Je travaille souvent à la maison le mercredi : je ne peux pas pratiquer la psychiatrie à temps plein, je perds alors peu à peu mes capacités et mon plaisir d’écoute. Bref, travailler à la maison le mercredi, c’est sympa, parce qu’il y a les enfants dans le coin ; mais c’est compliqué parce qu’il y a les enfants dans le coin…
Un mercredi où je travaillais dans mon bureau, ma deuxième fille Louise tournait un peu en rond dans la maison, ayant épuisé son quota de temps de télé et d’ordinateur, et n’ayant pas de sœur ni de copine sous la main. Comme la porte du bureau est fermée, elle n’ose pas rentrer, de peur que je ne rouspète (elle a raison, je rouspète souvent si on m’interrompt dans mon boulot !). Je l’entends qui tournicote dans le couloir, puis il y a un bruissement de papier : elle vient de glisser sous ma porte un petit message d’appel au secours : « Papa, je m’ennuie, aide-moi SVP » (sic). J’éclate de rire, et je vais ouvrir la porte derrière laquelle elle attend en rigolant elle aussi, sûre de la pitié que son triste sort va m’inspirer. Je ne me souviens plus de ce que je lui ai proposé alors comme activité, mais nous avons du parler de l’ennui : nos enfants, plus surstimulés que nous ne l’étions à leur âge, supportent encore moins bien que nous l’ennui.
Pourtant, de petites doses d’ennui jouent un rôle important dans nos équilibres intérieurs, nous poussant à l’introspection et pouvant nourrir dans un second temps notre créativité.
L’ennui : un état d’âme utile, donc. Mais il doit nous inciter autant à repenser notre mode de vie (pas assez de mouvements et de changements ?) que notre façon de percevoir le monde (ne passons-nous pas à côté de tout un tas de choses intéressantes autour de nous par manque d’attention et d’approfondissement ?).
Allez, bon week-end, avec ou sans ennui !
Le souvenir émerveillé que je garde des vacances en Bretagne chez ma grand-mère (elle n'avait pas, par chance, de télévision), ne réside pas dans des activités échevelées mais, dans le délicieux bourdonnement des mouches et des abeilles, la fascination pour le monde si agité des fourmis, ce ciel breton qui m'inventait des animaux fantastiques et des mondes merveilleux à chaque repli de nuages, et puis mes amies les bêtes à contempler, à caresser et à aimer... Vous avez dit ennui ?
RépondreSupprimerCe week-end ? Pas d'ennui non plus au programme ! Je participe au carnaval vénitien de Corbeil-Essonnes où je partagerais mes rêves éveillés de princesse vénitienne avec tous les enfants et les adultes qui je l'espèrent retrouveront l'enfant qui est en eux. Et puis votre livre que je déguste lentement pour mieux m'en imprégner et m'envelopper de la sérénité à laquelle il nous invite.
Merci, et un doux week-end à vous.
Chaleureusement
Joëlle
l'ennui...Ou se re"poser"...Ou ne rien faire...
RépondreSupprimerNous sentons-nous vivants qd tout semble immobile?
Quand mes aînés étaient petits (il y a un certain temps ; les ordis étaient peu présents !) et qu'ils me disaient qu'ils s'ennuyaient, je leur répondais souvent : "ennuie toi encore une demie-heure et ensuite, je verrai ce que je peux faire pour toi.." Il était rarissime qu'ils reviennent présenter leur requête ! l'ennui est source de créativité, j'en suis convaincue !
RépondreSupprimer« Sans l'ennui, sans cette somnolence du temps où les choses perdent leur saveur, qui ouvrirait jamais un livre, quitterait sa ville natale ? L'on a tout à redouter d'une société du divertissement continu qui saturerait jour et nuit nos moindres envies. »
RépondreSupprimerPascal Bruckner, "L'Euphorie perpétuelle", Éd. Grasset, 2000
Merci à Bipote pour cette belle citation de Bruckner. Je n'adore pas son livre L'Euphorie perpétuelle, mais ce passage est très juste.
RépondreSupprimerMerveilleux ennui, que trop de parents culpabilisés par le message publicitaire et "boboïfiés" malgré eux par leur existence urbaine s'acharnent à combattre comme de la mauvaise herbe, trainant leurs pauvres petits d'activité en activité. Sans lui, nous voudrions tous des 4x4 et des liposucions, et qui sait ce que nous lirions...
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