Une jeune femme qui a sollicité une consultation avec moi à Sainte-Anne. Le regard triste et fatigué des personnes qui n’ont pas eu de chance dans la vie. Mais le sourire tranquille de la confiance, de la présence au monde, de la conviction que l’existence a du sens et de l’intérêt, malgré tout. Elle est venue me raconter son histoire, sans vraiment avoir de conseil à me demander. Elle veut juste avoir mon avis. Souvent les gens pensent que je suis sage parce que j’ai écrit des livres. Je ne démens pas, à quoi bon ? Je fais juste de mon mieux, bien conscient que ce sont souvent mes visiteurs qui me nourrissent de leur sagesse, que, souvent, ils ne voient pas.
Elle me raconte sa vie. Et surtout sa vie de couple : elle s’est mariée avec un garçon qui souffre de schizophrénie. Ce n’était pas si clair, au début de leur liaison : « il n’était simplement pas comme les autres ». Puis, peu à peu, la maladie s’est installée, et a pris beaucoup de place dans leur couple.
Une schizophrénie sévère, avec délires, hospitalisations, et difficultés en tous genres. Alors, la vie n’est vraiment pas drôle dans les périodes où il va mal, qui sont fréquentes. Beaucoup de personnes lui ont recommandé de le quitter, plus ou moins ouvertement, plus ou moins délicatement. Et dans le lot, pas mal de soignants, médecins, infirmières. Elle a toujours refusé : « Vous comprenez, je l’aime. Est-ce qu’on quitte quelqu’un qu’on aime parce qu’il est malade ? » Nous discutons de cela : personne ne nous recommanderait de quitter notre conjoint s’il était atteint de cancer, ou de sclérose en plaques, ou de diabète. On trouverait que ce n’est pas très digne. Alors pourquoi est-on tenté de le faire pour la schizophrénie ?
Au bout d’un moment, elle me pose la question qui la tracasse : « Vous pensez que c’est par masochisme ? » Elle a souvent senti que c’était le jugement que l’on portait sur elle. Ben non, je ne trouve pas que cela soit du masochisme, de la façon dont elle me raconte leur histoire. Elle n’aime pas son homme parce qu’il est malade (au contraire, lorsqu’il est malade, il lui pèse) mais malgré sa maladie. Ce n’est pas du masochisme, mais de l’amour, et de l’honnêteté, et du courage. Et de la grandeur, finalement. Non, vraiment, je n’ai pas envie de m’embarquer sur la piste du masochisme pour expliquer son choix de vie, si bizarre vu du dehors. Plutôt envie de l’admirer.
Je lui délivre des paroles de compréhension, de compassion, d’estime. Lorsque nous nous quittons, je lui serre longuement la main. Je retourne m’asseoir, un peu sonné. L’impression que c’est moi qui ait reçu une consultation, que c’est moi le patient, elle le thérapeute, et qu’elle m’a donné plus que je ne lui ai donné. Je me répète : « Elle est forte, cette fille ». C’est bon d’admirer…
On peut admirer de belles choses, de beaux paysages, de beaux nuages. Admirer des personnes célèbres et reconnues, pour leurs talents ou leurs forces. Mais le plus bouleversant, le plus réjouissant, c’est d’admirer les gens ordinaires. Surprise, intérêt, puis reconnaissance : on se réjouit, on sourit, on est content d’être humain, d’avoir vécu cet instant. On se dit que cela va nous être une leçon de vie, que l’on va s’en inspirer. Et on essaye…
Cela me rappelle une personne qui se cachait, n'écoutait plus de musique pour ne pas faire de bruit dans la journée, de peur que ses voisins comprennent qu'elle ne travaillait plus... à cause d'une dépression.... maladie "honteuse" pour certains, ou même pas maladie du tout pour d'autres... Alors je l'ai amenée à réfléchir à cet aspect, cette considération de la maladie mentale dans la société pour qu'elle puisse se détacher de cette idée "qu'elle était une bonne à rien parce qu'elle s'écoutait". Triste constat que cette façon de mettre à part les maladies qui touchent notre "tête" comme un fléau qui fait peur. D'où cela vient-il? je n'arrive pas à me l'expliquer... du temps des sorcières?
RépondreSupprimerQuant à votre ressenti suivant cette consultation, Christophe, cela rappelle aussi quand un enfant nous montre "l'exemple" ou la solution à un problème de manière tout à fait naturelle, spontanée : on se sent en joie... et on se dit qu'on à toujours à apprendre de l'autre quel qu'il soit...
douce journée
Anne
C'est difficile d'aimer, d'aider une personne malade. Cela rend fort mais cela, on ne s'en rend pas forcément compte. Lorsque le pire arrive, on est comme abasourdi, on ne sait plus grand chose, mais une évidence est apparue, en tout cas pour moi; c'était comme si j'avais été ds une salle de sport sans le savoir et le muscle qui a travaillé, s'est développé c'est le coeur. Je n'étais pas la douceur même ou l'altruisme personnifié pour ma vie "à coté",comme si la force qu'il me fallait me rendait dure pour tous les autres, moins tolérante. Aujourd'hui, je suis humble et me sens toute petite qd je lis votre histoire face au courage et à l'amour de cette jeune femme.
RépondreSupprimerBONNE JOURNEE
Respect ! Amour et sagesse. Une leçon de vie, c'est exact Docteur.
RépondreSupprimerMais diable, que c'est difficile de sentir peser sur soi un jugement, surtout lorsqu'une petite voix intérieure nous dit qu'il n'est probablement pas très juste...!
Le courage de s'affirmer dans la différence, ça c'est réellement honorable et bon pour l'estime de soi.
Bravo à cette dame et bonne route, si douloureuse soit-elle...
Agréable journée à tous
Anna
Beaucoup de personnes lui ont conseillé de quitter son mari...
RépondreSupprimerSans doute, des personnes vivant une relation d'amour épanouie avec une personne valide en bonne santé.
On ne peut comprendre l'amour que si on aime vraiment.
Maintenant, çà n'enlève pas le courage remarquable de cette dame. Après ce témoignage,on se sent tout petit quand on se rappelle nos irritations devant les menus travers de l'être aimé.
Bonjour,
RépondreSupprimerIl faut (re)lire le chapitre sur l'Amour dans "Petit traite des grandes vertus" d'Andre Comte-Sponville. Il a tellement (comme souvent) raison Comte-Sponville, l'Amour est une grande vertu.
Oui ! bon , c'est sa vie et elle y tiend . Est-ce vraiment nécessaire d'y accoler des tas de superlatifs ? .... Admirable , courageux , héroïque , prodigieux , colossal .... C'est SA VIE . Alors , la vie ce n'est pas une opinion .
RépondreSupprimerCher Auteur,
RépondreSupprimerThème immense que celui de l'amour, si insaissisable. Je crois personnellement qu'on ne peut que modestement le VIVRE. Aucune définition, aucune théorisation ne peut l'encercler. L'amour, ce n'est que de l'expérientiel, de l'état brut, de l'état libre, de l'émotion.
Mais par ce beau témoignage que vous nous livrez aujourd'hui, voici que vous nous emmenez sur une question quasi philosophique. S'interroger, remettre en question se croyances, c'est important, alors encore une fois, merci à vous.
Qui doit-on aimer ?
Le coeur ne répond pas à ce genre de considération. Toutes les histoires d'amour sont belles, toutes les histoires d'amour sont difficiles, que l'on soit valide, non valide, Pdg ou chômeur, Français ou Burkinabais, résidant dans le 16 eme à Paris ou dans un bindonvile de Calcutta.
Reste l'essentiel, le respect mutuel et cette étincelle entre deux êtres qui illumine les pires ombres.
Bon week-end
A.G.
Juste merci pour cette belle leçon d'humanité !
RépondreSupprimerChaleureusement
Joëlle
Parmi les gens ordinaires, il y a tant de héros silencieux !
RépondreSupprimerAu fait mon cher Christophe, je vis avec vous en ce moment ! Non non ce n'est pas (encore) de la schizophrénie, mais sur vos conseils avisés, j'ai acheté le livre "Méditer"... avec le cd où c'est vote voix qui cause dans le disque. Je pense qu'il devrait être reconnu d'utilité publique ! Mais, j'ai pu remarquer autour de moi que le titre faisait peur !! "Mais je ne suis pas dépressif moi"...
RépondreSupprimerMerci pour tout.
Chaleureusement
Re-Bonjour,
RépondreSupprimerDr Andre, vous devriez ecrire un livre sur le theme de l'Amour, la compassion et la gratitude avec Andre Comte-Sponville.
" Le psychiatre et le philosophe" apres " Le moine et le philosophe"
Aimer non à cause mais malgré. Je vais m'en servir dans une consultation tantôt. Vous avez mis les mots que je cherchais pour exprimer comment est vécu l'amour dans cette ralation de couple. Merci. En passant Céline Dion chante une très belle chanson sur s'aimer malgré les malgré alors qu'au début on s'aime à cause des à cause...
RépondreSupprimerBonne journée
Il faut beaucoup de courage et d'amour pour vivre au côté d'un schizophrène... Même les amis que l'on voyaient une ou deux fois par mois ont rarement le courage de continuer une relation avec ces pauvres paranoiaques de schizo', alors une femme et son mari malade qui tient le coup, cela est formidable, admirable ! Bref, la vraie vie, celle que l'on a le droit de glorifier, édifier... Pour ceux qui ne le savent pas : "dénigre l'autre et l'on te dénigrera, édifit l'autre, on d'édifira"... C'est la loi de l'attraction qui tend de plus en plus à être prouver par la physique quantique, mon ami !
RépondreSupprimerJe souhaite beaucoup de courage à cette dame, et aussi beaucoup à son époux, pour affronter cette terrible maladie.
RépondreSupprimerJe pense que l'admiration de la beauté fait obstacle à la contemplation de la beauté .
RépondreSupprimerJe pense que l'admiration de la sagesse fait obstacle à la pratique de la sagesse .
Je crois que le rôle des soignants que cette dame a vus aurait été de l'aider à comprendre s'il y avait , par exemple, des bénéfices secondaires à rester avec cet homme. Car c'est très bien d'admirer, de dire c'est l'amour! Mais qu'est-ce que lui apporte cette relation, qu'est-ce qui sous-tend tout cela, a-t-elle tendance à jouer toujours le rôle de sauveur? Le fait, je crois, que cette personne ait besoin de parler de son histoire et d'obtenir des avis me fait penser qu'il y a une part d'elle qui peut-être doute du bien fondé de sa relation? Ce commentaire n'est absolument pas un jugement négatif, j'ai le plus grand respect pour cette dame comme pour tous les humains d'ailleurs, mais seulement je m'interroge...
RépondreSupprimerexpliquer la photo s'il vous plait merci et belle histoire ...
RépondreSupprimerExemple d'explication de la photo : " J'entend monstres " ..... (la "vérité" entre par les oreilles de l"enfant")
RépondreSupprimervous aimez prendre le contre-pied... c'est intéressant Zoé.
RépondreSupprimerJe vous remercie que vous évoquiez ce sujet car la maladie mentale met l'entourage à rude épreuve et l'exemple de cette femme force l'admiration. Empathie mais aussi rejet, culpabilisation, déni, colère, honte, "qu'en-dira-t-on", impuissance, angoisse permanente, agressivité, rejet, ambivalence, etc.. les proches sont traversés par des sentiments plus ou moins violents qui évoluent au gré de la maladie et de ses récidives.
RépondreSupprimerL'amour peut être le moteur pour traverser cette redoutable expérience mais ma réflexion personnelle, c'est plutôt est ce que l'amour suffit? pour ma part, je ne pense pas et cette femme a surement des qualités humaines qui vont au delà de ce sentiment.
Les proches sont souvent démunis face à tout cela, heureusement, il existe des associations actives comme l'UNAFAM ou Schizo!...oui! qui font un excellent travail pour les proches de schizophrénes en France.
Préservez vous, c'est un bon conseil, après reste à savoir comment... en tout cas, je dis aussi, respect!
Ce que ça peut être pénible d'être réduit à un symptome à un diagnostique . Genre :- "Bonjours ! je m'appelle Christophe ..." - "Moi je m'appelle pas ! ON m'appelle Schizo ..." - "Bonjours Schizo ! comment allez vous ? " - "Je ne sais pas comment je vais ; j'attend qu'ON me le dise" .... Oui ! c'est vrai , elle est courageuse madame Sainte Anne , la femme de Schizo .... Bon , lui il est quoi ? il est schizo ! C'est quoi schizo , un syndrome ? une catégorie ? .... Est-ce que Schizo est courageux d'être Schizo ? ..... "Dis ! Déssine moi un schizo !" .... " Je t'ai déssinée une caisse , ton schizo est à l'interieur ...." "Oh ! qu'il est joli ! c'est exactement comme celà que je le voulais !" ....
RépondreSupprimerIl est évident que cette femme souffre d'un déséquilibre chimique, elle devrait prendre de la médication. Ce n'est pas pour les fous la médication, contrairement à ce que les gens croient, il y a des vedettes qui en prennent et ce sont des gens très bien. Moi, j'en ai pris et ça va beaucoup mieux maintenant. Qu'est-ce qu'elle attend pour demander de l'aide ?!
RépondreSupprimerQu'est-ce que c'est pénible de vivre avec quelqu'un qui est trés courageux de vivre avec vous . C'est vrai quoi ! se dire sans cesse : "qu'est-ce qu'elle est courageuse de vivre avec moi ! un boulet pareil ! Merde ! Quel courage ! Quel sens du devoir ! Quel sacrifice !".... Mais bon , il ne se dit pas ça puisqu'il ne se dit rien puisqu'il est un schizo . Par exemple , vivre avec une jambe de bois , c'est courageux ... mais la jambe de bois , elle , elle n'est pas courageuse , elle est juste une jambe de bois .....
RépondreSupprimerZoé, je suis d'accord avec toi. Les diagnostics deviennent une ligne éditoriale dans la vie des gens. L'histoire de vie des gens est tellement pourtant plus grande que leur histoire de santé mentale.
RépondreSupprimerJe pense qu'on est jamais courageux ,vraiment courageux ,que par rapport à soi-même , à ses propres peurs . C'est celà le courage , dépasser ses peurs , ses appréhensions , ses opinions ,ses fantasmes , ses illusions et ses croyances aussi . Le courage c'est entre soi et soi que ça apparait . Le jugement des autres n'a rien à y faire .
RépondreSupprimerDans un lien d'amour, y a-t-il place pour l'égoïsme qui va protéger contre de la souffrance venue de l'autre ?
RépondreSupprimerBonsoir,
RépondreSupprimerCitation de Platon "La victoire sur soi est la plus grande des victoires"
Je pense que l'authentique courage est d'être toujours présent et plein de compassion pour nos proches et de les aider dans les épreuves de la vie. Pour cette maladie mentale une aide de spécialistes s'impose également.
Bon dimanche.
la souffrance est l'autre, elle fait partie intégrante de la personne que vous aimez...La question politiquement "in"correct est elle : se laisse t on le droit d'être en colère? Oui, et puis vous oubliez, vous vous oubliez qque part aussi mais parce que l'amour vous rattrape.
RépondreSupprimerJe crois qu'après des années, mieux vaut s'être laissé emporté par lui que de s'être emporté tout court.Mais nous ne sommes que des humains..
Tout cela me fait pensé à une chanson entendue d'un inconnu qui m'avait fredonné "avec le temps..."
Oui ! bon , finalement c'est difficile d'être schizo (au femminin ça fait schiza) et il y faut bien du courage aussi .
RépondreSupprimerSigné : une schiza qui vous veut du bien ...
Je suis d'accord avec vous Pascale PR, il y a des questions à se poser sur les motivations.
RépondreSupprimerPour ma part, le texte du Dr André et la plupart des commentaires confirment ce que je pense : l'"amour" est un fourre-tout dans lequel on peut mêttre n'importe quoi, surtout lorsqu'on se lance dans le romantisme ou le poétique.
Mais si on se questionne sur ce qu'il est à la base, à savoir un besoin qui entraine soit une recherche de satisfaction, soit une frustration, cela permettrait peut-être d'avoir le recul nécessaire pour se protéger d'émotions trop fortes face à une situation difficile, et éventuellement d'apporter de l'aide.
En plus de l'attachement à une personne qui a très certainement des qualités et le sentiment de responsabilité envers nos engagements vis-à-vis d'un compagnon de vie, et qu'on peut appeler "amour", il y a aussi le sentiment d'échec (d'une relation, d'un projet de vie, etc) et d'impuissance (j'y reviens) devant des difficultés insurmontables, et c'est très difficile d'y faire face lorsqu'on est seul.
RépondreSupprimerTout à fait d'accord, rien à ajouter.
RépondreSupprimerJe suis impressionné par ta perspicacité, Boulezail!
Ce n'est pas de la pespicacité, TdarkyT.
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerC'est vrai que c'est difficile pour l'entourage. J'ai fait pleurer une amie hier soir. Je me sentais tellement coupable que je n'ai même pas eu l'idée de lui dire : "Tu vois comment je me sens depuis 5 ans ?". Est-ce que cela aurait servi à quelque chose ? Je sais qu'elle a un grand cœur et veut m'aider, mais elle cherche à me raisonner, à m'amener à voir les choses comme elle les voit et ne peut elle-même voir que je vois bien les choses comme elle les voit, mais qu'elles apparaissent maintenant à travers le filtre épais de toutes les couches de déboires qui se répètent depuis des années et s'intensifient au fur et à mesure que j'essaie de m'en sortir. Comme dans la chanson de Gérard Manset : "Il y a une route (...) tu te lèves et on te tire dessus, tu t'allonges et on te passe dessus" et la situation continue de se dégrader, il n'y a aucune issue.
RépondreSupprimerCette amie veut être mon pilier, ma fondation, et elle s'écroule déjà sous la première pierre. Et pourtant elle crie encore que je dois lui faire confiance et que je l'insulte en lui refusant ma confiance. Qu'est-ce qu'elle veut de plus ? Son mari est en train de mourir du cancer.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous, Dr André qu'on ne réagirait pas de la même façon pour un cancer ou une sclérose en plaques : tout dépend de quelle époque on parle, et de l'évolution de la maladie. Aujourd'hui, on sait que pour le cancer par exemple, soit on guérit, soit on meurt, et en tous cas, ça dure moins longtemps que la schizophrénie. L'autre répulsion qu'inspirent les problèmes mentaux (que ce soit une maladie ou une blessure), c'est que le "self-control" est altéré. Or, et cela on l'étudie en psychosociologie, on a besoin d'anticiper la réaction de l'autre, c'est une nécessité dans notre vie sociale, pour assurer notre confort psychologique et l'harmonie entre individus, et cette anticipation est impossible en face d'une personne aux prises avec un problème mental (que ce soit une maladie ou une blessure) : la personne est imprévisible et transgresse toute règle sociale avec plus ou moins de violence. C'est donc totalement déroutant et insécurisant, ce qui explique autant le recul même de la part des plus proches qui s'en remettent sans hésitation aux psychiatres, et, qu'on soit d'accord ou pas, c'est compréhensible.
En passant, ce besoin d'anticiper la réaction d'autrui, pourrait expliquer en partie l'engouement pour les "realitidoles académies", le centre des conversations de mes anciens collègues de travail étaient : "Elle a dit ceci, il a fait cela, comment crois-tu qu'untel va réagir ? Moi je crois que ...". Là est la question.
Et qu'en est-il des professionnels ? Il y a du boulot à ce niveau en matière de maladies et de blessures mentales. Depuis deux ou trois ans, on est mitraillé de messages bien intentionnés (comme l'enfer) répétant que la dépression est une "maladie" mentale en vue d' "amener" l'entourage à être "compréhensif". Or, non seulement "malade mental" est une insulte couramment utilisée, mais on sous entend de façon insidieuse que c'est une fatalité amplifiée de surcroît par les "progrès en génétique", et que l'environnement, la qualité de vie, la nutrition n'y sont pour rien là-dedans, et que, comme tout le monde le sait, une maladie, ça se traite par la médication (je suis ébahie de n'avoir vu aucune réaction à mon premier commentaire).
RépondreSupprimerDe plus après avoir passé 3 ans à chercher de l'aide, je constate qu'il n'y a qu'une alternative pour une simple dépression : faire semblant que tout va bien et me débrouiller toute seule, ou accepter de me droguer légalement (prendre de la médication) et laisser le système achever de prendre le contrôle de ma vie.
Car c'est bien là l'enjeu : si le "self-control" n'est plus fiable, il faut y "remédier" de façon rapide et radicale : "Protéger l'innocent" comme dit Robot Cop.
En effet, il ne viendrait à l'idée de personne de déclarer à une victime d'une fracture à la jambe : "Tu es une handicapée physique", et d'ajouter : "Tu vas devoir te déplacer en chaise roulante pour une durée indéterminée, peut-être pour le restant de tes jours", et si elle refuse de se faire promener en chaise roulante par ceux qui veulent tellement l'aider, que soit ils lui cassent l'autre jambe, soit ils l'envoient se débrouiller seule courir le marathon.
Non. Une victime d'une fracture à la jambe, on lui fait un plâtre, on lui donne des béquilles, et elle rentre chez elle, on l'accompagne éventuellement, on lui donne un petit coup de pouce, des séances de physio pour l'aider à remarcher seule, mais on ne cherche pas à prendre le contrôle de sa vie et de ses décisions. Elle se retrouve peut-être avec une grosse facture à payer après, mais là encore, cela confirme qu'il existe un "après" pour elle.
Pour le malade mental, il n'y a plus d'"après". Il ne remarchera plus jamais seul, inutile de perdre son temps avec des petits coups de pouce et des encouragements, on a beau crier, il refuse d'entendre raison. Forcément, il l'a perdue. Alors oui, il y a du boulot au niveau des professionnels : psy de tout acabit, travailleurs sociaux, intervenants auprès des victimes et de ce qu'il reste de leurs proches.
Grâce à l'expression "malade mental", le dépressif comme le schizophrène, le maniaco-dépressif, etc. sont bâillonnés et ligotés chimiquement, infantilisés, "débilisés" socialement. Le malade mental devient le gentil sauvage du 21e siècle, la poupée qu'on dorlote, l'autochtone qu'on traite bien, l'esclave qu'on affectionne particulièrement. Et ça tombe bien, parait qu'on va en avoir de plus en plus ! Chaque foyer pourra avoir le sien. Un marché prometteur en ces temps d'économie incertaine.
C'est vrai que ça fait du bien de voir la beauté dans la laideur, la force dans la faiblesse, c'est pour cela qu'on a inventé le romantisme et la poésie, le romanesque et l'héroïsme.
La maladie mentale est encore un tabou en France ;il est difficile d'en parler même à ses meilleurs amis !
RépondreSupprimerUn proche atteint d'une telle maladie, et c'est tout un équilibre familial qui bascule ! je tiens à rendre hommage à ma maman qui s'est toujours battue et se bat encore pour mon frère !
La seule chose que j'ai fait moi , c'est prendre mes jambes à mon cou pour me protéger et protéger ma famille aussi;celle que j'avais créée .
Je culpabilise de ne pas entretenir de lien avec mon frère qui se soigne et pourtant va mieux ;je n'y arrive pas et pourtant c'est bel et bien une douleur enfouie au plus profond de moi!
Je dis bravo à cette femme qui se bat au côté de l'homme qu'elle aime !
la médication ce peut être une camisole chimique, mais c'est surtout pour moi une façon d'alléger une souffrance qui serait autrement insupportable. C'est une question de contexte et de dosage peut-être. J'ai vu mon ex-compagnon dans une telle souffrance psychique qu'elle en devenait physique et que sans médication il aurait, j'en suis sur, mis fin à ses jours, malgré tout l'amour que son fils et moi lui prodiguions.
RépondreSupprimerEt je ne crois pas que son traitement soit une camisole chimique de protection de la société et de son entourage. Si de fait il y a bien moins de souffrance pour lui, les effets secondaires de la médication ne sont facilement supportable ni pour le malade ni pour son entourage. Mais entre deux maux il a choisi librement.
Moi, je l'ai accompagné autant que j'ai pu, mais j'ai été moins forte que la patiente du Docteur André. Je sais que j'ai fait tout ce que j'ai pu. Je ne m'en veux pas d'être partie parce que j'ai fait de mon mieux. Durant les 8 ans où je l'ai accompagné, on m'a souvent dit que j'étais courageuse ... En fait je ne crois pas. Du moins durant 6ans. Tant que j'ai pu partager et échanger avec mon compagnon, que ce que nous partagions (même tout petit) a nourri mon amour, je ne crois pas avoir fait preuve de courage. Le courage a été nécessaire seulement à partir du moment où sa maladie l'a tellement enfermé dans un monde où la vie n'avez plus de place, où nous avons évolué séparément, où je n'ai plus eu de "compagnon de vie". Amour usé desséché par la maladie, c'était comme si j'étais seule et je ne crois pas que seul on soit très fort. En tout cas, moi pas.
Boulezail, tu sembles suprise de la non réaction à ton premier message concernant ta position face à la médication. Je remarque que souvent le blog n'est pas si intéractif que cela... En fait, tu es surement l'une de celle qui fait le plus réagir. Parfois ne pas réagir est une faôn de réagir... En passant, je ne sais pas si tu eu l'occasion de lire le message que monsieur André t'a adressé en septembre dernier sur le billet de juin sur Ou es mon caddy. Cela m'a vraiment ébranlée avec quel humaniste il t'a répondu.
RépondreSupprimerOui, Rachel, j'ai été ébranlée aussi et ce petit mot m'a fait "réagir" en silence comme vous dites, c'est vrai. En fait je pensais au billet du 4x4 où les réactions ne se faisaient pas attendre. Merci Rachel de me rappeler que parfois une idée fait son chemin sans remous et ce sont les plus beaux échanges que j'ai pu avoir ... il m'est arrivé de repenser des années plus tard à ce qu'on m'avait dit, et l'inverse est vrai aussi.
RépondreSupprimerChabane, je ne critique pas systématiquement la médication, il se peut d'ailleurs très bien que "mon gars à la jambe cassée" en ait pris justement contre la douleur. Ce que je voulais dire avec mes deux grosses tartines, c'est qu'il n'y a pas d'intermédiaire, ce qu'on m'a offert, c'est la médication ou rien du tout. Or, pour élever des oiseaux et cultiver des plantes je peux dire que la pire injustice, c'est de donner à tout le monde pareil. Et comme vous le témoignez vous-même, et c'est bouleversant, il n'y a pas vraiment d'aide et surtout d'écoute attentive pour les proches non plus.
Vous savez, Chabane et Anonyme, mon meilleur ami (nous avions une grande complicité frère-soeur) est déclaré schizophrène. Je le fréquente moins ces derniers temps parce que je ne vais pas bien moi-même, et puis j'habite plus loin maintenant, mais je l'ai appelé récemment et nous avons toujours une très belle relation d'amitié.
Merci Dr André. Changer de vie, je ne compte plus les fois où je l'ai fait et même, pour avoir traversé l'Attlantique, je peux dire que, même si je m'étais mise en garde, j'ai emmené une méchante grosse part de moi dans mes bagages. Merci aussi pour ces petits trésors qu'on trouve sur votre site (je viens de regarder quelques vidéos de Jacques Languirand que j'adore).
RépondreSupprimerVoilà, je viens d'exprimer ma gratitude, et je n'ai pas mal à la nuque.
L'amour s'est usé parce qu'il ne pouvait plus s'échanger.
RépondreSupprimervotre témoignage Chabane est émouvant et si j'ose dire, instructif.
J'ai souvent pensé que l'amour naissait et s'installait entre deux êtres, et n'était pas forcément la somme des "stocks" d'amour de l'un et de l'autre. En d'autres terme, l'amour , et les sentiments personnels associés,pouvaient se flétrir quand un des deux, ou les deux, partenaires ne pouvaient plus le faire vivre.Un sentiment d'amour de l'un ne suffit pas pour deux, et ce n'est plus de l'amour. C'est autre chose.
Dans le "Je t'aime malgré tout", c'est parfois l'image de l'autre qu'on aime, ou le souvenir de cette image.Il faut que l'autre soit encore palpable même s'il est fortement diminué. Quand il devient absent malgré lui, quand il ne peut plus s'ouvrir à l'amour,l'acceuillir , est ce encore de l'amour?
Vous l'exprimez mieux quand vous dites que vous ne vous sentiez pas courageuse tant que l'échange était possible.
Oui Stéphane, je crois aussi que l'amour c'est un peu comme les floraisons, il faut échanger les pollens pour que fleurs naissent. Sans cela je ne sais pas ce que c'est... peut-être au pire l'habitude et au mieux le dévouement. Mais c'est alors un bien drôle d'équilibre qui se crée. Moi je m'y suis perdue et je ne me retrouve lentement que depuis que j'ai accepté de m'occuper de moi.
RépondreSupprimerBoulezail, nos états d'âmes que l'on soit psychiquement affaibli, malade ou simplement en questionnement n'ont effectivement guerre droit de s'exprimer. Et pire nous sommes souvent notre premier senseur.
J'ai l'impression que c'est justement cette alternative (à la médication ou à la souffrance) que nous propose de construire le Dr André. Du moins c'est ainsi que je suis en train de m'approprier ses conseils. Mais de ce sur-mesure nous sommes le principal acteur.
Commentaire sur l'image : "Radio-Monstre te parle ! .... Allo ! Allo ! Schiza ? Ici radio-monstre" .... Oui , le monde est monstrueux abominable terrible ....Et si vous pouviez voir le monde comme je le vois , vous aussi vous seriez qualifier de schizo .... Je regarde l'horreur du monde telle une enfant étonnée par les monstres préhistoriques qui le hantent et qui déchirent le ciel de leurs hurlements et pourtant je suis seule avec ça ! seule à sembler m'en appercevoir .....
RépondreSupprimerVoilà mon interprétation de l'image .
Les "fous" les monstres les schizos ou genre ...
RépondreSupprimerrecueillent en eux tout l'abjecte social dont ne veullent pas les braves gens et qu'ils ne veullent pas reconnaitre en eux . Les "fous" rassemblent en eux cette abjection sociale et la cristalise en eux , protégeant ainsi la société de l'abjecte qu'elle produit . Les "fous" servent de "tout-à-l'égout" à l'inconscient colléctif puisqu'ils drainent en eux l'horreur sociale . Et c'est cette horreur sociale rassemblée en soi qui rend fou et qui permet aux gens bien de ne pas l'être , puisqu'ils ont déversé leur monstruosité dans la tête et le corps des "fous" .
JUSTE POUR DIRE
RépondreSupprimerPour ZOE,
Je suis si sensible,
à tous vos commentaires,
la justesse,la pertinence,
l'intelligence, et l'évidence de vos écrits.
Un moment de plaisir, une satisfaction,
de découvrir à travers les mots de l'autre,
les pensées qui vous animent avec tant de justesse et de précisions.
Au plaisir de vous lire encore.
ANNE
Je relis ce message et j'en ai les larmes aux yeux car j'ai une cliente qui sort avec un homme schizophrène et on menace de l'expulser des services de spychiatrie car elle reste avec cet homme et qu'elle ne S'aide pas. Il faut vriament être un peu prétentieux pour savoir ce qui est bon pour quelqu'un d'autre. Que de pression sur ces épaules. Un message comme le vôtre fait du bien
RépondreSupprimerVous devez savoir qu'un schizophrène est ambivalent. Il ressent en même temps de l'amour et de la haine. Donc, il ne vous aime pas.
RépondreSupprimerRéfléchissez bien à cela.