mercredi 12 octobre 2011

Entre deux abîmes


« Le passé est un abisme sans fond qui engloutit toutes les choses passagères ; et l’avenir un autre abisme qui nous est impénétrable ; l’un s’écoule continuellement dans l’autre ; l’avenir se décharge dans le passé en coulant par le présent ; nous sommes placés entre ces deux abismes et nous le sentons ; car nous sentons l’écoulement de l’avenir dans le passé ; cette sensation fait le présent au-dessus de l’abisme. »

Cette phrase de Pierre Nicole, théologien janséniste, m’a beaucoup secoué la première fois que je l’ai lue (dans le livre de Pascal Quignard, justement intitulé Abîmes). Et elle continue à chaque relecture, me rappelant cet abîme au-dessus duquel sont construites nos vies, et l’écoulement incessant du temps.

Puis, passé ce moment d’effroi, que faire ? Respirer, sourire. Prendre la douleur et la crainte. Accepter que cela soit ainsi, continuer de contempler régulièrement l’abîme. Et regarder aussi tout le reste…

Illustration : une belle image d'automne, envoyée par quelque ami dont je n'ai pas pensé à noter le nom, et que je remercie à l'aveuglette. C'est à l'automne que cette conscience de l'abîme est la plus forte en nous, bien sûr...
PS : l'ami s'est manifesté : merci Frédéric !

28 commentaires:

  1. Moi, ça me fait plutôt penser aux "paraboles" de la mythologie nordique... :)

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  2. Holala Christophe!Cest pas bon des pensées pareilles au réveil!Souriez!

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  3. Blues ? Lucidité ?

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  4. C'est curieux cette vision... Pouquoi des abimes ? Et pourquoi croire que le present c'est marcher sur une crete ?

    Ca sonne curieusement faux...

    Pourquoi ne serions nous pas plutot maintenant dans une vallee, le passe et l'avenir des chaines de montagnes ?

    Ca ne sonne pas forcement juste non plus, mais pas forcement plus faux que la vision que vous developpez, il me semble...

    Bonne journee

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  5. C'est aussi ce que dit St Augustin, mais en plus compliqué encore : seul le présent existe, le passé et l'avenir ne sont que deux autres formes du présent. Attention, accrochez vos ceintures : Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. [...] Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire."

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  6. Ce serait donc cela ce sentiment de vertige au moment de se relever enfin, de trouver le courage d'affronter à nouveau la vie et le monde extérieur, de vaincre cette peur de chuter à nouveau dans ces abîmes ? Parce que le présent de nos vies est un fil et que je n'ai jamais été une funambule bien douée je dois l'avouer ?

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  7. Ah,merveilleux Pascal quignard,à la voix unique et si profonde!
    Merci pour ce blog également précieux,qui offre tant de réflexions et d'apaisement.
    Enfin,le fil si fin du présent sur lequel nous avançons,funambules de nos vies,devient pont de pierre dans l'instant de la méditation...mais c'est(pour moi)encore si rapide!A peine le temps de sentir le pied s'affermir que déjà le fil est réapparu et l'équilibre à nouveau fragile.
    François Cheng:"...de tous les instants surgis dans l'intervalle et qui donnent accés à l'Ouvert(...)tout est toujours nouveau par ce qui "naît entre"...
    Le fil,le pont:l'entre.
    Isabelle.

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  8. heureux comme beaucoup,de savoir que d autre personnes cherche a decripter la trame de l homme et que par quelques manieres et quelques moyen nous nous donnons des indices mutuellement pour vivre ce rien qui exciste necessairement. neant est a nous il nous apartient et c estpeut etre la notre maniere d etre .
    youcef.

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  9. D'autres mots12 octobre 2011 10:42

    La lecture d'aujourd'hui m'a remis en mémoire des notions évoquées à propos de l'Indonésie où les mots peuvent surprendre un occidental.
    "jam karet":le temps élastique
    "Manti lulu":après-avant
    "projek": projet et/ou chose réalisée.

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  10. l homme n exciste ke dans la mesure ou il se realise ,il n exciste ke dans la mesure ou il se realise .Jean paul Sartre
    youcef.

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  11. Je suis si heureuse de retrouver votre blog. Ma journée en est "ensoleillée". Un grand merci. Depuis janvier, je relisais régulièrement vos anciennes publications dans les archives. Encore merci et au plaisir de vous lire. Eliane

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  12. Ca m'a surprise, cette vision d'abîme...
    Probablement par rapport à ce que j'y associe.
    Ce n'est pas ma vision.
    Je vois plutôt le passé, le présent et le futur comme un tout.
    Tout est lié, les 3 sont indissociables, ils n'existent pas les uns sans les autres.
    Alors, cette histoire d'abîme, cette séparation, hormis donner une sensation de vertige, ne me convient pas du tout ! Ahhh le pouvoir des mots!!! Celà ne correspond pas à ce que je vois, je perçois, je ressens.
    Je perçois un chemin, une route, où trop regarder dans le rétroviseur fait qu'on en voit plus où on est sur l'instant, et où trop voir en avant fait qu'on ne regarde pas non plus l'instant, voire... le rétroviseur (car il faut y jeter un oeil de temps en temps!)
    Je perçois donc celà comme un équilibre, et non comme une sorte de coupure entre les éléments .

    Je préfère et de loin ma "route" à ces abîmes! ;o)

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  13. Cette phrase m'emplit de tristesse. Douloureuse bouffée de nostalgie... Pas facile de supporter l'idée du temps qui file. Merci de nous faire réfléchir à cela!

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  14. Mais c'est quoi cet abîme?

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  15. Pourquoi pas ? J'aime votre conclusion,toujours pondérée et raisonnable.Respirons, sourions.....vous me faites avancer,je me sens moins narcissique,et plus heureuse.Tournons nous plus vers les autres et nous verrons moins notre malheur.Merci.

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  16. Les mots sont salvateurs,pourvu qu'on les écoute,et la pleine conscience pour les savourer.

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  17. Un peu avant, le futur - un peu après, le passé ...où est passé le présent ? Dans le temps perdu ?

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  18. Merci Docteur André, merci Frédéric :)
    Des fois en un seul point, il y a le passé, le présent et l'avenir, je crois que c'est l'éveil...
    Anecdote personnelle, je m'amusais avec ma sœur en parlant avec l'accent de notre ville natale et je disais "non" qui diffère du "non" d'Alger, et je me suis revue enfant, plus que revue je me suis sentie comme quand j'étais enfant, ça m'a fait quelque chose, et ça m'a ramené à un état avant ma maladie, l'espace temps n'avait plus vraiment d'importance, j'étais juste une personne, que ce soit avant, maintenant ou après, bizarrement cette expérience a eu pour résultat que bien que je ne sois plus très jeune, de me mettre moins la pression sur ce que je dois accomplir ou rattraper comme retard dans la vie...

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  19. Bonjour,

    Peut-être savez-vous que le texte proposé par C.A est un extrait de la théologie morale des Jansénistes très proche de celle très puritaine des Calvinistes et Luthériens. Ces derniers s'insurgeaient contre un certain côté dépravé de certains membres de l'Eglise catholique romaine de l'époque.

    Pour faire simple, disons que les puritains reprochaient aux Cathos de vouloir s'absoudre eux-mêmes de leurs péchés en allant à "confesse" ou en achetant des indulgences avec de l'argent tout en continuant de récidiver.

    Le puritanisme prône une transformation radicale "Ici et Maintenant" et une fois pour toutes dans les habitudes de vie.
    Inutile de se laisser engloutir ou bercer dans les abîmes du passé ou du futur, "JUST DO IT NOW" (Fais le et Fais le Maintenant), telle est aussi la devise américaine imprégnée de cette pensée luthérienne puritaine.


    En Asie, la culture bouddhiste prône aussi "l'Ici et Maintenant" mais sur une mode contemplative et méditative pour pouvoir faire face aux épreuves et souffrances quotidiennes de la vie. Et je partage ce point de vue : Il y a des choses dans la Vie qui ne sont pas vraiment exprimables par la Parole, et qui ne peuvent être que vécues, ressenties et contemplées."


    Bien à vous

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  20. dur dur d'être une tortue13 octobre 2011 07:15

    Bonjour Louis. N.

    Vous écrivez :"En Asie, la culture bouddhiste prône aussi "l'Ici et Maintenant" mais sur une mode contemplative et méditative "

    Peut-être vouliez-vous écrire: "...sur un mode contemplatif et méditatif"

    Ceci est une suggestion et non une correction...

    Bonne journée

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  21. Merci "dur dur d'être une tortue "


    Exact!
    Mode nf = fashion
    Mode nm = method of action

    Bonne journée
    (je me sauve au travail)

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  22. Bonjour
    "nous sommes placés entre deux abîmes et nous le sentons.Cette sensation fait le présent au-dessus de l'abîme"...Certes, ces mots peuvent "secouer".
    Que faire?" accepter que ce soit ainsi,contempler régulièrement l'abîme".Mais ce n'est pas ainsi! Ah le pouvoir des mots comme dit Isa!
    Je pense qu'il faut remettre les mots dans leur contexte théologique de l'époque-Louis l'a très bien fait-et ne pas se laisser "secouer" par eux.
    Je porte l'héritage culturel de liberté de l'église réformée qui m'a laissée voler de mes propres ailes,avec curiosité, vers le bouddhisme.N'est-ce pas plus vrai et plus doux -quoique déjà assez dur- de parler comme vous le faîtes d'ailleurs Christophe,"de l'écoulement incessant du temps ,de "l'impermanence" non? sans rajouter une couche violente avec cette histoire d'abîmes.
    Il me semble que le catholicisme avec son empreinte "d'effroi" laisse moins de liberté pour se marier au bouddhisme!!!

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  23. Bonjour;Christophe !

    Ho la la ! vous répond.

    L"effroi" j'ai froid !J'veux pas me laisser"embarquer"dans des pensées pareilles!
    Il y a un hiatus entre " l'effroi" et " le déroulement incessant du temps" qui ne tient qu'aux mots.
    D'où viennent ces mots,de quel héritage violent et dominateur?
    Il faut s'affranchir du pouvoir des mots, ne garder que ceux qui décrivent la réalité avec une douceur irréfutable,ce qui est déjà pas mal!
    Aller au delà de la pensée et des mots,ceux des lectures surtout,dans une "dans une conscience beaucoup plus vaste , beaucoup plus sage et généralement plus douce que la pensée."
    C'est pas vous qui le dîtes?

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  24. « Le passé est soldé, le présent vous échappe, songez à l'avenir ».

    En attendant le prochain billet de Christophe André, voici de quoi réfléchir sur le Temps avec Etienne Klein ( **** ) :

    http://www.cieletespaceradio.fr/les_revolutions_du_temps.245.RENC_001

    AL1

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  25. Je suis assez d'accord avec Arlette. Pourquoi parler d'abime? En le faisant, l'auteur apporte de suite une couleur sombre qui suscite l'effroi.
    Cette couleur n'existe pas en tant que telle, celà dépend du regard que l'on pose.
    Si on enlève le mot abîme du paragraphe cité, il reste un factuel un peu plat, du genre : le temps passe, la belle affaire.
    J'exagère, mais en lisant le texte, c'est ce que je me suis dit. Ben oui, le temps passe, insaisissable, what else? ;-)
    J'ai bien aimé le commentaire de Louis, il parle du même sujet, mais le ton est dynamique, la couleur est vivifiante.
    Ce qui me conforte dans l'idée que ce n'est pas le sujet en lui-même qui est effroyable mais son évocation et l'écho qu'elle provoque, réveillant quelques angoisses.
    Je sais bien que la forme n'est pas tout, ne fait pas tout, mais sur ce coup là, je m'interroge.
    Ah, l'Automne et son souffle mélancolique...

    Bonne soirée.

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  26. L'automne n'appelle pas en moi cette impression de temps qui passe, j'apprécie beaucoup cette période de l'année ou les couleurs chatoyantes s'invitent dans le décor naturel. Merci pour ces belles photos d'automne.
    Cette image de gouffre sans fond me donne le frisson !
    J'ai ce ressenti que la mémoire nous rappelle des souvenirs heureux et aussi des cicatrices indélébiles qui se ravivent au grès de notre présent...

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  27. Bonsoir docteur,

    Vous avez écrit dans le commentaire de l'illustration : "C'est à l'automne que cette conscience de l'abîme est la plus forte en nous, bien sûr..."

    Pourquoi à l'automne. Moi au contraire cette saison m'apaise, le sentiment que tout est accomplit. C'est la lumière je crois qui me fait éprouver ce sentiment ; la douceur de la lumière accompagnée des couleurs de la nature. Mais j'habite en montagne, peut-être qu'en ville on est est coupé de cet apaisement que procure la nature ?

    bonne soirée

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  28. DOC , vous écrivez ..."et l'écoulement incessant du temps"...et vous semblez ignorer le paradoxe que vous énoncez ainsi : car ce "entre deux abîmes" implique une certaine symétrie spatio-temporelle (et une réversibilité) , alors que l'idée d'écoulement incessant du temps fait référence à la fléche du temps donc à une inéluctable assimétrie et une certaine irrévérsibilité spatio-temporelle . Ëtre pris entre deux abîmes implique une concéption détérministe de l'univers , un univers fini . Mais l'idée d'écoulement du temps implique une augmentation de l'état d'enthropie de l'univers , donc un univers en expention et spatio-temporellement infini . Bon , DOC j'ai un peu simplifié mon explication car il y a d'autres implications plus complexes dont je ne parle pas .
    Voila ...

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