vendredi 19 octobre 2018

Volant et danger



Autrefois, la bagnole, c’était classe : la voiture était associée à la modernité, à la liberté, au bonheur. Quand on était au lycée, il nous tardait de pouvoir passer le permis de conduire, c’était une sorte de rite de passage vers l’âge adulte. Et lorsque nous étions étudiants, celles et ceux qui avaient en plus une voiture, c’était vraiment le top !

Entassés dans nos vieilles 2 chevaux, les décapotables du pauvre, nous partions en vacances ou en week-end, pied au plancher. Et ceux dont les parents avaient les moyens pouvaient même se payer des décapotables qui fonçaient à plus de 100 km/h, la vitesse mythique des années 60, des années yéyé ! Allez, roulez jeunesse…

Bon, en même temps, sacré carnage sur les routes… La liste des victimes célèbres de l’époque est longue : James Dean, Albert Camus, Grace Kelly, etc. Plus tous les anonymes évidemment…

Les choses ont changé : les jeunes générations sont moins pressées que nous de passer leur permis de conduire. Parmi mes trois filles, toutes les trois majeures aujourd’hui, aucune n’a le permis de conduire ; et apparemment, elles s’en fichent.

Pire, la voiture est devenue un objet de méfiance ! Symbole de la société de consommation, source de pollution. Et aussi objet transformateur de notre psychisme, à l’orgine de comportements conflictuels, agressifs, ou même délinquants.

Pour les personnalités narcissiques, par exemple, la voiture est un outil aggravant. Imaginez-vous dans la tête de Trump au volant : « moi j’ai le droit de rouler plus vite que les autres, parce que je suis meilleur conducteur, que j’ai une meilleure voiture, et que mon temps est précieux ; tous ces blaireaux de piétons, de cyclistes et les autres automobilistes n’ont qu’à faire attention à moi, et me laisser passer, je suis pressé… »

Mais en fait, la voiture n’est pas coupable en tant que telle : ça rend service, une bagnole ! Le souci, c’est qu’elle peut être un incroyable amplificateur de la bêtise humaine. Tout comme de nombreux objets technologiques…

Prenez le téléphone portable : invention fantastique, mais qui permet aux malpolis de pourrir tout le voyage en train de leurs voisins, en racontant à voix haute et convaincue tous les détails de leur quotidien. Ou bien les systèmes d’amplification du son : très agréables pour écouter ses musiques préférées partout, mais arme absolue pour déranger un maximum de monde en un minimum de temps ; les sound-system à fond sur la plage ou sur les pelouses de pique-nique le dimanche, c’est tout de même quelque chose ! Autrefois, on chantait ou on jouait d’un instrument : au bout d’un moment, on fatiguait et on se taisait, les voisins pouvaient alors dormir ou s’écouter parler. Aujourd’hui, la hifi permet de faire du tapage en tout temps et en tour lieu, sans aucun effort ni aucun talent.

Vous voyez, il n’y a pas que la voiture, qui amplifie la sottise humaine.

Et puis, la voiture est devenue ringarde, car elle avait encore un défaut, devenu de nos jours un péché : elle véhiculait un maximum de clichés sexistes. Vous vous souvenez peut-être de toutes ces blagues sur les femmes et la conduite ? Et de ce vieux diction : « Femme au volant, mort au tournant » ? Eh bien, pour conclure, je vous en proposerai un autre aujourd’hui : « Homme au volant, con au tournant… » 

Et au fait, vous, qui me lisez, vous vous transformez psychologiquement en prenant le volant ?

Illustration : Bonne soeur au volant, Dieu au tournant ?

PS : ce texte reprend ma chronique du 8 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 

mercredi 10 octobre 2018

Desperate househusband



Ça se passe dans le train, un de mes endroits préférés pour observer tranquillement une partie de l’humanité. Assis non loin de moi, un monsieur drôlement habillé, qui ressemble à une caricature de grand-père partant en vacances : short, chemise à carreaux, gilet de baroudeur sans manches mais avec plein de poches, chaussettes et Méphisto, casquette NYC sur la tête. Prêt pour l’aventure !

Il regarde un film sur sa tablette, mais il a un peu de mal avec le son dans ses oreillettes. De temps en temps, il traficote son appareil et envoie la bande sonore à fond dans tout le wagon. Ses voisins lui tapent gentiment sur l’épaule pour le prévenir, alors il remet le silencieux. Ça recommence deux ou trois fois avant qu’il ne comprenne bien le mode d’emploi.

La scène me fait sourire, et du coup, je me tortille un peu pour voir ce qu’il regarde. Et pour être bien sûr, je me lève pour aller aux toilettes, puis pour me dégourdir les jambes, puis pour aller au bar prendre un café, etc. Plusieurs fois, parce que je suis étonné par ce que je vois, et je veux vérifier sur une durée suffisante !

Car le monsieur regarde un film, ou une série, où il n’y a que des jolies jeunes femmes blondes, apparemment américaines, en train de faire des trucs sympas : déjeuner ensemble, sortir ensemble, faire du sport ensemble, aller en discothèque ensemble. De temps en temps de beaux jeunes gens les rejoignent, et il se passe plus ou moins des choses entre eux, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est la vie de ces jeunes femmes blondes. Je suis nul en films et séries de ce genre, je n’en ai jamais vu, mais ça doit être quelque chose comme Desperate Housewives, dont j’ai entendu parler, ou d’un de leurs équivalents un peu plus actuels.

C’est un petit spectacle savoureux, comme je les aime : ce monsieur âgé, habillé en baroudeur de jardin public, et en train de se délecter d’une série qui me semble aux antipodes de ce que doit être son quotidien. Qui me semble… parce qu’on ne sait jamais, avec les humains ! Après tout, peut-être vit-il entouré de jeunes femmes blondes. Je savoure cet instant : j’aime quand la vie est imprévisible, quand les sondages sont déjoués, quand mes semblables ont des goûts inattendus.

Et peut-être qu’au même moment, dans ce même compartiment, une jeune étudiante en psychologie est en train d’observer ce grand type chauve et barbu qui n’arrête pas de se lever pour marcher dans le couloir, en reluquant avec insistance l’écran d’un autre monsieur, encore plus âgé, mais nettement moins remuant ? 

Et peut-être se dit-elle, elle aussi, que les humains sont étonnants, et que la vie est décidément intéressante et amusante, pour peu qu’on détourne le regard des écrans asservissants…

Illustration : Les Desperate Housewives (Les Beautés Désespérées, comme disent les québécois ; elles n'ont pas l'air trop désespérées sur la photo...).

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en août 2018.



jeudi 4 octobre 2018

Je marche seul


Vous connaissez le proverbe (africain, je crois) : "Tout seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin".

Eh bien je me suis demandé si c’était vrai pour le bonheur ? Peut-on être heureux même si on vit seul, même si on est célibataire, dans une société où pour les adultes, la norme affichée, c'est le couple.

Ce qu’il y a de bien avec le célibat, c’est que les clichés ne manquent pas, tout le monde a son avis sur le sujet. Mais globalement, le jugement social sur les célibataires est souvent critique. Et influence beaucoup les ressentis intérieurs de ces mêmes célibataires.

Par exemple lorsqu’ils sortent seuls : aller seul au cinéma, à une exposition, ou pire encore au restaurant, c’est souvent pour eux un moment délicat. Les humains sortant seuls se demandent alors ce que les autres, en couple ou en groupe, pensent d’eux.

C’est le côté sombre du célibat : les personnes seules dans les lieux publics craignent d’avoir un air suspect, inquiétant, attristant. Comme dans le Dictionnaire du Diable, de l’écrivain américain Ambrose Bierce, qui donnait cette définition : « Seul : en mauvais compagnie » ! Toujours le très vieux cliché sur le célibat, entre stérilité et frivolité, dissimulant ou favorisant quelque vice caché…

Mais la solitude a aussi un côté héroïque, avec d’autres clichés, plus favorables : on a choisi de rester seul parce qu’on chérit sa liberté, qu’on veut vivre sans concessions, sans pantouflage. Parce qu’on préfère marcher seul plutôt que se traîner en couple…

Dans notre regard à nous, les médecins, qui ne jugeons pas, vivre seul, c’est simplement un facteur de risque en matière de santé. Comme la sédentarité, le surpoids, la malbouffe ou la cigarette. Et pas seulement à cause de la souffrance et de la honte parfois associées aux solitudes subies et aux pressions sociales sur le célibat.

Il y a également le fait qu’un conjoint, ça nous surveille, ça nous secoue, ça nous remonte les bretelles quand on fait n’importe quoi avec notre vie et notre santé.

Et puis, un conjoint, ça nous socialise, aussi, à deux, on a souvent deux fois plus d’amis, d’occasions de sorties (c’est d’ailleurs ce qui est douloureux dans les divorces et les séparations, on y perd plein de choses dont une partie de notre réseau social).

Mais, pas d’inquiétude tout de même pour les célibataires ! Parce que c’est le lien social en général, et pas seulement le lien conjugal, qui est très bénéfique pour le bien-être et la santé. Toutes les études montrent que les amis, c’est merveilleux aussi !

Par exemple, quand on nous demande d’évaluer la hauteur d’une montagne, nous la supposons moins haute si nous faisons l’expérience avec un ami proche qui se tient en vrai à côté de nous, même s’il ne nous dit rien. Sa simple présence physique nous donne le sentiment que nous pourrons escalader plus facilement la montagne !

Le célibat, ce n’est pas forcément la solitude. Solitude et bonheur c’est compliqué ; mais célibat et bonheur, ça peut fonctionner ! À  condition d’avoir plein d’amis. Et de les voir pour de vrai, pas seulement sur les réseaux sociaux. Et de faire de vraies choses avec eux, des sorties, des randonnées, des vacances, des voyages… Amis virtuels, solitude réelle. Amis réels, solitude plus belle…

Et au fait, vous, ça vous met mal à l’aise, par exemple, d’aller au restaurant tout seul ?

Illustration : un type qui marche seul dans la neige, par Matthieu Ricard...

PS : ce texte reprend ma chronique du 29 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 





lundi 24 septembre 2018

Compassion dans le wagon


Ça se passe dans le TGV, un jour gris de décembre, où tout est noyé dans le brouillard. Paysages incertains, magnifiques et mélancoliques. Nous sommes presque arrivés ; déjà, les plus pressés des voyageurs commencent à ranger leurs affaires, certains se lèvent pour être les premiers à descendre. 

Mais le train ralentit fortement et s’immobilise. Le contrôleur fait une annonce nous demandant de ne pas chercher à descendre. L’ambiance change, le bourdonnement des moteurs et de la vitesse laisse place à un silence inhabituel dans les wagons.

Au bout de quelques minutes, la voix du contrôleur, à nouveau : « Mesdames et messieurs, notre train est arrêté en pleine voie, en raison d’un accident de personne. Nous devons patienter. Je vous tiendrai au courant régulièrement. Merci de votre attention. Et de votre compassion. »

« Merci de votre compassion » ! C’est la première fois que j’entends ça ! C’est magnifique. Avant que nous ne commencions à nous agacer à cause du retard prévisible, il nous rappelle qu’il  y a plus grave qu’être en retard : perdre la vie. Il nous rappelle qu’un être humain a tant souffert qu’il en est arrivé au désespoir, et que ce désespoir l’a poussé à vouloir se suicider en se jetant sous un TGV. À cet instant, il est mort. Et nous, encore vivants. C’est sûr qu’il aurait pu aller se suicider ailleurs, pour ne déranger personne… 

Mais le contrôleur a eu l’intelligence et l’humanité de nous parler de compassion, pour éviter à nos esprits de partir dans ce genre de pensées. Il nous a aidés à ne pas juger, à ne pas réagir à partir de nos petites urgences et de nos petits égos, mais à réfléchir à la portée de ce qui se passait : un humain a tellement souffert qu’il s’est donné la mort.

Tout le monde s’est rassis dans le wagon. Il y a eu un peu de silence au début, juste après l’annonce, puis chacun a repris ses activités ou ses conversations. Tout est redevenu normal chez les vivants.

Je regarde à nouveau le brouillard par la fenêtre. Je pense à la chanson de Jacques Brel, Le Plat pays : « Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu, Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité, Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu, Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner… » 

Puis je me demande combien de temps nous allons attendre, car moi aussi, je vais être en retard, on m’attend pour une conférence. J’ai honte d’avoir ces pensés dans la tête. Mais notre cerveau fonctionne comme ça, il nous sert tout sur un plateau : d’un côté, la tristesse et la compassion ; de l’autre, la conscience que, comme nous sommes en vie, nous devons continuer d’agir et d’anticiper.

Je respire, et j’espère de tout cœur qu’il y a un Paradis des malheureux, là-haut, pour accueillir la personne inconnue de nous tous qui s’est donné la mort.

Illustration : Dans le métro de New York (Devin Yalkin).

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en février 2018.

vendredi 14 septembre 2018

Non, tu ne vas pas mourir !


Ça se passe lors d’une réunion sur les soins palliatifs, où on m’a invité à parler de méditation. La rencontre est passionnante. Parmi les autres intervenants, un prêtre nous raconte une histoire qui me bouleverse.

Il rend visite dans le service à une dame en fin de vie ; elle souffre d’un cancer généralisé, et il n’y a plus guère de doute sur ce qui va se passer. Le prêtre s’est assis près d’elle, sur son lit, et lui parle doucement. Le mari est aussi dans la chambre, un peu à l’écart, sur une chaise ; il écoute, mais ne participe pas à la conversation.

À un moment, la dame, qui a déjà eu plusieurs cancers, et qui a jusque là réussi à s’en sortir, dit au prêtre : « mon père, cette fois-ci, je crois que je vais mourir… » 

Le prêtre comprend que ce n’est plus la peine de faire semblant, de réconforter ou de parler d’autre chose. Il se penche doucement vers elle, pour la questionner : « vous voulez qu’on en parle ? »

Mais à ce moment, d’un bond, le mari se lève de sa chaise et se rapproche de son épouse pour lui dire, avec angoisse et véhémence : « mais non, tu ne vas pas mourir ! »

Du coup, tout s’arrête. Le prêtre n’ose pas poursuivre sur cette voie, apparemment insupportable au mari. Et la dame non plus ; elle se laisse rassurer, sans rien dire. Tout le monde renonce à parler vrai. On discute d’autre chose. Deux jours après, elle meurt. Sans avoir pu aller au bout de ses angoisses, sans avoir pu recevoir un véritable réconfort, au-delà des paroles lénifiantes et mensongères, dont nous avons aussi besoin dans ces moments, mais qui ne suffisent pas. Elle était prête, mais son mari ne l’était pas. Il a choisi pour elle. Mal ? Comment le savoir…

Plus loin dans la discussion, le prêtre nous raconte qu’il se sent, lui aussi, souvent démuni face à la mort : « Comme je ne suis pas médecin, je ne peux pas dire aux gens : “calmez-vous, je vais vous soulager, vous expliquer comment ça va se passer…“ Car même en tant que prêtre, je ne le sais pas moi-même ! J’ai la foi, mais Dieu ne m’a jamais contacté pour m’expliquer tout ça en direct ! Je dois me débrouiller avec mes convictions, sans certitudes…»

Je bois ses paroles, j’admire sa bonté et son humilité. Je suis épaté par tous ces bénévoles et ces soignants, qui chaque jour accompagnent leurs frères et sœurs en humanité, jusqu’à la porte de la mort, sans jamais savoir ce qu’il y a derrière, et en se disant qu’un jour ce sera leur tour.

Je sors de la réunion dans un état second, bien sûr. Il pleut, je vais me tremper sur mon scooter. Je m’en fiche complètement. Il m’a été donné, cet après-midi, de côtoyer les sommets et les abîmes, j’ai été invité à entendre ce qu’on n’entend jamais. Je suis bouleversé et comblé. Nous avons parlé de la mort toute la journée, et là, sans l’avoir cherché, j’ai le goût de la vie dans la bouche.


Illustration : "La mort ? Tout au fond à gauche. Vous n'y serez pas seul, il va y avoir du monde..." (Valley of the Gods, Utah, par Wim Wenders)

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en mai 2018.

mardi 28 août 2018

Junk-food, humains et goélands



Ça se passe sur un front de mer, en Bretagne. Comme chaque été, les goélands tournent autour des touristes pour solliciter de la nourriture, ramassent et avalent tout ce qui tombe au sol des miettes humaines, et fouillent les poubelles pour manger nos déchets alimentaires. Du coup, je me pose des tas de questions, autant sur les goélands que sur les humains.

Les goélands, d’abord : je me demande pourquoi ils s’intéressent à la junk food, laissée ou lancée par les vacanciers ? C’est tellement moins bon pour leur santé que les coquillages, les poissons ou les algues ! Mais ils sont simplement aussi tentés que les humains par la facilité ; les humains qui, au lieu de se faire une bonne soupe, ouvrent un paquet de chips toxiques, en emballage non biodégradable.

Les mammifères sont très faciles à rendre dépendants à tout ce qui est salé, sucré ou saturé par des additifs exhausteurs de goût. Des travaux bien connus ont ainsi montré que des rats de laboratoire à qui on propose, à côté de la nourriture qu’ils aiment habituellement (graines et fruits) de la nourriture dite de « cafétéria » (croissants, chips, etc.) vont très rapidement ne plus se nourrir que de cette dernière, et devenir obèses et diabétiques. Comme nous. 

Les rats, et les goélands, seraient donc aussi sots et paresseux que nous ? Disons plutôt : aussi désorientés par la facilité, aussi faciles à manipuler par l’environnement !

Ce que nous montrent ce genre de scènes (les goélands à touristes) ou d’études scientifiques (les rats de cafétéria) c’est qu’une espèce animale ne peut plus se fier à son instinct (« qu’est-ce qui est bon pour moi ? ») dans des environnements artificiels et pollués. Notre instinct ne nous parle et ne nous sauve que dans un environnement naturel. 

Mais lorsque ce n’est plus nous qui cherchons et préparons notre nourriture, lorsque nous achetons de la nourriture préparée par d’autres, lorsque ces autres ne sont pas bienveillants mais avides d’argent, et lorsque dans ce qu’ils nous vendent, ce n'est plus le cas. 

Tout est alors pensé et calculé pour nous manipuler (ajouter de manière dissimulée le plus possible de sucres, de sel, et d’exhausteurs de goût, pour que nous mangions au-delà de nos besoins), alors nous sommes en danger, alors nous allons faire n’importe quoi avec notre alimentation, parce que nous sommes devenus aveugles à ce qui est bon pour nous.

Cette facilité de notre environnement commercial à manipuler intelligemment (diaboliquement) nos instincts et nos faiblesses est évidemment inquiétante. C’est pourquoi nous avons à nous montrer très vigilants. En ce qui nous concerne, nous, les humains. Mais aussi en ce qui concerne les animaux, dont nous sommes désormais responsables, en tant qu’espèce colonisatrice de tous les espaces naturels de cette planète.

Ne remplissons plus nos assiettes de junk-food : je ne parle pas seulement de la nourriture de cafétéria et de fast-food, mais aussi la nourriture toute faite, préparée par l’industrie agro-alimentaire pour enrichir bestialement ses actionnaires ! Ne nourrissons pas non plus les animaux sauvages avec cette bouffe toxique. Ni avec aucune autre, d’ailleurs. 

Donner à manger aux goélands (ou aux écureuils, etc) c’est de l’égoïsme à l’état pur (pour faire plaisir à notre égo ou pour amuser nos enfants) et c’est une violence aussi grande que les frapper ou les agresser physiquement.

Admirons-les, écoutons-les, observons-les, mais foutons-leur la paix : ne nous mêlons pas de leur nourriture, et occupons-nous plutôt de ce qu’il y a dans nos propres assiettes !

Illustration : Ce n'est pourtant pas si compliqué de cohabiter... (Jan Brueghel de Velours et Petrus Paulus Rubens, Le Jardin d'Eden et le Péché originel, vers 1615, huile sur bois, 743 x 1114 cm, Mauritshuis, La Haye)

PS : cet article a été initialement publié dans Kaizen durant l'été 2018.






mardi 24 juillet 2018

On lâche les écrans et on relève la tête...



Il est temps de nous déconnecter (si ce n'est pas encore fait) pour savourer l'été. 

Je vous souhaite de belles vacances, de belles soirées, de belles rencontres, de belles lectures, de belles balades, etc. 

On se retrouve en septembre. 

D'ici là, n'oubliez pas de sourire aux humains, de marcher dans la nature et de regarder souvent le ciel, les nuages, la lune et les étoiles !

Illustration : coucher de soleil au Pic du Midi, en juillet 2018.

lundi 18 juin 2018

L’amour ne suffit pas pour mettre un couple en joie



Quel boulot, la vie de couple !

Au début on croit que le plus dur, c’est de trouver l’amour. Puis, on réalise que l’amour ne suffit pas, qu’il faut aussi faire des efforts ! Et que les lois du couple  ressemblent à celles de la créativité, vous savez : « le génie, c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration ». Et bien pour le couple, c’est pareil : 10% de transports (amoureux) et 90% d’efforts (laborieux). Bon, les proportions peuvent varier, mais ne comptez pas laisser tout le boulot au conjoint et à l’amour, et vous en tirer avec moins de 50% d’efforts !

Hélas, hélas, un des problèmes que nous avons toutes et tous, c’est que nous aimerions bien ne pas avoir à les conduire, ces efforts, nous aimerions bien que notre couple carbure juste à l’amour et à l‘eau fraiche. C’est vrai que la tendre propagande, belles histoires et jolies chansons, nous vendant l’évidence du grand amour est ancrée très profondément dans nos petits cerveaux…

Alors ça, le mythe du grand amour facile, on peut dire que ça aura donné du boulot aux thérapeutes de couple ! J’en ai fait autrefois des thérapies de couple : j’ai vite arrêté, car je ne connais rien de plus difficile, de plus fatigant, stressant et frustrant pour un psychothérapeute.

Par contre, ça m’a permis de comprendre tout un tas de règles passionnantes sur la vie à deux.

Par exemple, que les conflits et les désaccords ne sont pas un problème. La différence entre couples fonctionnels et couples dysfonctionnels ne se situe pas dans la présence de crises, mais dans l’art de sortir des crises. La manière dont on discute rapidement du désaccord, le souci de chercher une solution plutôt qu’un coupable, la capacité à ne plus en reparler sans arrêt ensuite pour coincer l’autre, c’est là que l’on peut voir si le couple a de l’avenir ou pas, en tant que couple heureux en tout cas. Parce qu’on peut aussi rester en couple en se faisant la guerre…

Une autre loi, c’est celle du ratio de Losada (aujourd'hui contesté), du nom du chercheur qui a mis le premier en évidence ce rapport de 3 pour 1 : l’équilibre émotionnel c’est 3 émotions positives pour 1 émotion négative (inutile de viser le 100% d’émotions positives). Et l’équilibre conjugal, c’est pareil : au moins 3 échanges agréables pour un échange conflictuel. Prendre le temps de passer des bons moments avec notre conjoint nous permettra ensuite de mieux nous embrouiller avec lui ; mieux, au sens de « plus intelligemment », bien sûr !

Je pourrais continuer longtemps, car les règles, préceptes et recommandations sur le couple sont innombrables, mais il me semble qu’il y en a une petite dernière qui vaut la peine d’être rappelée : malgré tous ces efforts nécessaires, on n’arrivera jamais à tout mettre à plat.

Il y a toujours des parts bricolées et mal fichues dans un couple, des dissensions pas réglées, des zones d’ombre pas clarifiées… C’est là que l’amour est précieux : il sert à les recouvrir, à pardonner, à accepter. Mais quand il se retire, cet amour, comme dans les divorces, les conjoints se demandent comment ils avaient bien pu faire pour supporter tous les défauts de l’autre  pendant des années ! Ça, c’est la part irremplaçable de l’amour dans le couple. Et c’est pour cela que, même s’il ne suffit pas, il faut tout de même qu’il soit là !

Et au fait, vous, vous en pensez quoi de la part d'amour nécessaire dans un couple ?

Illustration : en tout cas, faire la cuisine ensemble et se parler à table au lieu de regarder des écrans, c'est bon pour le couple...

PS : ce texte reprend ma chronique du 15 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 


lundi 4 juin 2018

Voir Papa



Je marche dans la rue, derrière deux jeunes femmes, dont une maman, qui pousse son bébé dans un landau.

Elles sont en pleine discussion, mais de temps en temps la maman s’arrête pour s’adresser au bébé, qui lui fait face. Elle lui parle gentiment, avec ces intonations que l’on a lorsqu’on s’adresse à des jeunes enfants qui ne peuvent pas nous répondre : «  Tu veux voir papa, hein ? Oh oui ! Tu veux le voir, hein, ton papa ! » Le bébé doit avoir un large sourire et les yeux pétillants, car les deux jeunes femmes le regardent en riant elles aussi, et s’exclament sur lui.

Ça m’intéresse de savoir ce qu’en pense le bébé, alors j’accélère pour les dépasser. En fait, il n’en pense probablement rien : je vois sa petite tête réjouie, il doit avoir 2 ou 3 mois, et en dehors du fait qu’il est bien éveillé et tout heureux d’entendre la voix joyeuse de sa maman, je ne crois pas qu’à cet instant il ait un avis personnel élaboré sur les éventuelles retrouvailles avec son papa.

C’est plutôt la maman qui a très envie de revoir le papa. Et apparemment, elle souhaite que son bébé en ait autant envie qu’elle ! C’est touchant et limpide. C’est dans ce genre de petits moments de rien du tout que les mamans font (ou pas) une place privilégiée aux papas, en les faisant exister dans le désir de l’enfant. Si ce travail n’est pas fait, régulièrement, joyeusement, les choses sont certainement plus délicates pour le père. Je suis en train d’assister à une vraie leçon de micro-psychologie, cette psychologie des tout petits détails, qui accumulés, finissent par compter…

Après les avoir dépassées, je ralentis un peu le pas pour continuer d’apprendre des choses passionnantes. Mais la maman parle désormais de sa reprise de travail avec la copine qui l’accompagne. Bon, je ne vais pas passer ma journée à les espionner, j’accélère ; j’allais où, déjà ?

Plus tard, en repensant à la scène, je me demande si un papa aurait eu le même genre de réflexe. Est-ce qu’un père impliqué (comme le sont de plus en plus les jeunes pères) aurait pensé à dire « tu veux voir maman, hein ? » Je n’en suis pas si sûr. D’abord parce que ça nous semble évident, à nous les papas, qu’un bébé veut revoir maman. Puis parce qu’on y pense moins, qu’on est moins attentifs ; et peut-être plus égoïstes.




Du coup, je ressens à ce moment de la gratitude pour mon épouse, dont je pense qu’elle a du échanger avec nos trois filles des tas de petites paroles semblables, qui m’ont bien facilité la tâche, et permis de prendre ma place de papa gâteau encore plus facilement. Puis de l’admiration pour toutes les mamans du monde, qui font ainsi, discrètement et intelligemment, de la place aux papas. Ce petit bout de vie de 5 minutes m’a appris, nourri et réjoui. Comme c’est intéressant d’exister !

Illustration : Un couple en vacances à la montagne (le bébé est dans la voiture, au calme).


PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en mars 2018.

vendredi 18 mai 2018

Trop de psy dans nos vies ?


Certains pensent qu’il y a trop de psychologie dans nos vies. Parfois, ce sont des psys eux-mêmes qui disent ça, les pédo-psys par exemple : ils constatent que beaucoup d’enfants qu’on leur envoie n’ont pas véritablement de problèmes psychologiques mais simplement des problèmes éducatifs : on ne leur a pas appris la frustration, on ne leur a pas dit assez non, on les a beaucoup aimés mais assez peu éduqués…

Et puis, d’autres disent que c‘est l’inverse, et qu’il n’y a pas assez de psychologie dans nos vies. Que si dans notre vie de couple, en famille, au travail, nous avions appris à mieux nous écouter, mieux nous parler, mieux nous comprendre et nous respecter, il y aurait moins de conflits et moins de souffrances.

Peut-être ne parle-t-on pas de la même chose, d’ailleurs, quand on parle du « trop de psy » : est-ce trop de recours à la psychothérapie (envoyer ses enfants ou son conjoint chez le psy dès qu’il nous dérange ou se plaint) ? Ou est-ce, plus largement, de trop avoir recours à la psychologie pour comprendre et améliorer notre vie ?

Sur ce dernier point, pas mal de gens pensent, effectivement, que bon sens et bonne humeur devraient suffire pour bien conduire une vie humaine…

C’est une façon de voir les choses qui se défend, mais ça ne marche pas pour tout le monde, et ça ne satisfait pas non plus tout le monde. D’où pour certaines personnes, l’envie d’un peu de psy, car tout ne se résout pas en trinquant et en chantant…

De toute façon, nous autres occidentaux vivons dans des sociétés de pléthores, où il y a globalement trop de tout. Regardez chez vous et autour de vous : trop de nourriture, trop de fringues, trop d’objets inutiles, trop d’informations, trop de tentations… Le « trop de psy » n’est peut-être pas le pire des « trop de » que nous ayons à affronter !

Et puis, ce sentiment de « trop de psy », c’est peut-être un bon signe, le signe que nous avons satisfait nos autres besoins fondamentaux.

Vous connaissez la fameuse pyramide de Maslow, cette loi psychologique qui explique qu’il existe une hiérarchie de nos besoins, et qu’ils ne peuvent survenir que les uns après les autres. Il y a d’abord les besoins liés à notre survie : manger, boire, dormir ; lorsqu’ils sont satisfaits, peuvent alors émerger les besoins liés à notre sécurité : pouvoir vivre en paix, dans des environnements sans danger ; puis viennent les  besoins d’appartenance, besoins d’amour, d’amitié, de solidarité…

Et c’est seulement lorsque tous ces besoins fondamentaux sont satisfaits qu’on accède à des besoins plus spécifiquement psychologiques : besoin d’estime de soi, d’autonomie, de réalisation de soi, de transcendance…

Une société où on se pose la question du « trop de psy » c’est donc une société qui, a priori, et pour la majorité de ses citoyens, a réussi à répondre à tous les besoins plus fondamentaux (nourriture, logement et citoyenneté). Plutôt réjouissant.

Mais nous sommes d’accord : ce n’est pas une raison pour envoyer tout le monde sur le divan ! Éduquons nos enfants, sans déléguer ça aux écrans ou aux psys. Écoutons nos proches et exprimons-leur nos émotions. Parlons-nous les uns les autres, entre voisins et entre inconnus. Engageons-nous, militons, votons…

Rendons à la psy ce qui relève de la psy, et à la vie ce qui relève de la vie. On y verra déjà un peu plus clair !

Et au fait, vous, est-ce que vous avez tendance à parler trop souvent de psychologie ?

Illustration : tout de même, un bon psy, ça fait du bien rien que quand on le voit nous attendre sur le pas de sa porte...

PS : ce texte reprend ma chronique du 8 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.