lundi 14 novembre 2011
Suicide
J’ai lu un jour, je ne me souviens plus où, cette définition :
« Suicide : la solution définitive à des problèmes transitoires. »
Elle est malheureusement souvent vraie. Il faut toujours commencer par résister à ses tentations suicidaires, le plus longtemps possible. Alors on arrive souvent à ce stade que Cioran décrivait avec talent et laconisme dans son Journal : « J’ai vaincu l’appétit, non l’idée du suicide. »
Belle manière de dire l’essentiel : le drame n’est pas d’avoir des idées suicidaires, mais d’y adhérer et de les écouter. Laisser passer les vagues, juste s'efforcer de surnager. Un jour, bientôt peut-être, tout sera bien...
Illustration : vagues basques (merci à Louis-Marie).
vendredi 11 novembre 2011
Donne à maman
Pas très drôles, les étiquettes d'instructions de lavage pour nos vêtements ? Sauf celle-ci...
Traduction, au cas où :
"Sinon, donnez ça à votre mère : elle sait comment faire."
Traduction, au cas où :
"Sinon, donnez ça à votre mère : elle sait comment faire."
mercredi 9 novembre 2011
Redevenir un bébé
C’était un jour où je portais dans mes bras, pour l’emmener se coucher, une de mes filles déjà grande, 9-10 ans :
« - Mmm, j’adorerais redevenir un bébé, qu’on me porte tout le temps, qu’on s’occupe tout le temps de moi...»
- Tu aimerais vraiment être un bébé ?
- Oh oui ! Surtout que quand tu es un bébé, tu comprends, tu n’en profites pas vraiment, parce que tu ne te rends pas compte de la chance que tu as ! »
C’est vrai que vu sous cet angle, c’est exactement la définition que je donne du bonheur : du bien-être dont on prend conscience. Sans la prise de conscience, cela reste du bien-être (ce qui n’est déjà pas mal). Avec la prise de conscience, le «simple» bien-être est transcendé en bonheur, un sentiment bien plus puissant.
Mais ne pas se rendre compte de la chance que l’on a, ce n’est pas seulement lorsqu’on est un bébé : c’est tout au long de notre vie !
Allez, au boulot les enfants !
Illustration : une belle photo de Frédéric Richet, qui me fait penser à un voyage dans le temps...
lundi 7 novembre 2011
Marc-Aurèle et la noosphère
« Si toutes les âmes demeurent après la mort, comment l’air peut-il les contenir depuis tant de siècles ? Mais je te réponds : Comment la terre peut-elle contenir tous les corps qui y sont enterrés ? Comme les corps, après avoir été quelque temps dans le sein de la terre, se changent et se dissolvent pour faire place à d’autres ; de même les âmes qui se sont retirées dans l’air, après y avoir été un certain terme, se changent, s’écoulent, s’enflamment, et sont reçues dans la raison universelle, et de cette manière elles font place à celles qui leur succèdent. Voilà ce qu’on peut répondre, en supposant que les âmes subsistent après la mort.»
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre IV, 22.
Pressentiment de la noosphère, et proximité intuitive avec le bouddhisme. Cet auteur me ravira et me bouleversera toujours...
vendredi 4 novembre 2011
Pas de quoi
J'ai entendu l’autre jour dans la rue, alors que j’attendais un ami, et que je m’offrais un petit moment de pleine conscience, yeux et oreilles grand ouverts, cette petite séquence :
«- Merci beaucoup.
- Mais de rien !
- Si, si, merci, quand même !
- Non, vraiment il n’y a pas de quoi…»
À ce moment, j'ai réalisé soudain que je ne dis presque jamais : «il n’y a pas de quoi» ou "de rien" mais plutôt : «avec plaisir».
Mon épouse me dit que c’est parce que je viens du Sud, et que dans le Sud on dit plus volontiers «avec plaisir» que «de rien».
Mais c’est peut-être aussi parce que ça correspond mieux à ce que je pense : ça me fait plaisir d’avoir rendu un service, même minime. Et qu’on m’en remercie me fait également plaisir .
Donc le «pas de quoi» ne me convient pas. Il y a de quoi, au contraire ! Que deux personnes soient contentes, celle qui a donné et celle qui a reçu, il me semble qu'il y a de quoi ressentir un peu de plaisir…
Illustration : "This way ? Thank you very much..." (c'est une photo de Robert Cappa, prise en Sicile en 1943)
jeudi 3 novembre 2011
Papa, il va pleuvoir à quelle heure ?
La vie moderne, c’est un drôle de truc...
L’autre jour, une de mes filles me demande : «Papa, tu as regardé la météo sur Internet ?» (je fais souvent ça pour les prévenir afin qu’elles ne partent pas habillées en dépit du temps qu’il fait ou qu’il va faire).
Je réponds : «Oui, méfie-toi, ils annoncent de la pluie dans l’après-midi, prend un imper ou un parapluie !»
Et elle : « Dans l’après-midi ? OK, mais à quelle heure exactement ?»
Et là, je comprends son problème : à force d’être bercés de bulletins météo de plus en plus précis, nous en sommes maintenant à attendre l’heure exacte de la pluie ou de l’arc-en-ciel. Et à ce moment précis, ma fille veut juste savoir si elle aura le temps d’être revenue du lycée avant la pluie, pour ne pas avoir à prendre d’imperméable (les jeunes détestent les imperméables et les manteaux, et rêvent de toujours aller dans la vie en T-shirt). Elle veut simplement savoir s'il va pleuvoir entre 17h et 18h. Et elle pense que la météo peut lui rendre ce service à la demi-heure près.
C'est drôle cette irrésistible tendance qui nous habite à toujours chercher à réduire toute part d'incertitude dans nos vies...
lllustration : Jour de pluie, par Henri Zerdoun.
lundi 31 octobre 2011
Vitesse et lenteur
Je me sens fort dans la vitesse et heureux dans la lenteur.
C'est pourquoi je préfère la lenteur…
Illustration : la couverture d'un disque mexicain : Aires de nuestros fieles defuntos. Force et bonheur comme antidotes à la peur de la mort ?
vendredi 28 octobre 2011
Humilité et changement
Par bien des aspects, notre esprit obéit aux mêmes lois que notre corps.
Lorsque nous souhaitons devenir plus souples ou plus forts, ou développer notre souffle pour pouvoir courir plus longtemps, nous savons bien qu’il ne suffit pas de le vouloir, mais qu’il va falloir travailler assidument et nous entraîner pour progresser dans ces domaines : assouplissements, musculation, courses à pied…
C’est exactement la même chose lorsque nous aspirons à être plus calmes, à mieux dormir, à ressentir moins de stress, moins de tristesses, moins d’agacements. Il va falloir le travailler au travers d’exercices réguliers. Mais lesquels ? La pleine conscience en fait partie : régulièrement s’arrêter de faire ou de se distraire pour simplement ressentir, exister, et observer l’écho du monde en nous. Mais il y a aussi le journal intime, l’examen de conscience, la modification effective et répétée de nos styles de pensée et de comportements (oser dire ce que nous pensons si nous ne le faisons jamais, oser dire des mots d’affection ou d’amour si nous n’en disons jamais, oser s’affirmer si nous ne l’osons jamais, etc.).
Et ce sera alors comme pour notre corps : car ce ne sont pas les concepts qui nous font du bien, mais leur pratique. Penser à la nourriture ne nourrit pas, penser à la marche à pied n'apaise pas : il faut manger et marcher. De même souhaiter être plus calme et plus stable ne s’obtient pas en souhaitant l’être, mais en y travaillant.
À la fin, ce sont nos actes qui nous changent : nos pensées ne font que nous conduire vers eux...
Illustration : d'abord comprendre, puis pratiquer... Une belle photo d'Henri Zerdoun, dont le blog vaut le détour.
mercredi 26 octobre 2011
La plume et l'oiseau
Paul Valéry écrivait : « Il faut être léger comme l’oiseau et non comme la plume ».
La légèreté dont nous rêvons est celle de la plume : sans efforts, liée à une nature permanente.
Mais elle nous expose à n’être que le jouet du vent.
Nous avons à construire la légèreté à laquelle nous aspirons. À la faciliter patiemment. Et nous pourrons ainsi plus souvent prendre notre envol.
lundi 24 octobre 2011
Ruminations
Ruminer, c’est se focaliser, de manière répétée, circulaire, stérile, sur les causes, les significations et les conséquences de nos problèmes, de notre situation, de notre état.
Quand on rumine, on croit réfléchir, mais on ne fait que s’embourber et s’abîmer.
La rumination amplifie nos problèmes et nos souffrances, réduit notre espace mental disponible pour tout le reste de notre vie (notamment pour les bonnes choses et les instants heureux). Et surtout, elle met en place de mauvais réflexes et de mauvaises habitudes : face à des difficultés, les ressasser, au lieu de les résoudre (même imparfaitement) ou de les tolérer en continuant malgré tout à vivre.
Pour savoir si nos réflexions sont des ruminations, il y a trois questions à nous poser :
1) Depuis que je songe à ce problème, est-ce qu’une solution est apparue ?
2) Depuis que je songe à ce problème, est-ce que je me sens mieux ?
3) Depuis que je songe à ce problème, est-ce que j’y vois plus clair, est-ce que j’ai plus de recul ?
Si la réponse (honnête !) à ces trois questions est « non », alors c’est que je ne suis pas en train de réfléchir mais de ruminer.
Dans ces cas-là, suprême humiliation, la solution ne viendra pas de mon esprit (« pense à autre chose ») mais de l’action : aller marcher, parler à un proche. M’efforcer de refermer le dossier, ou du moins, m’engager dans une autre activité pour qu’il n’y ait pas que cela à ma conscience. Ce qui aggrave la rumination : l’immobilité et la solitude. Ce qui l’entrave : le mouvement et le lien (mais attention à ne pas alors chercher les autres pour co-ruminer à deux !).
Autre solution : la méditation de pleine conscience. Accepter que mes ruminations soient présentes à mon esprit mais ne pas les laisser seules : les accompagner de la conscience de mon souffle, de mon corps, des sons, de la conscience de tout ce que je suis et de tout ce qui m’entoure. Plus compliqué que d’aller marcher. Mais plus efficace encore, à condition de s’être entraîné avant…
Illustration : de l'excellent Muzo.
PS : un internaute me fait remarquer que ce que je dis des ruminations ne s'applique pas aux obsessions que l'on rencontre dans certaines souffrances psychiatriques, comme le trouble obsessionnel compulsif (TOC) ; c'est absolument exact, merci de m'avoir rappelé de le préciser ici. Les obsessions du TOC, et les autres, nécessitent en général médicaments et techniques psychothérapiques spécifiques.
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