
Nos gestes parlent.
Et ce qui est émouvant, c’est que ce langage est universel et intemporel. Notamment le langage des émotions.
Celui de l’affliction par exemple : regardez comment Adam et Ève chassés du Paradis (belle et célèbre fresque de Masaccio) ont exactement la même posture que les footballeurs portugais qui viennent de prendre un but qui les élimine en Coupe du Monde (il me semble que c’était la cuvée 2006, celle du coup de tête de Zidane, et lors du match perdu contre les Français, d’ailleurs).
Inutile de les interviewer (d’ailleurs, quelle langue parlaient Adam et Ève ?), il suffit de regarder : quel chagrin ! À cet instant, tout est fichu : le passé est vain, le présent épouvantable et l’avenir bouché. Mais on continue de marcher et d’avancer. Soit parce que Dieu nous expulse et pousse derrière : il faut quitter le Paradis. Soit parce que le match est terminé et qu’il faut quitter le terrain.
Cette peine insoutenable, condamnée à continuer de marcher, qui prend exactement le même visage à plus de cinq siècles d’intervalle (je parle de l’intervalle entre la peinture et la photo, pas entre la péché originel et le match perdu) et dans des contextes si différent, me touche et me rapproche de tous les humains : nous souffrons tous des même maux, de la même manière.
Illustrations : Adam et Ève chassés du Paradis (Masaccio) et des footballeurs portugais chassés de la Coupe du Monde.
Même si les causes et le conséquences sont différentes..et c'est en cela que ça devient "bizarre". Ce qui se produit à l'extérieur est minimisé par son importance mais à l'intérieur c un vrai cataclysme ds le ressenti. Ne pas juger les maux de l'autre et respecter ce qu'il ressent. Pas tjrs évident car les comparaisons ds le malheur sont multiples et le malheur est tellement grd pour beaucoup!
RépondreSupprimerLes peintres ont été nos photographes du passé, on peut voir des visages de personnes qui ont fait notre histoire..je trouve l'art pictural fascinant!
bonne journée!
Merci pour ce bel article.
RépondreSupprimerStranger than paradise : " C'est bizarre ! Tu arrives à nouveau quelque part et tout a l'air pareil ".... Un film de Jim Jarmusch .....
RépondreSupprimerMerci pour cette réflexion.
RépondreSupprimercamille
RépondreSupprimerje me demande souvent si quand on souffre beaucoup on fini par moins souffrir. j'ai besoin de me dire que quelqu'un que l'on torture s'habitue et souffre moins... mais je n'en suis pas sure. sinon, les souffrances infligées par les humains sont encore plus insoutenables pour moi
Merci docteur pour votre humanité, bien sur vous donnez aussi des pilules mais, je suis sure que vous ne vous en tenez pas là,que la "camisole chimique" si pratique actuellement n'est qu'une aide subsidiaire et que vous essayer d'aider l'esprit de votre mieux, sans minimiser l'impact des mots.Votre blog dépeint votre mental.Un jour,la folie sera dépassée par les capacités de soins spirituels, j'en suis sure;nous dominerons notre chimie cérébrale, et surement grâce à une multitude d'hommes comme vous.
RépondreSupprimervous essayez.
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RépondreSupprimer(...)
RépondreSupprimeroup's je disais :
oui et chacun fait comme il peut avec cette douleur,
pour ma part elle se transforme en couleurs, voire en expo,
la dernière là :
http://raphportier.jimdo.com/expo-l-homme-au-bouquet/
merci pour votre blog que je découvre,
c'est dans le quotidien que l'on peut grandir en humanité,
c'est ça que je lis chez vous,
et c'est bien
Honte football et paradis : Parceque ça commence par une perte une défaite une défête alors on joue le jeu le matche contre les autres ( les méchants , ceux de l'autre camp ) et avec les autres ( les gentils , ceux de notre camp ) pour la victoire ... et l'enjeu c'est toujours le même : regagner le paradis pérdu , rien d'autre . Dérisoire enjeu oui ......
RépondreSupprimer" C'est bizarre ! Tu arrives à nouveau quelque part et tout a l'air pareil ".......
Moi , le paradis je l'ai abandonné à son triste sort de paradis ... et je ne joue plus le jeu .
La partie est perdue pour moi . Je suis la pérdante éternelle et je me réve en éternelle voyageuse , marchant vers l'infini , loin de ce dieu maudit , ce dieu de néant . Etre une pérdante pour moi c'est cultiver l'absence . L'éternelle absence ... et m'absenter toujours , tel est pour moi le sens du voyage et pourquoi j'aime marcher . Pour déjouer le jeu ....
Bonjour,
RépondreSupprimeravancer, continuer d'avancer oui mais autrement. J'ai choisi d'avancer dans la souffrance d'un cancer où bcp de mes proches me tournent le dos, grandir en humanité comme dit Raphaëlle, des jours oui avec une goutte sur notre chemin de vie, des jours en y posant une belle pierre d'humanité, et des jours où rien n'est possible mais où on continue à avancer.
@Raphaële
RépondreSupprimerMoi, je découvre votre travail et parcours, et j'aime beaucoup !
Peut-être aussi parce qu'à part l'Afrique, j'ai suivi le même courant migratoire.
Transmuter la douleur par l'art est une belle alchimie. C'est mettre de la vie dans son art et de l'art dans sa vie (dixit louis Jouvet).
J'aime bien aussi l'idée de continuer de marcher.
On devient beaucoup plus réceptif à la souffrance de l'autre lorsque l'on a soi-même souffert : la souffrance nous rapproche les uns des autres.
RépondreSupprimerDe ce point de vue, la souffrance est salutaire : la souffrance rend plus humain, tandis que vivre le grand bonheur pendant longtemps est plutôt le signe d'une malédiction (religieusement s'entend, évidemment) ; c'est comme si les gens très heureux étaient chassés de la présence de Dieu, comme le furent Adam et Ève....
....Pourquoi affirmer cela?
Tout simplement parce que connaître le grand bonheur, pendant très longtemps, nous aveugle : on reste hermétique à la souffrance de l'autre, le grand bonheur rend souvent égoïste et insensible aux maux du prochain.
Dieu a chassé Adam et Ève de l'Éden, tout comme Dieu nous chasse de Sa présence, en nous donnant le grand bonheur sur cette Terre.
Car c'est dans le cœur des grands souffrants que resplendit le plus cette Lumière, Lumière qui est chacun de nous..
Bonjour,
RépondreSupprimerCertains ne jouent plus le jeu, mais joue à fond le je, un peu plus chaque jour...
Je suis d'accord,il faut savoir connaitre la souffrance pour comprendre celle des autres,et surtout les soigner.La vie est un amalgame de joie et de tristesse, qu'il faut utiliser pour grandir toujours en humanité.
RépondreSupprimerAnonyme du message de 13 heures 36 , quai n°14 .
RépondreSupprimerJe pense que vous faisiez alusion à moi , donc oui c'est vrai Anonyme : Chaque jour j'essaie de défaire un peu plus les noeuds du "NOUS" qui me noue à la Grande "NOUNOU" , et ainsi me débarassant de ses liens je joue mon "JE" , celui de la distance de l'individu à tous les autres . Distance vitale , indispensable à l'existence , et aussi indispensable que de quitter enfin sans regret le paradis fusionnel de la Grande Nounou-Dieu ...
Le billet de notre hôte me déconcerte un peu. Un peu osé de mettre sur un même pied Adam et Eve chassés du Paradis et les Portugais éliminés (C.A. a utilisé le terme 'chassés') de la Coupe du Monde... Dans ce dernier cas, il ne s'agit, après tout, que d'un jeu, avec un gagnant et perdant...
RépondreSupprimerPar contre dans le premier cas, je me souviens d'une interprétation d'un théologien-philosophe-psychanalyste qui a écrit à peu près ceci sur le mythe du paradis perdu (désolé, je n'ai plus plus le texte sous les yeux) : "Après avoir bravé l'interdit, autrement dit après avoir refusé d'admettre la transcendance de l'autre (càd les limites à ne pas dépasser dans la relation avec autrui) et après l'avoir offensé, Adam et Eve avaient peur de paraître nus devant l'autre, et donc se mirent à recouvrir leur corps de feuillage. La nudité ici est synonyme de confiance et d'intimité réciproques. Elle a laissé la place à une relation de dominants-dominés, de conquérants-conquis à travers les parures...
Adam et Eve avaient donc peur d'apparaître nus (au sens propre et figuré) devant l'autre et donc étaient obligés de quitter le paradis et de marcher ou plutôt d'errer dans un environnement qui leur paraît hostile les obligeant à être continuellement sur la défensive..."
Retrouver le Paradis perdu consisterait peut-être à redécouvrir la transcendance de l'autre, si insignifiant soit-il, pour pouvoir retrouver une confiance en moi-même et en l'autre ?
BàV
l.n
Redécouvrir l'altérité c'est non seulement accépter la séparation mais choisir cette séparation donc il est indispensable de quitter le paradis , d'en sortir délibérement et librement , de dénouer les liens et de se retrouver seule car se qui est le plus indispensable à la maniféstation de l'altérité c'est l'absence et la distance infranchissable entre les corps car ce qui fait l'altérité ce n'est ni le semblable ni le différent c'est le corps . Chaque être est au monde par son corps et cette séparation des corps qui sgnifie l'altérité est irrémédiable si on la subit , nécessaire et bonne si on la choisit librement car sans cette séparation aucun désir n'est possible et sans le désir aucune altérité n'a de signification .
RépondreSupprimerBien vu !
RépondreSupprimerIntéressant ce que vous expliquez l.n. ...
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerEn lisant ce matin le post, aussitôt j'ai songé à cette merveilleuse chanson de Francis Cabrel, un autre poète (comme Nougaro du Sud Ouest):
Les Hommes Pareils
"Vous, vous êtes et nous, nous sommes
Vous, vous êtes et nous, nous sommes
Des hommes pareils
Plus ou moins nus sous le soleil
Mêmes cœurs entre les mêmes épaules
Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école
Si on y oublie l'essentiel ?
On partage le même royaume
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Moi, j'ai des îles, j'ai des lacs
Moi, j'ai trois poissons dans un sac
Moi, je porte un crucifix
Moi, je prie sur un tapis
Moi, je règne et je décide
Moi, j'ai quatre sous de liquide
Moi, je dors sur des bambous
Moi, je suis docteur-marabout
Et nous sommes
Des hommes pareils
Plus ou moins loin du soleil
Blancs, noirs, rouges, jaunes, créoles
Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école
S'il y manque l'essentiel ?
Semblables jusqu'au moindre atome
Vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Moi, je me teins et je me farde
Moi, mes chiens montent la garde
Moi, j'ai piégé ma maison
Moi, je vis sous des cartons
Moi, j'ai cent ans dans deux jours
Moi, j'ai jamais fait l'amour
Nous, enfants neveux et nièces
On dort tous dans la même pièce
Quelque soit le prix qu'on se donne
On nage dans le même aquarium
On partage le même royaume
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes
Où nous sommes des hommes pareils
Plus ou moins nus sous le soleil
Tous tendus vers l'espoir de vivre
Qu'est-ce qu'on vous apprend dans les livres
S'il y manque l'essentiel...?
S'il y manque l'essentiel...?
J'aime mieux ce monde polychrome
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Des hommes pareils.."
Il faut s'en souvenir....très souvent.
AG
Si nous sommes vraiment tous pareils et que nous partageons les mêmes souffrances pourquoi n'y a t il rien de plus étanche, de moins "communicable" que la souffrance. On partage les bonheurs, pas les peines, pas au sens vrai du terme. Face à la souffrance, à la douleur, aux malheurs, on est seul, toujours. Il n'y a pas de mots ni pour ce celui qui souffre, ni pour celui qui souhaiterait l'aider, au moins au début, il faut attendre que l'intensité diminue, devienne plus supportable. Le repli est bien souvent la seule parade. Et chacun réagit comme il peut, avec son passé, ses références ....
RépondreSupprimerJe ne crois pas non plus que la souffrance rend plus humain, elle détruit. Je n'aime pas cette phrase qui dit que ce qui ne tue pas rend plus fort.
Des hommes pareils, oui. Affligés, honteux peut-être. Oui mais ENSEMBLE, ils marchent ensemble ! Dans les deux cas : le couple ou l'équipe ! Et c'est peut-être pour cela qu'ils avancent, parce qu'ils ne sont pas seuls ...Comme dans ce blog ...
RépondreSupprimerAlors merci !
Hello,
RépondreSupprimera) entendu, les mimiques semblent similaires mais les uns pleurent un match et les autres le paradis perdu. Cela montre surtout la diversité des préoccupations des humains à mon avis!
b) est-on sûr que nous ayons tous les mêmes mimiques ou postures ? il me semble qu'en Asie par ex, on masque bcp plus qu'en occident par ex. Qu'on me détrompe si je fais erreur.
c) Quand on est heureux, on donne aussi bcp. On n'a pas la même capacité d'empathie au sens d'éprouver la souffrance de l'autre, mais on aussi envie de donner et de consoler. Le bonheur n'est pas (forcément) égoïste et inversement la souffrance n'est pas forcément partage. Elle permet peut-être de nous délivrer de certains jugements hâtifs ou de certitudes non vérifiées.
bien à vous tous,
B.A.
"nous souffrons tous des même maux, de la même manière", est-ce une invitation à éprouver de l'empathie, Dr André ?
RépondreSupprimerL'autre jour je me suis surprise à dire : "Les gens ne comprennent pas ça.", puis : "Je ne comprends pas ... qu'ils ne comprennent pas ça". Puis, en riant : "Finalement, je les comprends (puisque moi-même je ne comprends pas non plus quelque chose)". C'est vrai, non ? Il y a des choses qui nous dépassent, et ce n'est pas forcément les mêmes pour tout le monde ...
Alors, imaginer qu'au fond, nous éprouvons les mêmes émotions, et comme dit Sylvie, sans juger les causes, ça aide un peu à comprendre.
Mais alors, qu'est-ce que c'est difficile lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui vous a fait du mal et ne veut rien entendre, et que tout vous dit : "Fuis, ou frappe !". C'est plus facile comme médiateur ou accompagnateur, mais quand on est en plein dedans, seul en plus ...
Il ne reste que les livres, un peu de méditation. Et comme je ne veux pas passer ma vie à fuir et m'effacer toujours plus jusqu'à disparaître, je dois trouver les mots qui frappent juste et assez fort ... et avancer.
J'ai lu un truc intéressant aujourd'hui :
"les erreurs du passé sont les succès du futur".
ON DIT SURTOUT TANT DE BÊTISES..............
RépondreSupprimerOn parle trop et si souvent pour se faire plaisir!
Et ça fait MAL!
1er message, ANNE