mardi 9 février 2010

Admiration


L’autre jour, je donnais une conférence sur les états d'âme dans la crypte d’une église. À la fin de la rencontre, les responsables de l’association qui m’a invité rangent les tables et les chaises.
Puis j’en vois quelques-uns qui visiblement s’apprêtent à passer la nuit sur place : leur groupe a établi une permanence, et ils se relaient à plusieurs, chaque nuit, pour rester dormir avec des SDF accueillis dans leurs locaux, en cet hiver de grand froid.
Pour avoir un peu fréquenté, comme soignant notamment, la population des SDF, je sais que ce genre de nuits, c’est rarement une partie de plaisir : entre ceux qui délirent, ceux qui ont trop bu, ceux qui sont suicidaires, ceux qui sont très très sales, ceux qui ne décrochent pas un mot tellement ils vont mal dans leur tête, c’est souvent un sacerdoce.
Du coup, moi à qui l’on vient de faire des compliments pour mon topo, je me sens comme un imposteur : ce n’est pas moi qu’il faut admirer, mais eux. Pourtant j’ai reçu en quelques instants de passage plus de félicitations qu’eux. Drôle de monde. Même si je sais qu’ils et elles ne font pas ça pour ça.
Consolation et déculpabilisation : la conférence, pour laquelle il y avait un petit droit d’entrée, aura rapporté de l’argent pour soutenir toutes ces actions bénévoles. Ouf, je vais arriver à dormir…

25 commentaires:

  1. Hello Docteur,

    a) mon père était pompier, je peux vous garantir que j'ai toujours reçu des échos vraiment positifs sur sa profession. Peut-être qu'on admire ceux qui nous apportent directement quelque chose ou nous font rêver nous (ex: un acteur) ? pas le cas de ces bénévoles -pas de façon directe en tous les cas.
    b) peut-être qu'on se dit qu'on pourrait aussi être bénévole (mais on ne peut s'improviser psy ou infirmière) et donc qu'on culpabilise de ne pas faire quelque chose de gratuit ?

    En tous les cas, chapeau à vous aussi !
    bonne journée,
    B.A.

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  2. Docteur,

    Ne croyez-vous pas que pour faire du bénévolat, il faut aussi y trouver son compte ?
    Donner, recevoir, le mouvement de la vie, bien plus complexe qu'un simple aller retour entre deux personnes.
    merveilleuse journée

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  3. Moi , j'ai été S.D.F , et personne ne m'admirait .... Et j'ai aussi été bénévole auprés de S.D.F , et des gens m'ont admirée ....
    Alors , si les S.D.F ne sont pas admirables , pourquoi ceux qui s'en occupent le seraient-ils ? .... C'est absurde ! ......
    Par exemple , j'admire les animaux et j'admire ma vétérinaire qui est géniale .....
    Autre exemple , j'admire la nature et j'admire les peintres qui en subliment la beauté ....

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  4. Respect à tous ceux qui donnent un moment de leur vie à tous les démunis.

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  5. POUR ZOE,

    Est admirable ce qui est beau, me semble-t-il. Aider ceux qui en ont besoin, sans attendre en retour, c'est beau!
    Avoir le courage de s'en sortir et l'humilité d'accepter de l'aide qd on se retrouve au plus bas de sa dignité social(comme ce fut sans doute votre cas) c'est beau!!
    Mais un état aussi douloureux que celui d'SDF n'est pas admirable. On admire pas la sourffance, on la combat, on la sublime!
    Je ne vous souhaites que du beau et du bien, chère zoe.
    My

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  6. Le don de soi est estimable et par un juste retour des choses renforce l'estime de soi, même si ce n'est pas sa finalité bien sûr. On est riche de ce qu'on donne.
    Maintenant, il y a plusieurs niveaux d'échelle et d'action et tous sont estimables. Etre dans la lumière, médiatique ou d'une assemblée, n'est pas la position la plus confortable et n'est pas possible pour tous. Je comprends votre sentiment de culpabilité mais les bénévoles ont ,j'espère du moins, recu également des moments et des échanges aussi précieux et même plus qu'une salve d'applaudissements aussi mérités soient-ils.
    Ce sentiment de culpabilité revient souvent dans vos billets. comme j'en suis également souvent sujet, je serais vivement intéressé de savoir où (dans quels livres, articles etc) vous en avez spécifiquement traité? Se détacher du sentiment du devoir pour être dans celui de la grâce.

    Bien à vous

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  7. Les cryptes accueillent (accueillaient) les reliques. Certaines fois, le culte rendu au défunt - à la défunte - n'était pas très officiel. Dans tous les cas, la ferveur était présente en ses lieux.
    Dépourvue de cette ferveur que l'on veut bien considérer comme désuette, pour ne pas dire mièvre, je trouve aujourd'hui ces cryptes un peu kitchs et sinistres.

    La compassion pour les autres, les démunis, les malades ... fait - faisait - partie de la grandeur humaine que l'on attribuait à ces personnes dont on entretenait le culte une fois défuntes.

    Que vous soyez aller dans ces lieux, et avec ses personnes qui exercent toujours cette compassion c'est ultra positif.
    Il n'y a bien qu'une humanité, dont certains visages sont cachés, voire méprisés, par snobisme.

    Yves

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  8. je termine aujourd'hui une periode de benevolat d'un mois et j'ai eu l'impression que tout ce que je reussissait a faire etait tout petit a l'echelle du probleme et de ce que d'autres personnes accomplissaient. Si j'ai bien compris votre livre sur l'estime de soi: n'est-ce pas une lecon d'humilite que d'accepter les limites de ce que j'ai pu donner et d'etre contente tout de meme d'avoir fait de mon mieux? ;)

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  9. Chacun apporte sa pierre à l'édifice... On donne, on reçoit ; parfois, on ne peut rien donner et on aimerait tellement recevoir. Jamais on n'est juge de ce que l'on donne... Souvent on sait ce que l'on reçoit...
    J'ai été bénévole auprès des sans-abris, je suis aujourd'hui bénévole en soins palliatifs auprès des vieux. Je ne me sens pas admirable, et ce n'est pas facile tous les jours. Je suis juste une femme qui prend la place qu'elle a envie de prendre, et je m'y sens bien. Je donne sans doute, je reçois encore plus. Les rencontres me révèlent et c'est parfois bon, parfois douloureux !
    D'autres font des choses qui me semblent à moi dignes d'admiration car je ne me sentirais pas capable de les faire. Et d'eux, je reçois aussi. Ce qui est primordial pour moi, c'est la relation : par les livres, la musique, la rencontre (face-à-face, par l'écran, par tel...). Ne nous faisons pas de mal et prenons les choses comme elles viennent... Du moins, essayons !

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  10. Eleve dans un milieu plutot catholique, je me suis toujours trouve a la fois agace par la compassion et coupable de cet agacement... (suis-je seulement un abominable egoiste ?)
    Merci au colonel de sa 'petite anecdote' et a Anonyme de 8h06 qui mettent exactement le doigt sur ce qui me gene, par rapport a ca...
    Cela dit ca n'enleve pas completement ma culpabilite dans la mesure ou cette compassion (meme si on conteste sa nature...) est sans doute plus utile et constructive que la guerre ou l'agressivite par exemple...

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  11. L'appellation générique SDF serait à remplacer par "frères et soeurs en humanité".

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  12. Chacun donne ou reçoit quelque chose et chacun suivant ce dont il est fabriqué, pas de comparaison à faire, pas de culpabilité à avoir, pas de sentiment d'imposture, juste faire ce dont on est capable sans notion de sacrifice, être authentique. L'admiration suscitée est secondaire.
    Belle journée

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  13. " DONNER sans attente de recevoir " malheureusement c'est l'actualité de tout les jours .Je donne et j'apporte selon mes moyens et par compassion aux SDF que je rencontre quotidiennementet je reçois un GRAND MERCI de leur part et j'en suis heureuse.bonne journée à tous Jacqueline

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  14. Vous soignez les personnes en détresse psychique et morale qui sont en grande souffrance. Les SDF, malheureusement, pour la plupart d'entre eux, ne savent plus vraiment où ils sont , ni qui ils sont. Ils ont perdu la notion qu'ils sont tout simplement des êtres humains. Je trouve ces deux démarches très belles, la vôtre, vous êtes un être humain qui aimez vos semblables. En quelque sorte, vous vous êtes mis à leur "service" afin de les soulager et les aimer tels qu'ils sont. Les accompagnants des SDF, pour lesquels c'est vraiment un sacerdoce, font la même chose en étant près personnes en grande souffrance sans se poser la question de savoir s'ils sentent mauvais, délirent, ont trop bu ou sont suicidaires. Ils sont juste là ! Eux aussi aiment les êtes humains. Vous êtes sur la même longueur d'onde. Heureusement qu'il y a des gens comme vous tous, cela réconcilie avec la gente humaine

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  15. Comment la France en est-elle arrivée là, à exclure ces hommes et ces femmes?
    C'est intolérable de ne pas avoir de toit, de quoi se chauffer, se nourrir, se vêtir.

    Petite,dans les années 60, j'habitais un village très proche d'une grande ville de province. Des clochards comme on disait, il n'y en avait guère en ce temps là. Pourtant dans ce village, dans une demi-cave, vivait un homme, seul, un Allemand.
    Pourquoi vivait-il là? De quoi vivait-il? Une autre victime de la seconde guerre mondiale sous une autre forme.
    Les gens du village en avaient peur, pas mon père qui lui parlait. Ma mère ne voulait pas que l'on s'en approche moi et ma sœur...Qu'importe, je prenais les bonbons qu'il me tendait si gentiment.
    J'ai oublié bien des noms dans ma vie, pas le tien Mornack!!!

    Au fait Christophe, c'est pas dans cette crypte que vous avez attrapé la sinusite HUM???

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  16. Je me souviens lorsque j'étais S.D.F , avoir demandée à manger à boire ou un hébergement le long de ma route , et je me souviend de n'avoir ressentie aucune rancoeur face aux refus . Aujourd'hui je me demande pourquoi je ne ressentais alors aucune frustration ou colére ni même décéption face aux refus , et je pense que c'est parceque j'avais le sentiment d'être une visiteuse d'un autre monde et d'être de passage à travers la société humaine . J'étais une voyageuse invisible et j'observais les gens qui ne me voyaient que trés peu et ce sentiment d'étrangeté me rendait invulnérable à la décéption . Abscence et présence unies l'une à l'autre en moi par cette invisibilité , je traversais la société . Abscence et présence unies en moi aussi lorsque j'étais bénévole auprés de S.D.F . Voilà mon sentiment . Alors l'admiration ou l'inconnaissance me semblent être les deux faces d'une même vitre transparente qui sépare les S.D.F de la société et il se trouve que celà m'importe peu . Je me souviend que pour moi , le froid n'existait plus et je sais qu'au fond de moi il en est toujours ainsi . Lorsque j'étais S.D.F j'ai inventée ma chaleur : une chaleur animale qui traverse le monde et avance sans se retourner sur les regrets ..... Chaleur admirable ! .....

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  17. je tente d'aider les démunis non pas parce qu'ils m'inspirent de la pitié mais parce qu'ils le méritent. Tout être humain a droit au respect, peu importe sa condition sociale. Si je les aide, je n'ai pas à être remercié, c'est normal de faire çà. C'est l'indifférence qui est anormale.

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  18. Dans ma jeunesse on gagnait son paradis en étant gentil... L'image de "la marche" pour les sœurs m'a amusé(colonel)
    Le "devoir de gratitude" imposé par certains parents à leurs enfants me parait monstrueux
    on ne peut pas mélanger les 2: le devoir et la gratitude.
    En général la bonté trouve en elle-même sa "récompense".L'acte généreux gratifie son auteur
    Enfin même si c'est pour se déculpabiliser que l'on agit, c'est toujours mieux que rien pour qui reçoit

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  19. Mère Teresa racontait qu'un jour une de ses religieuses avait reçu des remerciements ainsi que des compliments très élogieux d'un de ses lépreux.

    La soeur était toute confuse et avait répondu qu'il n'y avait pas de quoi car à travers le lépreux elle soignait le Christ.

    Cela a fait bondir le malade qui se sentit très déçu car jusqu'alors il pensait que la religieuse l'aimait pour lui-même.

    Mère Teresa a conclu que s'il est relativement facile de donner à manger aux affamés, de panser les malades, il est plus difficile d'apaiser la souffrance morale, celle de ne pas touver une place, une chaleur au sein de son propre coeur et dans celui de l'Autre.

    Bien à vous tous.

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  20. @Louis , merci de rapporter ce passage de Mère Teresa.Il porte à réfléchir sur le sens que l'on donne au don de soi .ça m'épouvante complètement de voir les SDF je me demande toujours quel chemin les amenés dans la rue , mais ce qui me peine le plus c'est justement de penser qu'ils n'ont pas de famille ou d'amis pour être dehors Ne pas avoir de place dans une communauté quelle qu'elle soit , c'est terrifiant .
    @Zoé votre témoignage m'émeut beaucoup vous avez du courage et de la ressource et surtout vous n'avez aucune haine en vous .
    bonne soirée à tous

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  21. L'admiration est un drole de sentiment..souvent baigné d'illusion à celui qui le porte à autrui(?) Bénévole à MDM depuis 15 ans (mission dite locale), je sais que nous ne sommes guère plus admirables que les autres et moi la première ! On s'en fiche en fait. Faire simplement de son mieux, c'est tout. Pour nous tous , cela devrait être évident... . Bénévoles , SDF , psychiatres et autres, chaque être à quelque chose d'admirable de toutes façons(si l'on veut maintenir ce terme bien occidental).
    Bonne nuit.

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  22. En passant:

    ce que je ressens quand je croise un SDF, c'est une profonde colère.
    Je pense à toutes les raisons qui les ont conduis là. Nombreuses, complexes. Je ne peux pas m'empêcher de penser à l'enfant qu'il a été. Et je me demande ce qu'on n'a pas fait, ce qu'on a loupé pour que cette personne en soit là. A quel moment on l'a laissée tomber, à quel moment a-t-elle perdu pied dans sa vie et pourquoi ça lui a été si dommageable...qu'est-ce qui aurait pu empêcher ça?
    Je devine la détresse, la prostration, ou le déni. La ténacité aussi. L'organisation.

    La prime de Noël a baissé cette année. A quelqu'un qui demandait pourquoi sur un site dédié aux questions juridiques, la réponse qui lui avait été faite était: "ce n'est pas un dû Madame"...

    Colère...
    Souhaitons que le vent tourne en faveur de la justice et de l'égalité des droits, pour que la charité ne transforme pas définitivement le Père Noël en ordure.

    Désolée mais j'ai été rmiste et je sais l'importance des droits en matière de dignité personnelle.

    Inspiration.

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  23. Pourquoi devoir choisir entre le grand feu sur la montagne et la petite lumière dans la foule ? Les deux sont complémentaires et ont leur utilité propre.

    Enfin une réaction saine, me suis-je dit en lisant Papagena : "Comment la France en est-elle arrivée là, (...)? C'est intolérable (...)".

    Et oui, vous devez certainement avoir votre petite idée là-dessus, Papagena, je n'en doute pas.

    Et je suis pire que vous, Girafe, non seulement la compassion (judéo-chrétienne) ou plutôt la charité m'agace et me donne des carries (trop de "miel"), mais je ne me sens pas coupable le moins du monde !

    Pourquoi ? Et bien parce qu' "on" m'a tellement répété, dans les années '80 : "Tu ne changeras pas le monde, on n'arrête pas le progrès, il faut s'adapter, etc, etc".

    Comme vous Grenouille, je suis en colère ! En colère contre cette génération d'individualistes profiteurs polueurs démesurés qui ne pensent encore aujourd'hui qu'à eux, non seulement en n'assurant pas la relève, mais en continuant à travailler au lieu de prendre leur retraite et laisser la place aux jeunes !

    Bientôt, tout ce qu'on aura comme emplois, c'est torcheur de c.. de boomers sur leurs lits de mourants ! Qui va nous admirer ?

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