mardi 11 janvier 2011

Guêpe, honte et explications


Ça m'est arrivé en faisant les vendanges, alors que j’étais étudiant.

Le premier soir, nous nous retrouvons dans une grande tablée de 20 ou 30 personnes, où je ne connais encore personne.
Il y a une grande soupière au milieu de la table, et la patronne sert tout le monde. Il y a peu de conversations, le groupe est encore un peu réservé.

Au moment où je tends mon assiette, une guêpe se pose sur ma main sans que personne ne la remarque, moi y compris, et me pique sournoisement mais férocement. Sous l’effet de la douleur et de la surprise, je jette l’assiette en l’air. Elle se fracasse sur la table, éclabousse tout le monde alentour...

Tous les regards se braquent sur moi, inquiets et curieux à la fois, et un grand silence glacé se fait soudain.

Et à cet instant, je réalise que ça va être très très compliqué d’expliquer à tous ces inconnus qu’une guêpe, que personne n’a vu, même pas moi, et qui a disparu instantanément, m’a piqué et m’a fait balancer mon assiette en l’air…

Illustration : je ne sais pas si la guêpe qui m'a fait faire cet intéressant exercice d'affirmation de soi s'appelait Huguette, elle a disparu très vite...

lundi 10 janvier 2011

Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon...


Je ne sais plus de qui est cette formule.

Ne pas perdre la leçon ? Mais quelle leçon ? Tous les échecs, toutes les défaites sont pénibles. Qui donc aime perdre ? Qui peut rester serein face à ses ratages ? Pourtant, certains s’en sortent mieux que d’autres. Ils accusent le coup sur le moment, puis sortent plus riches de l’histoire qui leur est advenue. Comment font-ils ? Ils ont simplement tiré la leçon de ce qui s’est passé…

Après le désagrément de l’échec, la morsure de la défaite au cœur de l’estime de soi, ils ont observé et réfléchi, au lieu de remâcher inlassablement leurs douleurs ou leurs pensées d’injustice ou de malchance. Puis ils ont regardé ailleurs. Ailleurs, c’est-à-dire plus tard (« si cela recommence, que ferai-je ? »), mais aussi différemment (« comment reconsidérer tout ce qui m’est arrivé avec un regard apaisé et libéré de toute irritation ou de tout aveuglement »).

C’est un enseignement capital, mais que nous devons nous administrer nous-mêmes : les donneurs de leçons nous irritent trop lorsque nous venons d’échouer, même s’ils ont raison. Et cet enseignement, nous avons aussi à l’accepter au plus profond : la compréhension intellectuelle ne suffit pas, il faut que nous ayons reçu la leçon profondément, c’est-à-dire sur un plan émotionnel.

Le travail est immense, passionnant et quasi infini : il existe tant de leçons à recevoir de l’existence ! Ne pas refaire toujours les mêmes erreurs : c’est l’expérience. Ne pas trembler toujours face à l’échec, ou s’irriter face à l’imperfection : c’est le recul. Il y en a bien d’autres. Et lorsqu’on n’arrive pas à tirer la leçon ? Eh bien, c’est cela même le message : il y a des fois où l’on ne peut pas sortir plus riche d’un échec. C’est aussi une leçon…

Illustration : une leçon à méditer pour éviter que ça ne recommence...

vendredi 7 janvier 2011

Secrets de psys


Je me permets de vous signaler la sortie ces jours-ci d’un livre collectif dans lequel des psychothérapeutes racontent comment ils utilisent pour eux-mêmes les méthodes qu’ils proposent à leurs patients. Et comment ces méthodes les ont parfois sauvés, et toujours aidés...

Voici quelques extraits de la préface que j’ai rédigée :

Qu’est-ce qui est nécessaire pour être un bon soignant ?

Eh bien, pour être un bon soignant, il y a d’abord ce qui est indispensable : c’est bien sûr que le soignant ait appris à soigner. D’où l’importance des diplômes et des formations : il faut toujours oser demander à son thérapeute quel est son diplôme (psychologue, psychiatre, médecin ou autre), quelles sont les méthodes qu’il propose, et en quoi elles consistent. Un thérapeute digne de ce nom prendra toujours le temps de vous répondre et de vous expliquer sa façon de travailler. La thérapie, ce n’est pas simplement de l’écoute et du bon sens. En tout cas, ce n’est pas que ça. C’est aussi un ensemble de techniques, un savoir-faire, des repères basés sur la recherche scientifique, l’expérience apprise d’autres thérapeutes, etc.

Pour être un bon soignant, il y a ensuite ce qui est préférable : c’est qu’au moment où il soigne, le thérapeute n’aille pas trop mal dans sa tête. Bien sûr, on peut soigner tout en étant stressé, abattu, perturbé. Mais cela ne marchera pas très longtemps. La formule de Nietzsche : « Plus d’un qui ne peut se libérer de ses chaînes a su néanmoins en libérer son ami » ne peut s’appliquer durablement à la psychothérapie. Il est malhonnête et mensonger de prétendre soigner des patients alcooliques si on est soit même dépendant de la boisson. Il est malhonnête et mensonger de prétendre soigner des patients anxieux ou déprimés si on est soit même en pleine dépression ou sujet à des attaques de panique. Je me souviens de cette anecdote d’un psychanalyste de renom venu un jour faire une conférence sur les phobies dans une grande ville loin de chez lui : il était lui-même totalement phobique, et les collègues qui l’avaient invité devaient l’accompagner dans tous ses déplacements pour qu’il ne panique pas ; ces collègues étaient du coup un peu perplexes, face à ce grand écart entre discours et réalités. Bien sûr, il ne s’agit pas d’exiger un certificat de bonne santé mentale de la part des thérapeutes. Mais la moindre des choses, c’est d’attendre d’eux qu’ils aient surmonté leurs fragilités. Ainsi, une des plus grandes spécialistes de la maladie bipolaire (ce qu’on appelait autrefois maladie maniaco-dépressive) souffre elle-même de bipolarité. Elle n’a pas eu honte d’en parler dans un livre très émouvant (Kay Redfield-Jamison : De l'exaltation à la dépression, Confessions d'une psychiatre maniaco-dépressive. Paris, Laffont, 2003.) dans lequel elle raconte comment sa maladie aurait pu la détruire si elle n’avait pas accepté de se soigner, et comment cette fragilité lui a à la fois compliqué la vie, tout en l’enrichissant. La question n’est donc pas celle de la maladie mais de son traitement : à ce titre les professionnels de santé doivent être des modèles non pas tant de bonne santé que de bonne gestion de leur santé.

Pour être un bon soignant, il y a enfin ce qui est intéressant : le fait d’avoir connu des difficultés et d’avoir eu à s’en débarrasser peut être une bonne chose pour les psys. Cela facilite l’empathie : on comprend mieux la souffrance si on a souffert soi-même. Je dis bien facilite, car il y a tout de même d’autres voies pour l’empathie que le chemin de la souffrance personnelle. Mais avoir été souffrant et s’en être sorti, cela aide à la maîtrise d’outils dont on s’est aussi servi pour soi-même. Et cela ramène à notre esprit de soignant l’humilité, et la conscience de la difficulté de ce que l’on demande parfois à nos patients. En plus de leur savoir, les soignants qui sont passés par différentes formes de difficultés disposent alors d’une autre expertise : celle de l’expérience. Ils se trouvent en général un peu en avant sur le chemin : ils se sont appliqués à eux-mêmes les démarches qu’ils proposent à leur patient. Leur légitimité vient aussi de là. Pas d’une supériorité (en termes de personnalité) mais d’une antériorité (en termes de démarche).

Ce livre raconte donc les expériences vécues de nombreux psychothérapeutes face à leurs difficultés personnelles. Certaines de ces difficultés sont assez répandues pour être familières à la plupart d’entre nous, comme le stress, l’anxiété, ou la dépression : d’autres sont plus radicales et déstabilisantes, comme la toxicomanie, ou les maltraitances. Dans cet ouvrage, des psys vous parlent de ces difficultés, et surtout de ce qui les a aidés à s’en sortir. Et à ne pas y retomber : on y aborde aussi ce que les thérapeutes font pour prendre soin d’eux et continuer d’aller bien. Car il faut continuer d’aller bien pour bien soigner : le bien-être du thérapeute est une aide puissante à ses capacités de compassion. Les compétences d’écoute, d’empathie, de soutien se doivent de reposer sur la joie de soigner pour prétendre durer.

Vous retrouverez donc dans ces pages des conseils concrets pas seulement utiles, mais utilisés : c’est-à-dire validés par l’expérience personnelle du thérapeute. Attention : les thérapeutes de ce livre ne se présentent pas comme des modèles à admirer ; plutôt comme des modèles dont s’inspirer : faillibles, fragiles, mais qui ont mis en pratique les efforts qu’ils recommandent. Plus émouvants, donc plus motivants. Des modèles fraternels, en quelque sorte : pas meilleurs au départ que leurs lecteurs, mais plus avancés dans la démarche, et désireux de transmettre un peu de leur expérience.

J’ai été passionné et touché de découvrir chez des collègues, dont certains sont aussi des amis, des difficultés dont nous n’avions jamais parlé. Je pense que vous serez vous aussi passionnés et touchés par ces récits. Les thérapeutes qui se livrent ici font preuve d’honnêteté et de courage. Comme les patients qui viennent nous livrer leurs souffrances, leurs échecs, leurs hontes, leurs peurs. Et nous montrer leurs ressources. Et nous associer à leurs efforts, leurs progrès...


PS :présentation du livre par Sylvain Courage, du Nouvel Observateur, qui lui consacre un dossier spécial cette semaine.

jeudi 6 janvier 2011

Dictature et douche froide


C'est un exercice que j'appelle «démocratie et douche chaude» et que je propose parfois en psychologie positive : de temps en temps, sous sa douche, se réjouir d’avoir de l’eau chaude (et ne pas attendre la panne de chauffe-eau pour gémir) ; de temps en temps, en lisant les journaux, se réjouir de vivre en démocratie (ne pas craindre d’être réveillé à 5 heures du matin par la police politique, pouvoir voter pour qui l’on veut, dire ce que l’on pense de la vie publique).

J’en avais parlé à une amie.

Peu après, alors qu’elle revenait d’une mission humanitaire en Afrique, elle m’écrit un mail qu’elle intitule «Dictature et douche froide». Le voici :

«J'espère que tu vas bien et que tu tiens le coup malgré ta "saison" chargée.
Je viens de rentrer de 10 jours en RD Congo. Depuis, j'essaie de trouver un sens à toutes ces situations injustes et atroces dont j'ai été témoin, j'essaie d'accepter la manière dont fonctionne le monde et de me décoller de mes pensées de révolte et de tristessse...
Il me faudra encore beaucoup de pratique pour accepter tout cela je crois... 
Que c'est dur, de retour de mission, d'apprécier - sans culpabiliser - tout ce qui nous est donné ici (et que l'on gaspille ou dont on ne profite pas assez)...
À quand la démocratie et la douche chaude pour tous ?
Amitiés»

Toujours la même question : comment se permettre du bonheur au milieu du malheur ? Et toujours la même réponse : ne pas se culpabiliser des bonheurs qui nous sont permis, mais 1) ne pas les gaspiller, 2) y puiser la force d’aider ceux qui en sont très très loin...

Illustration : l'univers que m'évoque "Dictature et douche froide"...

mercredi 5 janvier 2011

mardi 4 janvier 2011

Les deux inquiets et les volets


Ça s’est passé un été. Après une journée très chaude, la famille s’est endormie en laissant toutes les fenêtres ouvertes, pour permettre à la fraîcheur de la nuit entrer dans la maison. Vers trois heures du matin, un énorme orage se déclenche. Parfait pour rafraîchir, mais ça veut aussi dire, vu ce qui dégringole du ciel, de petites inondations autour des fenêtres ouvertes partout dans la maison.

À moitié éveillé par l’orage et cette pensée (l’un sans l’autre n’aurait pas suffi) je me lève et commence à faire le tour des pièces pour fermer les fenêtres. Et je croise ma plus jeune fille, levée avec la même idée. Je lui demande ce qu’elle fait debout à cette heure, et elle m’explique qu’elle va, elle aussi, fermer les fenêtres. Nous sommes les deux inquiets de la famille, donc rien d’étonnant à notre présence, mais tout de même, deux choses m’interpellent.

La première, c’est qu’à son âge, elle se sente responsable des fenêtres de la maison (mais elle est comme ça, volontiers dans la responsabilité et l’empathie). La seconde, c’est que mine de rien, les anxieux rendent service aux autres dans l’ombre. Bon, je le sais bien, mais là, je le vérifie : pendant que les trois «peu inquiets» dorment ou se sont rendormis, les deux «trop inquiets» patrouillent et passent la serpillière. Grâce à quoi, ils se rendormiront.

Comme on dit dans les entreprises : «conjuguons nos talents»...

Illustration : un jeune garçon peint par Greuze, apparemment pas trop inquiet...

lundi 3 janvier 2011

Résolutions d'année nouvelle


"L’heure est aux saines résolutions. Je ne taperai plus les gorilles. Je croquerai moins de cailloux. Je marcherai sur mes deux pieds. Ce sera dur, mais que serions-nous si nous n’imposions parfois à notre volonté ces défis qui la renforcent en l’éprouvant ?"

Éric Chevillard, dans son blog L'Autofictif.

PS : j'aime bien, quand même, les résolutions de début d'année ; elles ont au moins le mérite d'exister ; et puis, on sait qu'elles marchent tout de même mieux que l'absence complète de résolution ("je ne fais aucun effort, ni de réflexion ni d'action, pour amender ou limiter mes défauts").

Illustration : Le célèbre Voyageur au dessus de la mer de nuages, de Friedrich.

vendredi 17 décembre 2010

Bonnes fêtes


Bonnes fêtes à toutes et tous, ceux qui fréquentent ce blog et ceux qui l'ignorent, ceux qui s'y expriment et ceux qui se taisent, ceux qui caressent et ceux qui agressent, ceux qui rient et ceux qui râlent, ceux qui arrivent et ceux qui s'en vont.

PsychoActif prend des vacances.

On se retrouve, en principe, si Dieu le veut, et vous, et moi, le lundi 3 janvier 2011.

Portez-vous bien.

Illustration : qui se cache derrière le hibou ?

jeudi 16 décembre 2010

Aime-moi peu


C’est une patiente, un jour, qui me parle de son enfance et de ses parents. De son père notamment, qui avait beaucoup de mal à accepter les relations amoureuses et sentimentales. Avec le besoin d’être aimé, comme tous les humains, mais la difficulté à l’être trop fort, comme certains.

Alors, elle me raconte qu’il disait à son épouse, la mère de la patiente : «aime-moi peu mais aime-moi longtemps, toujours.»

Pour éviter d’être étouffé par trop d’amour ?

Illustration : un couple qui s'aime depuis toujours, au fronton d'une cathédrale romane.

mercredi 15 décembre 2010

Atteindre son but

« Celui qui atteint son but a manqué tout le reste. »

Adage Zen

PS : si je me souviens bien, il me semble que j'ai lu cet adage pour la première fois dans un des commentaires de ce blog, il y a quelques mois...