
Dans mon quartier réside un clochard (je dis clochard et non SDF, car il est plutôt bien intégré, il me semble ; en tout cas, autant qu'on peut l'être lorsqu'on vit dans la rue).
Il bavarde souvent à la sortie des cafés et des commerces avec des passants qu’il connaît et croise chaque jour, comme les employés de la voirie (je n’ose plus dire « balayeurs », on a l’impression de les insulter en les appelant comme ça ; et puis, ils sont maintenant souvent équipés, certains jours, de petits camions à arroser, alors il faudrait dire « balayeurs-arroseurs »…).
L’autre jour, en passant, j’entends leurs saluts, plutôt joyeux : « Salut Monsieur le Président ! » lançait le balayeur (oups…). « Salut patron » répondait le clochard.
Ce détournement de titres et de fonctions m’a ravi. Je n’y ai vu aucune ironie ni aucune amertume : juste une manière, dans un même mouvement, de se marquer de la considération et de se moquer des puissants.
Identification , ooooohhhhhhhhh ! identification,
RépondreSupprimerquand tu nous tiens !
Cet exemple montre bien avec quelle fragilité ,
l'homme se plaît à coller à une identité pour se rassurer ... se situer ... se reconnaître ... se définir ...( j'en passe et des meilleures ! ):
homme-femme-enfant-jeune-vieux-riche-pauvre-puissant-faible...
nous sommes des Hommes pareils ( Francis Cabrel :la chanson )
Pour emprunter ce trottoir, je ne vois que quelqu'un qui comme Brassens a appris à marcher sur les mains( on ne parle plus de pièton dans ce cas n'est-ce pas?)
RépondreSupprimerBrassens:" Pour me rendre à mon bureau..."
toujours un régal de l'entendre ou de lire le texte
le monde selon lui n'est pas très rigolo à l'endroit comme à l'envers où vos héros locaux se saluent avec un bel à propos! K.
Tout bien réfléchi, est-ce vraiment de la considération aujourd'hui de se traiter de patron ou de président ? permettez-moi d'en douter ... mais bien sûr notre clochard et nos employés de la voirie se fichent pas mal de ces "considérations" philosophiques et ils ont bien raison puisque l'espace de quelques secondes ils ont été heureux de rire ensemble et moi heureuse de leur connivence ...
RépondreSupprimerDans "Le Monde" de ce soir, un article intitulé "A la recherche du bonheur en temps de crise" où Christophe André est cité, "on peut toujours augmenter son bonheur" et son dernier livre mentionné.
RépondreSupprimerN'ayant plus la fonction "coller" dans l'édition des commentaires (?), je ne peux donner le long lien.
A propos de clochard, voici quelques lignes de Fernando Pessoa :
"Oui, être clochard et mendiant, à ma manière, ce n'est pas être clochard et mendiant de la façon commune :
c'est être isolé dans l'âme, c'est cela qui est être clochard, et mendier cette aumône, que les jours passent, et nous laissent, voilà qui est être mendiant."
Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes.
Bonne semaine.
Alain L
merci Alain L. pour cette citation.
RépondreSupprimerdouble merci Alain, de quoi nous donner envie de relire les poème du bon Fernando ! par contre, quelle est la chanson de Brassens citée par "anonyme" ?
RépondreSupprimer"Pour me rendre à mon bureau..." - 1945
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Alain L
Les prolos on fait souvent ça : se donner des noms rigolots , genre patron , président , votre sérenitude supréme , tête de noeud , ou des trucs comme ça ... ou ma poule .... ou beau gosse ou bozo ... il y a comme un fond de tendresse qui se moque du tragique
RépondreSupprimerJe fais un retour ici par l'article d'aujourd'hui... plutôt subtile l'inversion des rôles ;)
RépondreSupprimerSi ça c'est pas de la psychologie positive !