
C’est un souvenir de quand j’étais petit, à l’école primaire. Ça devait être en CE1 ou CE2.
La maîtresse nous racontait, pendant le cours d’histoire, que lors de la Révolution Française on dépistait les aristocrates qui essayaient de passer inaperçus pour fuir le pays, en leur faisant montrer les mains : le peuple avait toujours les mains calleuses et abîmées, et les «aristos» les avaient au contraire blanches et délicates... Une fois démasqués, couic, on leur coupait la tête (enfin, ça, c’était ma conclusion).
Cette histoire m’avait rendu très inquiet : bien que d’origine populaire et pas du tout aristo, j’avais de blanches petites mains de rejeton noble. Et je me disais que si demain, il y avait une nouvelle révolution, on me couperait sûrement la tête malgré mes protestations !
Mon grand-père communiste, à qui j’avais parlé de mes inquiétudes, dut me rassurer : «Ne t’inquiètes pas, tu ne risques rien, je leur dirai que tu es un fils du peuple, et que tu es abonné à Vaillant». Vaillant, c’était à l’époque le magazine pour la jeunesse du Parti Communiste Français. Un peu rassuré mais tout de même soucieux d’assurer ma survie, je me débrouillais du coup toujours pour en garder quelques exemplaires dans mon cartable ou mes sacoches de vélo, en cas de révolution soudaine et de retour d’expéditifs tribunaux populaires.
Je n'ai jamais pensé que l'enfance était un âge d'insouciance. Disons que les soucis durent moins longtemps, et se solidifient moins vite que chez l'adulte. Et qu'ils sont plus vite balayés par les bonheurs qui passent. En principe...
Illustration : un exemplaire de Vaillant.
Les grands pères sont formidables ,il nous reste toujours quelque chose d'eux dans le cœur.Le grands père de mon époux était communiste, résistant , drôle d'époque ! C'était des hommes courageux qui croyaient en leurs idées.
RépondreSupprimerOh que non, enfance ne rime pas avec insouciance. Les soucis peuvent paraître vite balayés, certes, mais il arrive qu'ils se solidifient en coulisse. Vous avez eu la chance d'avoir un grand-père épatant. C'est une très jolie histoire. Belle journée à tous
RépondreSupprimerPendant longtemps j'ai porté mon enfance comme un fardeau, que des mauvais souvenirs, une période que je n'aurais aimé revivre pour rien au monde. Et puis j'avais tellement envie de devenir "grand" pour faire ce qui était autorisé! Aujourd'hui, je suis retraité, et je n'ai gardé de mon enfance que les bons souvenirs. En revanche je me sens fortement marqué par les mauvais souvenirs de l'âge adulte.
RépondreSupprimerj'ai eu une grand mère FORMiDABLE un trésor pour mes frères et soeurs Très patiente accueillante souriante disponible Sa vie et celle de mon grand père était organisée selon le rythme de vie de leur petits enfants . Donner du bonheur à leurs petits enfants étaient leur priorité ;
RépondreSupprimerje ne parle pas d'argent mais de beaucoup d'amour donné
ces grands parents ont étè une richesse pour nous j'ai 60 ans ils me manquent encore j'espère reproduire la meme chose mais mes enfants habitent loin de chez nous
Il y avait Pif aussi... journal pour les jeunes qui ne lisaient pas Fripounet et Marisette !
RépondreSupprimerC'est vrai qu'enfance ne rime pas avec insouciance pour moi non plus; c'est notre regard nostalgique qui nous fait la voir sous un angle différent. Peut-être regarderons nous plus tard notre vie actuelle comme une époque "formidable"...
RépondreSupprimerA moins que nous ne parvenions à la contempler ainsi dès le moment présent!!!
"enfance rime avec insouciance"... quel mensonge! quand on est enfant, je trouve que l'on se fait beaucoup d'idées fausses et qu'un rien peut déclencher une grande inquiétude, et c'est encore pire quand l'enfant a du mal à se confier...
RépondreSupprimerVous en avez parlé à voter grand-père, c'est très bien, pour ma part je pense que je n'en aurais jamais parlé à personne!
Même si insouciance ne rime pas avec enfance il y a tout de même cette force incommensurable liée à l'amour inconditionnel de nos grand-parents qui nous porte. Pour un temps on sait que quoiqu'il arrive ils nous aimeront pour ce que nous sommes, sans jugement, sans attente, et c'est beaucoup.
RépondreSupprimerQuand ils nous quittent, sur la pointe des pieds, on se sens bien seul sans leur regard bienveillant ... sans une complicité silencieuse.
Un collègue me disait "petits enfants, petits soucis et grands enfants, grands soucis". Celà rejoint un peu votre propos, pour préciser que l'enfance n'est pas épargnée par les soucis mais que souvent ils s'accrochent moins , ou se solidifient moins vite, comme vous le dites, qu'à l'age adulte. Je partage cette approche même si je sais que certains soucis se fossilisent. Insouciance, certainement pas. Pour autant, on regarde parfois les soucis des enfants avec notre regard d'adulte et on enfle malgré nous le mal, çà arrive aussi, çà m'arrive en tout cas.
RépondreSupprimerMerci pour ce petit plaisir nostalgique de retrouver Placid et Muzo, et ce bon vieux Pif.
l'enfance a cette qualité de composer avec le monde extérieur tout en restant dans le sien, particulier et unique; selon moi.
RépondreSupprimerLes soucis extérieur sont ainsi gérés par son monde intérieur, ses yeux d'enfants comme on dit. Je parle pour moi en tout cas.
Je me souviens très bien encore avec quelle facilité j'arrivais à faire la part de choses, à "tiroiriser" les évènement de la journée. Ainsi, je n'avais jamais de mauvaises journée, juste des parties de journées bonnes et d'autre moins bonnes.
un exploit que je n'atteins plus aussi bien aujourd'hui.
En tout cas, charmant souvenir que celui partagé dans votre billet.
Vous n'avez pas vraiment changé docteur André!
RépondreSupprimerEn ce moment, c'est la révolution. Les sans-culottes du forum MR veulent couper la tête de votre ami et vous êtes bien capable de sortir votre journal "La Croix" de la selle de votre scooter en disant : "non, non, je ne suis pas bouddhiste, je suis chrétien. Je suis un bon catho même!, mon épouse et mes enfants aussi".
Et vous êtes sûrement capable aussi de mettre en péril votre vie et celle de votre famille, en hébergeant le fugitif silencieux et indifférent, dans votre propre maison.
En analyse avec un lacanien, vous passeriez tout simplement pour une figure mystique, complexe et paradoxale.
Bonne journée à vous.
Merci d'expliquer qui sont les "sans-culottes du forum MR". Moi aussi, j'ai lu Vaillant et Pif avec Agathe, la tata et le tonton. Ma grand'mère, avant toute chose, lisait l'Humanité. Moi j'attendais qu'elle est fini pour lire PIF et la chronique quotidienne des "ROIS MAUDITS", en feuilleton. c'était simple et direct. Nous ne la faisions pas à la "Jésuite".
RépondreSupprimerQu'est-ce que c'est que ce cirque autour du forum de MR ? ! ( je vous en conjure, les révolutionnaires de pacotille ne me répondez pas, merci).
RépondreSupprimerCe n’est pas un squat de blog, c’est de la colonisation ! C’est surtout d’un ridicule sinistre et accompli.
Désolée, je n'ai pas le temps de faire des explications de textes, je suis débordée. En fait, j'ai 1001 autres priorités dans ma vie en dehors ce blog.
RépondreSupprimerMais je lis tous les commentaires avec attention bien sûr. Est-ce que cela vous satisfait?
C'est une digression que m'inspire ce billet du jour ,à propos des origines modestes ou bourgeoises. Et je ne remets absolument pas en cause les paroles de Christophe André.
RépondreSupprimerJ'ai remarqué que les personnes interrogées dans les média ,pour une notoriété passagère ou durable se déclarent issus de milieu populaire et au pire de commerçant trés modeste.
Il parait aussi bien vu d'avoir été viré de son collège pour indiscipline et surtout, il vaut mieux avoir été mauvais elève. Je me trompe ?
Bonsoir,
RépondreSupprimerUn sujet souvenir d'enfance tendre avec votre grand père. Communiste ! Le mien aussi, il était fier de l'être et il l'est resté jusqu'à son dernier souffle avec cet état d'esprit opiniâtre pour la défense des droits des ouvriers et d'entraide dans la communauté des gueules noires. Il était de la région du plat pays avec ses montagnes artificielles sombres de gaillettes de charbon que l'on aperçoient toujours dans le paysage, seuls vestiges encore visibles d'un temps révolu...
La revue, je l'ai connu quelques années après vous sous le nom de Pif Gadget, quelle joie de découvrir la dernière création ou expérience à reproduire et de retrouver les aventures de Pif et Hercule...
Merci pour vos sujets.
Au Québec, j'ai appris très vite qu'il vaut mieux éviter de prononcer ces mots "communisme" et "captitalisme" : on se fait dévisager comme si on allait se faire couper la tête.
RépondreSupprimerBeau sujet que celui du grand-père. J'adorais mon grand-père maternel, le seul que j'aie connu. Un jour je lui ai fait une confidence d'une injustice à l'école et de ma réaction. Et lui, pourtant non conformiste, a échappé une exclamation de reproche. J'ai essayé d'oublier l'épisode pour continuer à passer de bons moments auprès de lui, mais il a définitivement perdu ma confiance, même s'il a essayé de se rattrapper.
Merci Stéphane pour les références de peintures naïves. Marcel Mouly est un peu trop abstrait pour moi, mais je préfère ses thèmes à ceux de Alain Thomas dont je préfère le style et les couleurs, surtout les oiseaux !
Très beau billet ! Normalement on devrait dire pourquoi un billet nous touche tant, j'ai essayé mais je ne fais qu'écrire effacer, écrire effacer...Mais que je trouve ce billet important...
RépondreSupprimer"En principe..."
RépondreSupprimerEt moi, la fin concentrée de ce billet me laisse songeuse...
Les cabinets de psy sont remplis d'enfances non insouciantes..j'ai passé bcp d'année à me réconciler avec la mienne..Mais il est clair que l'insouciance du temps présent est son fondement premier.Si la nature des choses étaient respectées.
RépondreSupprimerCe qui me fait sourire c sont ces références au communisme parce que mon père a dû fuir son pays à cause de cet idéal politique..je n'ai pas connu mes grds pères mais je sais qu'ils ne l'étaient pas. Qu'importe parce qu'il y a plus de grds pères différents que de partis politiques!
Ah ! du grand très grand Christophe André.
RépondreSupprimerMoi c'était Lisette, d'ailleurs je dois avoir quelque part des pages déchirées toujours gardées qui était des proverbes sur chaque mois de l'année; s'il tonne en janvier...en avril ne te découvre pas d'un fil...s'il neige en décembre...
Marcel Pagnol dont le papa était un maître d'école ...de gauche termine son livre "le château de ma mère" par cette merveilleuse phrase:
"Telle est la vie des hommes, quelques joies très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaires de le dire aux enfants".
Rien à ajouter.
Bonne soirée très cher Christophe
Bonsoir,
RépondreSupprimer- Il me semble avoir absorbé les angoisses des grands-parents petit à petit. Enfant, je voyais la guerre comme un moment d'exaltation héroïque ; aujourd'hui je me surprends à penser "Et si ça recommençait?" (les récits de bons de ravitaillement, de couvre-feu, de bottes qui claquent me reviennent alors).
- Mes soucis d'enfant se limitaient à des petits tracas je crois: jalousie envers la fratrie,...Je percevais certains problèmes de mésentente autour de moi sans pouvoir bien dire ce sont il s'agissait et surtout sans vision à long terme.
- Vaillant à 8 ans, LA Croix à 45 : je ne sais pas ce que dirait le grand-père !!
Bàv
B.A.
Bonsoir ,
RépondreSupprimerbeaucoup de grands pères communistes sur ce blog ..Le mien était résistant , j'en suis fière et cherche à donner un sens à son combat . Il y a du pain sur la planche avec un tel contexte social et de quoi relire Vaillant sans s'endormir avec La Croix!!
Pour vos grands pères , en leur nom, allez faire un tour sur le site du CRHA.
Bonsoir,
RépondreSupprimerTrès beau texte, comme dit PAPAGENA du grand très grand Christophe André
On y retrouve toute une palette de sentiments (ce n'est peut être pas le bon mot mais tant pis)... l'émotion, l'humour, la nostalgie, la tendresse, l'affection ...
Mais n'étiez vous pas un peu trop angoissé ? ce qui vous a conduit à la méditation ?
Merci, Merci pour tous vos billets.
PAPAGENA fait un parallèle avec Marcel Pagnol ! Moi j'ai tout de suite pensé à Marcel Pagnol enfant à la lecture de ce billet, qui avait une belle et surprenante sensibilité...
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