mardi 24 juillet 2018
On lâche les écrans et on relève la tête...
Il est temps de nous déconnecter (si ce n'est pas encore fait) pour savourer l'été.
Je vous souhaite de belles vacances, de belles soirées, de belles rencontres, de belles lectures, de belles balades, etc.
On se retrouve en septembre.
D'ici là, n'oubliez pas de sourire aux humains, de marcher dans la nature et de regarder souvent le ciel, les nuages, la lune et les étoiles !
Illustration : coucher de soleil au Pic du Midi, en juillet 2018.
lundi 18 juin 2018
L’amour ne suffit pas pour mettre un couple en joie
Quel boulot, la vie de couple !
Au début on croit que le plus dur, c’est de trouver l’amour. Puis, on réalise que l’amour ne suffit pas, qu’il faut aussi faire des efforts ! Et que les lois du couple ressemblent à celles de la créativité, vous savez : « le génie, c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration ». Et bien pour le couple, c’est pareil : 10% de transports (amoureux) et 90% d’efforts (laborieux). Bon, les proportions peuvent varier, mais ne comptez pas laisser tout le boulot au conjoint et à l’amour, et vous en tirer avec moins de 50% d’efforts !
Au début on croit que le plus dur, c’est de trouver l’amour. Puis, on réalise que l’amour ne suffit pas, qu’il faut aussi faire des efforts ! Et que les lois du couple ressemblent à celles de la créativité, vous savez : « le génie, c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration ». Et bien pour le couple, c’est pareil : 10% de transports (amoureux) et 90% d’efforts (laborieux). Bon, les proportions peuvent varier, mais ne comptez pas laisser tout le boulot au conjoint et à l’amour, et vous en tirer avec moins de 50% d’efforts !
Hélas, hélas, un des problèmes que nous avons toutes et tous,
c’est que nous aimerions bien ne pas avoir à les conduire, ces efforts, nous
aimerions bien que notre couple carbure juste à l’amour et à l‘eau fraiche. C’est
vrai que la tendre propagande, belles histoires et jolies chansons, nous vendant l’évidence du grand amour est ancrée
très profondément dans nos petits cerveaux…
Alors ça, le
mythe du grand amour facile, on peut dire que ça aura donné du boulot aux
thérapeutes de couple ! J’en ai fait autrefois des thérapies de
couple : j’ai vite arrêté, car je ne connais rien de plus difficile, de
plus fatigant, stressant et frustrant pour un psychothérapeute.
Par contre, ça
m’a permis de comprendre tout un tas de règles passionnantes sur la vie à deux.
Par exemple,
que les conflits et les désaccords ne sont pas un problème. La différence entre
couples fonctionnels et couples dysfonctionnels ne se situe pas dans la
présence de crises, mais dans l’art de sortir des crises. La manière dont on
discute rapidement du désaccord, le souci de chercher une solution plutôt qu’un
coupable, la capacité à ne plus en reparler sans arrêt ensuite pour coincer
l’autre, c’est là que l’on peut voir si le couple a de l’avenir ou pas, en tant
que couple heureux en tout cas. Parce qu’on peut aussi rester en couple en se
faisant la guerre…
Une autre loi, c’est celle du ratio de Losada (aujourd'hui contesté), du nom du chercheur qui a mis le premier en évidence ce rapport de 3 pour 1 : l’équilibre émotionnel c’est 3 émotions positives pour 1 émotion négative (inutile de viser le 100% d’émotions positives). Et l’équilibre conjugal, c’est pareil : au moins 3 échanges agréables pour un échange conflictuel. Prendre le temps de passer des bons moments avec notre conjoint nous permettra ensuite de mieux nous embrouiller avec lui ; mieux, au sens de « plus intelligemment », bien sûr !
Une autre loi, c’est celle du ratio de Losada (aujourd'hui contesté), du nom du chercheur qui a mis le premier en évidence ce rapport de 3 pour 1 : l’équilibre émotionnel c’est 3 émotions positives pour 1 émotion négative (inutile de viser le 100% d’émotions positives). Et l’équilibre conjugal, c’est pareil : au moins 3 échanges agréables pour un échange conflictuel. Prendre le temps de passer des bons moments avec notre conjoint nous permettra ensuite de mieux nous embrouiller avec lui ; mieux, au sens de « plus intelligemment », bien sûr !
Je pourrais
continuer longtemps, car les règles, préceptes et recommandations sur le couple
sont innombrables, mais il me semble qu’il y en a une petite dernière qui vaut
la peine d’être rappelée : malgré tous ces efforts nécessaires, on
n’arrivera jamais à tout mettre à plat.
Il y a toujours
des parts bricolées et mal fichues dans un couple, des dissensions pas réglées,
des zones d’ombre pas clarifiées… C’est là que l’amour est précieux : il
sert à les recouvrir, à pardonner, à accepter. Mais quand il se retire, cet
amour, comme dans les divorces, les conjoints se demandent comment ils avaient bien
pu faire pour supporter tous les défauts de l’autre pendant des années ! Ça, c’est la part
irremplaçable de l’amour dans le couple. Et c’est pour cela que, même s’il ne
suffit pas, il faut tout de même qu’il soit là !
Et au fait, vous, vous en pensez quoi de la part d'amour nécessaire dans un couple ?
Illustration : en tout cas, faire la cuisine ensemble et se parler à table au lieu de regarder des écrans, c'est bon pour le couple...
PS : ce texte reprend ma chronique du 15 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
Illustration : en tout cas, faire la cuisine ensemble et se parler à table au lieu de regarder des écrans, c'est bon pour le couple...
PS : ce texte reprend ma chronique du 15 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 4 juin 2018
Voir Papa
Je marche dans la rue, derrière deux jeunes femmes, dont une maman, qui pousse son bébé dans un landau.
Elles sont en pleine discussion, mais de temps en temps la maman s’arrête pour s’adresser au bébé, qui lui fait face. Elle lui parle gentiment, avec ces intonations que l’on a lorsqu’on s’adresse à des jeunes enfants qui ne peuvent pas nous répondre : « Tu veux voir papa, hein ? Oh oui ! Tu veux le voir, hein, ton papa ! » Le bébé doit avoir un large sourire et les yeux pétillants, car les deux jeunes femmes le regardent en riant elles aussi, et s’exclament sur lui.
Ça m’intéresse de savoir ce qu’en pense le bébé, alors j’accélère pour les dépasser. En fait, il n’en pense probablement rien : je vois sa petite tête réjouie, il doit avoir 2 ou 3 mois, et en dehors du fait qu’il est bien éveillé et tout heureux d’entendre la voix joyeuse de sa maman, je ne crois pas qu’à cet instant il ait un avis personnel élaboré sur les éventuelles retrouvailles avec son papa.
C’est plutôt la maman qui a très envie de revoir le papa. Et apparemment, elle souhaite que son bébé en ait autant envie qu’elle ! C’est touchant et limpide. C’est dans ce genre de petits moments de rien du tout que les mamans font (ou pas) une place privilégiée aux papas, en les faisant exister dans le désir de l’enfant. Si ce travail n’est pas fait, régulièrement, joyeusement, les choses sont certainement plus délicates pour le père. Je suis en train d’assister à une vraie leçon de micro-psychologie, cette psychologie des tout petits détails, qui accumulés, finissent par compter…
Après les avoir dépassées, je ralentis un peu le pas pour continuer d’apprendre des choses passionnantes. Mais la maman parle désormais de sa reprise de travail avec la copine qui l’accompagne. Bon, je ne vais pas passer ma journée à les espionner, j’accélère ; j’allais où, déjà ?
Plus tard, en repensant à la scène, je me demande si un papa aurait eu le même genre de réflexe. Est-ce qu’un père impliqué (comme le sont de plus en plus les jeunes pères) aurait pensé à dire « tu veux voir maman, hein ? » Je n’en suis pas si sûr. D’abord parce que ça nous semble évident, à nous les papas, qu’un bébé veut revoir maman. Puis parce qu’on y pense moins, qu’on est moins attentifs ; et peut-être plus égoïstes.
Du coup, je ressens à ce moment de la gratitude pour mon épouse, dont je pense qu’elle a du échanger avec nos trois filles des tas de petites paroles semblables, qui m’ont bien facilité la tâche, et permis de prendre ma place de papa gâteau encore plus facilement. Puis de l’admiration pour toutes les mamans du monde, qui font ainsi, discrètement et intelligemment, de la place aux papas. Ce petit bout de vie de 5 minutes m’a appris, nourri et réjoui. Comme c’est intéressant d’exister !
Illustration : Un couple en vacances à la montagne (le bébé est dans la voiture, au calme).
PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en mars 2018.
vendredi 18 mai 2018
Trop de psy dans nos vies ?
Certains pensent qu’il y a trop de psychologie dans nos
vies. Parfois, ce sont des psys eux-mêmes qui disent ça, les pédo-psys par
exemple : ils constatent que beaucoup d’enfants qu’on leur envoie n’ont
pas véritablement de problèmes psychologiques mais simplement des problèmes
éducatifs : on ne leur a pas appris la frustration, on ne leur a pas dit
assez non, on les a beaucoup aimés mais assez peu éduqués…
Et puis, d’autres disent que c‘est l’inverse, et qu’il n’y a
pas assez de psychologie dans nos vies. Que si dans notre vie de couple, en
famille, au travail, nous avions appris à mieux nous écouter, mieux nous
parler, mieux nous comprendre et nous respecter, il y aurait moins de conflits
et moins de souffrances.
Peut-être ne parle-t-on pas de la même chose, d’ailleurs,
quand on parle du « trop de psy » : est-ce trop de recours à la
psychothérapie (envoyer ses enfants ou son conjoint chez le psy dès qu’il nous
dérange ou se plaint) ? Ou est-ce, plus largement, de trop avoir recours à
la psychologie pour comprendre et améliorer notre vie ?
Sur ce dernier point, pas mal de gens pensent,
effectivement, que bon sens et bonne humeur devraient suffire pour bien
conduire une vie humaine…
C’est une façon
de voir les choses qui se défend, mais ça ne marche pas pour tout le monde, et
ça ne satisfait pas non plus tout le monde. D’où pour certaines personnes,
l’envie d’un peu de psy, car tout ne se résout pas en trinquant et en chantant…
De toute façon,
nous autres occidentaux vivons dans des sociétés de pléthores, où il y a
globalement trop de tout. Regardez chez vous et autour de vous : trop de
nourriture, trop de fringues, trop d’objets inutiles, trop d’informations, trop
de tentations… Le « trop de psy » n’est peut-être pas le pire des
« trop de » que nous ayons à affronter !
Et puis, ce
sentiment de « trop de psy », c’est peut-être un bon signe, le signe
que nous avons satisfait nos autres besoins fondamentaux.
Vous connaissez
la fameuse pyramide de Maslow, cette loi psychologique qui explique qu’il
existe une hiérarchie de nos besoins, et qu’ils ne peuvent survenir que les uns
après les autres. Il y a d’abord les besoins liés à notre survie : manger,
boire, dormir ; lorsqu’ils sont satisfaits, peuvent alors émerger les
besoins liés à notre sécurité : pouvoir vivre en paix, dans des
environnements sans danger ; puis viennent les besoins d’appartenance, besoins d’amour,
d’amitié, de solidarité…
Et c’est seulement
lorsque tous ces besoins fondamentaux sont satisfaits qu’on accède à des
besoins plus spécifiquement psychologiques : besoin d’estime de soi,
d’autonomie, de réalisation de soi, de transcendance…
Une société où
on se pose la question du « trop de psy » c’est donc une société qui,
a priori, et pour la majorité de ses citoyens, a réussi à répondre à tous les
besoins plus fondamentaux (nourriture, logement et citoyenneté). Plutôt
réjouissant.
Mais nous
sommes d’accord : ce n’est pas une raison pour envoyer tout le monde sur
le divan ! Éduquons nos enfants, sans déléguer ça aux écrans ou aux psys.
Écoutons nos proches et exprimons-leur nos émotions. Parlons-nous les uns les
autres, entre voisins et entre inconnus. Engageons-nous, militons, votons…
Rendons à la
psy ce qui relève de la psy, et à la vie ce qui relève de la vie. On y verra
déjà un peu plus clair !
Et au fait, vous, est-ce
que vous avez tendance à parler trop souvent de psychologie ?
Illustration : tout de même, un bon psy, ça fait du bien rien que quand on le voit nous attendre sur le pas de sa porte...
PS : ce texte reprend ma chronique du 8 mai 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 14 mai 2018
La charge mentale
Au départ, nous les humains, nous sommes des chanceux :
nous avons un chouette cerveau qui peut nous aider à voyager dans le temps et l’espace.
Nous aider par exemple à anticiper : à rêver de nos prochaines vacances, à
faire des projets pour notre retraite, à savourer le futur par avance, à mieux
le préparer…
Mais ces mêmes capacités d’anticipation et de planification,
situées dans notre cortex préfrontal, ces capacités organisatrices si
précieuses peuvent déraper, et se transformer en moteurs à anxiété, en
fabriques d’inquiétude. Ces capacités à nous projeter plus tard ou ailleurs
peuvent faire qu’on n’est jamais totalement présent à l’instant, qu’il s’agisse
de loisirs : on est dimanche mais on pense au lundi ; ou de
travail : on est au bureau mais on pense aux courses à faire en
sortant ; on pense par exemple à ne pas oublier d’acheter des cornichons,
de la moutarde, du pain et tout ça…
C’est ce qu’on
appelle en psychologie expérimentale « l’effet Zeigarnik », du nom de
la chercheuse russe Bluma Zeigarnik. Celle-ci a montré, dès les années 1920,
que toutes les tâches que nous n’avons pas eu le temps de terminer nous restent
davantage en tête que celles que nous avons pu achever. Elles nous restent en
tête, et donc nous tourmentent un peu, nous mettent la pression, nous
démangent, nous poussent vers l’action… Car faire soulage ! Boucler un
dossier, clore une action, ça fait baisser la tension mentale.
Le problème
évidemment, c’est quand on a plein de choses à faire : alors, la
liste de ces choses à faire, et donc pas encore faites, reste bien au chaud
dans notre tête, mais elle n’y reste pas calmement, elle nous met la pression,
insidieusement. C’est ça, la charge mentale : devoir héberger à notre
esprit toutes les listes remuantes de ce que nous n’avons pas encore eu le
temps de faire.
Et la charge
mentale, c’est aussi savoir, au fond de nous, que nous n’aurons jamais assez de
temps pour toutes les faire, ces choses, ou du moins pour toutes les faire
tranquillement, calmement, comme il faudrait. Il va falloir accélérer, il va falloir speeder, il va falloir,
surtout, ne pas se reposer, ne pas perdre de temps… C’est là que les ennuis
commencent.
Il est alors urgent
de pratiquer l’exercice du canapé !
Le soir, en
rentrant chez soi, on commence par s’asseoir dans le canapé, pour respirer, se
détendre, tranquille, ne rien faire pendant 5 mn ; non, plutôt 10 mn,
allez, tant qu’on y est ! Évidemment, à peine assis, on est attaqué de
tous les côtés ; attaqués par nos pensées, nos propres pensées, les
pensées sur les choses à faire : « quoi ? comment ? tu te
poses un instant ? alors que tu n’as pas fait les courses, pas acheté les
cornichons ? pas rangé la maison, alors que des amis viennent dîner ? pas
commencé à préparer le repas ? pas terminé de répondre à tes mails de
boulot ? pas téléphoné à ta copine qui vient de divorcer ? pas
vérifié que les enfants étaient bien sur leurs devoirs et pas sur leurs
écrans ? »
Là, on
s’aperçoit qu’on s’est déjà remis debout pour agir, pour cocher des trucs sur
la liste des choses à faire. Alors, on dit NON, et on reste dans
l’exercice : on se rassied et on respire, juste ça, respirer. Les pensées
attaquent encore ? On leur redit NON, et on leur explique :
« non, c’est bon, j’ai compris ! J’aurai toujours des choses à
faire, même sans jamais dormir, sans jamais me reposer. Alors là, j’ai décidé
de faire une chose encore plus importante : prendre soin de moi, me
reposer, souffler. Tout le reste, n’importe qui peut le faire à ma place :
ranger, nettoyer, travailler ; quand je serai mort ou malade, d’autres le
feront. Mais me poser et me reposer, il n’y a que moi qui puisse le faire. Et
c’est maintenant, tant que je suis vivant… »
Voilà, à partir
de désormais, grâce à cette chronique, ce sera comme ça tous les soirs, on fera
l’exercice du canapé ! La charge mentale n’a qu’à bien se tenir !
Et, vous, qui appréciez la psychologie puisque vous fréquentez ces pages, vous la ressentez cette charge mentale ? De temps en
temps ? Ou tout le temps ? Et d’ailleurs, vous avez un canapé chez
vous ?
Illustration : " Et halte aussi à la charge mentale !"
PS : ce texte reprend ma chronique du 10 avril 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
mercredi 9 mai 2018
Pourquoi tant de peurs ?
L'autre jour, je me demandais quelles
étaient les dernières fois où j’avais vraiment ressenti de la
peur ?
Pas de l’anxiété, qui est la forme de peur associée à un
danger possible ou approchant, non, de la peur, la peeeeeeur !... la
vraie, celle qui déboule violemment dans notre corps et notre esprit lorsque le
danger est là, le danger pour de vrai, et pas seulement comme une
virtualité ! Ce n’est pas si fréquent que ça dans nos vies, la vraie peur.
Pour moi, je me souviens, j’ai senti sa morsure lors d’un
accident de rafting, quand notre embarcation s’était renversée et que nous étions
tous passés à deux doigts de la noyade, coincés dans l’eau glacée entre courant
violent et énormes rochers ; je l’ai sentie aussi lors d’un vol agité en parapente
où tout mon corps se raidissait de frayeur à chaque fois que je regardais en
dessous de moi (ma prof de parapente d’alors est morte dans un accident 2 ans
après) ; ou encore lors d’une bagarre de rue imprévue avec des inconnus
louches et équipés comme il fallait pour me tuer… Mais à part ça, pas
grand-chose, finalement.
Ressentir la vraie, la grande peur, face à un risque mortel,
ce n’est pas si fréquent, donc, et tant mieux. En tout cas, ce n’est pas
fréquent pour nous autres, occidentaux du XXIe siècle, ayant la chance immense
de vivre dans un pays démocratique en paix. Par contre, les anxiétés et les
inquiétudes, toutes ces petites peurs du quotidien, j’en ai chaque jour, et plusieurs
fois par jour même. Mais je ne suis pas seul dans ce cas, et j’ai
l’impression qu’un paquet d’humains sont comme moi, même les plus souriants et
détendus en apparence, de véritables sacs à peurs…
C’est vrai que
si on utilise le mot peur pour désigner toutes nos inquiétudes, alors on a tout
le temps de quoi avoir peur : peur de ne pas s’endormir, peur de ne
pas se réveiller à l’heure, peur de tomber malade, peur de REtomber malade,
peur de décevoir, peur de faire du mal sans le vouloir, peur d’échouer, peur de
ne pas y arriver, peur de vexer ceux qui n’y arrivent pas si nous on y arrive,
peur de ne pas être assez généreux, peur de se faire bouffer par les autres…
Nous avons peur
parce que la vie n’est pas facile, parce que nous y rencontrons beaucoup
d’adversités, grandes et petites, mais surtout parce que la vie est incertaine
et imprévisible, et que chaque jour nous apporte sa dose de la plus grande des
nourritures de la peur : l’incertitude.
L’incertitude
(que va-t-il se passer ? est-ce que je vais rater mon train ? avoir
mes examens ? survivre à cette opération ?) est le plus grand
carburant de l’anxiété. D’ailleurs, une des maladies anxieuses les plus
fréquentes, qu’on appelle l’anxiété généralisée, c’est à dire la capacité à se
faire du souci pour tout, est en fait, tout simplement, une allergie à
l’incertitude : dès qu’on n’est pas sûr de quelque chose, on angoisse…
Et du coup, à
mes yeux, le vrai mystère ce n’est pas « pourquoi les humains sont-ils si
anxieux ? », mais plutôt « comment font-ils pour vivre avec
toutes ces raisons d’être inquiets et d’avoir peur ? »
Car, étonnamment,
nous y survivons plutôt bien, à nos peurs : elles nous meurtrissent régulièrement,
elles nous prennent la tête le temps d’une crise d’angoisse ou d’une nuit
d’insomnie, puis nous passons à autre chose, nous nous remettons à rire, à
agir, à vivre.
C’est pour ça
que j’adore l’espèce humaine. Nous sommes les seuls, parmi tous les
représentants du monde animal, à clairement savoir que nous allons mourir un
jour, que nos proches peuvent disparaître d’un moment à l’autre avant que nous
n’ayons pu les revoir, que l’adversité peut nous frapper à tout moment, quand
elle le voudra. Et pourtant nous rions, nous créons, nous passons l’essentiel
de notre temps à penser à autre chose, et à faire comme si tout cela n’existait
pas. Nous arrivons à vivre heureux…Trop fort, les humains !
Et au fait, vous, c’est
quoi votre plus grande peur ?
Illustration : "Au secours, les parents, y a un truc bizarre qui fait du bruit sous mon lit !"
PS : ce texte reprend ma chronique du 13 mars 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
Illustration : "Au secours, les parents, y a un truc bizarre qui fait du bruit sous mon lit !"
PS : ce texte reprend ma chronique du 13 mars 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 30 avril 2018
Plaire ou séduire ?
Vaut-il mieux plaire ou
séduire ?
Pour certains, séduire, c’est bien. C’est nécessaire, et
même indispensable pour toute vie en société : un prof s’efforce de
séduire ses nouveaux élèves, un salarié ses nouveaux collègues, un amoureux son
amoureuse, ou une amoureuse son amoureux, etc.
Pour d’autres, séduire, c’est un mensonge, une
tromperie : séduire, c’est se faire plus beau ou plus belle qu’on n’est,
parce qu’on a une idée derrière la tête, ou ailleurs. C’est promettre sans se
sentir toujours obligé de tenir ses promesses. C’est effectivement un peu
manipuler, si on entend par manipulation une influence qu’on exerce sur autrui
en s’efforçant de lui cacher ce qu’on veut obtenir.
Et la question, finalement, c’est de savoir s’il faut
vraiment chercher à séduire, ou bien se contenter de plaire ? Une fois que
le jeune homme a séduit sa petite amie, doit-il ensuite séduire ses
beaux-parents, etc ? Ou bien peut-il juste se contenter de leur
plaire ?
Il y a, me semble-t-il, dans la séduction quelque chose de
calculé, de stratégique, une activité dirigée vers un but ; et aussi un
mensonge - ou plusieurs -, et des calculs que l’on cache.
Dans le fait de plaire, il y a quelque chose de plus calme,
mais aussi de plus franc : on se présente tel qu’on est, sans s’embellir,
sans promouvoir ses qualités, sans
cacher ses défauts. Moins de mensonge avant, moins déception ensuite…
Plaire c’est ne rien promettre, séduire c’est s’efforcer de
plaire en accéléré. Comme dans le Donjuanisme…, chanté par exemple par le talentueux et démodé Claude Nougaro. Dans le donjuanisme, qui peut concerner aussi les femmes, le plaisir
de séduire ne peut jamais cesser, jamais se calmer ; on séduit pour amener
autrui à soi, pour faire ce qu’on a à faire, puis on l’abandonne pour passer à
quelqu’un d’autre.
Dans l’hystérie, qui peut concerner aussi les hommes, c’est
l’angoisse de ne pas plaire qui pousse à vouloir séduire toutes les personnes
qui nous plaisent, à érotiser tous les rapports sociaux, à beaucoup promettre
sans jamais pouvoir donner.
Donjuanisme et
hystérie sont les formes maladives du besoin de séduire, et induisent
évidemment beaucoup de souffrances chez les victimes qui se font prendre au
piège de ce genre de séduction à vide, sans la moindre intention de construire.
Le moteur de la séduction ne s’arrête jamais de tourner, et nécessite un
mouvement permanent, un recherche constante de nouvelles cibles à séduire. Gare aux
personnes fragiles, qui une fois apprivoisées se feront abandonner. Dans
ces séductions pathologiques, on promet de beaucoup donner, mais en réalité on
s’apprête à beaucoup prendre, on promet de construire mais on s’apprête à
détruire.
Quand je vois quelqu’un en faire des tonnes pour séduire, je me
demande toujours où est le problème ? Pourquoi tous ces efforts pour
convaincre qu’on a du charme et de la valeur ? Pourquoi cette hâte,
pourquoi ne pas attendre tout simplement de plaire ? Et supporter
éventuellement de ne pas plaire ?
Mais bon, c’est parce que je suis psychiatre peut-être, parce que
derrière toute tentative excessive de séduction, je sens le manque :
manque de confiance en soi, manque de sécurité intérieure, manque d’intérêt
réel pour autrui… Déformation professionnelle, peut-être. Ou peut-être pas,
allez savoir…
Et vous, vous avez
choisi dans votre vie, entre plaire et séduire ?
Illustration : un mariage au Canada, au siècle dernier. Se sont-ils mutuellement plus ou séduits ?
PS : ce texte reprend ma chronique du 17 avril 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
PS : ce texte reprend ma chronique du 17 avril 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
mercredi 18 avril 2018
Tout prendre au sérieux
L’autre jour, je
donne 2 euros à un SDF assis devant la boulangerie, et il m’en remercie par un
beau sourire et un retentissant « Que Dieu vous bénisse ! ». Sans
bien comprendre pourquoi, j’en suis profondément touché, et troublé. Je repars
avec l’air normal, mais au fond de moi je chancelle. Je suis transpercé par ses
paroles. J’ai l’impression, la certitude pendant de longues minutes, qu’il m’a
envoyé un éclair de lumière, qu’il m’a offert, vraiment, une protection divine,
que ce n’étaient pas que des mots.
Puis je me calme, je
souris de moi-même. Je me demande combien de temps la bénédiction divine va
planer sur moi et me soustraire à tous les maux qui menacent une vie humaine.
Je me sens à nouveau normal dans ma tête, j’ai repris la situation en main.
J’ai peut-être eu tort, allez savoir ; certains jours, je me dis que nous
devrions nous laisser bousculer plus souvent par les mouvements de nos âmes…
Mais tout de même,
c’est drôle comment quelques instants, j’ai pris ses paroles au sérieux. En
fait, j’ai toujours été comme ça. Sur toutes mes photos d’enfance, j’ai le
regard inquiet et sérieux, l’œil attentif et sans malice du jeune humain qui
prend tout au premier degré. Pendant des années, j’ai toujours cru ce qu’on me
disait, j’ai manqué de méfiance, je me suis souvent montré naïf, et souvent fait
moquer ou rouler.
Puis j’ai fini par
comprendre, et par apprendre à sourire tout en me méfiant, à donner le change.
Mais au fond de moi, c’est resté, je commence toujours comme ça : croire
les autres, et tout prendre au sérieux.
Sans doute que ça m’a souvent aidé dans mon métier de médecin et de thérapeute, cette confiance absolue dans ce que me disent mes patients, sans doute qu’ils le sentent et que ça leur donne aussi confiance en moi. Quelques uns m’ont baladé, mais avec tous les autres, ça s’est bien passé.
Avec mes proches aussi, dont je ne me méfie bien sûr pas, cela marche ainsi : je ne doute jamais d’eux et de leurs paroles. Confiance absolue. Les plus farceurs et les plus taquins en profitent parfois pour me bobarder, étonnés eux-mêmes de la facilité avec laquelle j’avale tout. Je marche à toutes les blagues, et je passe à côté de tous les complots. C’est confortable et délicieux. Cela ne m’a jamais mis dans des situations désespérées : je suis un anti-paranoïaque chanceux. Et je ne me sens pas seul…
Sans doute que ça m’a souvent aidé dans mon métier de médecin et de thérapeute, cette confiance absolue dans ce que me disent mes patients, sans doute qu’ils le sentent et que ça leur donne aussi confiance en moi. Quelques uns m’ont baladé, mais avec tous les autres, ça s’est bien passé.
Avec mes proches aussi, dont je ne me méfie bien sûr pas, cela marche ainsi : je ne doute jamais d’eux et de leurs paroles. Confiance absolue. Les plus farceurs et les plus taquins en profitent parfois pour me bobarder, étonnés eux-mêmes de la facilité avec laquelle j’avale tout. Je marche à toutes les blagues, et je passe à côté de tous les complots. C’est confortable et délicieux. Cela ne m’a jamais mis dans des situations désespérées : je suis un anti-paranoïaque chanceux. Et je ne me sens pas seul…
J’avais lu un jour
le récit des adieux de Gustave Thibon, philosophe paysan, à Simone Weil, génie
de la philosophie. C’était en 1942, pendant la guerre, il venait de lui dire,
pour plaisanter : « Au revoir, en ce monde ou dans
l’autre ! » Et elle de répondre, insensible et étrangère à cet
humour, et devenue subitement grave : « Non, dans l’autre monde, on
ne se revoit plus. »
Tout prendre au sérieux : une faiblesse et une grâce à la fois.
Tout prendre au sérieux : une faiblesse et une grâce à la fois.
Illustration : Le rêve de Sainte Ursule, par Carpaccio.
PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en janvier 2018.
mercredi 28 mars 2018
Le partage des tâches ménagères
Il y a très très longtemps, en l’an 1994 du siècle dernier, une grande enquête avait été conduite à propos
de la vie de famille telle que représentée dans les livres pour enfants en France. Ce
n’était pas brillant !
Les couvertures et les titres des albums impliquaient dans 3/4 des
cas un personnage masculin contre 1/4 seulement un personnage féminin. Les hommes
étaient montrés deux fois plus souvent au travail que les femmes. Les pères et
les mères s’occupaient deux fois plus de leur fils que de leur fille.
Et la situation était encore plus nette dans les histoires, prisées par les tout-petits, mettant en scène des animaux humanisés : c'est là que les clichés sexistes étaient les plus fréquents, les familles Ours ou Lapin s'avérant nettement plus traditionalistes que les familles humaines : Papa ours toujours dans son fauteuil devant la télé, et Maman ours à la vaisselle ou aux fourneaux. Comme dans la blague stupide : « Ma chérie, les tâches sont tellement bien réparties entre nous : tu détestes le foot alors c’est moi qui le regarde ; je n’aime pas la vaisselle, alors c’est toi qui la fait… » Ah, ces ours…
Et la situation était encore plus nette dans les histoires, prisées par les tout-petits, mettant en scène des animaux humanisés : c'est là que les clichés sexistes étaient les plus fréquents, les familles Ours ou Lapin s'avérant nettement plus traditionalistes que les familles humaines : Papa ours toujours dans son fauteuil devant la télé, et Maman ours à la vaisselle ou aux fourneaux. Comme dans la blague stupide : « Ma chérie, les tâches sont tellement bien réparties entre nous : tu détestes le foot alors c’est moi qui le regarde ; je n’aime pas la vaisselle, alors c’est toi qui la fait… » Ah, ces ours…
Mais tout de même, à l’époque, ça m’avait sacrément ouvert
les yeux, cette étude. Peu après, je devenais père de trois filles, et du coup
je me sentais très concerné par cette question du partage des tâches, comme
dans la chanson de Trénet : Papa pique et Maman coud...
C’est
beau, hein ? Papa pique et Maman coud ; et puis après avoir piqué et cousu on imagine que Papa et
Maman vont ensuite aller, ensemble, faire les courses et cuisiner, dans une
parfait égalité des tâches.
Mais hélas,
les choses n’ont pas évolué aussi vite que je l’imaginais : 25 ans après
l’étude de 1994 dont je vous parlais, une recherche récente, conduite entre 2008
et 2015, montrait que peu de choses avaient bougé, par exemple dans les livres
scolaires. Quelques chiffres :
-
dans les manuels de CP, sur plus de 13.000 personnages présents
dans les ouvrages épluchés par les deux
auteures du rapport, seulement 1/3 de femmes ;
-
parmi les personnages exerçant des métiers scientifiques, 96,6% d'hommes ;
-
2 fois plus de de sportifs
que de sportives, 2 fois plus de rois que de reines ;
-
par contre, 97,7% de sorcières
pour 2,3% de sorciers ;
-
la majorité des filles jouent dedans et les garçons dehors, etc.
En matière d’éducation au changement, nous avons encore des
progrès à faire…
Enfin… L’autre dimanche, je réfléchissais à ça en sortant les poubelles sous la pluie,
après avoir débouché un siphon, être grimpé sur le toit pour enlever les
feuilles mortes des gouttières, mis à jour tout un tas de paperasse
administrative, et fait le marché, puis la cuisine…
Je n’avais pas du tout l’impression d’être Papa ours. Et je me disais : « allez, c’est peut-être bon signe, que tu aies envie de te plaindre ! Ça veut peut-être dire que le partage des tâches est en route dans ta famille… » (en vrai, j’avais aussi une autre hypothèse : « Ça veut peut-être dire aussi que tu es une bonne poire et que tu en fais trop » ; hum, j’espère que ma femme ne va pas lire ce papier…).
Je n’avais pas du tout l’impression d’être Papa ours. Et je me disais : « allez, c’est peut-être bon signe, que tu aies envie de te plaindre ! Ça veut peut-être dire que le partage des tâches est en route dans ta famille… » (en vrai, j’avais aussi une autre hypothèse : « Ça veut peut-être dire aussi que tu es une bonne poire et que tu en fais trop » ; hum, j’espère que ma femme ne va pas lire ce papier…).
Et vous, vous
êtes attentives ou attentifs à ces histoires de partage des tâches entre hommes et femmes ?
Illustration : Papa n'a pas le temps, de Philippe Corentin.
PS : ce texte reprend ma chronique du 2 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
PS : ce texte reprend ma chronique du 2 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
mercredi 21 mars 2018
Cris et sautillements
Au bout de la rue où nous habitons, il y a une petite école
primaire. Et plusieurs fois par semaine, lorsque je travaille dans mon bureau
j’entends les enfants se rendre de l’école au gymnase, ou à la chorale, en
piaillant joyeusement dans la rue.
Je me lève à chaque fois pour les regarder passer, dans leur
joyeux tumulte. C’est un spectacle qui me met en joie, de voir toute cette
énergie spontanée et désordonnée. En les observant, je me sens vieux et jeune à
la fois : jeune d’avoir été comme eux, et vieux de ne plus l’être depuis
longtemps. Mais en tout cas, je me nourris de leur vitalité, leur passage me
fait sourire, leur petit défilé me met en joie. C’est drôle comme les émotions
sont contagieuses !
Mais quelle pêche ils ont, ces petits humains ! J’admire les
maîtres et les maîtresses qui vont avoir, dans un moment, la charge de calmer
la troupe et de les rendre attentifs à je ne sais quelle tâche. Quelle drôle
d’invention que l’école !
Les enfants se
sont éloignés, je ne les vois plus, mais j’entends encore leur clameur jubilatoire.
Je me dis que l’aptitude à la joie est vraiment quelque chose d’inné chez les
humains. Je repense à mes filles et à tous les enfants que j’ai connus, à leur
manière inimitable, quand ils sont des tout-petits, de se déplacer en
sautillant, avec une allégresse spontanée du corps, qui témoigne de leurs
capacités naturelles à la joie et à la curiosité, de leur élan vers la vie.
Puis à un
moment donné, on perd le truc : en vieillissant, les enfants se déplacent
en marchant et ne sautillent plus. Ils ont envie de grandir et de ressembler
aux adultes, un peu de leur grâce s’en va, et avec elle une part de cet oubli
de soi nécessaire à la joie sans cause. Puis, à l’adolescence, c’est parfois la
dégringolade du bonheur : on découvre les états d’âme sombres, la
morosité, on se renfrogne aussi facilement qu’on sautillait jadis.
Il leur faudra
ensuite redécouvrir tout ça : l’importance du bonheur, la nécessité d’être
heureux malgré les soucis et les tracas de la vie. Il leur faudra réapprendre tout ce qu’ils savaient déjà
faire lorsqu’ils étaient petits. Réapprendre à aimer la vie comme ça, pour
rien, sans raison. Je me demande si ce grand recul adolescent de la joie et de
l’énergie vitale est comme un oubli nécessaire pour que tout revienne encore
plus fort ensuite.
J’entends encore
quelques cris dans le lointain. Je me dis qu’on apprend mieux quand on est
joyeux. Mais ce qui est vrai pour les écoliers l’est aussi pour leurs
maîtresses et leurs maîtres : on enseigne mieux quand on est heureux. Et
vrai pour les parents : on aime mieux quand on est heureux.
C’est pour ça
que je ne rigole pas avec le bonheur : ce n’est pas un luxe, ni un gadget,
c’est une nécessité. Il est central et vital de nous attacher, de notre mieux,
à être heureux et à rendre heureux, autour de nous, en tout temps et en tout
lieu…
Et vous, vous
étiez heureuses et heureux à l’école ?
Illustration : Max et les Maximonstres, de Maurice Sendak.
PS : ce texte reprend ma chronique du 9 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
PS : ce texte reprend ma chronique du 9 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
Inscription à :
Articles (Atom)








