« D’une manière générale, il est vrai que les sages de tous les temps ont toujours dit la même chose, et les sots, c’est-à-dire l’immense majorité de tous les temps, ont toujours fait la même chose, à savoir le contraire, et il en sera toujours ainsi. »
Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie et au golf.
PS : la citation est bien sûr authentique (sauf le golf...). Et je me sens moi-même plus souvent sot que sage (hélas...).
jeudi 8 septembre 2011
mercredi 7 septembre 2011
Golf
Je ne joue pas au golf (et je le regrette).
Mais l'autre jour, un de mes patients, très gentiment, m'a offert un livre sur ce sport très psychologique. En l'ouvrant au hasard le soir-même, je tombe sur ces phrases, banales finalement, mais qui m'accrochent tout de suite :
"Les meilleurs golfeurs s'efforcent de limiter le nombre d'erreurs qu'ils commettent, mais ils ne s'attendent pas à les éliminer. Ils comprennent qu'il est plus important de bien réagir aux erreurs qu'ils commettront inévitablement."
Pourquoi ces remarques me touchent ainsi, alors que je ne suis pas golfeur ?
Justement parce que je ne joue pas au golf !
Et que ça m'a plu d'entrevoir que cela s'applique aussi à la vie en général : s'efforcer de ne pas commettre trop d'erreurs ; mais pas au point de se crisper, ce qui nous en ferait commettre encore plus ; les accepter lorsqu'elles arrivent ; et plutôt s'attacher alors à ne pas les laisser nous parasiter pour la suite du parcours...
J'ai envie de me mettre au golf, tiens...
PS : j'oubliais un détail capital : le livre s'appelle "Jouer au golf. Sans viser la perfection". Ça ne pouvait que me plaire.
Illustrations : en haut, moi bientôt ; en bas, le livre.
lundi 5 septembre 2011
Les conseils de Fontenelle pour se faire des amis
Le philosophe et académicien Fontenelle, un jour qu’on lui demandait par quel moyen il s’était fait tant d’amis, et pas un ennemi, répondit : « Par ces deux axiomes : tout est possible et tout le monde a raison. »
Cela ressemble à une prudente forme de diplomatie, voire à une dérobade et un renoncement à porter (et surtout émettre) un avis sur autrui.
Mais on peut aussi y voir une sorte de sagesse, et une philosophie de vie : toujours commencer par la bienveillance et la tolérance, avant de prétendre juger et trancher.
Car certains jours, je pense comme Fontenelle : souvent, tout est effectivement possible, et tout le monde a un peu raison !
En tout cas, c’est une position existentielle qui a permis à Bernard Le Bouyer de Fontenelle de vivre centenaire, ce qui, à son époque (il est mort en 1757) n’était pas une mince performance. Quant on vous dit que les émotions positives et le lien social, c’est bon pour la santé !
vendredi 2 septembre 2011
David
Quand j’ai compris que David allait mourir, le jour de la fête donnée pour ce qui allait s’avérer son dernier anniversaire, je suis sorti m’isoler et pleurer. Bouleversé à la fois par ce qui lui arrivait, et par son courage. Perturbé aussi parce que depuis un an, je me persuadais naïvement qu’il allait à nouveau réussir à repousser le cancer, et s’en sortir. Je me disais : « s’il y a bien quelqu’un qui peut y arriver, c’est lui ».
Quand ses frères ont envoyé au cercle des ses proches et amis le message de sa fin prochaine, quand son oncle Jean-Louis Servan-Schreiber m’en a prévenu, j’ai eu à nouveau besoin de me mettre à l’écart pour pleurer la perte d’un ami et d’un modèle.
Maintenant, je me dis qu’il ne faut plus pleurer mais me réjouir : que David ait existé, qu’il ait eu une vie intense et pleine, et qu’il nous ait tant aidés.
Je me dis aussi qu’il faut veiller à faire vivre son héritage. À sa manière, douce et déterminée, David a mené une « révolution de velours » dans le monde de la médecine et de la psychologie : il a implanté très solidement dans nos esprits de soignants et de patients le fait qu’on peut, par des moyens simples et écologiques, contribuer à renforcer sa santé et sa capacité à lutter contre la maladie, qu’elle soit cancéreuse ou dépressive.
Son message a été immédiatement entendu par les patients, qui ne s’y sont pas trompés, pour des raisons évidentes : 1) David connaissait mieux que quiconque l’état des recherches scientifiques dans le domaine des oméga-3, ou des liens entre aliments et cancer, 2) il savait faire passer ses messages avec douceur et respect, sans agresser ni culpabiliser, 3) il était lui-même un modèle, qui avait traversé les mêmes souffrances que ses lecteurs, et qui vivait en accord avec ses messages et ses principes.
J’ai souvent eu à prendre sa défense devant des confrères ou des amis, qui le critiquaient, en général pour de bien mauvaises raisons (il n’est jamais simple d’avoir du succès). Mes arguments portaient immédiatement sur cette cohérence : David faisait du vélo, mangeait ce qu’il préconisait, était attentif à sa ration d’oméga-3, s’attachait à son équilibre émotionnel, etc. Son seul manquement à ces principes de santé fut celui du stress : il s’est dépensé, et à mon avis épuisé, à promouvoir ses idées. Il avait le sentiment qu’il était protégé, puisqu’il s’agissait de « stress positif », c’est à dire d’activités fatigantes mais gratifiantes. Mais non : le succès et la reconnaissance ne suppriment pas l’usure ni le stress ; au mieux, ils les allègent, au pire ils les masquent.
Nous parlions souvent de cela avec David. C’était toujours merveilleux d’avoir du temps pour déjeuner ou bavarder avec lui : nous discutions des dernières publications de la recherche, de nos travaux d’écriture et de l’accueil fait à nos livres, nous parlions de nos vies, nous échangions nos trucs en matière d’équilibre personnel. David avait une manière unique de s’intéresser à autrui, et de toujours chercher à l’aider et le conseiller concrètement. Il me manque terriblement.
Le jour où il est mort, il m’est arrivé une petite histoire un peu étrange, comme souvent dans ces moments. J’étais en train de regarder un lever de soleil à l’autre bout du monde, tout seul dans le calme de l’aube, en compagnie de quelques écureuils. Je savais qu’il était en fin de vie. J’ai pensé à lui lorsque le soleil est apparu. Et lorsqu’il a disparu, très vite, derrière des nuages bas, j’ai eu le pressentiment qu’à cet instant peut-être mon ami David nous avait quitté. Comme d’habitude, il va savoir avant nous ce qu’il y a à savoir, là-bas, de l’autre côté. Il me tarde d’avoir de ses nouvelles.
PS : ce texte est disponible sur le site psychologies.com, en compagnie de nombreux autres hommages.
jeudi 1 septembre 2011
PsychoActif, le retour...
J’espère que vous avez passé un bel été.
PsychoActif rouvre donc ses pages : ça me manquait un peu, à la longue...
Je ne vous proposerai pas toujours de billet quotidien, mais il y aura au moins 2 ou 3 billets par semaine. Nous verrons bien !
Quant aux commentaires, qui avaient provoqué de si grands débats lors de la première saison de PsychoActif, j’ai finalement choisi de garder la même formule : les laisser libres et ouverts à tous. On y trouvera donc, comme nous le savons désormais, toutes sortes de choses : des louanges et des critiques, de quoi nous émerveiller et de quoi nous désoler, des énervements et quelques gros délires. Comme dans la vraie vie. Âmes sensibles s’abstenir, du moins certains jours.
Et puis, une nouveauté : un compte Facebook, pour permettre à celles et ceux que ça intéresse de recevoir, en s'inscrivant, les infos directement, sans avoir à venir les chercher ici. Mais attention, je suis en train d'apprendre, c'est donc un peu le chantier...
lundi 31 janvier 2011
Au revoir et merci
1) Merci, pour commencer.
Merci à celles et ceux qui ont lu et soutenu ce blog par leur présence. Qui ont critiqué et discuté les idées sans agresser les personnes. Qui ont raconté, proposé, encouragé, expliqué sans juger ni persifler. Qui ont consolé et réconforté. Qui se sont révélé(e)s sans s’étaler. Qui ont parfois, ou souvent, pris beaucoup de place, mais avec sincérité.
Merci, du fond du coeur, c’était un vrai plaisir de vous lire et de partager ce blog avec vous.
2) Merci et au revoir : PsychoActif va s’interrompre quelque temps.
Pour des raisons logiques : usure, fatigue, contrainte liées aux billets quotidiens.
Et par constat, aussi, que le système que je souhaitais ne marche pas parfaitement : il y a trop d’énervements, trop de souffrances provoquées par les discussions. Trop d'invectives et d'agressions envers les personnes. Ce n’est pas ce que je voulais pour PsychoActif : j’aurais préféré qu’on y discute des idées proposées dans le billet puis le débat, et non qu'on agresse celles et ceux qui les proposaient.
3) Cela va nous faire du bien à toutes et à tous d’aller prendre un peu l’air ailleurs. Pour ma part, je garderai un très bon souvenir de notre aventure intellectuelle et émotionnelle commune. J’ai appris beaucoup de choses, vraiment. J’ai lu et savouré les encouragements. J’ai médité les critiques. J’ai cherché à comprendre les agressions. J’espère qu’il en a été de même pour vous.
Le Printemps est devant nous, les jours rallongent déjà , la vie est belle, le monde est grand : il y a beaucoup à découvrir. Nous allons nous régaler.
Portez-vous bien.
À bientôt, j’espère.
Et à nouveau : merci beaucoup.
PS 1 : je réfléchis à une nouvelle formule pour PsychoActif, qui redémarrera sans doute au Printemps, ou à l’Automne, ou plus tard. Dans tous les cas, je continuerai de signaler publications, conférences et rencontres dans la colonne des actualités, à votre droite.
PS 2 (20 février 2011) : merci pour toutes vos réactions amicales ; je ferme maintenant l'espace des commentaires, qui n'a plus lieu d'être.
vendredi 28 janvier 2011
Une tendance dont je ne me suis jamais débarrassé

Tout petit déjà, j’avais ça : la peur de faire de la peine aux gens.
Attention, pas la peur normale, pas le souci de ne surtout pas blesser en étant méchant, malpoli, agressif.
Non, la crainte excessive, envahissante, inappropriée : par exemple, l’embarras de ne rien acheter au marchand qui me regarde passer, solitaire et sans clients derrière son étal. Ou celle de ne pas avoir donné tout mon argent au mendiant.
L’autre jour ça m’a repris. Dans le train, un obscur embarras est monté en moi parce que je n’achetais rien au monsieur qui passait avec son chariot de sandwichs et de boissons dans le compartiment ; et avant de monter dans le TGV, embarras encore de ne rien acheter au vieux vendeur de journaux posté en bout de quai.
C’est bizarre comment ça me remonte par moments, cette hypersensibilité à la détresse éventuelle d’autrui. Je n’ai jamais clairement compris pourquoi à certains moments j’arrive à m’en déconnecter et pourquoi à d’autres elle me déborde. En vérité, je crois que n’ai jamais cherché à m’en débarrasser vraiment. Il me semble que j’y perdrai un peu en humanité.
Illustration : Famille de mendiants, par Rembrandt.
jeudi 27 janvier 2011
Ne m'oubliez pas !

C'est un rêve que j'ai fait il y a quelques semaines à propos de mon père, mort il y a 3 ans.
Il revient lors d’une réunion de famille, avec l’air pas content, comme si on ne pensait pas assez à lui.
Tout le monde est très embarrassé, évidemment, et par son retour et par la culpabilité.
Tout le monde se demande : c'est vrai, il a raison, est-ce qu’on pense assez à lui ? Est-ce qu'on n'est pas souvent en train de penser à autre chose, de l'oublier tout doucement ?
Et tout le monde est un peu mal (surtout moi) : il a raison de venir nous remonter les bretelles, nous sommes bien en train de commencer à l'oublier.
J'ai encore la sensation de mon embarras au fond de la poitrine.
Je comprends pourquoi les anciens voyaient les rêves comme des signes à respecter : les images sont virtuelles mais les émotions ressenties, elles, sont bien réelles. Vérité du corps, d'autant plus mystérieuse qu'indicible...
Illustration : Squelettes se disputant un hareng saur, un tableau magnifique et dérangeant de James Ensor.
mercredi 26 janvier 2011
Sagesse amère
«Souviens-toi qu’il existe deux types de fous : ceux qui ne savent pas qu’ils vont mourir, ceux qui oublient qu’ils sont en vie.»
Patrick Declerck
Patrick Declerck
mardi 25 janvier 2011
Désamour
"Elle ne l’écoute plus que quand il ronfle."
(Éric Chevillard)
C’est sur le blog du génial écrivain Chevillard.
Et ça décrit en peu de mots l’enfer du conflit conjugal chronique, quand le dialogue n'est plus fait que de reproches, de conflits, de silences. Quand il n'y a plus de tristesse, que du ressentiment.
Illustration : le balcon dit de Juliette, à Vérone.
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