Ça ne nous arrive pas souvent de rencontrer la Beauté, l’Intelligence, la Bonté. En vrai, je veux dire : pas seulement réfléchir ou discuter du concept, mais croiser quelqu’un ou quelque chose qui tout à coup nous impose l’évidence de l’incarnation d’une vertu. Ça m’est arrivé il y a peu, lors de mes dernières vacances.
C’était au Musée des Augustins à Toulouse, dans la salle dédiée à la sculpture gothique, devant une statue qui vaut le voyage à elle toute seule : Nostre Dame de Grasse.
Elle fait partie de ces œuvres devant lesquelles on passe de longs moments, le souffle coupé, l’esprit bousculé, l’âme aspirée par le vertige de l’indicible.
Et puis, ce n’est pas seulement sa grâce surhumaine qui touche. Il y a aussi l’humain en l’oeuvre : cette jeune fille a existé, sa moue triste et grave montre que les temps qu’elle a connus étaient plus sombres et durs que les nôtres.
Je suis encore sur un petit nuage d'états d'âme de légèreté et d'harmonie et de confiance dans le genre humain lorsque je sors du musée. Dans la rue je passe près d'un kiosque où d'autres têtes s'affichent à la une des magazines. Tout à coup, un flash : je compare le visage que je viens de contempler longuement, qui m'a apaisé et éveillé à la fois, aux sinistres mimiques plaquées, souriantes ou maussades, de nos stars de papier glacé ou de la télé. La différence entre le sincère et le factice, entre la grâce et la crasse. Premier mouvement de comparaison négative, de jugement réprobateur. Puis je me ressaisis : non, allez, laisse tomber, pas de ça, pas de mesquinerie, de jugements, de comparaisons. Pas maintenant. Ne gâche pas ton plaisir, ne dévalorise pas les uns pour célébrer les autres. Elle n’a pas besoin de ça pour être adorée, Nostre Dame de Grasse…
C'est vrai qu'elle semble avoir un visage très délicat votre jeune fille statufiée et je comprends votre "pâmoison" devant elle.
RépondreSupprimerMerci de cet exemple avec le kiosque à journaux où vous nous guidez dans le repérage des jugements de valeur qui n'apportent rien de bon ni d'utile, sauf de douloureux états d'âme.Toujours comparer et creuser des fossés qui font le lit de l'insatisfaction.
C'est vraiment sympa vos anecdotes; bien choisies, variées, rigolotes ou profondes.
Ce sont surtout ses mains que je trouve belles : douceur et énergie . Que tient elle sous son bras ?
RépondreSupprimerBonjour
RépondreSupprimer"A chacun sa vérité"
je suis heureuse que dans cette statue vous voyez "beauté, Bonté et intelligence"
quant à moi j'y vois bien sûr la beauté , suivant les canons qui sont les miens et qui semblent les votres et notre culture judéo-chrétienne
Bonté,Intelligence il n'y en a guère pour moi .sa bouche est tirée vers le bas , son regard perdu dans le vague et surtout tellement loin de ce bébé qui pourrait bien tombé que cela ne lui ferait ni chaud ni froid .Dans cette statue je ne sens pas de désir de relation , une grande lassitude et elle provoque en moi beaucoup de compassion pour cette femme qui en a peut-être un peu trop "sur les bras""
Bonjour,
RépondreSupprimerCette beauté pure et émouvante qui nous arrive du XV ème siècle est à tomber à genoux…
J’ai une pensée particulière pour l’artiste, inconnu, qui avec des outils rudimentaires a réussi à faire sortir de la matière une œuvre aussi sensible. ( J’ai une grande admiration pour tous les artisans anonymes du Moyen-Age qui nous ont laissé les cathédrales.).
Merci Docteur de nous avoir fait découvrir Nostre Dame de Grasse.
Nous sommes très loin des images « photoshopées » de filles siliconées qui doivent créer des ravages sur les jeunes générations. (?)
Je suis étonné de voir certaines personnes qui sont facilement manipulées par la mode, celle en particulier du piercing ( au choix : arcade, nez, lèvre, langue, nombril… ) et du tatouage.
Dois-je me planter un piercing quelque part pour être encore plus beau ?
Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?
C’est en Inde, dans des villages très simples, éloignés de la mode, des instituts de beauté et des chirurgiens esthétiques, que j’ai vu des femmes qui sont vraiment d’une grande beauté.
Bien cordialement.
Alain L
Profane en matière d'art mon caractère contemplatif me sauve et me porte à connaitre...
RépondreSupprimerIl existe en Angleterre une galerie où les oeuvres d'Antonio Canova sont exposées. Je les ai vues que par écran interposé mais elles sont magnifiques et ...Là où parfois les mots manquent. Cela se trouve à Chatsworth House ds le Derbyshire.
Je viens de terminer "L'Art du Bonheur" merci pour ce très joli livre, à lire et ...à contempler.
SYLVIE
Je suis content que "ma" statue préférée vous ait plu !
RépondreSupprimerPour anonyme 1 : simplement et sincèrement merci.
Pour anonyme 2 : c'est un livre, apparemment entouré d'une pièce de tissu (comme on le fait avec les manuscrits tibétains, par exemple). Si quelqu'un en sait davantage sur cela, ça m'intéresse. On peut mieux voir ls détails en cliquant sur la photo, ou en allant sur le site du Musée (lien dans mon texte).
Pour anonyme 3 : je n'y voyais que l'incarnation de la Grâce, d'où mon titre. Mais mon texte n'était pas clair sans doute.
Pour Alain : merci de ces précisions. Mais il me semble avoir vu pas mal de "piercings" traditionnels en Inde, non ?
Pour anonyme 5 : merci pour l'Art du bonheur, qui vient d'être réédité sous une magnifique nouvelle couverture. Et pour l'information sur Canova.