lundi 12 mars 2018
vendredi 9 mars 2018
Besoin d'un peu de solitude ?
Il y a quelques semaines, j’étais parti en Belgique pour y parler
de mon dernier livre, et j’y menais la vie d’auteur en promotion.
Le matin, par exemple, je prenais mon petit déjeuner à l’hôtel et j’observais, puisque j’étais seul, les autres clients, presque tous seuls, eux aussi. La plupart étaient plongés dans leurs téléphones portables. Ce qui ajoutait encore, à mes yeux, à la tristesse du spectacle : tous ces humains esseulés, courbés sur leurs écrans, dès le petit matin… Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la solitude et à l’ennui ! Bon, ils devaient eux aussi trouver bizarre ce grand barbu sans écran, qui les observait attentivement, en mâchouillant sa salade de fruits ; mais c’est un autre problème…
Le matin, par exemple, je prenais mon petit déjeuner à l’hôtel et j’observais, puisque j’étais seul, les autres clients, presque tous seuls, eux aussi. La plupart étaient plongés dans leurs téléphones portables. Ce qui ajoutait encore, à mes yeux, à la tristesse du spectacle : tous ces humains esseulés, courbés sur leurs écrans, dès le petit matin… Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la solitude et à l’ennui ! Bon, ils devaient eux aussi trouver bizarre ce grand barbu sans écran, qui les observait attentivement, en mâchouillant sa salade de fruits ; mais c’est un autre problème…
La solitude subie, ce n’est pas très gai, et il est bien
normal de vouloir y échapper.
Il est parfois profond, ce sentiment de solitude qui nous tombe dessus dans les moments douloureux de nos existences, les échecs, les deuils, les exils, les chagrins d’amour. Quand les amis venus nous consoler sont repartis et qu’on se retrouve toute seule ou tout seul devant son miroir en train de se brosser les dents avec l’envie de pleurer, en se demandant de quoi demain sera fait. Cette solitude là, cette « renifleuse des amours mortes », comme le chantait Barbara, celle-là n’est jamais la bienvenue…
Il est parfois profond, ce sentiment de solitude qui nous tombe dessus dans les moments douloureux de nos existences, les échecs, les deuils, les exils, les chagrins d’amour. Quand les amis venus nous consoler sont repartis et qu’on se retrouve toute seule ou tout seul devant son miroir en train de se brosser les dents avec l’envie de pleurer, en se demandant de quoi demain sera fait. Cette solitude là, cette « renifleuse des amours mortes », comme le chantait Barbara, celle-là n’est jamais la bienvenue…
Mais la solitude n’est pas qu’une souffrance, elle est aussi
une voie d’accès à la vie intérieure, et à la connaissance de soi. Elle est une
occasion, parfois un peu obligée, c’est vrai, de se rendre visite à soi-même. Certains la considèrent comme une
hygiène de l’esprit, à l’image de Vauvenargues, qui écrivait : « La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps,
mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire. »
La solitude comme
une diète ? - nous dirions aujourd’hui « comme un jeûne ? »
Oui, mais il y a une grande différence entre souffrir ne pas avoir assez
à manger - c’est la famine, et décider de moins manger – c’est le jeûne.
De même, la solitude subie - manquer de liens sociaux, n’a rien à voir
avec la solitude choisie - s’éloigner un moment, court ou long, des gens
que l’on connaît et que l’on aime, mais en sachant que notre place à leurs
côtés et dans leurs cœurs n’est pas remise en question. Cette solitude là,
transitoire, est féconde et presque confortable.
Et certains
d’entre nous ont besoin d’en avoir une dose élevée : les introvertis.
En psychologie, on définit l’introversion comme le besoin de se trouver
fréquemment seul, l’intolérance à l’excès de stimulations sociales. Les
introvertis ne sont pas forcément des misanthropes, mais fatiguent vite au
contact des autres. Je le sais, j’en suis un ! Et du coup, on pourrait les
définir comme des « solitaires sociables », aimant à la fois le
contact et la solitude, mais avec le besoin de 20% de temps sociaux et 80% de
temps de solitude. Là où les extravertis ont besoin de proportions inverses :
20% de temps de solitude et 80% de temps sociaux.
Et, vous, ce serait quoi votre pourcentage idéal de répartition entre temps
social et temps solitaire ?
Illustration : on n'est jamais seul au fond des mers !
PS : ce texte reprend ma chronique du 13 février 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
PS : ce texte reprend ma chronique du 13 février 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
jeudi 1 mars 2018
Lapins malins
Longtemps, nous avons hébergé des lapins dans notre jardin.
Nous leur donnions à chaque repas nos épluchures et trognons de légumes et de
fruits, ils adoraient ça. Dès que nous ouvrions la porte de la cuisine donnant
sur le jardin, ils accourraient pour voir ce que nous allions leur offrir. Ils
avaient un goût très sûr : ils reniflaient quelques secondes, mordillaient
éventuellement, puis si ça ne leur plaisait pas, rabattaient leurs oreilles en
arrière et s’éloignaient d’un air déçu ; les nôtres par exemple n’aimaient
pas du tout les poireaux ni les endives.
J’avais tiré à l’époque deux conclusions de ces échanges
réguliers avec nos lapins.
Le première concernait les liens entre alimentation et
émotion : jamais ils ne galopaient vers nous aussi vite que quand nous leur
apportions à manger. C’est ce qu’on nomme la reconnaissance du ventre. Ce partage
affectif autour de la nourriture existe aussi chez les humains : dans les
couples et les familles, amour et bonne chère font souvent bon ménage…
Mais après les liens entre amour et nourriture, ma deuxième
conclusion était que contrairement aux lapins, nous ne pouvons plus guère faire
confiance à notre instinct pour savoir ce qui est bon pour nous : trop
d’aliments transformés et trafiqués, dans lesquels le sel, le sucre, les
exhausteurs de goût affolent nos papilles et nous font avaler trop de saletés et
d’aliments mauvais pour notre santé.
Ce serait tellement bien si, comme nos lapins, en reniflant nos
aliments, nos oreilles se rabattaient en arrière pour nous signaler de ne pas
en manger !
Comme nous n’évoluons plus dans des environnements naturels, comme
les aliments que nous rencontrons sont désormais transformés, notre instinct ne
nous sert presque plus à rien. Nous devons désormais nous appuyer sur nos
connaissances et nos savoirs pour décider de ne pas trop manger de ce délicieux
saucisson, et de ne jamais toucher à ces biscuits à apéritifs au goût de bacon
synthétique.
Nous nous efforçons de suivre les recommandations des experts
scientifiques, et nous nous faisons parfois piéger par des gourous hâbleurs qui
ressemblent à des experts. Ou par nous-mêmes et nos obsessions, de minceur ou
de bien-être. Car aujourd’hui, manger ne sert plus seulement à nous donner énergie
ou plaisir, mais aussi bonne apparence et bonne santé.
Du coup, on est parfois un peu perdus. Mais pour ma part, quand je ne
sais plus que faire ni quoi avaler, je repense au style de vie de nos maîtres
lapins, qui ont atteint un âge très respectable en gambadant dans le jardin et
en n’avalant que des fruits et des légumes. Alors, c’est simple :
végétables à volonté, et rien de mauvais ne pourra nous arriver ; du côté
de l’assiette, en tout cas.
Et vous, c'est quoi votre politique de l'assiette ?
Illustration : des petits lapins de tapisserie médiévale (celle de la Dame à la licorne, au muse de Cluny, à Paris).
PS : ce texte reprend ma chronique du 23janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
Illustration : des petits lapins de tapisserie médiévale (celle de la Dame à la licorne, au muse de Cluny, à Paris).
PS : ce texte reprend ma chronique du 23janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 19 février 2018
jeudi 15 février 2018
L’histoire de nos émotions
Je parlais l’autre jour avec un vieux copain de la manière
dont les humains changent, ou non, avec le temps. Nous parlions, plus précisément, de l’histoire de nos émotions...
Nous avons d’abord discuté de nos proches : « Celui-ci
a beaucoup progressé, il était tellement plus colérique autrefois ! »
« Celle-là, pas vraiment, elle a toujours cette sorte d’angoisse de ne pas
être au centre de toutes les attentions… »
Puis, nous nous sommes penchés sur nous-mêmes, en nous
demandant, bien sûr, si nous aussi nous avions changé…
Évidemment, en l’absence de contradicteurs (et de
contradicteuses : nos épouses n’étaient pas là) nous sommes tombés
d’accord sur le fait que nous, contrairement à Julio Iglesias, nous avions
changé - changé en bien, évidemment - et que les choses continuaient de
s’améliorer, année après année !
Et ce qui avait le plus changé en nous, c’était nos émotions : nous en
sommes vite arrivés à la conclusion qu’avec le temps, nous ressentions moins
d’émotions douloureuses (moins d’anxiété, de découragements, d’énervements…) et
plus d’émotions agréables (curiosité, bienveillance, capacité à savourer…).
Attention ! nous n’étions pas en train de nous raconter des
histoires pour nous rassurer ou nous vanter : les études de psychologie ou
de neurosciences retrouvent clairement ce genre de données chez la plupart des
adultes. Ainsi, avec le temps, les amygdales cérébrales, ces petites zones du
cerveau qui traitent les données émotionnelles, ont tendance à beaucoup plus réagir
aux situations agréables, et moins aux situations désagréables. De même, quand
on avance en âge, notre attention, elle aussi, tend à rester posée moins
longtemps sur ce qui ne va pas, et préfère se tourner vers ce qui va bien.
Le seul point sur lequel nous n’étions pas d’accord était
l’explication de ces changements favorables. Mon copain disait que chez lui, ça
s’était fait tout seul, naturellement, par l’expérience : à force de
traverser des angoisses inutiles, des énervements absurdes, des désespoirs transitoires,
son cerveau avait peu à peu tiré les leçons de tout ça. Un peu comme dans la
formule du philosophe Cioran : « Nous sommes tous des farceurs :
nous survivons à nos problèmes ! »
De mon côté, il me semblait que mes progrès étaient dus à mes
efforts - introspection, méditation, et tous les nombreux chantiers de ma vie
intérieure - ; et que durant les périodes où je relâchais ces efforts, les
émotions toxiques refaisaient vite surface, ou plutôt, reprenaient vite les
commandes dans mon cerveau. Mais après tout, si nos efforts nous font du bien,
cela n’est pas si méchant d’avoir à les maintenir…
Nous avons conclu notre discussion en nous interrogeant sur notre avenir
dans le grand âge : serons-nous devenus totalement sages et apaisés ?
Rendez-vous dans une ou deux décennies, si Dieu nous prête vie…
Et vous, quelles sont les émotions qui ont changé en vous ?
Illustration : amour et bienveillance, des émotions pour réchauffer nos coeurs...
PS : ce texte reprend ma chronique du 30 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
Et vous, quelles sont les émotions qui ont changé en vous ?
Illustration : amour et bienveillance, des émotions pour réchauffer nos coeurs...
PS : ce texte reprend ma chronique du 30 janvier 2018, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
vendredi 9 février 2018
Comme d’habitude
Parce que quand on fait la liste de tous les obstacles
au changement, c’est vraiment impressionnant.
Il y a d'abord notre cerveau qui cherche à tout prix à éviter les pertes plutôt qu’à obtenir des gains ; or, dans tout changement, il y a bien sûr des pertes et des gains.
Puis, la tendance à économiser notre énergie mentale et physique, et donc à préférer rester dans nos habitudes plutôt que d’affronter le stress et les efforts du changement ; or, beaucoup de changements, même agréables comme déménager, se marier, avoir un enfant, comportent des moments stressants, voire épuisants.
Enfin, notre préférence pour ce qui est concret, et facile à comprendre et à visualiser, plutôt que pour ce qui est abstrait et virtuel ; or, par définition, le changement c’est souvent lâcher quelque chose qui existe et que l’on connaît pour aller vers quelque chose qui n’existe pas encore et que l’on ne connaît pas… D’où le proverbe « un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et autres « il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre ».
D’où le fait que l’humain, même s’il s’en plaint, est tout de même profondément attaché à ses petites habitudes…
Il y a d'abord notre cerveau qui cherche à tout prix à éviter les pertes plutôt qu’à obtenir des gains ; or, dans tout changement, il y a bien sûr des pertes et des gains.
Puis, la tendance à économiser notre énergie mentale et physique, et donc à préférer rester dans nos habitudes plutôt que d’affronter le stress et les efforts du changement ; or, beaucoup de changements, même agréables comme déménager, se marier, avoir un enfant, comportent des moments stressants, voire épuisants.
Enfin, notre préférence pour ce qui est concret, et facile à comprendre et à visualiser, plutôt que pour ce qui est abstrait et virtuel ; or, par définition, le changement c’est souvent lâcher quelque chose qui existe et que l’on connaît pour aller vers quelque chose qui n’existe pas encore et que l’on ne connaît pas… D’où le proverbe « un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et autres « il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre ».
D’où le fait que l’humain, même s’il s’en plaint, est tout de même profondément attaché à ses petites habitudes…
Ah, les
habitudes ! Ces petits freins au changement, discrets, familiers et
omniprésents…
Mais qu’est-ce qui fait alors, malgré toutes ces capacités à l’inertie en nous, qu’est-ce qui fait que les changements surviennent tout de même, et - fort heureusement – bien plus souvent que nous ne le voudrions ?
D’abord, parce
que la vie nous bouscule, que les autres nous bousculent, et qu’on ne nous
demande pas toujours notre avis. Si nous étions consultés à chaque fois,
beaucoup de choses ne bougeraient pas !
Et puis, parce
que nos émotions nous sauvent. Je ne parle pas des émotions négatives, de nos
peurs et de nos craintes, mais de nos émotions positives : bonheur,
bien-être, confiance, curiosité, enthousiasme, bienveillance, sérénité, etc.
Chaque fois qu’elles nous visitent, elles nous ouvrent à la nouveauté, et le
changement devient attirant et motivant. Dans toutes les espèces animales, les
émotions fonctionnent ainsi : les négatives sont associées à la méfiance
et au recul, à la réticence au changement ; et les positives à la
confiance et à l’approche, à l’appétence pour le changement.
C’est pour cela que nous avons intérêt à changer
lorsque tout va bien et que nous sommes en forme et de bonne humeur ! Si nous
attendons le dernier moment, la crise et les difficultés, nous serons alors
sous perfusion d’émotions négatives, et le changement sera beaucoup plus
difficile et douloureux.
Et au fait, vous, quel
est le changement actuellement en chantier dans votre vie ?
Illustration : en Inde, quand ils sont de sortie, les éléphants ont pour habitude de se maquiller légèrement. Bon, je rigole mais j'espère que ce n'est pas trop pénible pour eux, tous ces falbalas...
PS : ce texte reprend ma chronique du 5 décembre 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 5 février 2018
vendredi 2 février 2018
Cauchemars
Parfois, je pense à tous les cauchemars que j’ai faits dans ma vie, comme
beaucoup d’entre nous. Que d’aventures !
J’ai
étouffé dans des tunnels en faisant de la spéléologie ; plus j’avançais,
plus ils devenaient étroits, et je ne pouvais pas faire marche arrière. J’ai
été attaqué par des dizaines d’assassins qui voulaient ma peau ; mais je
ne me suis pas laissé faire, et je leur ai distribué des grands coups en
poussant des cris terribles. Je suis tombé dans le vide un nombre incroyable de
fois. Je me suis noyé. Je suis sorti tout nu dans la rue, parce que j’étais
très pressé et que j’avais oublié de
m’habiller. J’ai été attaqué par des chiens, des lions, des requins. Mais
jamais, jamais par des aigles noirs. Ou alors, j'ai oublié...
Un de mes cauchemars récents les plus étranges mettait en scène mon copain Ali Rebeihi, de France Inter. Pour nous rendre à la Maison
de la Radio, nous venions de voler une grosse BMW noire, un vieux modèle pas
terrible, une voiture de petits brigands de seconde zone. Dans le rêve, c’est
Ali qui conduit : mal, trop vite, parce que la police nous poursuit déjà. A
un moment, pour leur échapper, il descend sur une rampe destinée aux
bateaux, et nous tombons dans le port avec la voiture. Gros coup d’angoisse
pour sortir et ouvrir les portières, j’ai le temps de me dire « on va se
noyer », mais on y arrive.
Les policiers nous attendent sur le quai, et ils commencent à nous interroger. Je comprends qu’il veulent que j'accuse Ali, que je leur dise que c’est lui le coupable, et qu'il m’a entraîné dans cette aventure. Au début, je n’ai pas compris, alors je raconte que c’est lui qui a eu effectivement l’idée de voler la voiture. Puis je comprends leur manœuvre, et je modifie mes arguments, je procède comme un avocat et je retourne la situation pour le disculper.
Le chef des policiers comprend qu’il a perdu la partie, et me dit « bien joué ! » Là, je m’aperçois qu’en fait c’est un hippopotame, car il ouvre alors la bouche en grand et il a plein d’énormes dents pourries (ça, c’est parce que je suis en soins chez le dentiste au moment du cauchemar). Il me dit « servez-vous », et je comprends que je dois prendre un des nombreux cure-dents qu’il y a dans sa bouche, plantés à côté de ses chicots jaunâtres. Il veut qu’on prenne l’apéro avec lui. Je lui arrache un cure-dents de la mâchoire, mais je trouve ça répugnant, l’idée de piquer les olives à apéritif avec ce machin dégoutant. J’ai une énorme bouffée de dégoût, et ça me réveille…
Les policiers nous attendent sur le quai, et ils commencent à nous interroger. Je comprends qu’il veulent que j'accuse Ali, que je leur dise que c’est lui le coupable, et qu'il m’a entraîné dans cette aventure. Au début, je n’ai pas compris, alors je raconte que c’est lui qui a eu effectivement l’idée de voler la voiture. Puis je comprends leur manœuvre, et je modifie mes arguments, je procède comme un avocat et je retourne la situation pour le disculper.
Le chef des policiers comprend qu’il a perdu la partie, et me dit « bien joué ! » Là, je m’aperçois qu’en fait c’est un hippopotame, car il ouvre alors la bouche en grand et il a plein d’énormes dents pourries (ça, c’est parce que je suis en soins chez le dentiste au moment du cauchemar). Il me dit « servez-vous », et je comprends que je dois prendre un des nombreux cure-dents qu’il y a dans sa bouche, plantés à côté de ses chicots jaunâtres. Il veut qu’on prenne l’apéro avec lui. Je lui arrache un cure-dents de la mâchoire, mais je trouve ça répugnant, l’idée de piquer les olives à apéritif avec ce machin dégoutant. J’ai une énorme bouffée de dégoût, et ça me réveille…
Bon, enfin, ça ce sont mes petites histoires. Mais que
faire quand on cauchemarde régulièrement ?
D’abord comprendre que, comme pour tous nos rêves, ces
scénarios nocturnes qui nous agitent traduisent souvent des préoccupations non
réglées ou des aspirations non accomplies. Pas forcément besoin de chercher
trop loin des explications ésotériques : si nous cauchemardons, c’est que
nous avons, dans notre présent ou notre passé, des événements à forte charge
émotionnelle, à affronter ou à digérer.
Pour nous aider, nous pouvons en parler, à nos amis ou
nos proches, ça s’appelle le soutien social ; nous pouvons les mettre par
écrit, ça n’a l’air de rien mais ça fait beaucoup de bien, et ça s’appelle un journal ;
nous pouvons aussi nous apaiser avant de nous endormir, faire infuser un peu de
calme dans notre cerveau, en nous relaxant, ou y faire infuser un peu de joie,
en repensant aux petits bons moments de la journée.
Et puis se dire qu’en général, avec le temps qui
passe, les cauchemars sont de moins en moins fréquents et de moins en moins
violents…
Mais tout de même, je
repense à un truc qui me tracasse à propos de cette voiture qu’on a volé
tous les deux cette nuit-là : est-ce qu'Ali, grand piéton devant l'éternel, a son permis de conduire ?
Illustration : le chef des policiers nous poursuivant pour l'interrogatoire.
PS : ce texte reprend ma chronique du 12 décembre 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.
lundi 29 janvier 2018
jeudi 25 janvier 2018
Tout le monde a des problèmes !
La scène se passe
l’été dernier, au petit déjeuner, lors d’une discussion avec des amis chez qui
nous sommes en vacances. Vous avez remarqué combien les grands débats au
petit déjeuner sont un des marqueurs du temps des vacances ? On traîne à table,
on prend son temps dès le matin, ce qu’on ne fait guère durant l’année, où le
travail nous attend. On écoute sans juger, on est réceptif…
Nous sommes ce
matin-là en train de discuter des personnalités difficiles, pénibles, des gens
qui nous cassent les pieds dans les temps de cohabitation comme les vacances,
et surtout les proches à problèmes. Nous en arrivons à la conclusion que, parce
qu’on les connaît bien, parce qu’on sait pourquoi ils sont comme ça (soucis
personnels, enfances compliquées, vies insatisfaisantes…) alors, on leur
pardonne et on les supporte en soupirant.
Mais un de nos amis hausse
le ton et rouspète : « Ben oui, mais alors on ne s’en sort
plus ! Si sous prétexte que quelqu’un a des problèmes, on ne peut plus
rien lui dire, s’il faut supporter tous ses comportements, faire les courses et
desservir la table à sa place, se l’appuyer en vacances, alors que tout va
mieux quand il n’est pas là, on va où ? Tout le monde a des
problèmes ! Qui n’a pas de problèmes autour de cette table ? Levez le
doigt ! »
Coup de génie !
Il arrête d’argumenter pour nous impliquer. Évidemment, tout le monde dans le
groupe a des problèmes, même s’ils sont mis entre parenthèses le temps des
vacances : l’une est en plein divorce, l’autre a des soucis de santé
importants, un troisième accompagne sa sœur mourante…
L’ami reprend :
« Voilà ! On a tous des problèmes ! Mais la correction et
la dignité c’est de ne pas faire chier les autres avec ses problèmes !
C’est ça la névrose, ce n’est pas d’avoir des problèmes, d’avoir une histoire
personnelle compliquée, mais c’est de les faire peser sur les autres, ses
problèmes ! » Le débat démarre, mais je n’y participe pas. Je suis en
train de suivre mes pensées…
Je me dis que ce
n’est pas si mal comme définition ! Ce n’est pas celle que j’utiliserai
dans mon métier, mais au fond, c’est un repère simple, à la fois pour chacun de
nous (« est-ce que je ne suis pas en train de peser sur autrui avec mes
soucis ? ») et pour la cohabitation avec nos proches compliqués
(« j’ai moi aussi le droit de profiter de mes vacances, et de la vie, sans
passer mon temps à écouter ses plaintes et à faire sa part de travail »).
La psychologie, c’est bien, ça nous aide à ne pas juger et réagir trop vite, à avoir une vision plus complexe et subtile des humains ; mais parfois c’est bien aussi de revenir à quelques fondamentaux simples. Cela n’empêche pas compréhension, bienveillance, et compassion par ailleurs. Mais c’est un petit rappel de nos droits personnels qui ne fait pas de mal…
La psychologie, c’est bien, ça nous aide à ne pas juger et réagir trop vite, à avoir une vision plus complexe et subtile des humains ; mais parfois c’est bien aussi de revenir à quelques fondamentaux simples. Cela n’empêche pas compréhension, bienveillance, et compassion par ailleurs. Mais c’est un petit rappel de nos droits personnels qui ne fait pas de mal…
Illustration : un poisson qui n'a plus de problèmes (mosaïque à Pompéi).
PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en novembre 2017.
Inscription à :
Articles (Atom)









