C'est un patient qui me parle de ses crises d’angoisse dès qu’il est enfermé, coincé, prisonnier.
Mais il a un fils de 9 ans, il ne veut pas lui montrer ses failles (nous discuterons longuement, durant la consultation, de ce « il ne faut pas montrer ses angoisses », d’ailleurs...).
Alors quand son fils lui demande d’aller à la Foire du Trône, il y va. Et quand il lui demande de faire un tour d’un de ces manèges où on vous attache à une nacelle pour vous secouer dans tous les sens, il dit oui, aussi. Pour lui faire plaisir, pour ne pas le limiter à cause de ses peurs à lui. Pour ne pas le contaminer avec ses phobies absurdes. Et aussi pour ne pas perdre la face.
Pendant que le manège tourne, retourne et les secoue dans tous les sens, il lutte de toutes ses forces (respire, se dit que ça va bientôt s’arrêter, etc.). La tête en haut, la tête en bas, il se bagarre pour ne pas craquer.
Enfin, c'est la délivrance, le manège commence à ralentir, la tête et l'horizon se remettent dans le bon sens. Mon patient reprend son souffle et commence à bavarder avec son fiston, qui se remet lui aussi de toutes ces secousses.
Mais tout à coup, la catastrophe ! Comme il n’y a pas trop de monde, le patron du manège leur demande par signes s’ils veulent un second tour gratuit ! Non, non, évidemment surtout pas !
Et mon patient m’avoue alors : « Je lui ai dit non, en prétextant que ce serait trop d'émotions pour le petit. Alors que c’était moi qui était épuisé par la peur ! ».
Tous ces mensonges que la peur nous impose...
Illustration : Jubilation et Désolation sont montées sur un manège, qui s'en souviendra le plus longtemps ?
Une bien jolie histoire... un peu comme la vie, non ? ;)
RépondreSupprimer5h33, j'ouvre un oeil...non décidément il est trop tôt, même pour consulter le blog alors je m'endors à nouveau. 7h27, une histoire de transfert d'angoisses, le lourd héritage inconscient, impossible de cacher une angoisse à ses enfants
RépondreSupprimerHello,
RépondreSupprimera) est-ce que vraiment on peut "transmettre" ses angoisses à ses enfants si on leur dit ouvertement "je suis claustrophobe, agoraphobe " etc ? Il me semble que c'est quand on raille ou qu'on évite quelque chose sans l'expliquer aux enfants que l'on crée des angoisses. Chez mes parents ,c'était la danse Tous deux dansent atrocement mal. Du coup, ma mère n'a cessé de se moquer de "l'air inspiré" de ces gens qui "s'y croient" et de dire que "non ces singeries l'ennuyaient". Pendant longtemps, ses railleries m'ont totalement bloquée !
b) je me demande à quelle exposition vous allez soumettre le malheureux pour le délester de ses phobies ?! car là il est assez loin déjà.
En tous les cas, on se croirait dans un film avec Ben Stiller. et ça c'est plutôt sympa !
Amitiés,B.A.
Bonjour,
RépondreSupprimerJe me demande si une des causes des phobies n'est pas aussi ce qui permet aux phobiques de s'en sortir dans des situations telle celle que vous decrivez: l'imagination qui s'emballe. J'ai une phobie sociale moderee mais souvent je choisis l'evitement parce qu'avant meme d'etre confrontee a une situation j'imagine deja que ca va mal tourner, bref, ca tourne a plein pot dans le ciboulot, mais le pendant de ca c'est que cette imagination me permet aussi de m'inventer toute sorte d'excuses, et je ne sais pas s'il s'agit en pratique de mensonge tellement on se persuade de la validite de notre excuse...
Bonjour !
RépondreSupprimerJ'ai le vertige, mes enfants l'ont compris, j'ai mal au cœur sur les manèges, en réalité très peur. Aucune honte à le dire à mes enfants et refuser de les accompagner.
En revanche dans toutes les autres situations de la vie, surtout en avion, ne pas montrer mes angoisses, rester souriante, (ré)conforter, distraire, donner confiance afin que mes enfants vivent ces situations dans les meilleures conditions possible. Détendus, sans stress, la main dans la mienne, nous avons traversé pas mal de choses.
Je m'en réjouis car aujourd'hui, je savoure, je suis restée le pilier sur lequel ils peuvent compter. Quelle belle récompense ! Avec le recul, je sais que cela en valait la peine.
Tout le monde a pensé que j'étais une femme forte, hélas j'ai seulement assumé pour mes enfants.
A l'époque j'en ai retiré une certaine fierté par rapport à celui qui n'assumait pas.
L'âge vous apporte une sagesse qui balaie tout et c'est mieux ainsi. L'on finit par trouver une forme de sérénité qui ne donne plus la même saveur à ces choses.
belle journée à tous malgré la pluie
rosalie
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RépondreSupprimerLa peur et l'amour propre font bon ménage pour nous imposer beaucoup de choses.
RépondreSupprimerMon fils actuellement est sujet à beaucoup de peurs. J'essaye d'en parler avec lui de la façon la plus neutre possible: "D'accord tu as peur, il n'y a aucune honte à celà, moi aussi d'ailleurs, j'ai des peurs. C'est normal et même utile parfois comme signal d'alerte en cas de danger. Maintenant, ce qui est intéressant, c'est d'essayer de dépasser ses peurs, de les apprivoiser. C'est un travail passionnant, un chemin vers la libération(çà je lui dis pas). Il faut du temps, prends ton temps."
Souvent, c'est plus court... et je peux aussi lui dire, 'j'ai peur, je ne le fais pas".
Bien sûr ne jamais culpabiliser l'enfant, encore moins l'humilier. Mais je m'égare, la question concerne davantage l'adulte qui masque sa peur devant l'enfant pour ne pas perdre la face et ne pas inhiber son enfant par contagion.
Je l'ai fait, assurément. J'essaye le plus souvent d'être sincère et de lui dire si c'est le cas : J'ai peur et alors??
Pour les manèges, j'en tremblais petit et aujourd'hui j'avoue rechercher ma petit dose d'adrénaline même si, malgré moi, j'ai la gorge et les intestins qui se nouent. Pour l' accro-branche pareil, j'étais bloqué, j'ai mis trois heures pour faire un parcours que des gosses font en 15 minutes. Mais, après deux , trois autres parcours, je progresse, et ces petites "victoires" personnelles sont très enrichissantes. Je pense à chaque fois que le fait de s'avouer sans honte, sans scrupules, sa peur aide beaucoup.
Désolé, c'est long, mais la peur, c'est tellement passionnant.
Mon père un jour a fait une vrai crise de vertige en montagne sur un parcours de crête. Il s'est bloqué et commencait à dérailler du genre : je vais descendre la pente sur les fesses!
Le fait qu'il me l'exprime m'a complètement fait oublier mes propres peurs et en aucun cas, bien au contraire, n'a diminué l'estime que je lui portais et que je lui porte toujours.
Enfin, quand j'entends parler de peur, je pense toujours à ce passage du livre et film DUNE de Franck Herbert (un des seuls bouquins de science fiction que j'ai lu): c'est la litanie contre la peur du rituel Béné Gesserit.
« Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi. »
PS : j'ai également bien rigolé de votre anecdote, colonel.
Vous avez discuté longuement du : "il ne faut pas montrer ses angoisses", d'ailleurs...
RépondreSupprimerPourrez-vous nous faire part de votre opinion à ce sujet ? Car justement, j'ai bien peur d'en avoir transmis pas mal à mes enfants et je ne sais plus comment réagir face à mes phobies et angoisses pour ne pas leur en apporter davantage ! Bref, en plus, je culpabilise... Merci pour ce blog et toutes ces tranches de vie.
J'ai peur et alors ???? en plus je souffre de vertige et pour rien au monde je ne monterais dans ce genre de manèges et je n'ai aucune envie d'essayer parce que je n'en vois pas l'intérêt ... mes enfants le savent, eux aussi ont de ces peurs dont on ne sait pas trop d'où elles viennent, comme la plupart d'entre nous sans doute et comme moi ils les assument sans être prêts à s'en excuser ...
RépondreSupprimerAhahahh Moi aussi j'ai beaucoup rit à la lecture de votre anecdote, Monsieur le Colonel, qui m'est d'ailleurs très familière. Je me suis reconnue dans le rôle de votre courageuse grand-mère.
RépondreSupprimerMoi aussi j'ai connu le" fameux second tour gratuit" sous le regard amusé, limite sadique de la "galerie".
Sauf qu'il s'agissait d'un elastique-trempoline hyper haut.
Et ma copine qui connaissait le patron a eu l'idée de me faire une surprise, pour le moins inattendue.
Après avoir été attachée à l'élastique avec précaution, j'ai vu arriver vers moi deux gaillards hyper musclés(normalement y en a qu'un).
Leur mission était de me tirer vers le bas en sautant sur le trempo,tous les deux en même temps!, avec le plus de force possible.
Résultat:Comment dire... la vitesse d'élongation de cet élastique était tellement grande, que je me suis retrouvée en quasi chute libre, par moment. Mes bras et mes gambes, ne suivant plus la cadence, semblaient vouloir acquérir leur indépendance. Et de multiples pirouettes incontrôlées m'empêchaient de distinguer le ciel du sol.
Lorsque l'élastique me rapprochait du trempo, je voyais à nouveau les types se rapprocher, et ma copine rire aux larmes.
Et cela va de soi que j'ai eu droit à un "second tour", sans évidemment qu'on me demande mon avis.
Mais le pire dans cette histoire, c'est que si on me proposait d'y retourner demain, j'y serait la première à l'Aube:)))
Alors je ne sais pas, de qui entre Désolation ou Jubilation s'en souvient le plus longtemps, mais en écrivant ce commentaire une ptite tachycardie s'est emparée de moi :)))
Quel souvenir! ;)
Une question que je me pose à propos de masquer, c'est qu'un enfant ressent cette peur non dite et du coup peut être perturbé par le double message.
RépondreSupprimerJ'ai plutôt adopté le "j'ai peur, mais ce n'est pas fondé" Genre je déteste les araignées mais objectivement elles ne vont pas faire mal... ou le vertige ne signifie pas danger.
J'ai découvert de multiples peurs aux noms qui m'ont amusé dans un livre dont je tairais le noms des auteurs:)
Un papa "courageux" et gentil, et puis, un mot : la délivrance... comme si les papas, quelque part, étaient aussi un peu comme les mamans...
RépondreSupprimerJe me reconnais beaucoup dans cette petite histoire... Ne pas montrer ne pas montrer ne pas montrer, jusqu'à ce que finalement la peur soit insinuée dans la moindre parcelle du corps, dans la moindre pensée, partout.
RépondreSupprimerDans mon cas, c'est "ne pas montrer" que je ne sors plus de chez moi. Parce qu'à force mes peurs agacent tout le monde, on trouve que j'en fais trop pour rien, à avoir si peur comme ça de situations tellement bêtes ou banales. Mais les craintes sont irrationnelles. Je veux dire : d'un côté on se tient un discours rassurant, "tu ne risques rien, aucune raison que tu tombes par terre", et d'un autre côté, ça bat la chamade malgré tout !, c'est sueurs froides et terreur incommensurable.
Du coup, je crois que le calvaire vécu par cet homme, d'une certaine façon ne m'est pas étranger. Mais évidemment, lui, il a son fils.
L'autre question que pose son histoire à mon avis, c'est celle des mensonges que l'on fait par amour pour les autres. Tant qu'on arrive à leur cacher les choses, c'est comme si dans leurs yeux on était encore normal d'une certaine façon. Ça rend certes tout plus dur, mais ça permet d'esquiver la question de son propre état.
J'ai beaucoup aimé le commentaire de Stéphane, à cause du témoignage, et aussi parce que la litanie de la peur de Dune, j'y pense souvent. Je l'ai découverte, citée dans les Thanathonautes de Werber, il y a quelques années, et l'ai apprise par coeur.
"Qu'est-ce que l'Amour? L'absence totale de peur.
RépondreSupprimerEt de quoi avons-nous peur? De l'Amour."
Anthony de Mello.
"Jubilation et Désolation sont montées sur un manège, qui s'en souviendra le plus longtemps ?"
RépondreSupprimerJubilation et désolation montent dans un manège. Désolation tombe dans le vide.
Qui reste dans le manège?
Jubilation!!!
Pourquoi mentir ?
RépondreSupprimerLa plupart du temps, pour ne pas abîmer une bonne image de soi.
Lorsque l'égo n'est plus, il n'y a plus de mensonges. Tant qu'il est encore présent, on n'en finit pas de mentir aux autres et à soi-même.
Dire ses peurs pour être compris, pas pour s'excuser
RépondreSupprimerDire ses peurs pour les dépasser, pas pour s'y enfermer
vérité et simplicité m'aident souvent à avancer.
Merci à tous pour ce lieu d'échange riche et très humain
Elles sont intéressantes ces étiquettes, Dr André. Elles ont l'avantage de donner des repères, mais n'empêchent pas de faire du slalom au milieu.
RépondreSupprimerLa vie aussi nous joue des tours. Est-ce qu'elle nous en offre un autre à la fin ? Peut-être. Mais ce n'est pas gratuit.
Docteur André , j'ai détesté votre histoire .
RépondreSupprimerElle m'a fait mal et m'a renvoyé à une autre forme de peur . En effet, ma fille ayant déclenché une forme d'épilepsie à l'âge de 12 ans , j'ai toujours recherché l'origine de ce mal. Au fond de moi, j'ai toujours une espèce de croyance que c'est arrivé suite à cet horrible tour de manège que j'avais accepté de lui offrir et qui nous avait manipulé dans tous les sens et de façon interminable.
Merci malgré tout pour tous les sujets que vous nous faîtes partager chaque jour et qui nous permettent parfois de réfléchir au sens de notre vie , à nos comportements et à nos valeurs.
La peur, l'angoisse sont des maux qui m'envahissent souvent et qui me gâchent la vie ainsi qu'à ceux qui m'entourent .Je vous lis, j'essaie de philosopher, de lire, de rire, de relativiser mais ce mal est profond et m'empêche souvent de vivre pleinement.
FL
À cause de la peur, le mensonge à pris le contrôle de ma vie!
RépondreSupprimerPourquoi mentir ? Il faut être soi,authentique, que ce soit avec ses enfants ou les autres.Rien de pire d'un faux exemple.On fausse les données, et l'esprit ne s'y retrouve plus pour comprendre et s'améliorer .La peur est présente en nous tous, elle se manifeste en symboles différents,elle évolue , et c'est bien de ne lui laisser que sa part utile.Mais, c'est un travail qui demanderait des écoles qui n'existent pas encore.
RépondreSupprimerSi elle existe à présent, puisque vous en parlez, ce sera donc : "l'école des sans-peurs".
RépondreSupprimerC'est magique!
La vraie peur est utile, mais il faut la cerner pour la trouver.
RépondreSupprimer@ver00
RépondreSupprimer"La connaissance de soi est le début de la sagesse et la fin de toute peur" Jiddu Krishnamurti.
Je ne suis pas d'accord,il n'y a de fin de rien, tout est utile, la peur plus qu'autre chose.Si l'on a plus peur en pratique, la peur finira par disparaitre en théorie.Et, par prudence, je préfère garder le monde entier.Personne, et aucun concept ne doit être négligé.Tout est ajout,et apporte son idée.La peur est une alarme,ne jouons pas avec ça.
RépondreSupprimerNe serait ce la peur de ne pas comprendre l'autre.
Très bien madame, je vous ai comprise.
RépondreSupprimerBonne fin de journée.
J'étais pourtant sure d'avoir passé un commentaire....qu'ai-je donc dit de si inavouable ? Ou, bien ai-je commis une erreur de spam ? Je ne sais plus ce que j'avais dit;sinon, merci de votre présence,et que vous pouvez m'appelez, véronique.
RépondreSupprimerJe parais sans doute trop sure de moi, d'où, le madame qui me gène.Alors, je vais prendre un autre ton.Et essayer une autre explication, la peur est fonction de notre sentiment de maitrise des situations.Plus on a eu l'occasion de se prouver notre valeur, moins on a peur, mais pour ça, il faut avoir eu la chance qu'on nous fasse confiance et nous permette d'avancer au départ avec une main dans la notre.L'inconnu fait peur, le chemin taillé rassure.
RépondreSupprimerJ'ai symbolisé ce qui me reste de peur sur l'araignée, mais cette peur s'amenuise à force d'essayer de toucher les moins répugnantes.Ma peur se déplace, je la veux plus utile, par exemple ,à ne pas vous décevoir et par là même me plaire.
Oui Véronique, je comprends mieux.
RépondreSupprimerC'est vrai que les enfants qui grandissent dans un milieu "secure" (où règne la confiance) ont moins peur de la Vie et de la mort que les autres. C'est apaisant de se sentir porter aussi par l'amour. Tout dépend aussi du chemin de vie chaotique où pas...
La relation humaine est un miroir où nous apprenons chaque jour à mieux nous connaître.
Bonne semaine à vous.
Anne.
Merci Anne, à vous aussi.
RépondreSupprimerNe vous méprenez pas, Anne,je n'ai pas grandi dans un tel milieu,c'est une théorie que je sors.Bien au contraire, mon milieu que j'aime,était égoïste car, sans doute déçu par les autres,radin car sans doute pauvre et besogneux,peureux, car, sans doute inapproprié au monde.Et, j'en passe...mais ,je ne fais pas son procès, je l'excuse au contraire.Tout s'explique, tout est science pour qui sait.
RépondreSupprimerRadin,par habitude,car pas si pauvre que ça,mais plus on en a.....Je suis lucide, mais aimante tout de même, je me connais des défauts, notamment celui de prétention, mais tant que je n'ai pas la preuve de son mauvais dosage, je le garde.
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