mardi 5 janvier 2010

Le rameur d’Ellis


Nous nous servons parfois de récits et de métaphores en psychothérapie. Voici l’une d’entre elles, que m’a apprise un collègue et copain, Bruno Koeltz (auteur d’un très bon livre sur la procrastination). Il en attribue la paternité à Albert Ellis, un des pères de la thérapie cognitive.
C’est un rameur, pas très expérimenté, qui descend une rivière dans un canot. Il sait qu’au bout, tout au bout, il y a des rapides, et que ce passage sera dangereux. Il a le temps, mais il sait que ça viendra.
Certains rameurs vont alors commencer à se faire du souci : « est-ce que je vais y arriver ? » et durant toute l’approche des rapides, être plus présents à leurs inquiétudes qu’à leur façon de ramer. D’autres vont se centrer sur le présent : « en attendant les rapides, je vais déjà apprendre à mieux ramer ! »
Les uns et les autres arriveront aux rapides sans doute plus expérimentés qu’au début de leur voyage : nous anticipons les dangers à venir en fonction de ce que nous sommes maintenant, mais souvent la « marche d’approche » comme on dit en langage montagnard, nous a tellement changés que nos anticipations sont alors devenues invalides.
Mais on peut évidemment imaginer que les rameurs centrés aussi sur le présent et non seulement sur le futur (comme nous le sommes lorsque nous sommes inquiets) auront davantage changé. Et davantage appris durant leur approche. La vie ne nous aide à changer que si nous l'habitons pleinement, et non si nous la désertons (par l'anticipation ou la rumination).
Je sais, c’est plus facile à dire qu’à pratiquer. Mais le dire et y penser, puis l’essayer dans la vraie vie, face à des tout petits rapides, c’est une bonne première étape, non ?

Illustration : barque sur le canal du Midi, par Frédéric Richet.

38 commentaires:

  1. Bonjour,
    si j'ai bien compris, il s'agit de se focaliser sur le moment présent et de penser au futur à certains moments de façon posée. J'ai esssayé mais je trouve que les ruminations involontaires me montrent des perspectives qu'une réflexion volontaire à un moment précis aurait occultées. Dès lors, comment faire ?
    Bonne journée à tous,
    B.A.

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  2. La lecture de monsieur Ellis me fait penser à la phrase de Nelson Mandela :"être le capitaine de son âme ". La photo est reposante.
    sgl

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  3. Conserver toutes ces forces vives en vue de l'approche...
    C'sst ce qu'a su faire naturellement ma fille Flora, ce matin, alors que nous étions en retard pour l'école.

    Nous venons de déménager à 30 km de Lyon; et, pour s'y rendre tous les matins, nous prenons le train.
    Manque de chance, depuis le début de la semaine, la neige et un trafic très dense font que les trains sont systématiquement en retard...

    Flora n'a pas pu se lever pour prendre un train plus tôt; mais, alors que nous envisagions les solutions pour la garder au domicile, elle a pointé son nez en affirmant qu'elle voulait absolument aller à l'école, car c'est la matinée piscine.

    Nous sommes arrivés en retard à Lyon; et, le découragement m'a gagné. Tous ces efforts pour finalement rater la matinée piscine tant convoitée!...
    Mais, Flora y croyait encore; et m'a indiqué l'endroit où sa classe prend le bus pour aller à la piscine.
    Par chance, le bus était en retard, lui-aussi; et nous avons pu rejoindre sa classe qui attendait sur le troitoire pour aller à la piscine.

    Nourrir le présent de notre présence aux autres, pour éloigner définitivement le découragement...

    Yves

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  5. Vivre le moment présent, ce n'est pas facile mais on peut essayer, vivre le moment en s'habituant à ne faire qu'une chose à la fois, à chasser de son esprit l'anticipation d'action future, là il s'agit d'un défi, éloigner de son esprit que faire une chose à la fois est comme si on vivait au ralenti, souvent dans nos habitudes de vie on jongle avec toutes sortes d'action et je pense maintenant que l'on n'est pas pour cela plus efficace. Il m'est venu une idée dans ce récit on dit
    "C’est un rameur, pas très expérimenté, qui descend une rivière dans un canot. Il sait qu’au bout, tout au bout, il y a des rapides, et que ce passage sera dangereux."
    Est on sûr qu'au bout le passage est dangereux. Vous allez penser que je ne crois que ce que je vis, c'est un peu cela.
    Bonne journée à vous tous

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  8. Bonjour,

    Je me demande si votre metaphore d'aujourd'hui ne s'applique pas que lorsque les situations sont calmes et vont ensuite devenir agitees. Si c'est le present lui-meme qui est agite, est-ce que ca aide encore de vraiment l'habiter pleinement? Il me semble que toutes les personnes qui se sont retrouvees dans des situations terribles, privees de leur liberte, ne pensaient qu'au futur pour tenir bon.

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  9. Bonjour,

    Merci pour ce précieux conseil. Procrastinatrice de haut rang, je n'ai même jamais imaginé que chemin faisant je pouvais progresser avant l'échéance fatidique.
    Donc prochain exercice pour la prochaine échéance : concentration sur le moment présent et foi en mes capacités à progresser chemin faisant !!! Merci Docteur.

    Belle année à vous Docteur, et à tous les lecteurs et bloggers !!!

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  10. conseil à bien retenir effectivement, encore merci... pour tout cela à distance...

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  11. Yep, je vais essayer d'en prendre de la graine :-)
    Une petite pincé de psychoactif tous les jours, c'est comme les pommes, ça éloigne le médecin ;-)

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  13. Bonjour,

    J'adore les métaphores car elles sont bien plus pertinentes que n'importe quel discours.
    celle-ci d'Albert Ellis est bien jolie.

    C'est drôle car hier, j'ai découvert une citation qui m'a beaucoup touché et qui résume assez l'idée d'aujourd'hui :

    "L'avenir, tu n'as point à le prévoir mais à le permettre".
    Son auteur, Antoine de Saint-Exupéry.

    Et puis toujours hier, j'ai croisé dans le jardin de l'hôpital psychiatrique où je travaille, une patiente que j'estime beaucoup et que je connais depuis plus de quatre ans.

    J'avais vraiment envie de lui présenter mes voeux. C'était important pour moi et l'occasion m'en fut donc donné. Cette dame souffre de troubles psychotiques très graves et doit très souvent être hospitalisée. Pour autant, elle a des moments de grandes lucidités.

    Elle m'adresse hier un grand sourire et me dit: "çà y est, je suis guérie, totalement guérie ! Je ne suis plus envahie dans ma tête. C'est formidable, c'est un miracle".

    Nous continuons un peu à échanger, elle me présente aussi ses voeux qui me vont droit au coeur car c'est une femme sincère et bienveillante.

    Puis elle rajoute cette phrase géniale : "je suis guérie....(petit silence) aujourd'hui, on verra bien demain". Et elle s'éloigne, après un dernier regard rieur, chercher son argent hebdomadaire aux services des tutelles.

    Grande leçon de vie. Elle mettait en pratique ce qu'écrivait Saint-Exupéry ! Vivre le moment présent et ne pas craindre demain, sourire à la vie pour mieux la vivre comme elle vient.

    Hier j'ai rencontrée ma petite rose d'Antoine.

    Bonne journée

    A.G.

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  14. Bonjour,

    L'anticipation ou la prévision du pire ne deviennent utiles que si elles nous arriment au présent avec d'autant plus d'attention, de concentration etc sinon elles ne sont que des machines à inhibition.
    Bien sûr, la situation du prisonnier est différente. En revanche, si on ne veut pas être prisonnier de ses états d'âmes et esclave de ses ruminations, il faut les investir dans le présent.

    Je ne crois pas qu'une rumination puisse être source d'ouverture, d'issue. C'est un processus d'enfermement qui néglige le présent et dans le quel on confond raisonnement et obsession, peur, angoisse. Je n'ai jamais véritablement tiré profit d'une rumination et Dieu sait que j'ai ruminé des alpages entiers! La rumination, à mon sens, est une fuite de la réalité et une impasse.

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  15. Oui, rien ne remplace une bonne "marche d'approche" en pleine conscience et avec une bonne respiration.Quel régal!
    Je m'interroge juste sur le mot "essayer" . Par hasard, hier, en regardant sur le site de Benjamin Schoendorff au sujet de son récent et remarquable livre(Hanna y trouvera une réponse à sa question), j'ai trouvé sur son blog, un passage ou il reporte les propos d'un autre thérapeuthe:John Forsyth
    "essayer a tendance à nous garder les mains suspendues au dessus de la vie , pas tout à fait au contact des choses"
    J'ai trouvé cela intéressant(avec la métaphore du stylo à terre etc..),d'autant que je l'ai utilisé , à tord , je pense maintenant , dans mon commentaire d'hier sur ce blog.
    Pascale A

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  16. Il me semble que la perception du futur détermine en grand partie les actions présentes : on travaille dans la perspective d'avoir son salaire à la fin du mois, on fait du sport pour préserver sa santé, on cherche un nouvel appart parce que le bail actuel se termine, l'étudiant prépare un examen qui aura lieu dans plusieurs mois...
    Sans cette projection une grande partie du présent n'aurait pas vraiment de sens.

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  17. En effet Anonyme, il faut penser à l'avenir pour décider dans quelle direction on souhaite avancer. Mais ce que nous propose le Dr André, c'est de faire du sport pour faire du sport, d'étudier pour le plaisir d'étudier, et d'essayer dans la mesure du possible de prendre conscience de chacun des gestes (pensées et actions) réalisés au cours de notre journée de travail. D'être suffisamment souvent, là où nous sommes, dans le présent, en pleine conscience.

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  18. L'erreur n'est-elle pas de vouloir anticiper le danger en se focalisant dessus plutôt que d'attendre qu'il se présente. Sommes nous sûrs de nos réactions face à telle ou telle situation ? pour ma part je pense qu'on saura comment on réagi face à la situation le moment venu et pas avant.

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  19. Coucou tout le monde. Désolée, mais au milieu de tout ce rose, et cette sérénité de début d'année, aujourd'hui ma procrastination m'a rattrapée ! Cela faisait longtemps. En boomerang, et en pleine figure. Pour quelque chose de simple, mais qui est devenu compliqué, voire grave. Attendre que le danger se présente sans l'anticiper ? Avec la peur au ventre. Pas sur que ce soit la bonne solution. Après c'est dur. Et l'angoisse revient. Pourtant il paraît que je suis très capable. Si, si... Tout le monde le dit, le pense, sauf... moi. En vrai ! Peut-être cela a t-il à voir avec l'Estime de Soi. Beaucoup de lectures et de travail déjà. Pas assez semble t-il... Une autre bonne résolution pour 2010. Belle et douce année à chacun.

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  20. Anonyme a dit…
    En effet Anonyme,...

    :-)

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  21. J'ai lu tous les beaux messages d'hier et me suis trouvée sans "doix", alors, avec un petit peu de retard :
    Bonne Année 2010 à tous !

    Et vivent les rituels au préalable décortiqués, étudiés, analysés, reconstitués puis acceptés avec pleine conscience et entre personnes consentantes.

    Moi aussi, j'aime beaucoup les histoires et les métaphores, alors, si vous voulez bien, je vais vous raconter l'histoire de Rameur Courageux pris sur la tumultueuse rivière des Yenakis.

    Sachant que la force seule de des ses bras, qui ne cessait de décroître, ne suffirait pas pour surmonter la violence des rapides vers lesquels le courant le rapprochait inexorablement, il alla demander conseil au sage Chemieuktwa.

    "Je me suis toujours demandé pourquoi tu étais allé ramer sur cette rivière lui dit-il avec dépit.
    - Où voulais-tu que j'aille ramer, alors ? Demanda Rameur Courageux. Il n'y avait plus d'eau ici. Et pourquoi ce n'est pas à moi que tu l'as demandé au moment où je t'en ai parlé ? Qu'est-ce que je peux faire maintenant, d'après toi ?
    - C'est trop tard, lui répondit Chemieuktwa, je suis trop vieux maintenant. Tu es un rameur courageux, Rameur Courageux.
    - Merci pour tes bons conseils ... tu sauras mieux plus tard me dire ce que je n'aurais pas dû faire maintenant, n'est-ce pas ?"

    Et Rameur Courageux est retourné ramer tout seul. Puis, de plus en plus faible, il a demandé de l'aide aux Grands-Manie-tout de la rivière des Yenakis.

    Tous lui ont répété les mêmes paroles rassurantes :

    "Ce n'est pas grave si ton canot et toi vous vous faites déchiqueter par les rapides. Nous possédons tous les outils nécessaires pour ramasser les morceaux et t'organiser de belles funérailles.
    - Merci, c'est gentil, mais j'aimerais mieux éviter cela, rétorque Rameur Courageux, avec un petit noeud dans la gorge. Pouvez-vous m'aider ...
    - Oui, bien sûr, nous sommes ici spécialement pour t'aider, coupèrent les Grands-Manie-tout. Veux-tu être enterré ou insinéré ?
    - Ni l'un ni l'autre pour l'instant, j'aimerais savoir comment je peux traverser la rivière des Yenakis sans me rompre le ...
    - Il y en a qui préfèrent être insinérés, continuèrent les Grands-Manie-tout d'une voix monocorde, en sortant leurs formulaires et appuyant sur l'extrêmité de leur stylo pour en sortir la bille, comme sur le bouton d'une machine pour enclencher le mécanisme d'une procédure complexe, d'un geste habile dénotant leur habitude et leur expertise. Alors veux-tu une urne en porcelaine, en terre cuite ou en bois ?
    - Rien de cela pour l'instant, j'aimerais ...
    - Il y en a qui ont été très satisfaits de nos urnes ...
    - Merci pour toute votre aide, je vais retourner ramer si vous permettez.
    - Oui, nous sommes ici pour t'aider, d'ailleurs il y en a qui ...", continuaient les Grands-Manie-tout de la rivière des Yenakis.

    Et Rameur Courageux est retourné ramer tout seul. (à suivre ...)

    Je dois aller ramer un peu.

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  22. Peut être qu'à cause du froid extérieur a t on la possibilité de marcher sur la glace et de ne pas avoir besoin de ramer, mais à cause des courants c'est peut être impossible. C'est amusant cette histoire du rameur courageux, il est dans le feu de l'action et stoppe il s'arrête pour poser une question,question qui apporte une réponse tout autre, à quand la suite du rameur, est il vraiment courageux ?
    Bonne soirée à tous

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  23. Bonsoir,
    Dans le bouddhisme il y a la notion de vacuité : « Ces chaînes de pensée et de sentiments ne cessent de se transformer, comme des nuages déformés par le vent,mais nous leur prêtons néanmoins une grande importance … Dès que vous reconnaîtrez la vacuité des pensées, elles perdront le pouvoir de vous égarer » Dilgo Khyentsé Rinpoché
    Savoir rester connecter au moment présent, ne pas se laisser envahir par la peur devant un danger pour ne pas perdre ses moyens, ses ressources, tout celà demande un travail sur soi de tous les jours
    Bonne soirée à tous

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  24. être présent à sa vie , comme c'est difficile .C'est vraiment un effort de chaque instant , mais le travail sur soi permet-il après un certain temps d'y arriver presque naturellement , comme on respire ?

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  25. (suite et fin)

    Rameur Courageux, croyant candidement à l'entraide et à la solidarité, avait bien tenté de joindre ses efforts à ceux d'autres rameurs, les uns borgnes, d'autres sourds à cause des rugissements enchanteurs de la rivière, d'autres avaient perdu bras, voix, ou jambes dans la tourmente. Mais, fidèles serviteurs de la déesse Lyz Indivi Dua, ils avaient refusé. D'autres rameurs avaient préféré monter à bord d'un confortable paquebot sur lequel ils couraient dans tous les sens, et qui laissait des tonnes de poissons morts dans son sillage.

    Les moindres petites chutes arrachaient des douleurs attroces à ses muscles durcis par la tension que Rameur Courageux leur imposait en permanence pour maintenir son canot à la surface et garder le cap. Le cap sur quoi ? Parfois il ne voyait plus rien.

    Plusieurs fois il fut sauvé de la noyade par un Saigneur qui lui demanda en échange de ramer dans sa Galère-aux-Alouettes. Las des coups de fouets, des pénitences au pied du Mât-de-Cocagne et éloigné de sa route, Rameur Courageux avait replongé pour regagner son petit canot.

    Et Rameur Courageux est retourné ramer tout seul.

    Epuisé, vidé, il se résigna à demander de l'aide à la Grande Sorcière de la Caverne-des-Loques-Sans-Cohérence. Celle-ci commença à le découper en petits morceaux qu'elle plaça méticuleusement dans des petits tiroirs identifiés chacun par une étiquette codée avec de gros caractères, malgré les protestations de Rameur Courageux. Alors il récupéra ses morceaux et prit ses jambes à son cou.

    Et Rameur Courageux est retourné ramer tout seul.

    Bon, je vais abréger un peu.

    Lorsqu'il eut atteint les rapides dangereux, son canot vola en éclats, mais, invoquant ses aïeux, il reçut une pluie de lait et de miel, ce qui tombait bien, car il se retrouva échoué sur les bords d'un grand désert. Lorsqu'il leva enfin la tête, il vit un vieux chameau sauvage qui le regardait en ruminant paisiblement.

    Il décida de se lier d'amitié avec le vieux chameau sauvage. Mais à ce moment-là, les grains de sable se mirent à aboyer. C'étaient les cris des rameurs sourds, muets et aveugles de la rivière des Yenakis. Ils disaient que le monde se divise en deux : ceux qui rament et ceux qui procrastinent, que ceux qui cessent de ramer, si ce n'est pas pour courir dans tous les sens, ce sont des lâches et des paresseux.

    Le vieux chameau qui ruminait toujours paisiblement se leva et dit à Rameur Courageux :
    "Ta terre promise est plus proche que tu ne le crois. Je t'accompagnerai si tu veux. Ne les écoute pas. Ce ne sont pas les aboiements qui font avancer la caravane".

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  26. Pour passer des difficultés, il faudrait me semble-t-il se fixer au cours du parcours des points de stabilité pour faire un état de lieux de ses réussites, de ses faiblesse afin de réajuster ses actions et prendre confiance en soi.

    Un probleme complexe peut etre subdivisé en problèmes plus simples et plus facilement abordables.

    En toute état de cause, il me parait malgré tout indispensable de conserver une faculté d' anticipation et de réaction que l'on ne peut obtenir en se limitant au présent.

    Merci pour ce sujet de réflexion qui ne pourra être éclairé que par notre expérience. Nous n' apprenons que par nous-même et non par des vérités que l'on nous assène.

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  27. J'aurais dû écrire "il y en a qui rament, et il y en a qui procrastinent". Mais vous aviez compris ;)

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  28. Je vois ici une belle invitation du docteur Christophe André à vivre au présent, construire chaque jour quelque chose de positif, même si l'édifice est petit, il est toujours important, ne pas regarder tout le temps le futur, pour mieux voir le présent, mettre de côté les objectifs et se concentrer sur la tâche, cela ne peut que nous enrichir et nous apporter du bonheur, je n'ai pas dit "nous rendre heureux" car je trouve ça vraiment difficile !!

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  29. J'ai pas l'impression d'avoir tout compris, mes neurones sont un peu secs en fin de journée, mais pour ce qui est d'aller faire du canot dans des rapides (mes muscles sont un peu faibles)alors que je sais que je ne suis pas expérimentée.... je suis désolée, mais j'ai pas envie. Et en plus peut être que pour se rendre là où on veut se rendre on peut prendre un moyen différent où ya pas de rapides, ou alors se faire accompagner par quelqu'un qui est plus expérimenté que vous, ou alors tout simplement reconnaitre humblement qu'on n'est pas expérimenté pour cette affaire, et qu'il vaut mieux pour sa santé/sa sécurité et pour ses proches tout simplement "lacher prise" et abandonner cette "fichue" ballade en canot. Ou alors si on prend vraiment la décision de continuer, il ne reste plus qu'à respirer et prier très fort en espérant que notre ange gardien sera là pour réparer nos erreurs ou tout au moins en atténuer les conséquences. Enfin bref, je ne sais pas trop....Bonne nuit à tous

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  30. Et oui, encore une fois le miracle de l'harmonie relève de l'art de l'équilibre : du savant dosage de l'achimiste au mouvement de balancier du funambule. Action, réaction, nouvelle action...
    A propos de métaphore, je n'ai pas trouvé mieux que la référence au trés en vogue vaccin (sujet sur lequel le Gouvernement n'a, semble t'il, pas fait preuve de procrastination !! à nos dépends ? qui sait... et en fait peut-importe en l'occurence !! :).
    Bref, dans ce contexte, l'idée serait qu'une dose de vaccin précocement administrée serait certes synonyme d'une certaine libération pour son bénéficiaire (anticorps en place : dossier soldé !)... mais encore faut-il que le dit antidote se révèle encore fiable lorsque le virus aura achevé sa mutation !! (aie aie aie, vite ! rapatriez les 50 000 doses pour la Sainte-Glaces !! :)
    Voilà. Sinon, en tant que montagneur dans l'ame, j'aime beaucoup votre allusion aux marches d'approche.
    Dans les années 50, il faut savoir que si les héros du piolet avaient à leur désavantage un retard technologique considérable par rapport à aujourd'hui, ils avaient pour eux ces fameuses "marches d'approches" dans la plus pure tradition himalayenne. Des dizaines et des dizaines de kms à pied avant de monter le camp de base et d'enchainer sur le mastodonte. Depuis, on a gardé la phase d'acclimation à l'altitude, qui s'est révélée indispensable, physiologiquement parlant mais "on" se fait déposer en hélicoptère au pied du site !! (et si on procrastine trop avec Dame Nature, le retour de feu sera inéluctaaaaaable !)
    A bientôt.
    Plaisir de vous lire tous.

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  31. A trop anticiper on ne vit pas pleinement le moment présent et on manque beaucoup de choses.
    Vivons "ici et maintenant". Tout est impermament et on ne peut prévoir exactement de quoi demain sera fait. A quoi bon s'angoisser d'avance sur une situation qui aura peut être changé au moment où on l'abordera.

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  32. Mon fils 6 ans et demi m'a demandé hier, après en avoir parlé avec un copain du même âge à l'école : "et la fin du monde, tu en penses quoi ??". Il était en train d'anticiper ? il s'angoissait sur la mort, la sienne, la nôtre, celle du monde ? Sur quel chemin le mettre, se mettre avec lui, où j'en suis de ce chemin ? Comment le préparer ? faut-il se préparer ? j'ai parlé avec lui de l'importance de vivre le moment présent, d'aimer les personnes qui l'entourent, de profiter des belles choses qu'ils voient... intensément.
    Pourtant, le projet de vivre n'est-il pas aussi dans l'anticipation, dans l'envie d'avancer, de voir demain, de grandir...
    Alice

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  33. Constance, on ne choisit pas toujours les eaux sur lesquelles on navigue ... La vie est parfois un long fleuve d'embuches parsemé ça et là d'obstacles, et on peut ramer longtemps avant de trouver des eaux plus clémentes.

    Stéphane, je n'ai rien contre les ruminations, à condition de les consommer avec modération, et, comme vous dites "les investir dans le présent".

    Pendant longtemps, je "tournais la page sur le passé" afin de ne pas ruminer et de vivre chaque jour, parfois chaque heure et même chaque minute de ma vie comme la première, afin de ne pas "ruminer".

    Je m'efforçais aussi de ne pas me projeter dans l'avenir et vivre le moment présent uniquement, intensément et dans la bonne humeur.

    Les déboires de ces dernières années (qui m'ont fait tourner les pages tellement vite que je me suis retrouvée à la fin du livre sans même l'avoir lu) m'ont permis de comprendre ce que signifiait l'image du "cochon qui suit son groin" utilisée par Chögyam Trungpa dans "Pratique de la voie tibétaine, au-delà du matérialisme spirituel" : j'ai perdu mon chemin, mes repères.

    Alors le canot tangue entre angoisser à cause d'un avenir inquiétant ou d'un passé traumatisant à babord, et, à tribord, ne plus savoir d'où on vient ni où on va à force de se concentrer sur un présent qui n'existe même plus puisqu'on ne sait même plus où on est non plus.

    Comme l'ont dit plusieurs, et si joliment Clipper : "encore une fois le miracle de l'harmonie relève de l'art de l'équilibre : du savant dosage de l'achimiste au mouvement de balancier du funambule".

    Là se trouve le secret : ne pas choisir un "emplacement" de l'esprit plutôt qu'un autre, mais le mouvement et la fexibilité qui nous permettent d'élargir notre esprit et nous adapter aux situations.

    Ca aussi, c'est facile à dire. Mais bon. Ca fait du bien de se le rappeler aussi à soi-même.

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  34. intéressant cette métaphore :-)

    http://www.youtube.com/watch?v=HQmmu74GJW8

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  35. cette photo ..... je cours toutes les semaines le long du canal et toutes les semaines je me dis qu'il faudrai que je reviennne sans courrir avec mon appareil pour immortaliser cette barque, ce petit lieu du canal qui reste magique à mes yeux , mais finalement je crois que je ne le ferai pas car à chaque fois ce sont des refflets , des couleurs , des impressions différentes ,je ne suis jamais déçue, je voudrais les capturer toutes , du coup je préfère les garder en mémoire et me demander quelle surprise ce petit coin me réservera à mon prochain passage

    apparement je ne suis pas la seule à être tombée sous le charme de cet endroit ...j'en aurrai au moins un clichet !!! toute ma gratitude

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  36. je suis tout à fait d'accord avec mais comment faire pour ne pas anticiper et souvent l'anticipation ne part jamais sur quelque chose de positif. on s'attend toujours à quelque chose de dur à passer et que jamais on n'y arrivera
    C'est facile à dire de vivre pour le présent et ne pas voir le futur, ne pas se l'imaginer difficile et aussi d'oublier le passé

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  38. On le sait ! Mais cela fait du bien de le redire et de le relire. belle image

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