aussi ! C’est d’ailleurs un des nombreux problèmes des réseaux sociaux : nous prenons peu à peu l’habitude de ne fréquenter par écran interposé que des gens pensant comme nous. Et on devient du coup de plus en plus raide et intolérant envers le reste du monde…

Non, vraiment, c’est une chance, la psychodiversité. Et même les casse-pieds ! Tout le monde est utile à une société humaine. Pensez au casting des marins de Christophe Colomb quand il part à l’aventure sur l’Atlantique, sans savoir ce qu’il y a de l’autre côté. Il avait besoin à son bord d’un bon pourcentage de psychopathes fonceurs et bagarreurs pour entraîner tout le monde, mais aussi de quelques anxieux pour vérifier qu’on embarquait assez de vivres et d’eau, de quelques histrioniques pour faire le spectacle sur le pont pendant la traversée, de quelques obsessionnels pour vérifier chaque jour les fuites d’eau dans la cale… Bref s’il n’avait pas eu à son bord un ramassis de casse-pieds, il n’aurait jamais atteint son but.

D’ailleurs, le meilleur endroit où chercher la sagesse est là où nous nous attendons le moins à la trouver : dans l’esprit de nos détracteurs et contradicteurs. Logique : nous connaissons déjà très bien nos propres idées et celles des gens qui pensent comme nous, alors pour progresser il faut faire l’effort de connaître celles de nos adversaires. Ce qui ne nous oblige pas pour autant à penser comme eux.

Moralité : même si ça nous demande des efforts parfois, vive la psychodiversité, vive la biodiversité ! Et pour revenir à notre sujet, vivent les personnes rousses et la couleur orange !

Et vous, sûrement que vous adorez la couleur orange et les personnes rousses, mais faire l’effort d’écouter et d’aimer les casse-pieds, vous y arrivez ? 

Illustration : une belle exposition sur la rousseur, aux Musée Henner à Paris, de février à mai 2019. 

PS : ce texte reprend ma chronique du 19 février 2019, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.






vendredi 22 février 2019

Vieillir ou mourir ?



Sincèrement et en ce qui me concerne, je préfèrerais plutôt ne pas vieillir…

Mais, comme tous les humains, je n’ai pas le choix. Alors je me console. D’abord en me disant que finalement, vieillir reste encore le meilleur moyen qu’on ait trouvé à ce jour pour ne pas mourir. Ensuite, en lisant les études scientifiques sur le vieillissement.

Elles sont encourageantes, ces études ! Elles nous montrent qu’on n’est bien sûr pas obligé d’être heureux de vieillir, mais qu’il est possible, et même fréquent, de vieillir heureux. Ainsi, il semble que les aptitudes les plus grandes au bonheur se situent pour la plupart des occidentaux dans la fourchette 50 – 70 ans, voire au-delà. Au fond, c’est à la soixantaine - on est tout de même dans la vieillesse - que la plupart des gens se sentent les plus heureux.

Comment expliquer cela ? D’abord parce que nos sociétés nous permettent de mieux vieillir : par rapport à nos ancêtres, à 60 ans, nous sommes en bien meilleure santé, nous savons que nous toucherons une retraite nous permettant de ne pas dépendre de nos enfants, la société ne nous oblige pas à nous vêtir de noir et à vivre au ralenti. Notre regard sur le vieillissement a favorablement changé.

De fait, les personnes qui ont une vision positive du vieillissement (car il permet, en général, d’avoir plus de temps pour soi et ses proches, plus de recul sur la vie, plus d’expérience…) eh bien ces personnes vieillissent mieux. 

Mais tout de même, revenons à cette histoire de pic de bonheur vers 60-70 ans : bizarre, tout de même, alors que notre corps flanche, que certains de nos proches et de nos contemporains commencent à mourir, bizarre que notre cerveau soit heureux, malgré tout ! 

Pas si bizarre en fait : justement, c’est bien parce que la fin approche, parce qu’on sait qu’il nous en reste moins devant que derrière, que pour beaucoup d’entre nous, le calcul est vite fait : le bonheur c’est maintenant ! Avant, on avait le temps de se dire : «  je profiterai de la vie quand… quand j’aurai remboursé le crédit de la maison, quand j’aurai fini d’éduquer les enfants, quand je serai à la retraite, quand, quand, quand, etc. » 

Mais passé cinquante ans, les « je serai heureux quand » ça ne marche plus ! On a compris que si on n’est pas heureux maintenant, on ne le sera jamais. On a compris que le bonheur c’est au présent pas au futur, pour aujourd’hui pas pour demain. On a compris qu’il vaut mieux savourer le présent, plutôt que ressasser le passé ou s’angoisser du futur.

Et comme on est plus expérimenté, plus intelligent émotionnellement, comme on sait choisir entre les bons et les mauvais combats, on sait mieux vivre, tout simplement.

Vieillir n’est pas une chance, mais vivre oui. Alors, face au déclin du corps, gardons l’esprit en joie. Car le danger est là, aussi, dans notre esprit, comme le notait Montaigne en parlant de la vieillesse : « Elle nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage… »

Et vous, prêts à vieillir ? 

Illustration : L'art de vieillir joyeux, saisi sur le vif par l'ami Matthieu

PS : ce texte reprend ma chronique du 18 décembre 2018, dans l'émission d'Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.


vendredi 15 février 2019

Petit avec de grandes oreilles



Trop grand, trop petit, trop ceci, trop cela… ; mais aussi le nez, les oreilles, les seins, les muscles, la peau, les cheveux, les poils, les dents… ; sans oublier l’intelligence, la culture, l’humour, la beauté, la popularité… Les raisons de complexer ne manquent pas !

Un complexe, c’est la focalisation de notre esprit sur un défaut ; que ce défaut soit réel ou supposé, ça n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est que cette focalisation est suivie d’une amplification de ses conséquences : on attribue au défaut la responsabilité de nombre de nos problèmes existentiels, de nos échecs, de nos difficultés. Si on ne trouve pas l’amour, si on n’a pas assez d’amis, si on végète dans son travail, c’est à cause de ce satané défaut. Être petit avec de grandes oreilles, par exemple…

Pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’on peut être heureux, même si on est petit avec de grandes oreilles. Et qu’il y a aussi de grands avec de petites oreilles qui sont capables, malgré leur chance inouïe, d’être très malheureux !

Car, le plus souvent, le problème ce n’est pas le défaut mais notre réaction au défaut : on se persuade que tout le monde le voit, le scrute et nous juge ; mal, évidemment.

Que faire ? Défocaliser : se rappeler qu’une bonne estime de soi, c’est comme une bonne alimentation, elle doit être nourrie de sources variées. Si défaut il y a, il ne doit pas nous faire oublier toutes nos autres qualités, sur lesquelles nous devons ouvrir les yeux. Défocaliser, c’est aussi observer les autres personnes : sont-elles toutes parfaites, douées, brillantes et belles ? N’ont-elles aucun défaut, vraiment ? Bien sûr que non ! Et pourtant, elles vivent !

Défocaliser donc, de désenfermer de soi-même. Et puis, agir comme si le défaut n’existait pas. Et observer le résultat.

C’est comme ça que marche la chirurgie esthétique, lorsqu’elle marche : quand on en vient à se faire opérer d’un défaut physique, et qu’on se sent mieux après, c’est parce qu’on cesse du coup d’être obsédé et focalisé, et que dans les échanges sociaux, on n’est plus tourné vers soi et ses défauts mais vers les autres, on n’est plus dans l’observation mais dans l’interaction.

Mais on peut aussi faire l’économie de la chirurgie en suivant une thérapie comportementale, qui nous apprendra, au travers d’exercices concrets, à agir malgré le défaut, malgré le sentiment de gêne, malgré l’impression de honte. Et à observer que notre défaut 1) la plupart des gens ne le remarquent pas, 2) la plupart de ceux qui le remarquent s’en fichent et ne nous jugent pas inférieurs pour autant.

Donc : défocaliser, socialiser, en parler à ses proches (qui vous parleront aussi de leurs complexes et de leur manière de les tenir à distance) et surtout, surtout, ne pas fréquenter les réseaux sociaux ! Parce que ce sont des usines à complexes : tout le monde passe son temps à y balancer des images parfaites des moments où on a bonne mine, dans de beaux endroits, entouré par plein de gens qui nous aiment. Et comme le complexe se nourrit de la comparaison avec autrui, de l’interrogation « je suis mieux ou moins bien ? », vous imaginez la catastrophe. Ce n’est pas sur les réseaux sociaux, nids à mensonges, qu’il faut aller chercher la vérité vraie de notre popularité…

« Moins je pense à moi et mieux ça va » me disait un jour une de mes patientes. Il est là le secret : ne plus se soucier de l’effet que l’on fait. Et s’occuper de vivre, tout simplement.

Et au fait, et vous, encore quelques petits complexes, ou vous leur avez définitivement tordu le cou ?

Illustration : On arrête d'urgence de complexer ! Parce que la vie est compliquée, inutile d'en rajouter ; et aussi parce qu'elle est belle, mieux vaut en profiter.(photo prise dans une salle des machines au Pic du Midi)

PS : ce texte reprend ma chronique du 9 octobre 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.


vendredi 8 février 2019

Cher Journal


Une devinette : je ne coûte quasiment rien, je suis très écologique, accessible à tout le monde, les études scientifiques montrent que je fais un bien fou à l’âme et au corps, et pourtant et pourtant : de moins en moins d’humains s’intéressent à moi, et encore moins me fréquentent. Qui suis-je ? 

Le journal intime ! 

Oui, je sais, le journal intime c’est ringard, c’est daté, c’est fleur bleue, c’est plein de clichés, à l’opposé de la modernité des écrans imbéciles, bleutés et branchés. Je m’en fiche !

Tenir un journal, c’est peut-être une activité vieillotte et à contre-courant ; mais après tout, marcher ou jardiner aussi, c’est vieillot et à contre-courant. Or, nous avons aujourd’hui quelques bonnes raisons de nous méfier de tout ce qui est moderne et dans le courant, qui souvent n’est là que pour manipuler nos cerveaux et nos cartes bleues, pas pour nous aider à réfléchir et devenir de meilleurs humains.

Le journal intime, si ! Il nous aide à comprendre ce que nous vivons, à prendre du recul, à accueillir nos émotions, à clarifier nos passions. En ce sens, il est supérieur à la seule réflexion, la simple introspection, comme l’écritMontaigne dans ses Essais : « Ceux qui s’analysent en pensée seulement, et oralement, une heure en passant, ne s’examinent pas aussi essentiellement et ne se pénètrent pas comme celui qui a fait de cela son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à tenir un registre permanent, avec toute sa foi, toute sa force… » 

Et il n’y a pas que Montaigne : la plupart des grands auteurs ont tenu un journal, qui est souvent, à mon avis de psy, la partie la plus passionnante de leur œuvre, en tout cas la plus touchante, la plus proche de cette fragilité qui nous concerne tous, nous les humains… 

Bien sûr, lorsqu’il s’agit d’écrivains, le journal a une valeur littéraire unique, mais il est aussi l’occasion de découvrir leur humanité, et de réfléchir sur la nôtre. Dans un journal, nous ne prenons pas la pose, nous ne mentons pas, comme l’écrit Rousseau, en incipit de ses célèbres Confessions : « Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été… » 

Et c’est à ces conditions que l’écriture de soi, l’écriture intime, peut avoir un impact considérable sur nous. Sur l’intelligence de soi, l’intelligence émotionnelle, mais aussi - désolé de redescendre sur terre - sur notre santé. 

Voilà longtemps qu’à la suite d’un chercheur précurseur, James Pennebaker, on a montré qu’écrire sincèrement et précisément ses expériences existentielles, notamment douloureuses, nous faisait un bien fou, améliorait notre équilibre émotionnel, et de ce fait, notre santé physique. 

Il y a des règles simples pour cela : d’abord, ne pas chercher à construire d’emblée un récit cohérent, mais coucher sur le papier ses ressentis émotionnels, le désordre des pensées, des émotions, des événements, des ruminations… Sans souci de clarté ou de beauté du style. 

Ensuite, ne pas chercher à résoudre, à trouver des explications ou des solutions, des certitudes, mais en rester aux faits, aux ressentis, aux doutes, aux craintes, aux hypothèses, aux espérances. Ne pas avoir peur d’écrire au fil de l’eau, se souvenir de ce conseil de Gide, dans son Journaljustement : « J’attends trop souvent que la phrase ait achevé de se former en moi pour l’écrire. » N’attendez pas que tout soit clair, écrivez, vous verrez ensuite. 

Enfin, se montrer aussi régulier que possible : dans les études de Pennebaker, la consigne était d’écrire chaque jour pendant au moins 15 jours, et à chaque fois 15 minutes, sans s’arrêter pour se relire.

Et puis, très important aussi : ne faites pas comme le champion du monde toutes catégories, le suisse Henri-Frédéric Amiel, qui rédigea au XIXème siècle un journal intime de plus de 17.000 pages ! Parfois passionnant, parfois barbant, comme tous les journaux. Mais toujours émouvant. Pourtant sur la fin, Amiel était perplexe, notant ainsi : « J’ai observé ma vie, au lieu de la vivre… » 

L’observation et l’écriture de soi comme un détour régulier, pas comme un séjour permanent. Écrire, certes, mais ne pas oublier de vivre !

Et au fait, et vous, vous avez déjà essayé de tenir un journal ? 

Illustration : le journal intime pour aller au-delà (et en-dessous) des apparences. illustration de Muzo.

PS : ce texte reprend ma chronique du 16 octobre 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.

lundi 28 janvier 2019

Pied aux fesses


C’est un dimanche après-midi de printemps, ou de début d’été, par grand soleil, sur un lieu de promenade fréquenté. Je ne sais pas pourquoi je suis là, je trouve qu’il y a trop de monde et trop de bruits dans ce genre d’endroit, à ce genre de moment. Mais puisque j’y  suis, je regarde mes frères et sœurs humains, qui déambulent, discutent et interagissent.

Je suis en train de rattraper un grand groupe, qui marche presque au même rythme que moi. Je ralentis pour observer et comprendre. Il y a une douzaine de personnes, des parents et des enfants, sans doute deux familles en vacances ensemble. Tout le monde est habillé en style prolétaire, sans les codes bon chic bon genre, ni vestimentaires ni comportementaux.

Un homme d’environ 40 ans, donne régulièrement des coups de pied aux fesses d’une adolescente. Il s’agit sans doute d’un père, et d’une de ses filles. Rien de dramatique : malgré les coups de pieds, elle rigole, lui tourne autour, revient ; il lui botte à nouveau les fesses. Tout le monde s’en amuse, l’ambiance est bon enfant.

Je me sens mal à l’aise. Ce qui se passe n’est pas méchant en apparence, ce n’est pas un conflit, c’est plutôt comme un jeu. Pourtant, j’ai le sentiment d’assister à quelque chose d’humiliant pour la fillette, même si personne ne semble en prendre conscience.

Quel message est en train de se graver dans son esprit ? Que ce n’est pas grave de se faire botter les fesses, de se faire frapper, du moment qu’on rigole ensemble ? Est-ce si anodin ? Je me demande si ce genre de séquence (il doit y en avoir d’autres, à d’autres moments, sur d’autres registres) ne risque pas de la conduire à développer une tolérance anormale aux humiliations, aux petites violences. Et à les accepter lorsqu’elles viendront d’autres personnes que son père : de ses petits copains, de son futur conjoint, de son futur patron.

J’ai envie de leur dire d’arrêter. Mais ils rient à un nouveau coup de pied aux fesses, et elle rit aussi. « Fous-leur la paix, ce sont leurs codes, ils vont te regarder comme un casse-pied, un intello pisse-vinaigre et donneur de leçons. » Voilà ce que je me dis, sans doute par lâcheté, ou par paresse. Mais du coup, je ne veux plus regarder, j’ai l’impression que continuer d’observer, ce serait cautionner. J’accélère, pour les dépasser et m’éloigner. 

Pas fier de moi, avec l’impression de ne pas avoir fait ce que j’aurais du faire. Avec une culpabilité que je ne repousse pas ; je la laisse au contraire me faire un peu de mal. En espérant que sa cicatrice me poussera à intervenir la prochaine fois que je serai témoin d’un truc comme ça : un truc pas révoltant ni scandaleux ; mais source de malaise. 

Parce que, maintenant que je suis loin, j’en suis sûr, il y a forcément une blessure et des larmes, tout au fond du cœur de la fillette…

Illustration : des enfants sur un banc, par Gérard Castello-Lopes.

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en octobre 2018.

lundi 14 janvier 2019

Ambition = pollution ?



Il y a comme ça des personnes qui nous apparaissent sympathiques, au premier abord, et d’autres qui font se lever en nous un peu d’antipathie. Tout ça n’est pas gravé dans le marbre, et peut changer par la suite ; c’est même bien, de changer d’avis par rapport à une antipathie initiale ; mais l’antipathie intuitive, ça existe. Et c’est un peu pareil pour les mots.

C’est très subjectif, bien sûr. Dans mon cas, par exemple, il y a des mots qui me ravissent, comme fraternité, bienveillance, partage…, et d’autres qui me hérissent, comme performance, challenge, croissance... Et ambition. À mes yeux, ce sont des mots pollués, trop souvent prononcés dans des contextes de compétition, par des personnes prêtes à marcher sur la tête des autres. Des mots qui traînent derrière eux des zones d’ombre. C’est plus fort que moi, mais dès que mes oreilles entendent le mot « ambition », mon cerveau y accroche d’autres mots, comme arrivisme, cynisme, égoïsme… ou obsession, agression, aliénation… 

C’est sans doute injuste, et je sais bien qu’il s’agit de jugements de valeur, sur un concept au départ neutre. L’ambition se définit simplement comme le désir puissant de réussir. Mais l’ambition n’est pas une rêverie, elle est une mise en énergie et en action de ce désir. L’ambition, c’est comme rouler trop vite en voiture, c’est comme appuyer trop fort sur l’accélérateur du désir de réussite : on augmente les risques de dérapages et d’accidents, au lieu de regarder un peu le paysage et de savourer la vie, tranquille

Montesquieu écrivait dans ses Cahiers : « Un homme n’est pas malheureux parce qu’il a de l’ambition, mais parce qu’il en est dévoré. » Et comme eux, nous avons tous observé des humains dévorés par leur propre ambition, et semant de ce fait désordres, souffrances et conflits tout autour d’eux.

C’est dommage, car il est normal d’avoir des projets, et de souhaiter les voir aboutir. Mais il y a sans doute des conditions pour éviter que l’ambition ne conduise à l’aliénation et à l’agression. La première de ces conditions, c’est ne pas sacrifier sa vie à son ambition, et de préserver de nombreux moments paisibles et sans enjeu, des moments où il n’y a aucun objectif à atteindre et rien à réussir. La seconde condition, c’est de choisir un objet d’ambition qui ne soit pas empoisonné dès le départ : ainsi les ambitions de réussite, de richesse ou de notoriété sont déjà suspectes et toxiques en elles-mêmes, pas besoin de vous faire un dessin.

Finalement, la première ambition que nous devrions avoir, c’est de nous défaire de ces ambitions-là ! Pour nous tourner vers des ambitions plus intimes de progrès personnels : exceller dans son métier, ses loisirs ou son humanité.

Et revenir finalement, à la formule du philosophe Spinoza, qui représente selon moi la plus belle ambition pour une vie humaine : « Bien faire et se tenir en joie ». Rien de mieux à mes yeux.

Et vous, quelles sont les ambitions qui habitent votre vie ? Ou qui la dévorent ?


Illustration : Napoléon sur son trône, par Ingres

PS : ce texte reprend ma chronique du 8 janvier 2019, dans l'émission d'Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. Également disponible en vidéo.



vendredi 11 janvier 2019

Mood swing



Un matin où je n’ai pas le moral. Tristounet. J’ai des raisons, bien sûr, des soucis réels. Mais qu’est-ce ça va changer de me traîner toute la journée avec ce cafard ? 

Je pressens qu’il va s’installer durablement si je ne fais rien. Mon cerveau est très bon pour ça, la rumination, le ressassement de pensées tristes ; si je lui lâche la bride, il va y aller à fond, surtout qu’en ce moment, il a du carburant : de vrais soucis, pas une humeur triste tombée du ciel alors que tout va bien. Mais une fois que ça aura démarré, je connais le truc, à la fois en tant qu’humain et en tant que thérapeute : ça va durer.

Alors je décide de me rebiffer ! Oui, j’ai des soucis. Non, je ne veux pas les remâcher toute la journée. Je vais au moins essayer : lorsque nos inquiétudes ou nos déprimes ne sont pas trop intenses, on peut éviter de s’y laisser glisser, par de petits efforts à notre portée…

Programme simple : d’abord sourire, doucement, en me disant qu’à côté des soucis, il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura plein de belles petites choses dans ma vie. 

Me bouger, par exemple : je me lève, je mets un disque de jazz plein d’énergie joyeuse, je chantonne à voix haute, j’esquisse un ou deux pas de danse, et je range un peu mon bureau. Je décide qu’aujourd’hui, je grimperai tous les escaliers en sautillant et non en me traînant. Puis je me dis que je ferai bien de sortir prendre l’air, en savourant le fait d’être en vie, même avec mes problèmes. C’est mieux que d’être mort et de ne plus jamais avoir de soucis, non ?

Eh bien ça marche ! Ce matin-là, en tout cas, ça marche. Oh, attention ! Ces petits efforts ne me mettent pas dans une joie profonde, ne m’aspirent pas vers une félicité éthérée. Mais ça va mieux, je sens que ça va un peu mieux.

J’en profite pour m’offrir un quart d’heure de méditation en pleine conscience. Ne rien faire, ressentir, observer ce qui est là, sans attentes. Dans la plainte et le cafard, il y a des attentes : « si seulement je pouvais ne pas avoir ces problèmes », ou « si seulement je pouvais avoir des solutions ». Puis aussitôt après, on désintègre la possibilité des solutions : « mais non, il n’y a pas de solutions, il n’y en aura jamais ! ».

Là, je vois passer ces pensées, et je les laisse filer, et s’épuiser, faute de carburant. Leur carburant, c’est ma participation. Je décide de leur permettre d’être là, mais de ne plus participer, ni pour les soutenir (« oui, c’est affreux ce qui m’arrive ») ni pour les contester (« il faut absolument que je m’en sorte »). Qu’elles continuent leur cirque sans moi ! Pour le moment, je fais un truc vital, plus important : je sens la vie en moi et le monde autour de moi.

Et pour l’instant, ça suffit à mon bonheur. Un petit bonheur limité, cabossé, un peu inquiet. Mais infiniment plus agréable à éprouver que le cafard épais du début de journée…

Illustration : "Une baleine qui rit." Petit cadavre exquis réalisé avec une de mes filles, il y a longtemps, lors d'un voyage en auto ennuyant, sur la route des vacances. Le retrouver perdu dans mes papiers m'a rendu heureux.

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en avril 2018.