lundi 27 avril 2009

Parlons, tant que nous vivons


Sur la tombe de mon père, dans un petit cimetière près de Toulouse, avec mes filles et mon épouse. Nous avons amené quelques fleurs, arrosé celles qui étaient là. Nous sommes maintenant debout, tous les cinq, silencieux. Pas facile de parler ou de prier à voix haute, ensemble. Mais on ne va pas rester comme ça, attristés et embarrassés, sans rien dire, tout de même ! Dans ces moments, je me sens « chef de famille » : c’est à moi de faire quelque chose.
Alors je demande à chacun(e) d’entre nous de penser à Papi, de laisser venir à sa mémoire tous les bons souvenirs qui nous restent de lui, toutes les images, les paroles, les petits gestes et petites attentions qu’il avait au quotidien.
Les yeux se mouillent un peu, on avale sa salive, on est content de repenser à ces moments, et bien triste aussi qu’ils soient révolus. On se dit plein de choses, tout se bouscule, c’est compliqué. Mais nous communions et nous éprouvons l’amour et l’affection qui existaient dans le lien que nous avions avec lui. Lui qui n’était pas très à l’aise, comme tant de personnes de sa génération, pour exprimer son affection ; mais finalement, en y repensant aujourd’hui, il n’arrêtait pas de nous la communiquer.
Je repense à cette phrase de Montherlant (lue la veille, je vous rassure, les phrases de Montherlant ne viennent pas comme ça à ma conscience dans les grands moments) : « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leurs cercueils. »
Puis, une de mes filles dit une petite phrase qui fait rire ses deux sœurs, un peu oppressées par la tristesse et la relative solennité de l’instant. C’est fini. C’était bien. Très bien. Je suis heureux.

12 commentaires:

  1. Tout est dit, avec pudeur et sérénité...et amour.
    Votre père peut être fier de vous et de votre parcours généreux.

    Nos proches disparus ne le sont pas, tant qu'ils sont dans notre mémoire, dans notre coeur, présents à chacune de nos avancées.

    Merci à vous, pour vos ouvrages et votre combat.

    AG

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  2. Bonjour,

    En lisant votre texte, je me demande si c’est toujours une évidence pour les parents d’emmener leurs enfants à un enterrement ou dans un cimetière ?

    Voici un passage de Proust auquel votre texte m’a fait penser :

    « Quand nous avons dépassé un certain age, l’âme de l’enfant que nous fûmes et l’âme des morts dont nous sommes sortis viennent nous jeter à poignée leurs richesses et leurs mauvais sorts, demandant à coopérer aux nouveaux sentiments que nous éprouvons … »
    M. Proust

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  3. Colette GALAUPApr 27, 2009 03:00 AM

    Emotions....émotions.... mais aussi souvenir des êtres chers disparus...

    Merci une fois de plus pour cet article, pour votre authenticité...qui m'a renvoyé au-delà de la tristesse dans le bonheur et la joie de retrouver les souvenirs heureux de mon passé liés au partage avec mes êtres chers.

    Notre mémoire à cette grande capacité de filtrer les souvenirs pour n'en garder que le meilleur...

    Ce qui peut rendre parfois les choses moins douloureuses.....

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  4. Je suis d'accord, il est bien de pouvoir se recueillir sur une tombe, même si on ne le fait pas très souvent. Mon beau-père est enterré dans le cimetière du village où nous avons une maison de campagne et il arrive fréquemment qu'un des enfants dise :"je vais faire une visite à Grand-Père". A chaque fois, cela me fait chaud au coeur et le "visiteur" revient ému mais heureux de ce temps où il a rejoint ce grand-père mort, mais encore si présent. Quant à la parole des vivants, il faut encore et toujours inciter les "taiseux" à la prendre... Sans les brusquer.
    Merci de bien vouloir partager avec nous vos états d'âme... Cela aussi fait chaud au coeur !

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  5. Bonjour,

    Merci encore une fois, Docteur, pour ces lignes émouvantes et très personnelles.

    Comme celles des pages 101/102 de votre dernier livre ( en introduction aux "États d'âme douloureux" ).


    Sur le sujet de la mort, voici un lien ( éphémère ) vers un documentaire de la chaine Arte :

    http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=2587240,scheduleId=2550232.html

    Bien cordialement.
    Alain L

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  6. Hier, je suis allée moi aussi porter des fleurs sur la tombe de ma tendre mère. Au pied de son monument est adossé celui que je lui ai fait à partir de deux belles grosses roches prises dans le lit d’une rivière. Elles servent à retenir mon bouquet et à écrire un mot. Ces visites au cimetière ne me sont pas tristes au contraire, car comme vous le laissez si bien entendre je repense à tout l’amour reçu. Quelle chance j’ai eue!

    Christophe André, votre sensibilité et votre délicatesse m’émerveillent toujours.

    Monique B.

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  7. Christophe AndréApr 27, 2009 11:43 PM

    Merci beaucoup pour vos témoignages et votre soutien. Et merci notamment à Hanna et Alain pour nous avoir tous enrichis de la citation de Proust, et du lien vers Arte (très bonne série documentaire sur la mort).

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  8. Outre le beau contenu de votre texte, c'est son titre qui m'a interpellé, "Parlons tant que nous vivons",dans son aspect plus général, étant en ce moment dans une boulimie, un besoin énorme de m'ouvrir et de me livrer, débordée par tout un tas d'émotions que j'ai besoin d'exprimer...alors comment faire pour ne pas submerger mes amies, et mon entourage par ce besoin, alors que je suis traditionnellement quelqu'un qui se livre peu! et paraître pour égocentrique...Ecrire est sans doute une des solutions que vous donnez dans votre livre, et puis cela permet de poser les choses, c'est assez libérateur
    merci beaucoup pour ce blog et pour partager avec nous vos émotions.
    Nathalie

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  9. Christophe AndréApr 28, 2009 10:09 PM

    Merci Nathalie, et continuez de parler à vos proches. Sans oublier de les questionner et de les écouter ! Et puis d'écrire...

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  10. Certains devrait profiter de leur court passage terrestre pour se taire; cela ferait du bien à tout le monde. Pour faire plus sérieux la parole aimante c'est souvent le silence...encore un koan

    manu le moine fou

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  11. Christophe AndréApr 29, 2009 12:57 AM

    Je corrigerais volontiers ce koan : tout le monde devrait se taire de temps en temps, cela ferait du bien à certains...

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