
Il y a en ce moment, à la Pinacothèque de Paris une belle exposition sur la peinture hollandaise, peinture du simple et de l’intime.
Comme toujours dans les expositions et les musées, on est accroché par un tableau, un détail de tableau. Pas forcément par les chefs d’œuvre ou les grands peintres. Mais quelque chose de latéral, discret, qui nous émeut tranquillement.
Ce jour-là, c’est une nature morte d’Abraham Mignon, et un pot de porcelaine, qui vont me secouer.
Comme toujours, les règles qui régissent une nature morte sont très codées. On y retouve souvent les mêmes messages à l’intention du spectateur que dans les vanités (peintures destinées à nous faire réfléchir à la mort et au caractère fragile et fugace de l’existence humaine) : la vie est fragile, s’y attacher est illusoire, elle s’écoule vite (voyez la mèche d’amadou qui se consume, sur la gauche), etc.
Mais à ce moment, c’est le bol de porcelaine qui me fait rester de longues minutes devant le tableau, et surtout l’intérieur de ce bol dont le brillant fait écho au nacre des huîtres ouvertes sur la table (incarnant, là encore, le caractère éphémère et périssable de nos plaisirs).
Je passe un bon moment à le contempler, mon ami le pot. Je rêve à sa vie. Ce à quoi il a servi avant de poser, ce à quoi il est retourné ensuite. Dans quelles mains est-il passé ? Combien de temps a-t-il duré ? Existe-t-il encore, dans quelque vitrine de musée hollandais ?
Puis, avant de quitter l’exposition, je reviens le regarder (j’allais dire le saluer) une dernière fois.
C’est drôle de se dire que ce peintre au nom bizarre (Abraham Mignon, je vous jure…) me secoue émotionnellement, influence mon comportement à des siècles de distance. Sans importance ? Oui et non. C’est important que cela existe, ces moments de communion d’humanité. Ces liens de complicité muette et hypothétique entre deux existences. Voilà, c’est ça qui me réjouit, comme toujours dans la vie : sentir qu’un lien s’est créé, même fugace, même léger, entre deux humanités. C’est ça (entre autres choses) que j’aime dans la vie.
Illustration : Abraham Mignon, Nature morte aux fruits, huîtres, et compotier de porcelaine.
Hello,
RépondreSupprimerGuernica ou Vénus sortant des flots: tant de beauté à la fois, c'est si émouvant, si prenant. C'est vrai qu'au-delà de l'oeuvre, de sa beauté intrinsèque, on a envie de connaître ses conditions de création. On a presque une relation directe à l'artiste, un fil émotionnel...
Artistiquement vôtre,
B.A.
Il y a deux sortes de tableaux, me semble-t-il. Ceux sur une partie desquels le regard parvient à se poser - vous en donnez un bel exemple avec cette nature morte -, et ceux où c'est impossible tant l'oeil est stimulé, immédiatement attiré ailleurs.
RépondreSupprimerSi les premiers reposent comme l'odeur de la forêt, les seconds fatiguent comme le bruit de la ville. Tous deux sont plaisants dans l'alternance.
Il y a des petits pots qui se retrouvent là , tout bêtement parce qu'on débarassait la table.
RépondreSupprimerCe lien invisible mais réel, un lien fraternel, une passerelle, c'est en effet, réjouissant, réconfortant, émouvant. C'est, je crois aussi, le sentiment d'être relié par des forces qui nous dépassent.
RépondreSupprimerChez les artistes de tout poil, c'est une motivation essentielle.
Monsieur Mignon a touché son but avec vous, et d'autres sans doute.
Moi, j'ai rarement accroché sur des natures mortes.
Dans la peinture je suis toujours très touché par les portraits. Pouvoir regarder longuement des visages de personnes ayant vécu il y a parfois très longtemps... essayer de deviner sous leurs traits quels furent leurs joies, leurs peines, leurs amours, leurs emmerdes (comme chante Aznavour)... Je reste souvent de longues minutes devant un tableau comme ça.
RépondreSupprimerDans l'art, en général, j'aime l'idée qu'une oeuvre, même si vous l'avez acquise, ne vous appartiens jamais vraiment. Vous ne faites que lui permettre de durer dans le temps. Avant soi, quelqu'un lui a permis de vivre, après soi quelqu'un lui permettra de continuer la route...
Merci à tous les artistes de nous faire rêver...
"De l'art du bonheur"...
RépondreSupprimerToujours à capter le beau, dans le lien, la vie.
Ce livre m'accompagne et je l'offre à chaque fois qu'une occasion se présente,à mes amis.
Merci
Bonjour,
RépondreSupprimerDans votre récit vous donnez vie à ce tableau, votre analyse du détail démontre votre passion pour la peinture et c'est toujours interressant d'apprendre l'origine d'une création . J'aime les natures mortes mais surtout les paysages avec les effets de relief, les couleurs chaleureuses . Les artistes nous transportent dans leur ressentit des choses ...
Bonne journée.
Comme Eric, j'ai été frappée par votre description de la vie de cette nature morte.
RépondreSupprimerJ'aime aussi le rendu de l'ombre et de la lumière dans les peintures qui se mettent en valeur mutuellement.
Votre exercice intellectuel me fait penser au livre de Christiane Singer, "N'oublie pas les chevaux écumants du passé", où elle plonge le regard au-delà des apparences pour retrouver l'état originel des choses, des lieux, rejouer le film de la conception à la réalisation en passant par le travail des Hommes.
Comme elle, étant plus jeune j'aimais faire cet exercice. Hier, justement, arrêtée à un feu rouge, je regardais l'enchevêtrement des bretelles suspendues des autoroutes, et j'ai vu une fraction de seconde ce paysage, bien avant, il y a plusieurs siècles ...
"On est bien peu de choses" ... Est-ce une réduction ? Pas toujours. La machine à remonter le temps, elle existe. C'est d'abord notre mémoire, c'est ensuite les histoires que les Hommes se sont transmis de générations en générations près du feu pour se rassurer ...
Dans nos sociétés éclatées, nos familles éclatées, pour se rassurer, les individus maintenant isolés se rassurent avec des anti-dépresseurs. "Mais c'est normal, c'est le progrès".
OK il est beau le pot en porcelaine... mais les levres rouges de la 'jeune fille à la perle' je ne dirai pas que c'est autre chose, mais ca fait aimer la vie encore plus !
RépondreSupprimerNature morte, jeune fille vivante, on n'est pas oblige de choisir, c'est vrai...
Ah, ces regards qui nous parlent et nous émeuvent à des siècles de distance... "La jeune fille à la perle", aussi, et également ce minuscule auotportrait de Rembrandt gravé, dont le regard fou m'interpelle chaque jour. Merci aux artistes de toucher ainsi le plus profond de nos âmes, et de les mettre, nos âmes, dans des "états" de grâce...
RépondreSupprimerCatherine
Vous , qui l'admirateur des pots etes ,
RépondreSupprimerLaissez nous encore rever à tous les pots cibles
C'est sensible votre écrit mais quand vous evoquez votre cogitation sur "la vie du pot, votre ami".....sincèrement juste à ce moment là je dechante mais je me rattrape aussitôt après sur les lignes qui suivent
RépondreSupprimerAH ! mon Potte ! Mon vieux Poto ! Mon ami , mon camarade ! .... Entre ici Mon Poto ! .... Bon , ça s'appelle la licence poétique ..... On a le droit de délirer un MAX si c'est beau , voilà ! .... OK ? .... Moi , qui suis de la campagne , plutot que les natures mortes , j'aime admirer les cheveaux , les juments surtout . C'est trés beau une belle jument , trés érotique trés vivant , surtout les belles pércheronnes à la croupe arrondie . C'est sexy !.... Parcequ'au fond la beauté est sexy , enfin pour moi en tout cas ... C'est pourquoi j'ai toujours trouvée la beauté trés vivante trés chaude , OUAIH ! ! ! comme une belle jument quoi ! .......
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