mardi 24 novembre 2009

Le garagiste qui n’aimait pas le rugby


J’aime le rugby et j’aime le Stade Toulousain, l’équipe qui propose le plus beau et le plus intelligent rugby de France. Alors j’ai des chemises, des maillots, des T-shirts aux armes de mon équipe favorite. Je sais c’est un peu bête, mais c’est comme ça.
Un dimanche, j’étais à la station service pour prendre de l’essence, avec un beau T-shirt du Stade (c’est à ça que vous pouvez reconnaître un toulousain : il ne dit pas « le Stade Toulousain » mais simplement « le Stade » ; pour lui, il n’y en a qu’un d’assez grand et beau et fort pour qu’on n’ait même plus à le nommer).
Le garagiste à la caisse regarde mon T-shirt, qui porte la mention « Toulouse Rugby » et s’écrie : « Moi, j’aime pas du tout le rugby ! Je préfère le foot ! »
Houmpf… Je suis à deux doigts de lui rendre son essence. Il doit le voir à mon visage, et il rajoute : « Sauf l’Afrique du Sud, là, quand ils font le Gnaka ! » Et il m’ébauche un début de Haka (qui n’est pas exécuté par les Sud-Africains mais par les All-Blacks de Nouvelle-Zélande). J’éclate de rire, et lui aussi. Du coup, je suis décoincé, et je lui lance : « Je ne vous crois pas, c’est impossible de ne pas aimer le rugby ! » et finalement, j’accepte de le payer. On se quitte bon copains, il ébauche même un dernier mouvement de Haka pour moi quand je quitte sa boutique.
C’est drôle comment je me souviens, des mois après, de ce petit dialogue improbable et sans grande importance, et comment après-coup, je comprends que mon T-shirt a alors parfaitement joué son rôle d’outil de communication, là où il y aurait pu ne pas y avoir de communication. Le garagiste n’a fait que répondre à ma déclaration pectorale d’amour pour le rugby toulousain. Et ça nous a fait (au moins à moi en tout cas) un petit souvenir drolatique.

Illustration : un fan du Stade Toulousain qui devient fou au rayon fruits et légumes du supermarché...

16 commentaires:

  1. On sent que la pression monte à quelques jours de la grande rencontre attendue, hein Docteur ? C'est un truc de pro de parler avec légèreté du sujet générateur de tension ?

    Bravo au "Stade", quoi qu'en pense votre footeux de garagiste, qui nourrit et inspire le XV de France de belle manière. Le blog tenu pendant la dernière coupe du monde me rappelle de bons souvenirs, et je serai de tout coeur avec vous samedi.

    PS : les joueurs rééditeront-ils leur coup de force en faisant face, les yeux dans les yeux, aux Blacks durant le Haka ? (l'ont-ils fait samedi dernier face aux Samoa ? Je n'ai pas vu le match). Je parie que oui.

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  2. Et si le garagiste aimait simplement communiquer , comme ça pour le plaisir . Et s'il savait observer et s'adapter avec tout le monde . Et si votre maillot n'y était pour rien . Et si vous étiez quelqu'un comme tout le monde (pour lui en tout cas) .... Et s'il ne se souciait tout simplement pas de votre posture permanente de grand Sachem sachant tout de l'humain . Si ça venait de lui , pas de vous ? ..... Hein ! DÔC ! ! !

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  3. et bien....je suis très impressionnée.

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  4. Autrefois les romains ne parlaient pas de Rome mais de "L'Urbs "(La ville) Il n'y en avait qu'une seule pour eux.L'anecdote m'a rappelé cela et fait rire.
    J'avoue que je n'apprécie aucun des sports collectifs. Par contre, je suis toujours impressionnée et parfois amusée par la passion qu'ils déchainent: comme un retour d'enfance des spectateurs bien concentrés sur le stade...Pleine conscience quoi!:)
    L'enthousiasme de gens, très sérieux par ailleurs, est réjouissant et donne d'eux une image plutôt sympathique.
    Enfin songeant qu'à Byzance un trône d'empereur a vacillé suite aux grandes courses de chars... On peut se dire que, dans l'ensemble, les conséquences de ces passions sportives sont limitées.
    Au fait que se passe-t-il quand on refuse de payer l'esence?

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  5. Bonjour,

    Ce billet est une réponse parfaite à la critique formulée par votre ami Massimo! Comme quoi vous ne vous montrez pas que sous votre meilleur jour, vous avez bien évidemment vos contradictions. Vous fustigez le marketing lorsqu'il concerne les smoothies, les filles faisant la tête sur les affiches, les 4x4 etc. Mais vous succombez au bonheur d'acheter les maillots de votre équipe préferée. Or il s’agit bien là de marketing.
    Les arguments que vous vous trouvez pour justifier vos achats vous ne les appliquez pas aux achats des autres, pourquoi? Le bonheur dans les maillots de rugby ne vaut pas plus que le bonheur dans la mode ou la nourriture. Allez, Vive le Rugby et Vive le Dr André et ses contradictions!

    “ Do I contradict myself? Very well, then I contradict myself ( I am large, I contain multitude” W. Whitman

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  6. Et si les contradictions étaient tout simplement inhérentes à l'humain ? Le plus important à mon avis est d'en avoir conscience...

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  7. Pour répondre à Hanna, il n'a jamais dit qu'il était parfait le monsieur Christophe....! (si tant est d'appeler cela de l'imperfection que d'acheter un T-shirt aux couleurs d'une équipe..) on peut aussi envisager là le droit de s'accorder des petits plaisirs (être fier de soutenir une équipe ou, comme celui de s'offir des hamburgers ,dégueu à mon gôut, mais qui procurent peut être avant tout du plaisir moins qu'ils ne nourrissent..)
    Je n'aime ni le foot, ni le rugby, ni les hamburgers, j'aime la diversité que nous constituons, qui nous permet ces échanges, et que je respecte avant tout.
    quant à l'histoire du garagiste, je vous rejoins Christophe dans ce que peuvent procurer ces petits moments inattendus (je me rappelle des réactions à une paire de lunettes un peu "bizarre" que j'avais à une époque et cet "accessoire" m'a valu de nombreux commentaires qui ouvraient à une communication nouvelle avec des inconnus qui ne m'auraient probablement jamais adressé la parole... sans mes lunettes!
    Allez.... bon match quand même !! (je ne sais même pas de quel match vous parlez lol)
    douce journée
    Anne

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  8. Je suis absolument d'accord avec vous Catherine! Du reste, mon commentaire n'est pas a prendre comme une critique. La phrase de Walt Whitman que je citais, je la fais mienne, on se contredit car chacun d'entre nous contient des multitudes...

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  9. Ce qu'il y a de réjouissant, c'est qu'un maillot de rugby déclenche une scène et des échanges amusants. Avec un maillot de foot, parfois c'est moins évident...le rugby porte plus haut me semble-t-il les valeurs de respect, de partage, de don de soi, de collectif.
    Je crois que j'aurais un peu de mal à porter un maillot de quelque sport que ce soit. Peut-être est-ce plus naturel dans le temple du rugby.

    Vive le Stade quand même! et vive le Stade Nungesser!

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  10. C'est drôle car mon conjoint porte souvent les couleurs de la Ste-Flanelle. Ici, le hockey est une religion et encore plus le CH de Montréal qui fête ses 100 ans cette anéée. Quand il porte le CH, tout le monde lui parle. J'aime mieux ces discussions que celles sur la température car on est des experts ici pour échanger sur la température. Pour mon conjoint, ce n'est pas du marketing mais un sentiment d'appartenance à une équipe qu'il soutient. Même chose cet été, on est allé en Californie et il a porté la casquette des Dodgers qui est son équipe préférée. Si tu veux de la casse porte une casquette de baseball de Boston a New-York. Dingue non? Heureusement, mon conjoint a terminé sa période de rébellion et que mon fils est plutôt timide. Je crois que le sport est un endroit de ressemblement et d'échange.

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  11. Je retiens la phrase de Whitman, et je la fais mienne. Merci Hanna !

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  12. Je ne sais pas si j'ai bonne mémoire mais il me semble que le professeur du bonheur a Harvard était un champion de Rugby quand il était dans son épisode fonceur.

    Je ne connais rien du Rugby. Je n'ai jamais vu personne pratiquer ce sport même un quart de seconde. Par contre, je connais ce sentiment de fierté et d'identification.

    Le garagiste était un peu provocateur mais sympatique a la fois. Je trouve ça quand même étrange de penser ne pas payer son essence... Ce n'est pas une option pour moi... Devrais-je concidérer cette option ? Je rigole... Qu'est-ce qui dérange? Le fait qu'il n'aime pas le Rugby? Le fait qu'il l'exprime sans aucune gêne? Il voulait entrer en relation ça s'est certain. Ici porter un chandail du CH c'est l'équivalent d'écrire sur son chandail: parlez moi... aujourd'hui, je laissé mes frontières chez moi...

    Pourquoi cela a laissé une marque dans votre mémoire? Je crois que vous le savez. Vous avez vécu des émotions avec ce garagiste telles que de l'irritation laquelle s'est transformée en rigolade et en complicité. Je pense aussi que vous avez partagé cette anecdote avec vos proches.

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  13. Ben, désolée Docteur. Je suis sûre que vous ne serez pas fâché avec moi si je vous dis que je ne suis pas fan de rugby... J'admire en général les sports d'équipe mais pour moi, c'est un sport d'hommes et je n'arrive pas très bien à comprendre les jeux de "mêlée", à la limite, ça m'effraie... J'admire cependant votre attachement "viscéral" au Stade !

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  14. Bonsoir,
    L'habillement de marque montre d'une certaine manière une appartenance à un groupe comme une part d'identité que l'on revendique et qui permet d'être reconnu par le groupe, les ados en savent quelque chose . Le risque parfois en l'affichant c'est de tomber sur des personnes qui ne s'idenfient pas du tout à votre groupe. Le garagiste a traduit sa différence dans un humour communicatif et bon enfant mais certains sont malheureusement plus agressifs . Je m'interesse moins au sport aujourd'hui, le business a reduit la noblesse du combat sportif . Mais quand je vois les images du Haka, j'aime voir les visages et la chorégraphie d'ensemble des joueurs marqués par le désir d'impressionner l'adversaire dans le respect de l'autre . Le film " le plus beau des combats" racontant l'histoire authentique de la première équipe de football américain composée de joueurs de couleur de peau différente est un bel hymme à la tolérance et la différence sur fond de sport.
    Bonne soirée à tous

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  15. Très chouette l'affiche :-) Et vive le Stade Rochelais! car pour moi de stade, il n'y en a qu'un et il est rochelais ;-) Vive le rugby!

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  16. Il y a des petites choses qui nous distinguent de certains et nous rapprochent d'autres, et alors cela engendre des échanges de regards complices, des sourires et parfois des paroles.

    Pour moi, c'était mon chien. "Il est beau votre chien, c'est quelle race ? Je peux le caresser ?". Et voilà, un bref contact, un "petit rien" qui rend fier, donne un sentiment d'appartenance à une famille et égaye la journée.

    Aujourd'hui, précisément, je suis allée faire endormir mon vieux compagnon. Il avait deux mois lorsque il a rejoint ma vie. En sortant de chez le vétérinaire, je n'ai pas eu le courage de rentrer chez moi, et voir sa place vide après 14 ans de vie passée ensemble.

    Alors, j'ai fait un petit rituel : j'ai refait ce que nous faisions le samedi ou le dimanche, autrefois, tous les deux, lorsqu'il était encore capable de marcher. J'ai acheté une pâtisserie et un café que je suis allée manger au parc de chiens. Aujourd'hui, elle était difficile à avaler, mais je devais le faire. Je lui en donnais toujours un petit morceau, il le savait, l'attendait et cela le rendait heureux et surtout confiant d'appartenir à la même meute que moi, la même équipe. Puis j'ai fait deux fois le tour du parc qui est assez grand, comme avant lorsqu'il s'affairait à flairer consciencieusement le sol, poursuivre les chiennes sans grande ambition, se faire bousculer par d'autres mâles, ou jouer avec des petits chiens moins intimidants ... il m'a aidée à comprendre bien des choses sur les comportements sociaux.

    J'ai pleuré, j'ai ri, pleuré, et ri encore en regardant les chiens jouer, entre eux, avec leurs mâitres, les jeunes chiens taquiner les plus vieux, des chiots potelés courir maladroitement. J'ai croisé des gens en retenant mes larmes et ils me souriaient. Je ne voulais pas qu'on me parle ou me console, ç'eut été trop ... seulement des regards et des sourires pour éponger mon chagrin, seulement le silence complice de ceux qui connaissent la profondeur des liens qu'on peut avoir avec nos compagnons.

    Le soleil était au rendez-vous, le vent un peu frisquet pas trop fort, une magnifique journée.

    J'ai quitté le parc en y laissant mon chien, libre d'y courir et revoir ses amis pour l'éternité.

    Comment savez-vous, Dr André, que c'est un toulousain sur l'affiche ?

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