mercredi 18 avril 2018

Tout prendre au sérieux


L’autre jour, je donne 2 euros à un SDF assis devant la boulangerie, et il m’en remercie par un beau sourire et un retentissant « Que Dieu vous bénisse ! ». Sans bien comprendre pourquoi, j’en suis profondément touché, et troublé. Je repars avec l’air normal, mais au fond de moi je chancelle. Je suis transpercé par ses paroles. J’ai l’impression, la certitude pendant de longues minutes, qu’il m’a envoyé un éclair de lumière, qu’il m’a offert, vraiment, une protection divine, que ce n’étaient pas que des mots.

Puis je me calme, je souris de moi-même. Je me demande combien de temps la bénédiction divine va planer sur moi et me soustraire à tous les maux qui menacent une vie humaine. Je me sens à nouveau normal dans ma tête, j’ai repris la situation en main. J’ai peut-être eu tort, allez savoir ; certains jours, je me dis que nous devrions nous laisser bousculer plus souvent par les mouvements de nos âmes…

Mais tout de même, c’est drôle comment quelques instants, j’ai pris ses paroles au sérieux. En fait, j’ai toujours été comme ça. Sur toutes mes photos d’enfance, j’ai le regard inquiet et sérieux, l’œil attentif et sans malice du jeune humain qui prend tout au premier degré. Pendant des années, j’ai toujours cru ce qu’on me disait, j’ai manqué de méfiance, je me suis souvent montré naïf, et souvent fait moquer ou rouler.

Puis j’ai fini par comprendre, et par apprendre à sourire tout en me méfiant, à donner le change. Mais au fond de moi, c’est resté, je commence toujours comme ça : croire les autres, et tout prendre au sérieux. 

Sans doute que ça m’a souvent aidé dans mon métier de médecin et de thérapeute, cette confiance absolue dans ce que me disent mes patients, sans doute qu’ils le sentent et que ça leur donne aussi confiance en moi. Quelques uns m’ont baladé, mais avec tous les autres, ça s’est bien passé. 

Avec mes proches aussi, dont je ne me méfie bien sûr pas, cela marche ainsi : je ne doute jamais d’eux et de leurs paroles. Confiance absolue. Les plus farceurs et les plus taquins en profitent parfois pour me bobarder, étonnés eux-mêmes de la facilité avec laquelle j’avale tout. Je marche à toutes les blagues, et je passe à côté de tous les complots. C’est confortable et délicieux. Cela ne m’a jamais mis dans des situations désespérées : je suis un anti-paranoïaque chanceux. Et je ne me sens pas seul…

J’avais lu un jour le récit des adieux de Gustave Thibon, philosophe paysan, à Simone Weil, génie de la philosophie. C’était en 1942, pendant la guerre, il venait de lui dire, pour plaisanter : « Au revoir, en ce monde ou dans l’autre ! » Et elle de répondre, insensible et étrangère à cet humour, et devenue subitement grave : « Non, dans l’autre monde, on ne se revoit plus. »

Tout prendre au sérieux : une faiblesse et une grâce à la fois.

Illustration : Le rêve de Sainte Ursule, par Carpaccio.

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en janvier 2018.



mercredi 28 mars 2018

Le partage des tâches ménagères





Il y a très très longtemps, en l’an 1994 du siècle dernier, une grande enquête avait été conduite à propos de la vie de famille telle que représentée dans les livres pour enfants en France. Ce n’était pas brillant !

Les couvertures et les titres des albums impliquaient dans 3/4 des cas un personnage masculin contre 1/4 seulement un personnage féminin. Les hommes étaient montrés deux fois plus souvent au travail que les femmes. Les pères et les mères s’occupaient deux fois plus de leur fils que de leur fille. 

Et la situation était encore plus nette dans les histoires, prisées par les tout-petits, mettant en scène des animaux humanisés : c'est là que les clichés sexistes étaient les plus fréquents, les familles Ours ou Lapin s'avérant nettement plus traditionalistes que les familles humaines : Papa ours toujours dans son fauteuil devant la télé, et Maman ours à la vaisselle ou aux fourneaux. Comme dans la blague stupide : « Ma chérie, les tâches sont tellement bien réparties entre nous : tu détestes le foot alors c’est moi qui le regarde ; je n’aime pas la vaisselle, alors c’est toi qui la fait… » Ah, ces ours…

Mais tout de même, à l’époque, ça m’avait sacrément ouvert les yeux, cette étude. Peu après, je devenais père de trois filles, et du coup je me sentais très concerné par cette question du partage des tâches, comme dans la chanson de Trénet : Papa pique et Maman coud...

C’est beau, hein ? Papa pique et Maman coud ; et puis après avoir piqué et cousu on imagine que Papa et Maman vont ensuite aller, ensemble, faire les courses et cuisiner, dans une parfait égalité des tâches.

Mais hélas, les choses n’ont pas évolué aussi vite que je l’imaginais : 25 ans après l’étude de 1994 dont je vous parlais, une recherche récente, conduite entre 2008 et 2015, montrait que peu de choses avaient bougé, par exemple dans les livres scolaires. Quelques chiffres :
-       dans les manuels de CP, sur plus de 13.000 personnages présents dans les ouvrages  épluchés par les deux auteures du rapport, seulement 1/3 de femmes ;
-       parmi les personnages exerçant des métiers scientifiques, 96,6% d'hommes ;
-       2 fois plus de de sportifs
que de sportives, 2 fois plus de rois que de reines ;  
-       par contre, 97,7% de sorcières pour 2,3% de sorciers ;
-       la majorité des filles jouent dedans et les garçons dehors, etc.

En matière d’éducation au changement, nous avons encore des progrès à faire…

Enfin… L’autre dimanche, je réfléchissais à ça en sortant les poubelles sous la pluie, après avoir débouché un siphon, être grimpé sur le toit pour enlever les feuilles mortes des gouttières, mis à jour tout un tas de paperasse administrative, et fait le marché, puis la cuisine…

 Je n’avais pas du tout l’impression d’être Papa ours. Et je me disais : « allez, c’est peut-être bon signe, que tu aies envie de te plaindre ! Ça veut peut-être dire que le partage des tâches est en route dans ta famille… » (en vrai, j’avais aussi une autre hypothèse : « Ça veut peut-être dire aussi que tu es une bonne poire et que tu en fais trop » ; hum, j’espère que ma femme ne va pas lire ce papier…).

Et vous, vous êtes attentives ou attentifs à ces histoires de partage des tâches entre hommes et femmes ?


Illustration : Papa n'a pas le temps, de Philippe Corentin.

PS : ce texte reprend ma chronique du 2 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 







mercredi 21 mars 2018

Cris et sautillements



Au bout de la rue où nous habitons, il y a une petite école primaire. Et plusieurs fois par semaine, lorsque je travaille dans mon bureau j’entends les enfants se rendre de l’école au gymnase, ou à la chorale, en piaillant joyeusement dans la rue.

Je me lève à chaque fois pour les regarder passer, dans leur joyeux tumulte. C’est un spectacle qui me met en joie, de voir toute cette énergie spontanée et désordonnée. En les observant, je me sens vieux et jeune à la fois : jeune d’avoir été comme eux, et vieux de ne plus l’être depuis longtemps. Mais en tout cas, je me nourris de leur vitalité, leur passage me fait sourire, leur petit défilé me met en joie. C’est drôle comme les émotions sont contagieuses !

Mais quelle pêche ils ont, ces petits humains ! J’admire les maîtres et les maîtresses qui vont avoir, dans un moment, la charge de calmer la troupe et de les rendre attentifs à je ne sais quelle tâche. Quelle drôle d’invention que l’école !

Les enfants se sont éloignés, je ne les vois plus, mais j’entends encore leur clameur jubilatoire. Je me dis que l’aptitude à la joie est vraiment quelque chose d’inné chez les humains. Je repense à mes filles et à tous les enfants que j’ai connus, à leur manière inimitable, quand ils sont des tout-petits, de se déplacer en sautillant, avec une allégresse spontanée du corps, qui témoigne de leurs capacités naturelles à la joie et à la curiosité, de leur élan vers la vie.

Puis à un moment donné, on perd le truc : en vieillissant, les enfants se déplacent en marchant et ne sautillent plus. Ils ont envie de grandir et de ressembler aux adultes, un peu de leur grâce s’en va, et avec elle une part de cet oubli de soi nécessaire à la joie sans cause. Puis, à l’adolescence, c’est parfois la dégringolade du bonheur : on découvre les états d’âme sombres, la morosité, on se renfrogne aussi facilement qu’on sautillait jadis.

Il leur faudra ensuite redécouvrir tout ça : l’importance du bonheur, la nécessité d’être heureux malgré les soucis et les tracas de la vie. Il leur faudra  réapprendre tout ce qu’ils savaient déjà faire lorsqu’ils étaient petits. Réapprendre à aimer la vie comme ça, pour rien, sans raison. Je me demande si ce grand recul adolescent de la joie et de l’énergie vitale est comme un oubli nécessaire pour que tout revienne encore plus fort ensuite.

J’entends encore quelques cris dans le lointain. Je me dis qu’on apprend mieux quand on est joyeux. Mais ce qui est vrai pour les écoliers l’est aussi pour leurs maîtresses et leurs maîtres : on enseigne mieux quand on est heureux. Et vrai pour les parents : on aime mieux quand on est heureux.

C’est pour ça que je ne rigole pas avec le bonheur : ce n’est pas un luxe, ni un gadget, c’est une nécessité. Il est central et vital de nous attacher, de notre mieux, à être heureux et à rendre heureux, autour de nous, en tout temps et en tout lieu…

Et vous, vous étiez heureuses et heureux à l’école ?


Illustration : Max et les Maximonstres, de Maurice Sendak.

PS : ce texte reprend ma chronique du 9 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 



vendredi 9 mars 2018

Besoin d'un peu de solitude ?



Il y a quelques semaines, j’étais parti en Belgique pour y parler de mon dernier livre, et j’y menais la vie d’auteur en promotion.

Le matin, par exemple, je prenais mon petit déjeuner à l’hôtel et j’observais, puisque j’étais seul, les autres clients, presque tous seuls, eux aussi. La plupart étaient plongés dans leurs téléphones portables. Ce qui ajoutait encore, à mes yeux, à la tristesse du spectacle : tous ces humains esseulés, courbés sur leurs écrans, dès le petit matin… Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la solitude et à l’ennui ! Bon, ils devaient eux aussi trouver bizarre ce grand barbu sans écran, qui les observait attentivement, en mâchouillant sa salade de fruits ; mais c’est un autre problème…

La solitude subie, ce n’est pas très gai, et il est bien normal de vouloir y échapper.

Il est parfois profond, ce sentiment de solitude qui nous tombe dessus dans les moments douloureux de nos existences, les échecs, les deuils, les exils, les chagrins d’amour. Quand les amis venus nous consoler sont repartis et qu’on se retrouve toute seule ou tout seul devant son miroir en train de se brosser les dents avec l’envie de pleurer, en se demandant de quoi demain sera fait. Cette solitude là, cette « renifleuse des amours mortes », comme le chantait Barbara, celle-là n’est jamais la bienvenue…

Mais la solitude n’est pas qu’une souffrance, elle est aussi une voie d’accès à la vie intérieure, et à la connaissance de soi. Elle est une occasion, parfois un peu obligée, c’est vrai, de se rendre visite à soi-même. Certains la considèrent comme une hygiène de l’esprit, à l’image de Vauvenargues, qui écrivait : « La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire. »

La solitude comme une diète ? - nous dirions aujourd’hui « comme un jeûne ? » Oui, mais il y a une grande différence entre souffrir ne pas avoir assez à manger - c’est la famine, et décider de moins manger – c’est le jeûne. De même, la solitude subie - manquer de liens sociaux, n’a rien à voir avec la solitude choisie - s’éloigner un moment, court ou long, des gens que l’on connaît et que l’on aime, mais en sachant que notre place à leurs côtés et dans leurs cœurs n’est pas remise en question. Cette solitude là, transitoire, est féconde et presque confortable.

Et certains d’entre nous ont besoin d’en avoir une dose élevée : les introvertis. En psychologie, on définit l’introversion comme le besoin de se trouver fréquemment seul, l’intolérance à l’excès de stimulations sociales. Les introvertis ne sont pas forcément des misanthropes, mais fatiguent vite au contact des autres. Je le sais, j’en suis un ! Et du coup, on pourrait les définir comme des « solitaires sociables », aimant à la fois le contact et la solitude, mais avec le besoin de 20% de temps sociaux et 80% de temps de solitude. Là où les extravertis ont besoin de proportions inverses : 20% de temps de solitude et 80% de temps sociaux.

Et, vous, ce serait quoi votre pourcentage idéal de répartition entre temps social et temps solitaire ?


Illustration : on n'est jamais seul au fond des mers !

PS : ce texte reprend ma chronique du 13 février 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 





jeudi 1 mars 2018

Lapins malins



Longtemps, nous avons hébergé des lapins dans notre jardin. Nous leur donnions à chaque repas nos épluchures et trognons de légumes et de fruits, ils adoraient ça. Dès que nous ouvrions la porte de la cuisine donnant sur le jardin, ils accourraient pour voir ce que nous allions leur offrir. Ils avaient un goût très sûr : ils reniflaient quelques secondes, mordillaient éventuellement, puis si ça ne leur plaisait pas, rabattaient leurs oreilles en arrière et s’éloignaient d’un air déçu ; les nôtres par exemple n’aimaient pas du tout les poireaux ni les endives.

J’avais tiré à l’époque deux conclusions de ces échanges réguliers avec nos lapins.

Le première concernait les liens entre alimentation et émotion : jamais ils ne galopaient vers nous aussi vite que quand nous leur apportions à manger. C’est ce qu’on nomme la reconnaissance du ventre. Ce partage affectif autour de la nourriture existe aussi chez les humains : dans les couples et les familles, amour et bonne chère font souvent bon ménage…

Mais après les liens entre amour et nourriture, ma deuxième conclusion était que contrairement aux lapins, nous ne pouvons plus guère faire confiance à notre instinct pour savoir ce qui est bon pour nous : trop d’aliments transformés et trafiqués, dans lesquels le sel, le sucre, les exhausteurs de goût affolent nos papilles et nous font avaler trop de saletés et d’aliments mauvais pour notre santé.

Ce serait tellement bien si, comme nos lapins, en reniflant nos aliments, nos oreilles se rabattaient en arrière pour nous signaler de ne pas en manger !

Comme nous n’évoluons plus dans des environnements naturels, comme les aliments que nous rencontrons sont désormais transformés, notre instinct ne nous sert presque plus à rien. Nous devons désormais nous appuyer sur nos connaissances et nos savoirs pour décider de ne pas trop manger de ce délicieux saucisson, et de ne jamais toucher à ces biscuits à apéritifs au goût de bacon synthétique.

Nous nous efforçons de suivre les recommandations des experts scientifiques, et nous nous faisons parfois piéger par des gourous hâbleurs qui ressemblent à des experts. Ou par nous-mêmes et nos obsessions, de minceur ou de bien-être. Car aujourd’hui, manger ne sert plus seulement à nous donner énergie ou plaisir, mais aussi bonne apparence et bonne santé.

Du coup, on est parfois un peu perdus. Mais pour ma part, quand je ne sais plus que faire ni quoi avaler, je repense au style de vie de nos maîtres lapins, qui ont atteint un âge très respectable en gambadant dans le jardin et en n’avalant que des fruits et des légumes. Alors, c’est simple : végétables à volonté, et rien de mauvais ne pourra nous arriver ; du côté de l’assiette, en tout cas.

Et vous, c'est quoi votre politique de l'assiette ?

Illustration : des petits lapins de tapisserie médiévale (celle de la Dame à la licorne, au muse de Cluny, à Paris).

PS : ce texte reprend ma chronique du 23janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 



jeudi 15 février 2018

L’histoire de nos émotions



Je parlais l’autre jour avec un vieux copain de la manière dont les humains changent, ou non, avec le temps. Nous parlions, plus précisément, de l’histoire de nos émotions...

Nous avons d’abord discuté de nos proches : « Celui-ci a beaucoup progressé, il était tellement plus colérique autrefois ! » « Celle-là, pas vraiment, elle a toujours cette sorte d’angoisse de ne pas être au centre de toutes les attentions… »

Puis, nous nous sommes penchés sur nous-mêmes, en nous demandant, bien sûr, si nous aussi nous avions changé…

Évidemment, en l’absence de contradicteurs (et de contradicteuses : nos épouses n’étaient pas là) nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous, contrairement à Julio Iglesias, nous avions changé - changé en bien, évidemment - et que les choses continuaient de s’améliorer, année après année !

Et ce qui avait le plus changé en nous, c’était nos émotions : nous en sommes vite arrivés à la conclusion qu’avec le temps, nous ressentions moins d’émotions douloureuses (moins d’anxiété, de découragements, d’énervements…) et plus d’émotions agréables (curiosité, bienveillance, capacité à savourer…).

Attention ! nous n’étions pas en train de nous raconter des histoires pour nous rassurer ou nous vanter : les études de psychologie ou de neurosciences retrouvent clairement ce genre de données chez la plupart des adultes. Ainsi, avec le temps, les amygdales cérébrales, ces petites zones du cerveau qui traitent les données émotionnelles, ont tendance à beaucoup plus réagir aux situations agréables, et moins aux situations désagréables. De même, quand on avance en âge, notre attention, elle aussi, tend à rester posée moins longtemps sur ce qui ne va pas, et préfère se tourner vers ce qui va bien.

Le seul point sur lequel nous n’étions pas d’accord était l’explication de ces changements favorables. Mon copain disait que chez lui, ça s’était fait tout seul, naturellement, par l’expérience : à force de traverser des angoisses inutiles, des énervements absurdes, des désespoirs transitoires, son cerveau avait peu à peu tiré les leçons de tout ça. Un peu comme dans la formule du philosophe Cioran : « Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes ! »

De mon côté, il me semblait que mes progrès étaient dus à mes efforts - introspection, méditation, et tous les nombreux chantiers de ma vie intérieure - ; et que durant les périodes où je relâchais ces efforts, les émotions toxiques refaisaient vite surface, ou plutôt, reprenaient vite les commandes dans mon cerveau. Mais après tout, si nos efforts nous font du bien, cela n’est pas si méchant d’avoir à les maintenir…

Nous avons conclu notre discussion en nous interrogeant sur notre avenir dans le grand âge : serons-nous devenus totalement sages et apaisés ? Rendez-vous dans une ou deux décennies, si Dieu nous prête vie…

Et vous, quelles sont les émotions qui ont changé en vous ?


Illustration : amour et bienveillance, des émotions pour réchauffer nos coeurs...

PS : ce texte reprend ma chronique du 30 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter. 


vendredi 9 février 2018

Comme d’habitude



Si on y réfléchit, c’est tout de même un petit miracle que des changements existent dans nos vies !

Parce que quand on fait la liste de tous les obstacles au changement, c’est vraiment impressionnant.

Il y a d'abord notre cerveau qui cherche à tout prix à éviter les pertes plutôt qu’à obtenir des gains ; or, dans tout changement, il y a bien sûr des pertes et des gains. 

Puis, la tendance à économiser notre énergie mentale et physique, et donc à préférer rester dans nos habitudes plutôt que d’affronter le stress et les efforts du changement ; or, beaucoup de changements, même agréables comme déménager, se marier, avoir un enfant, comportent des moments stressants, voire épuisants. 

Enfin, notre préférence pour ce qui est concret, et facile à comprendre et à visualiser, plutôt que pour ce qui est abstrait et virtuel ; or, par définition, le changement c’est souvent lâcher quelque chose qui existe et que l’on connaît pour aller vers quelque chose qui n’existe pas encore et que l’on ne connaît pas… D’où le proverbe « un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et autres « il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre ». 

D’où le fait que l’humain, même s’il s’en plaint, est tout de même profondément attaché à ses petites habitudes

Ah, les habitudes ! Ces petits freins au changement, discrets, familiers et omniprésents…

Mais qu’est-ce qui fait alors, malgré toutes ces capacités à l’inertie en nous, qu’est-ce qui fait que les changements surviennent tout de même, et - fort heureusement – bien plus souvent que nous ne le voudrions ?

D’abord, parce que la vie nous bouscule, que les autres nous bousculent, et qu’on ne nous demande pas toujours notre avis. Si nous étions consultés à chaque fois, beaucoup de choses ne bougeraient pas !

Et puis, parce que nos émotions nous sauvent. Je ne parle pas des émotions négatives, de nos peurs et de nos craintes, mais de nos émotions positives : bonheur, bien-être, confiance, curiosité, enthousiasme, bienveillance, sérénité, etc. Chaque fois qu’elles nous visitent, elles nous ouvrent à la nouveauté, et le changement devient attirant et motivant. Dans toutes les espèces animales, les émotions fonctionnent ainsi : les négatives sont associées à la méfiance et au recul, à la réticence au changement ; et les positives à la confiance et à l’approche, à l’appétence pour le changement.

C’est pour cela que nous avons intérêt à changer lorsque tout va bien et que nous sommes en forme et de bonne humeur ! Si nous attendons le dernier moment, la crise et les difficultés, nous serons alors sous perfusion d’émotions négatives, et le changement sera beaucoup plus difficile et douloureux.

Et au fait, vous, quel est le changement actuellement en chantier dans votre vie ?


Illustration : en Inde, quand ils sont de sortie, les éléphants ont pour habitude de se maquiller légèrement. Bon, je rigole mais j'espère que ce n'est pas trop pénible pour eux, tous ces falbalas...

PS : ce texte reprend ma chronique du 5 décembre 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.