lundi 6 septembre 2010

Le psy qui allait mal


Il y a une dizaine d’années, ou plus peut-être, je me souviens que nous avions organisé avec quelques collègues, lors d’un grand congrès de psychiatrie, un symposium consacré aux relations entre thérapeutes et patients, auquel nous avions invité des représentants d’associations de patients à venir parler à nos côtés. Du coup, c'est logique, de nombreux patients membres de ces associations étaient présents aussi dans le public. Cela ne se faisait pas trop à l’époque, et pas mal de nos confrères étaient hostiles à l’idée de mélanger ainsi les genres. Mais nous pensions que les avantages de ce genre de rencontres étaient très supérieurs aux inconvénients.
Malheureusement, à un moment, une main se lève dans la salle et un monsieur à l’oeil légèrement fixe se dresse pour poser une interminable et incompréhensible question, sur un ton exalté. Sourires entendus ou compatissants de quelques-uns : «voilà ce qui se passe quand on invite des patients...» Je me sens un peu embarrassé, mais je me dis que bon, c’est la vie, avec ses surprises et ses imperfections.
À la fin du symposium, le monsieur vient me trouver et m’explique, toujours assez exalté, qu’il est fait médecin psychiatre. Comment dire ? J’étais ennuyé pour lui, bien sûr, mais j’étais aussi et surtout soulagé ! Que celui qui soit apparu dans le rôle social du «fou» ait été un soignant me paraissait moins ennuyeux que si ça avait été un patient.
Bien sûr, on passe d’un stéréotype (les patients des psys sont des fous) à un autre (les psys sont aussi fous que leurs patients). Mais les psys peuvent mieux se défendre que leurs patients, alors comme on dit, c’est moins pire...

Illustration : un psy légèrement perturbé à son retour d'Inde (mais il a vu et appris tant de belles choses...).

13 commentaires:

  1. Au Québec , c'est la Fête de Travail , or ....on ne travaille pas !Je suis tôt car je suis encore hier ...
    Les préjugées ... les préjugées colorent notre vie . Souvent les préjugées sont justes et tout aussi souvent elles sont fausses . La beauté du préjugée n'est pas sa valeur mais la remise en question de cette même valeur. Avoir l'air d'un psy., d'un patient ou d'un fou , qu'elle en est la difference ? La gestion de sa souffrance ou la souffrance elle-même ? Être souffrant ou avoir l'air souffrant ?
    J'arrête ici ma masturbation intellectuelle ... et que le patient qui est fou et psychiatre se lêve !

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  2. Bonjour,

    a) Euh c'est peut-être "plus" pire du point de vue des patients de ce monsieur, non ?
    b) Les préjugés ont la vie dure mais je me suis aperçue que nb de personnes autour de moi avaient consulté à un moment donné. Mon impression est qu'il y a les besoins pressentis comme "nobles" (=difficulté à faire un deuil, divorce douloureux, grossesse impossible) et les besoins perçus comme "honteux(pb de fond). On peut à la rigueur parler des uns en précisant qu'on été guéri- voire qu'on a rivé son clou au psy en trouvant tout seul la solution! Des autres, sûrement pas.

    Bonne journée,
    B.A.

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  3. Moi je trouve ça plutôt rassurant, ça ramène le soignant à son état d'humain, ça désacralise la fonction, on se rend compte que personne n'est à l'abri de bleus à l'âme, surtout pas les soignants.
    J'ai toujours pensé que passer de l'autre côté de la barrière pouvait humaniser les rapport patient/soignant ...
    Pour autant je pense que les cordonniers étant souvent les plus mal chaussés, il doit être encore plus difficile pour un psychiatre de demander de l'aide pour se soigner ...
    Bonne journée à tous.

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  4. oui, je pense aussi qu'il est utile, j'entends dans le rapport patient-soignant, de prendre conscience, si besoin, que le thérapeute n'est pas Dieu le père et qu'il est sujet comme nous tous à des états d'âme, des failles, des faiblesses etc.. Pourquoi est-ce utile? A mon avis, parce que çà rompt un peu l'isolement du patient qui souvent se croit seul au monde avec ses souffrances, avec ses pensées ce qui, dans l'absolu, est le "meilleur" chemin vers la folie. je mets des guillemets par ce que je ne considère pas la folie comme une autre façon d'être au monde mais plutôt comme une façon de ne pas être au monde, et aux autres. Maintenant comme vous le dîtes, Christophe, on n'est rarement dans un dialogue de fous entre patient et soignant.

    Certains pensent le contraire, en affirmant que plus il ya de distance, et de projection du patient vers son thérapeute , plus le processus thérapeutique est efficace.
    Je suis loin d'être expert mais j'en doute.
    Bien sûr, tout est encore question de mesure, et si un jour je consulte chez un psy qui me recoit en ne parlant que de lui pendant une heure de façon confuse et exaltée, je ne risque pas de le revoir dans son cabinet.

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  5. "Mais les psys peuvent mieux se défendre que leurs patients"

    ?????????? en êtes vous si sûr ? un de vos confrère a dit à juste titre que la pâte humaine est la même pour tout le monde ....

    et des psy qui vont mal ce n'est pas exceptionnel

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  6. Lili d'Algérie6 septembre 2010 14:24

    J'en ai vu des psys !!! Ils étaient tous malades !!! Mais pas malades comme moi de schizophrénie, non, ou bien malades de dépression,non, pas des phobiques, non ! Ils étaient malades de méchanceté !!! Alors je me pose la question : Pourquoi ont-ils choisi un métier tourné vers les autres, alors qu'ils sont comme ça, mais le psy dont parle le docteur André me fait de la peine, la fragilité, la détresse, la folie me touchent, j'espère pas seulement parce que je suis concernée, et qu'il y a quelque chose qui vibre malgré tout.
    En tout cas, Docteur André, vous êtes un psy extra , tellement humain, tellement intelligent, puissent les malades de méchanceté apprendre de vous !

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  7. Trouver des relations humaines au travail, dans la société ou plus encore chez un psy, ça relève du faisable; pas de l'utopie...
    Merci Christophe André d'oeuvrer très fortement et concrètement dans ce sens!!!

    Je m'étonne effectivement que vos confrères pensent, a priori, sans trop de recul, que leurs patients sont plus "fous" qu'eux peuvent l'être ou le devenir...

    Une fois de plus, vous avez l'art de soulever les bonnes questions!

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  8. Si je ne m'abuse, j'étais dans la salle au moment des faits Docteur. Du côté de la minorité :)
    C'était dans les année militantes; nous vivions d'espoir et d'eau fraiche. Plus que 'patients' en fait nous étions impatients de voir les choses bouger.
    Moi-même j'étais apprenti expert-comptable, et à ce titre j'aurais trés bien pu traiter la gestion comptable d'un cabinet de psys, et en parler à déjeuner avec l'intéressé, autour d'un bon ptit Médoc (le cru hein). Alors je ne comprenais pas pourquoi le scénario inverse était impensable.
    Et pourtant on ne mélangeait pas les genres avec la vieille école psy. Les cadors d'un côté, les aliénés de l'autre.
    Au Congrés, quand ma (brillante) accolyte féminime et moi-même sommes intervenus, en dernier, à la tribune, çà gloussait déjà dans les rangs : on avait déjà bien rigolé avec les schizos, à cette heure avancée de la journée, alors les assos de patients souffrant de troubles anxieux, çà sentait le bouquet final à plein nez.
    Nous on a saisi le micro en tremblant un peu, fixé 2-3 visages bienveillants préalablement repérés, et puis on a délivré méthodiquement notre message à forte teneur 'politique' : alliance thérapeutique, opportunité de voir la création d'un organisme paritaire de concertation en santé mentale, nomination de patients-experts associés aux thérapies de groupes, etc...
    Y a eu un grand froid. Certains ont quitté la salle, d'autres ont baissé la tête, embarrassés, quand quelques uns (rares) de votre fibre nous couvaient du regard. C'était fort.
    Bon, c'était juste un feu de paille, çà n'est pas allé beaucoup plus loin. Mais c'était une première, et vous en étiez l'un des initiateurs.
    En attendant c'est toujours le PMU à la française : pile vous tombez sur un psy éclairé (comme vous Doc) qui s'est émancipé, expèrimente dans sa vie ce qu'il préconise pour autrui, et qui a compris que sans investissement bienveillant il n'y a pas d'éveil thérapeutique; face vous tombez sur le psy formaté et frileux avec lequel il ne se passera jamais grand chose. Ni drame, ni supplément d'ame.

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  9. J'ai connu un psy qui était spécialiste des addictions et des conduites à risque.

    Mais il était lui-même complètement accro à son travail, 15 h par jour samedi et dimanche compris. Quand il vous invitait au resto, il buvait votre apéro, le sien et une bouteille à lui tout seul. Et il baisait sans préservatif alors qu'il faisait de la prévention contre le SIDA auprès des jeunes dans les lycées!!!

    Lorsque vous croisez un monstre pareil, c'est vous qui finissez en psychiatrie parce que lui, il ne se remettra jamais en question. Il croit en son moi grandiose, il croit que tout le monde l'aime, il croit qu'il donne de la compassion à son prochain...

    Vous vous défendez mieux, vous les psys, mais de quoi?

    Vous auriez vécu 1/4 de ce que certains de vos patients ont vécu (viols, violences physiques et psychologiques, harcèlement moral, etc.), vous seriez dèjà six feet under!!!

    Certains psy sont humains et gentils et vous semblez en faire partie docteur André, mais la plupart du temps, ils sont débordés et vous en faites partie aussi. Et ils deviennent ainsi inhumains car ils ne peuvent même plus donner de l'attention à un autre être humain qui leur en demande.

    Quand on est ni concerné, ni impliqué dans les situations des autres, elles paraissent tout à fait franchissables, on s'en défend même très bien, mais quand c'est vous qui êtes concerné ou impliqué, c'est une autre affaire!

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  10. Je rebondis sur les derniers propos: je ne suis jamais tombée sur des psy dingues ou méchants. Au contraire, ils ont en général été plus compatissants envers moi-même que je ne l'ai été et m'ont aidée à voir à travers certains jeux (manipulation etc).
    Personne ne peut vivre à notre place ce que nous éprouvons en effet mais avoir quelqu"un qui nous écoute, ne nous juge pas et a déjà rencontré des cas similaires au nôtre, c'est déjà ça.
    Enfin, je crois que le travail vient avant tout du patient, point. Quoi que fasse le médecin, 90% du boulot vient de nous et de notre investissement. On accepte qu'une douleur dorsale congénitale continue de faire un peu mal même après une opération. Alors pourquoi attendre plus d'une cure psy ?
    Bàv
    B.A.

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  11. J'avais une amie qui a rendu plus d'un psy dingue!(chologue ou chiatre)..elle en a rendu même un fou..amoureux! Et puis un jour, elle s'en est allée.
    Ce qui est intéressant c la question...elle devait bien avoir un sens avec son coté long et incompréhensible. car psy ou patient..ou ...lorsque nous émettons ce qui parait être une enigme aux yeux des autres a finallement un sens véritable aux notres. Et l'énigme devient soudain un chemin, et le chemin mène peut être au bout d'un tunnel..

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  12. Ne comptez pas sur moi pour faire le procès des psy, héros ordinaires de la souffrance ordinaire. Les tocards ne manquent pas dans tous les métiers, les gens compétents et talentueux non plus. J'ai rencontré les deux, j'ai oublié les uns et me souviens des autres.
    Je voulais simplement remercier Clipper pour son commentaire, le plus pertinent qu'il m'ait été donné de lire dans ce blog.
    Merci de revenir au coeur du débat.
    Il y a encore beaucoup de choses à faire.
    Mesdames et Messieurs les psy, continuez à travailler.

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  13. Sans contrat moral tacite entre patient et psy, et tant que les protocoles d'évaluation sonnent comme des gros mots, point de salut... Vous remettez forcément votre destin dans les mains de la providence.
    Vous imaginez arriver dans un garage et vous entendre dire : "bon ben on va regarder sous le capot, poser des pièces du moteur, et puis... euh... ben on verra bien ce que çà donne. Je vous promets rien hein en tous cas".

    Entre obligation de moyen et obligation de résultat, il existe sans doute une 3è voie + subtile, + équitable liant le psy et son patient (qui reste, commercialement parlant, un client d'ailleurs).

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