mercredi 28 septembre 2011
Mort de Louis XIII
« Le 14 mai 1643, jour de l’Ascension, passé midi, le roi Louis XIII se trouvant à l’agonie dans son lit de parade, étant entouré de sa cour, ayant perdu l’usage de la langue de son royaume, désigne avec son doigt, au père Dinet qui se tient auprès de lui et qui vient de le faire communier, l’étoffe que retient le bois qui est au pied de son lit.
Le confesseur porte son regard où le roi a fait signe.
Louis XIII penche la tête sur la gauche et regarde doucement le père Dinet avec un sourire.
Le père Dinet sourit à son tour au roi, ou au sourire du roi.
Le père Dinet est seul à comprendre, ou à feindre de comprendre, au milieu de la stupeur de tous.
Louis XIII avec une sorte d’effort lève le bras et pose le doigt sur sa bouche en signe de faire silence.
C’est le dernier geste que fit Louis XIII. Puis il râle. Puis il meurt. »
C’est dans le livre de Pascal Quignard, « Sur le jadis ». Je place Quignard tout en haut de mon panthéon d’écrivains pour tout ce qu’il y a dans ce récit. La puissance du style, l’art de restituer une ambiance dans sa vérité et son mystère. J’aime que cela semble ne servir à rien, que cela ressemble à du détail et de l’inutile. Et que cela soit tout le contraire. Sans des auteurs comme Quignard, que serait la littérature ?
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Je ne connais pas cet auteur... mais l'épisode montre un style épuré, dont la force réside en effet dans la simplicité verbale. Mes lectures me semblent bien futiles à côté de ça!(avouez-le, c'est pour nous pousser à réviser nos cours d'Histoire tout ça?)Très bonne journée à vous!
RépondreSupprimerC'est l'auteur de "Tous les Matins du Monde" et aussi du très beau "Salon du Würtemberg".
RépondreSupprimerJ'aime l'idée de faire "chut" au seuil de la mort. Qu'y aurait-il à dire ?
Ben moi, j'aimerais juste bien savoir pourquoi il montrait le tissu...
RépondreSupprimerLes gouts et les couleurs...que dire...
RépondreSupprimerEn lisant ce court extrait j'ai compris que je n'ai rien en commun avec cet auteur. Je comprends bien tous les mots, mais je ne sais pas de quoi il parle, son style n'est pas a mon gout et me semble paresseux.
Alors que dans une phrase de Proust je comprends tout. C'est comme pour nos amis, Gilles Deleuze disait qu'il existe des personnes qui peuvent nous dire des choses aussi simple que "passe moi le sel" qu'on ne comprendra jamais et nos amis avec qui en deux mots tout est compris, il faut un pre-langage commun. Vous, Dr Andre, l'avaez trouve avec Quignard, pour moi c'est Proust.
Moi en lisant l'extrait au début j'ai cru que c'était du Docteur André !! Car justement, j'ai retrouvé la simplicité, le souci du détail et l'intelligence de dire les choses...
RépondreSupprimerC'est ce qu'on appelle les affinités, Hanna.C'est enrichissant d'essayer de les dépasser,mais très douloureux aussi parfois, mon expérience en la matière est importante, je n'ai jamais pu ou su m'entourer d'amis qui me correspondaient,et j'ai toujours essayé de me changer, ce n'est pas une réussite, finalement, puisque je suis malade.
RépondreSupprimerLe style ne me déplait pas, mais rien ne me déplait, seulement on ne peut pas tout lire, il faut bien faire des choix.
Face à la mort ...
RépondreSupprimerLe Silence ...
Entrevoir le mystére par la porte entrouverte .
En garder le secret ...
Mais avant de partir ...
Laisser pour ceux qui réstent
passer en un sourire
un rayon , un éclat
de sa Sérénité ...
"Les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail"dit Léonard de Vinci.
RépondreSupprimerj'ai l'impression d'y être!
vous dites "que serait la littérature?" J'ai envie d'ajouter "que serait l'Histoire?" si des historiens, des auteurs ne rendaient pas aux acteurs de l'HISTOIRE" toute leur humanité.
J'ai découvert et beaucoup aimé Charly 9 :
RépondreSupprimer"A 22 ans pour faire plaisir à sa mère il ordonna le massacre de la Saint Barthélémy, qui épouventa l'europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant il avait un bon fond."
Merci à Jean Teulé qui me fait aimer l'histoire en y mettant des sentiments.
Avis aux amateurs...
Les anecdotes de l'Histoire m'ont toujours passionnées. Elles nous rendent plus proche de nos semblables lointains.
RépondreSupprimerEt puis cette phrase:
" Le père Dinet sourit à son tour au roi, ou au sourire du roi." me plait beaucoup. Ca me rappelle la délicatesse que l'on a avec les mourants et la chasson d'Aznavour "la mama" qui est aussi un vrai bijoux.
> _CE QUE J'AIME AUSSI DANS VOTRE BLOG, C'EST QU'IL PERMET DE M'OUVRIR
RépondreSupprimer> À DES AUTEURS, PEINTRES, ARTISTES EN TOUT GENRE, QUE JE NE
> CONNAISSAIS PAS, OU TROP VAGUEMENT._
>
> _JE N'AI JAMAIS LU CET ÉCRIVAIN MAIS VOUS AVEZ RÉUSSI PAR CE PASSAGE
> À ÉVEILLER MON ATTENTION. J'AI MÊME APPRIS QUE CET HOMME NÉ EN
> BORD DE SEINE A ÉTÉ MARQUÉ PAR LA LOIRE DANS UNE VILLE OÙ IL
> PASSAIT SES VACANCES ET OÙ IL A FAILLI REPRENDRE L'ORGUE TENUE 70 ANS
> PAR SA TANTE, MUSICIENNE ET TAISEUSE. UNE VILLE QUE JE CONNAIS BIEN.
> _
>
> _IL DOIT ÊTRE BIEN AGRÉABLE DE PARTAGER LE REGARD ET LE SILENCE DE
> CET HOMME._
>
> _VOICI COMMENT IL NOUS PARLE DE CETTE LOIRE :_
>
> « La Loire que je revoie, immense, plus belle que la Seine ou le
> Tibre, sorte de Gange immense dans la lumière si étrange qui lui est
> propre. Vaste fleuve, vaste lumière grenue et prodigieusement dorée.
> Et qui éblouit un peu : immense dôme, dans l'hiver qui avait
> précédé, attaché au sol par les sablières et les petits saules
> des rives. Et dans la brume du matin, je voyais les enfants qui
> couraient- avec des gaules sur l'épaule- et qui partaient pêcher sur
> les épis. (…) vieille maison de pêcheur-paysan sur les bords de la
> Loire, au toit de tuiles plates et moussues, humide parmi les
> églantiers et deux sureaux. C'était le lieu des mues et le lieu des
> silences.(…) Il y avait tout le reste du jour, avec le chant des
> rouges-queues et des fauvettes, le silence du fleuve glissant, le
> saut
> d'une ablette, le coup de queue d'un chevesne, les papillons de nuit,
> les crapauds et les éphémères.(…) Je m'asseyais sur le bord du
> fleuve, dans le sable si doux qui longe la Loire. »
Désolé pour la présentation du commentaire précédent, j'ai des soucis informatiques en ce moment. Je réessaye...
RépondreSupprimerCe que j'aime aussi dans votre blog, c'est qu’il permet de m'ouvrir à des auteurs, peintres, artistes en tout genre, que je ne connaissais pas, ou trop vaguement.
Je n’ai jamais lu cet écrivain mais vous avez réussi par ce passage à éveiller mon attention. J'ai même appris que cet homme né en bord de Seine a été marqué par la Loire dans une ville où il passait ses vacances et où il a failli reprendre l'orgue tenue 70 ans par sa tante, musicienne et taiseuse. Une ville que je connais bien.
Il doit être bien agréable de partager le regard et le silence de cet homme.
Voici comment il nous parle de cette Loire :
« La Loire que je revoie, immense, plus belle que la Seine ou le Tibre, sorte de Gange immense dans la lumière si étrange qui lui est propre. Vaste fleuve, vaste lumière grenue et prodigieusement dorée. Et qui éblouit un peu : immense dôme, dans l’hiver qui avait précédé, attaché au sol par les sablières et les petits saules des rives. Et dans la brume du matin, je voyais les enfants qui couraient- avec des gaules sur l’épaule- et qui partaient pêcher sur les épis. (…) vieille maison de pêcheur-paysan sur les bords de la Loire, au toit de tuiles plates et moussues, humide parmi les églantiers et deux sureaux. C’était le lieu des mues et le lieu des silences.(…) Il y avait tout le reste du jour, avec le chant des rouges-queues et des fauvettes, le silence du fleuve glissant, le saut d’une ablette, le coup de queue d’un chevesne, les papillons de nuit, les crapauds et les éphémères.(…) Je m’asseyais sur le bord du fleuve, dans le sable si doux qui longe la Loire. »