
J'ai toujours été touché par ce passage de la chanson de Léo Ferré, Avec le temps, ce passage où il parle des "mots des pauvres gens" :
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid...
Ces mots simples, pour exprimer le souci de l'autre, qu'on aime, auquel on est attaché, et à qui on exprime son attachement et son amour juste en lui disant des choses plates, évidentes, matérielles. Pauvres, finalement. Mais parce qu'on n'a jamais appris à parler riche, à parler poésie, émotions, sentiments. Parce que la vie n'a jamais permis qu'on l'apprenne. Parce qu'il y avait d'autres urgences, d'autres nécessités, d'autres priorités.
Illustration : Vincent Van Gogh, Les mangeurs de pommes de terre.
Que de douleur avec ses mots, avec le temps va tout s'en va..........!et bien doc c'est pas la joie ce matin? Bonne journée à vous tous et chaud les coeurs..............!
RépondreSupprimerune chanson m'est venue ds la tête instantanément : "ces gens là de J Brel".
RépondreSupprimerOn n'ose pas, monsieur, on n'ose pas...Aussi.
Parce qu'on a jamais tant besoin d'amour, ne serait ce qu'un sourire, un regard que lorsqu'autour de vous, tout a l'air de vous être retiré, arraché.Parce que la différence s'amplifie inéxorablement.
Mais on ne sait pas et le temps passe...
C'est également mon passage préféré de cette chanson, un passage d'une poésie saisissante.
RépondreSupprimerdes mots pauvres, oui, faute d'un langage plus riche, mais aussi, je crois, faute d'oser dire son amour simplement, directement.
Pourtant que d'amour dans ces petits mots ou simplement dans des étreintes silencieuses! Le non-dit a aussi son charme qu'on peut savourer quand on sait que c'est un non-dit.
je me rapelle de "rentre pas à teutheure (c'est du Nord, ca veut dire, à une heure impossible, tard) ou le traditionnel "fais attention sur la route, appelles nous dès que tu es arrivé"
Cher Auteur,
RépondreSupprimerEt bien, ils me vont bien ces mots, peut-être parce que je suis issue d'un milieu modeste(dans les deux sens du terme d'ailleurs).
On peut bien sûr tartiner, enrober, étaler, surjouer des sentiments, avec des mots de quatre syllabes ou qui ont une belle résonnance mais au fond, est-ce important ? Est-ce sincère ? Il y a un gouffre entre donner à voir et être, ressentir.
Dans les mots de mes aïeux normands, j'y ai trouvé personnellement les sentiments essentiels qui n'ont rien de "plat" : amour, confiance, respect, attention.
La poèsie vient du coeur....elle peut même s'exprimer en silence.
Bonne journée
A.G.
Bonjour,
RépondreSupprimerDites Docteur Andre, vous declamez du Verlaine et lisez du Stendhal avant de sortir de chez vous?
La chanson de Ferre est tres belle, mais je pense que les mots des pauvres gens qu'il chante, ce sont les mots de tout le monde, en amour on est tous pauvres, on aime jamais assez.
Je pense que même les poètes à leurs heures disent ces choses-là évidentes...
RépondreSupprimerA certains égards tous les humains sont de pauvres gens.
Ce qui me poigne dans la chanson c'est qu'"avec le temps tout s'en va"
Mais bon chacun son tour: d'abord de suivre l'affectueuse injonction, et de ne pas prendre froid puis de passer la consigne.
Quand la chance est donnée dans une vie de tendresses emboîtées
Bon , je ne suis pas d'accord avec ce misérabilisme . Les pauvres gens s'expriment trés bien parcequ'ils sont tout-à-fait capables de s'inventer des languages divers en fonction des besoins de communication : voir tous les argots , tous les languages des métiers , tous les codes géstuels ,toutes les langues régionales .... Les "pauvres" gens sont regardés comme des sous-humains attendrissants ou abjectes selon les époques et les circonstances . ça me fatigue !.... En fait pour moi la chanson à Léo ça dit autre chose , genre : en dessous des mots ordinaires et des phrases d'apparence banales , il y a autre chose qui est l'intention , l'attention portée à son prochain et il y a la pudeur aussi de ne pas en dire plus (trop)et cela par amour . Voila ce que j'en pense . Alors pour moi , le misérabilisme ça me gave , DOC ! .....
RépondreSupprimerLorsque ma mère (88ans) me dit "mets ton chapeau" ou "habille-toi tu vas prendre froid" ou "fais attention sur la route" ou "bonne chance" si je dois prendre l'avion: je freine mon agacement qui me monte au nez (j'ai 58 ans!),et puis ces jours-ci j'ai lu M de Hennezel (la mort intime)et j'essaye de mieux écouter ce que veut dire ma mère avec ses mots simples..
RépondreSupprimerLes mots simples sont, je pense aussi riches et puissants que les plus beaux poèmes, lorsqu’ils disent l’amour et toute la tendresse à qui peut les entendre, les prendre, les apprécier .
RépondreSupprimerAinsi, la poésie est autant dans la bouche du poète que dans l’oreille ce celui qui l’écoute.
La poésie ne s’apprend pas, elle se prend, elle s’invente, se libère, se respire et s’inspire des mots et d’émotions.
Je trouve aussi que quelque chose ne tient pas dans votre texte de ce matin, Dr André, mais je ne trouve pas les mots pour le dire ... J'ai des urgences prioritaires et des priorités urgentes à régler aujourd'hui, je reviendrai peut-être un peu plus tard ...
RépondreSupprimerLes mots " des pauvres gens", ce sont des mots d'amour exprimés simplement avec pudeur, parce que la culture et l'éducation ne permettent pas autre chose.
RépondreSupprimerSi les gens du Sud expriment facilement ce qu'ils pensent, les gens du Nord (je suis flamande) n'ont pas cette habitude.
On ne dit pas " je t'aime" à son enfant, on lui dit:" ne prend pas froid", "ne rentre pas trop tard".
Il faut comprendre:" je tiens à toi".
Ce n'est pas dit pour agacer, ce n'est pas dit pour infantiliser Marie-Claude.
Et puis il n'y a pas que les mots qui servent à communiquer, il y a le regard, la gestuelle et le silence!
C'est très vrai dans la relation médecin malade, n'est-ce pas Docteur?
Mais ça ne s'apprend pas à la fac...
merci de nous donner une piste de réflexion chaque jour.
Bonjour, cette réflexion du matin me fait penser à une phrase que j'ai entendu dernièrement : " Il n'y a pas d'Amour, il n'y a que des gestes d'amour". On pourrait ajouter alors qu'il n'y a que des gestes et des mots d'amour au jour le jour, tous les jours que Dieu fait. Personnellement je suis comme Marie-Claude, quand ma mère (81) me dit (53) "fais attention à toi" mon entendement comprend, mais j'ai quand même une réaction épidermique... Alors je me dépêche de me positionner dans ma peau de mère de 53 envers ses deux fils de 21 et 18 ou ma peau de femme devant mon conjoint, quand je leurs dis "faites attention à vous".... et que je vois leurs réactions épidermiques... finalement "on voudrait tous montrer son amour... mais on ne le fait peut être pas comme l'autre voudrait qu'on le fasse..". Cela me fait penser à une phrase d'un livre d'Elisabeth Goudge dans son livre "La sorcière blanche" : "Les enfants sentaient les regards affectueux de leur mère tournés vers eux, et aussi sa tendresse anxieuse. Jenny pensait qu'il était dommage que la tendresse puisse être anxieuse, car l'anxiété ligote tellement". Oui voilà, c'est peut être cela le point dans ce type de recommandation, c'est qu'on est ligoté dans l'anxiété... Quand à être des mots de pauvres gens..... bof bof, c'est juste de la poésie pour la chanson.. je ne sais pas si cela vaut le coup de s'attarder la dessus, d'autant plus qu'à un moment où à un autre on est quand même des pauvres gens exilés sur cette planète...
RépondreSupprimerCher Christophe,
RépondreSupprimerPar les temps qui courent, il est bon de prendre tous les mots. Aujourd'hui, l'important c'est que l'on s'adresse à moi,que l'on prenne de mes nouvelles, que l'on me dise les mots des pauvres gens.
Un billet un peu dans la continuité de celui d'hier. La présence aux autres, la présence des autres.
Juste un retour sur hier..Jy pense mais je ne sais pas comment dire.
RépondreSupprimerJuste pour dire à Boulezail que j'espère que l'électicité ne va pas lui être coupée. Juste pour savoir si on peut faire qqe chose..
Et peut être qu'aujourd'hui, une solution lui a été trouvée.
C’est une vraie bouffée de mélancolie… que j’aspire ou qui remonte, je ne sais pas trop, en lisant ces lignes aujourd’hui. J’aimerais ne pas ressentir cela et j’ai presque regretté de jeter un coup d’œil sur le blog, mais j’ai tout de même pris le temps de lire les commentaires aussi aujourd’hui…. Après tout pourquoi chercher toujours quelques encouragements.
RépondreSupprimerPauvre de moi… mais si riche de tout ça !
Ca vous donne pas envie de pleurer vous ? TOut ce qu'on a pas appris et pas fait ou pu faire. C'est affreux ! Alors j'ai cherché dans ma mémoire une chanson un poème qui me console ! Si ça vous dit vous pouvez l'entendre ! Si vous êtes triste, j'espère que ça vous consolera aussi !
RépondreSupprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=u2mcR75rrU4&feature=related
C'est surtout une chanson qui parle de l'oubli et non pas du manque de temps d'avoir fait ceci ou cela, bien que le titre puisse nous orienter vers cette reflexion .Je n'ai rien ressenti d'autre dans cette chanson que l'oubli et surtout le besoin d'oublier .Il est vrai que ma chanson préférée de Léo est "la mémoire et la mer"
RépondreSupprimerque c'est bien mélancolique aujourd'hui, ok on ne peut pas êter au top de la bonne humeur tous les jours, tout psychiatre que l'on est , allez demain çà ira mieux !
RépondreSupprimerles mots aussi simples soient ils, s'ils sont sincères et attentionnés sont toujours bons à entendre .... même à un âge avancé !
c'est l'indiférence celle des pas de mots qui nous détruit peu à peu, alors n'hésitons plus dire et redire encore quand on aime à ceux qu'on aime
"A l'école de la poésie on n'apprend pas : on se bat!" autres paroles - restituées de mémoire - d'une chanson de Léo Ferré...
RépondreSupprimerAvec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées secrètes.
RépondreSupprimer"Préface" de Léo Ferré extrait de "poètes , vos papiers" , il me semble ...
Merci Christophe pour le lien avec Yo Tube qui m'a permis, non seulement de réécouter cette merveilleuse chanson de Ferré, mais aussi de le revoir !
RépondreSupprimerJ'ai reçu ce matin pour un entretien une jeune femme vraiment mal. Après une heure elle est repartie en me disant : "Je suis heureuse !" Je n'ai utilisé que les quelques mots simples que je connaît, ces mots des pauvres gens dont je fais moi aussi partie, et j'ai pu lui apporter un peu de bonheur... C'est merveilleux ! C'est vrai, on ne s'en rend pas toujours compte mais, pas besoin de parler "riche" pour donner un peu de joie... un peu de soi... Je ne trouve donc pas que la pensée de notre Doc soit si mélancolique, bien au contraire. à+
Bonsoir,
RépondreSupprimeril y a longtemps, en cours de Français, nous lisions "L'or" de Blaise Cendrars. Question : pourquoi le narrateur n'exprime-t-il pas ses sentiments ? réponse : par pudeur et aussi parce qu'il ne peut pas le faire n'ayant reçu aucune éducation.
En quoi serait-il misérabiliste de percevoir que derrière des mots ordinaires, des phrases toutes faites, il y a de réels sentiments ?
Et qui nous dit que les "pauvres" gens sont forcément des pauvres monétairement : peut-être le sont-ils pauvres ...(à tout hasard) en estime de soi, en capacité relationnelle ?
Amitiés
B.A.
Prendre soin des autres, leur montrer notre amour, peu importe les mots, ça réchauffe le coeur de savoir que l'on existe pour quelqu'un ou quelqu'une....... et savoir écouter......savoir aimer.
RépondreSupprimeret dans ce cas, il n'est pas utile d'employer des mots sophistiqués.
c'est de l'amour..... non ?
douce nuit à tous
Merci Sylvie pour cette petite pensée, je l'ai lue un peu avant de partir, et elle m'a aidée un peu à relativiser, j'ai essayé aussi de penser aussi au petit truc de Papagena. J'essaie d'apprivoiser mes peurs et prendre les choses au jour le jour. On verra.
RépondreSupprimerLes pauvres gens, ... ben voilà, ça nous fait un peu tous "tiquer", c'est un peu comme "les petits et les humbles" : qui sont les pauvres gens ? Pauvres en quoi ? Bonnes questions.
Je n'ai rien vu de triste pourtant (peut-être parce qu'hier c'était Noël).
Mais oh la la ! Ca inspire tellement de choses ! C'est tellement important en France de bien parler (est-ce que cela a changé ?). On juge les gens à leur façon de parler, à la richesse de leur vocabulaire. Arrivée à Paris, pour ne pas passer pour une "bouseuse" et avoir une chance de trouver du travail, je m'enregistrais et corrigeais ma façon de parler et mon accent. En Amérique du Nord, c'est différent, on est jugé sur la profession.
J'aime bien Léo Ferré, mais je le vois comme faisant partie de cette vague d'intellos qui idéalisaient, poétisaient la pauvreté, la misère ...
Ce texte m'a rappelé surtout mes rédactions en primaire, et là, défense de rire : lorsque j'avais écrit deux lignes, j'avais tiré tout le jus.
Mais c'était un peu comme ce que disait Zoé : on t'aime, reste assise là, tiens-toi droite et tais-toi on ne veut pas te voir.
Milieu fort peu propice à l'apprentissage de l'art de manipuler le verbe ...
Plus tard au lycée, je me faisais dire par mon brillant-intello-poète-professeur de français que mon vocabulaire était pauvre. C'était comme une étiquette, un verdict, c'était lourd à porter à cet âge-là, quand ça bouillonne à l'intérieur et qu'on a plein de choses à dire.
Ce qui m'a aidée, ce sont plusieurs choses : "Le journal d'Anne Frank", j'ai décidé comme elle de me confier à mes petits carnets, et à peu près à la même époque, ma psychologue, m'a aidée à identifier mes malaises et mettre "les mots pour le dire" (qui est le titre d'un film où il est question de psychanalyse, justement), et j'adore cette expression : les mots pour le dire.
Et il y a eu aussi mon copain qui m'a appris comment plagier intelligemment l'Encyclopaedia Universalis. Exercice passionnant ! Puis il y a eu le théâtre, et les lectures aussi.
Maintenant, c'est à peu près débloqué, sauf certaines fois, lorsque les émotions sont trop fortes et surtout il y a trois ans, lorsque la cellule des mots et quelques autres autour ont brûlé. C'est ça un "burn-out" ?
J'aime bien l'illustration de ces pauvres gens réunis autour d'une pauvre table, partageant le café et leur pitance dans un unique plat (ce qui souligne plus le partage et une communication non verbale du plaisir d'être là ensemble que le manque d'argent, je trouve), elle dégage une atmosphère chaleureuse et j'ai envie d'aller m'asseoir avec eux.
"Atmosphère, atmosphère, j'ai pas une g... d'atmosphère !"
Que de progrès accomplis depuis la primaire, Boulezail ! Votre message me touche autant par la forme que par le fond. Votre prof de français peut aller se rhabiller, ou retourner en formation ! Moi non plus je n'adhère pas trop au Billet de ce cher Docteur...J'adore les mots autant que je me méfie des paroles apparemment anodines, en fait étouffantes. ça me fait penser à un bouquin génial "les mots qui polluent, les mots qui réparent". Je n'aime pas par exemple le "on verra".
RépondreSupprimerBon, je suis censée réviser pour un oral, alors j'arrête là !
A bientôt...
Merci Isalugo. Oui, le "on verra", ce sont de pauvres mots pour dire que je ne veux pas être trop négative pour ne pas attirer la pitié, mais je ne veux pas être trop positive, pour ne pas attirer d'autres catastrophes.
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