lundi 23 novembre 2009

Peinture hollandaise


Il y a en ce moment, à la Pinacothèque de Paris une belle exposition sur la peinture hollandaise, peinture du simple et de l’intime.
Comme toujours dans les expositions et les musées, on est accroché par un tableau, un détail de tableau. Pas forcément par les chefs d’œuvre ou les grands peintres. Mais quelque chose de latéral, discret, qui nous émeut tranquillement.
Ce jour-là, c’est une nature morte d’Abraham Mignon, et un pot de porcelaine, qui vont me secouer.
Comme toujours, les règles qui régissent une nature morte sont très codées. On y retouve souvent les mêmes messages à l’intention du spectateur que dans les vanités (peintures destinées à nous faire réfléchir à la mort et au caractère fragile et fugace de l’existence humaine) : la vie est fragile, s’y attacher est illusoire, elle s’écoule vite (voyez la mèche d’amadou qui se consume, sur la gauche), etc.
Mais à ce moment, c’est le bol de porcelaine qui me fait rester de longues minutes devant le tableau, et surtout l’intérieur de ce bol dont le brillant fait écho au nacre des huîtres ouvertes sur la table (incarnant, là encore, le caractère éphémère et périssable de nos plaisirs).
Je passe un bon moment à le contempler, mon ami le pot. Je rêve à sa vie. Ce à quoi il a servi avant de poser, ce à quoi il est retourné ensuite. Dans quelles mains est-il passé ? Combien de temps a-t-il duré ? Existe-t-il encore, dans quelque vitrine de musée hollandais ?
Puis, avant de quitter l’exposition, je reviens le regarder (j’allais dire le saluer) une dernière fois.
C’est drôle de se dire que ce peintre au nom bizarre (Abraham Mignon, je vous jure…) me secoue émotionnellement, influence mon comportement à des siècles de distance. Sans importance ? Oui et non. C’est important que cela existe, ces moments de communion d’humanité. Ces liens de complicité muette et hypothétique entre deux existences. Voilà, c’est ça qui me réjouit, comme toujours dans la vie : sentir qu’un lien s’est créé, même fugace, même léger, entre deux humanités. C’est ça (entre autres choses) que j’aime dans la vie.

Illustration : Abraham Mignon, Nature morte aux fruits, huîtres, et compotier de porcelaine.