jeudi 19 novembre 2009

La jeune fille et le Grand Morgon


Ce titre ressemble à celui d’un conte de fées, ou à celui d’un quatuor à cordes de Schubert. C’est un peu ça. C’est une histoire de naissance d’un sens. Le sens de la beauté de la nature.
Ça se passe cet été, lors de vacances dans les Alpes. Nous faisons une petite randonnée avec des cousins. Louise, la plus sportive de mes filles, nous accompagne avec deux copines. Après la marche d’approche dans la forêt, nous arrivons dans un vaste cirque naturel, avant la montée vers le sommet (le Grand Morgon) un de ces endroits d’une beauté magique.
Je sens Louise touchée par l’endroit, et il me semble que c’est la première fois qu’elle me dit spontanément, sans que ça vienne au préalable de moi : « Papa, c’est incroyable ce que c’est beau ! C’est tellement beau qu’on se croirait dans un film, dans Le seigneur des anneaux, ou Narnia ! »
Puis, une fois ce moment d’émerveillement esthétique exprimé par des mots, elle se met à gambader, à faire la folle, suivie par ses copines, la troupe poussant des cris aigus, comme de petits chevaux sur la prairie alpestre. Autre façon, plus physique, de dire que c’est beau.
Ça se corsera ensuite à la montée vers le sommet, un peu raide et longue, qui s’accompagnera de récriminations, mais ce n’est pas grave.
J’ai assisté à une naissance, une naissance d’un sens : le sens du beau. En tout cas, de la capacité à s’en émouvoir et à le dire. Belle journée...

Illustration : ce n'est pas le Grand Morgon, mais un coin de Pyrénées, photographié par mon ami Frédéric Richet.

19 commentaires:

  1. je vous invite à découvrir lors de prochaines vacances avec Louise, le lac Nino en haute corse, c'est de toute beauté, avec des chevaux sauvages en prime... Mais il faut également le mériter!

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  2. Bonjour,

    Ce matin, les immeubles et la pollution ont soudain disparus de mon environnement en lisant votre post. Cà y est, j'y étais de nouveau, là-bas dans cette belle région des Hautes-Alpes où j'ai crapahuté et pédalé souvent.

    Puissance forte des émotions. Je me suis laissée porter par la vague (comme celles petites du lac de Serre-Ponçon), oubliant qu'il faillait que je prenne le métro dans les minutes qui suivent.

    Baudelaire écrivait que "ce qui est naturel est laid, ce qui est artificiel est beau". Venant d'un auteur si talentueux soit-il qui s'est souvent abîmé dans les paradis artificiels de son époque, rien d'étonnant. Mais je ne partage pas cette idée. Pourquoi nombre "d'intellectuels" ont toujours besoin de mépriser les choses et les gens simples, naturels. Un snobisme bien triste.

    Je trouve formidable d'être, comme Louise, soudain touchée, enveloppée, par cette nature si généreuse et qui a ce talent merveilleux de nous permettre de revenir à l'instant présent, débarrassée du paraître.

    AG

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  3. Bonjour,
    Un site grandiose également, le cirque du Grand Marchet au départ de Pralognan-la-Vanoise. On trouve de nombreuses descriptions sur internet de l'itinéraire, mais je l'ai fait plusieurs fois dans le sens inverse que j'ai trouvé plus facile.
    Ou plus près. Hier j'ai fait une boucle de 19 km dans la vallée de l'Ecole (près de Melun) et j'en suis revenue revigorée, rassérénée.
    Belle journée.

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  4. Bonjouir, (j'ai fait une faute de frappe, mais je la laisse, c'est un lapsus informatique!)

    L'émerveillement d'un enfant devant la beauté inégalable de la nature , ou devant le Beau en général, et la joie spontannée qui l'accompagne est un sens inné, donné, puis malheureusement parfois inhibé chez l'adulte.

    Je vous rejoins donc dans l'idée d'une première révélation exprimée plutôt que d'une naissance.
    Enfin peu importe, c'est un ravissement qui redonne foi en la vie.
    Ce billet m'a également emmené dans les Hautes-Alpes, plus haut vers les Ecrins, le Valgaudemar. En montagne, devant tant de beauté, je n'ai qu'un mot qui me sourit aux lèvres ; merci.
    Je crois qu'on a tous des yeux d'enfants devant ce spectacle éblouissant, cette grâce, si tant est qu'on puisse, ou veuille, l'accepter.

    Kant disait, je crois, " le Beau est ce qui universalement fait l'objet d'une satisfaction désintéressée"

    C'est moins joli que votre billet mais je pense que c'est assez vrai.

    A propos de votre écriture, vous n'avez jamais songé à écrire en dehors de votre univers professionnel? Votre style est très agréable et en plus, à travers, des histoires ou romans, vous pourriez indirectement faire passer beaucoup de messages.

    Bonne journée aérienne à tous !

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  5. Votre billet de ce jour a réveillé en moi plein de beaux souvenirs de montagne mais aussi de moments d'émerveillement de mes enfants.

    Il a rejoint aussi un de mes questionnements que j'ai depuis quelques temps sur le plan professionnel pour accompagner des enfants victimes de violences psychologiques, de maltraitance physique ou d'abus sexuels. Au delà du dépistage, du signalement que ma profession me conduit à faire, je me demandais si pour aider ces enfants, je ne pourrais pas trouver (ou créer ??) une association de "beauté-thérapie" : aider ces enfants à se remplir de beauté ( de la nature, de l'art...) comme dans la chanson de Pierre Perret que j'aime beaucoup "mon p'tit loup" : pour contrebalancer la laideur de ce qu'ils ont enduré par plein de beauté du monde.........

    Vous docteur, et vous fans de ce blog, connaissez vous de telles associations ? Qu'en pensez vous ?

    Merci de m'aider à cheminer dans ma réflexion.
    Bonne journée à tous

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  6. Ah la beauté ! Dostoïevski disait que « la beauté sauvera le monde »… J’aimerais juste ajouter : « sauvera le monde… oui, ceux qui auront su l’apprécier, la voir, l’entendre (car il y a aussi la beauté de la musique).
    Après pour l’histoire de la « naissance », c’est bien un truc de psy, ça. Désolée mais j’suis un peu fâchée avec ce terme là, c’est tout. Je préfère parler de l’ « éveil »… Y a un même un chant très beau que je connais «Réveillez vous harpes et cithares, éveille-toi, mon âme éveille toi ! ».
    PS : pour les enfants maltraités, je connais le BICE (http://www.bice.org)

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  7. chez moi aussi, cela rappelle de beaux souvenirs de la nature ... lorsque j'ai parcouru le GR20 en entier avec mon mari. Des paysages à couper le souffle malgré la difficulté.. Vive le beau !

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  8. Souvent la beauté de la nature me coupe le souffle et me laisse ravie et muette
    Parfois je tente de la capter dans des mots comme les poètes
    Le sentiment d'être dans une carte postale ou dans un film fait sourire
    La paix peut naître de la beauté

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  9. Giroflee d'avril19 novembre 2009 18:17

    L'éveil peut s'effectuer même face à du "quotidien".
    Je travaillais dans une "Grande" école de Commerce située dans un magnifique parc de 120 H en banlieue parisienne. Un jour, alors que je discutais avec une collègue, ce que je voyais chaque jour à travers mes fenêtres m'a paru exceptionnellement beau. Etaient-ce les effets du renouveau du printemps et de la lumière du soleil à cette saison ?
    J'ai dit à ma collègue : "Regarde comme c'est beau dehors". Elle s'est retournée et m'a dit : "Bah, c'est comme tous les jours".
    J'ai vécu très souvent ce genre de scène mais je ne dis plus rien, car on voudrait me faire croire que je suis une "illuminée". C'est peut-être vrai, après tout !

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  10. S'arrêter chaque jour sur une ou plusieurs choses, et se dire "c'est beau", parce que hier c'était autre chose, et demain ce sera différent. Rien que l'instant où je m'arrête pour regarder le jaune vif du gimko biloba, le vert de la pelouse qui repousse, le rose du ciel, le... il n'y a pas que les couleurs ! juste s'arrêter pour savourer l'instant, un petit plaisir.

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  11. au cours d'une ballade en Ordessa le plus petit de mes enfants(4 ans à l'époque) c'est exclamé au détour d'un virage qui embrasait tout le canyon au soleil couchant : "oh,c'est beau la vue !"
    le même au même âge après être tombé à ski et ne voyant que du bleu car couché sur le dos à dit :
    "je suis tombé dans le ciel"
    dans la famille on s'en souvient toujours avec bonheur et on s'émerveille encore

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  12. Bonsoir,
    Savoir s'arrêter et contempler le paysage en étant présent à la nature qui nous entoure, c'est ce vers quoi je progresse au quotidien grâce à vous.
    Je me souviens de mes colonies de vacances dans les pyrénées, le cadre était merveilleux : le cirque de gavarny, le tourmalet...La France regorge d'endroits magnifiques à découvrir.
    Bonne soirée à tous.

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  13. merci de me rappeler une telle merveille que ce quatuor de Schubert;
    j'ai tant de mal à écouter de la musique ici à Paris à cause du bruit dont on est saturé!

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  14. Il y a une vingtaine d'années, suite à un concours de circonstances un peu particulier, j'ai été amené à faire ce que l'on appelle une "régression" dans mon passé, la séance a été pilotée par une personne formée pour cela. Après une mise en relaxation, je me suis sentie partir dans un passé très très loin, à l'aube des temps. J'étais un grand singe dans une immense forêt, je vivais en famille, le point principal de la séance a été le moment ou étant seul(e) j'assistais à un lever de soleil. Le lever était magnifique, des couleurs extraordinaires, et j'ai senti l'émerveillement envahir le grand singe que j'étais devant toute cette beauté, et une intense prise de conscience . A mon retour à l'état normal j'étais sidéré(e), UN de m'être projeté dans l'esprit d'un singe (!!) et DEUX de la conscience de la beauté qui s'était fait jour dans l'esprit de l'animal que j'étais. Et bien on me croira "illuminé(e)" je m'en fiche, cela a changé viscéralement ma perception de la relation que l'on peut avoir avec l'Animal. Et inutile de vous dire que je ne supporte pas de voir des singes dans des zoo, ou que l'on puisse leur faire du mal. Petit message à l'intention de "Giroflée" vive les illuminés, un peu de lumière dans un monde parfois un peu sombre n'est pas pour me déplaire.

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  15. Belle initiative que celle de mettre des liens vers des sites comme la musique du magnifique Schubert.
    Merci
    Alexandra

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  16. Merci FRancine pour l'info sur le BICE
    Bonne journée

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  17. Mercredi soir, mon ordinateur m'a lâchée. J'ai bricolé un peu avec des morceaux que j'avais, mais n'ai pas encore réussi à récupérer mes données. "C'est chiant, mais pas catastrophique", je me répétais en essayant d'apprécier cette activité que j'aimais avant, et qui aurait pu être ma profession si j'avais eu une meilleure estime de moi.

    Jeudi, je suis allée voir un avocat qui m'a confirmé qu'il n'y a rien a faire pour défendre mes droit, et que si je n'ai pas assez d'énergie pour déménager, des huissiers se chargeront de vider mon appartement, et mes animaux iront à la SPA. Et mes petits oiseaux risquent de mourir dans le froid.

    Aujourd'hui, entre autres choses, je suis allée m'informer auprès d'un vétérinaire à propos de l'euthanasie de mon vieux chien de 14 ans. Cela m'a pris du temps rien que pour cette démarche, mais je crois qu'il commence à souffrir terriblement. L'arthrite atteint le train avant, c'est la limite que je m'étais donnée. Déjà qu'il me semblait de plus en plus insuportable de nettoyer et nettoyer (je ne peux plus le faire sortir dehors), et puis cette odeur qu'il me semble traîner partout, même si je me change ...

    Mais aujourd'hui, confrontée à la réalité irrémédiable d'une décision que j'ai prise, mais sans trop savoir pour quand exactement encore, il m'a semblé que quelques efforts de plus de ma part étaient moins lourds dans la balance.

    Je lui ai trouvé de la glucosamine. Cela devrait diminuer les douleurs, et il a encore bon appétit.

    Ce soir, en rentrant chez moi, j'ai nettoyé encore ... et une brèche s'est ouverte à travers la muraille bâtie par plusieurs années de desespoir à courir sur des tapis roulant en sens inverse (quelle que soit ma direction) :

    "ce qui compte n'est pas ce qu'on fait, mais comment on le fait".

    Cette sensation enfin authentique, après des mois à me répéter cette phrase sans effet, m'a procuré une sensation de bien-être, de poids moins lourd sur mes épaules.
    Alors, j'ai nettoyé avec amour.

    A chaque étape dans la descente aux enfers, il se trouve un pallier que je crois ne jamais pouvoir descendre, que ce serait trop insurmontable ... mais c'est tellement insoutenable qu'il faut à un moment lâcher du lest, ce qui permet, contre toute attente, de ... relativiser.

    Ce petit répit permet de respirer et prendre le temps de regarder la montagne, et de se souvenir qu'elle est belle.

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  18. Cela me rappelle la première rando de l'été dernier avec ma minette qui au détour d'un virage, en regardant le paysage a dit, elle aussi, que c'était très beau. Oubliés les grognements pour avancer... le temps d'un moment, la beauté du lieu a été plus forte. D'ailleurs, c'est aussi ce qui reste en mémoire.

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  19. Belle histoire, et belle expérience que vous avez offert à votre fille.

    Pourvu que la nature "touche" encore beaucoup d'autres personnes.

    Louise...Quel beau prénom ! (une de mes filles s'appelle aussi Louise, mais elle, n'est pas vraiment sportive)

    Merci pour le quatuor de Schubert que je ne connaissais pas_ magnifique !_ dommage que cela ne dure pas plus longtemps.

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