lundi 6 décembre 2010

Qui a dit que le yoga ne servait à rien ?



C'était quand la dernière fois que vous avez éclaté de rire en lisant un livre ?
Pour moi, c'est avec celui-ci.
C'est un petit livre, édité à compte d'auteur. Pour en savoir plus sur son travail, et feuilleter quelques uns de ses ouvrages, cliquez.

Voici ma sélection de postures de yoga préférées :



La posture du grand désarroi d'avoir acheté du beurre doux et non demi-sel...









La posture du dépassement de la peur des commerçants...









La posture de la dissimulation d'un rougissement soudain...









Bref, tout ce qu'il faut pour vivre enfin sereins.

vendredi 3 décembre 2010

Gros chat


L’autre jour à Sainte-Anne, alors qu’il faisait très froid dehors, pendant une journée de consultations. Je quitte mon bureau pour aller bavarder un moment avec les infirmières, et je laisse ma fenêtre entrouverte pour aérer un peu. La pièce est au rez-de-chaussée.

En revenant, je referme la fenêtre, et je commence à répondre à mon courrier et à mes mails. Et tout à coup j’entends un bruit inhabituel, un ronronnement. Je cherche, et je trouve : un gros chat gris, endormi pépère sur le divan. Tranquille. Il est rentré se mettre au chaud.

C’est un de ces chats qui vivent dans les hôpitaux, que les patients et les soignants nourrissent, caressent et connaissent bien. Les infirmières du service l’ont bien identifié, celui-là. Il y a huit jours, il s’était laissé enfermer dans le bureau d’un collègue qui ne l’avait pas remarqué. Le problème c’est que c’était le vendredi après-midi. Et que jusqu’au lundi matin, le gros chat s’était livré à un peu d’exercice et autres activités variées...

Mais là, pas de souci, je lui propose de rester passer la journée au chaud dans le bureau avec moi. Ça lui convient. Je demande juste à chaque fois aux patients, avant de les faire rentrer, s’ils ont peur des chats. Mais ce jour-là, pas de phobique des chats, au contraire, tout le monde est amusé de sa présence.

Et moi aussi. Il me fait du bien, un copain dans le bureau pour la journée. De temps en temps, je le regarde du coin de l’oeil. Il dormira tout l’après-midi. À un moment, il fait sa toilette et se lèche soigneusement, en pleine conscience. Comme un grand maître Zen : absolument dédié, de tout son être, à ce qu’il fait. Je me régale de l’observer.

Et comble d’ironie, je suis obligé de le déloger peu avant 17h (je ne veux pas retrouver mon bureau en triste état demain matin) pour justement aller animer notre séance de Pleine Conscience du lundi soir.

Salut le chat, bon courage et merci pour tout !

jeudi 2 décembre 2010

Obligés de respirer


La «terrifiante» obligation de ne jamais s’arrêter de respirer...

J’ai rencontré plusieurs fois des patients très anxieux pour qui penser à cela devenait parfois un point de départ à des attaques de panique. Ils me racontaient que depuis qu’ils étaient petits, ça les prenait parfois, en prenant conscience de leur dépendance à l’air, inspirer, expirer, et comme ça jusqu’à la fin des temps...

Je me souviens d’une patiente pour qui le pire cauchemar aurait été de finir dans un poumon artificiel, vous savez, ces énormes machines dans lesquelles on plaçait autrefois les personnes chez qui la poliomyélite avait paralysé les muscles respiratoires. Il fallait toujours quelqu’un pour activer le soufflet. Puis, avec l’électricité, ça marchait tout seul, mais tout de même...

Je me souviens qu’au début, je récupérais un peu ses angoisses à force de l’écouter et de travailler sur ça avec elle, et qu’une ou deux fois je me suis réveillé alors la nuit avec l’impression de m’étouffer. Puis ça m’a passé, et à elle aussi. Depuis que je pratique la méditation de pleine conscience, je crois bien que cela ne m'est plus jamais arrivé ; et à la patiente non plus.

Je me souviens que le terme «poumon d’acier» m’impressionnait, moi aussi, quand j’étais enfant.

Je suis bien content que le vaccin contre la polio ait été inventé...

Illustration : un poumon d'acier d'autrefois.

mercredi 1 décembre 2010

Respirer et penser

« Il est deux processus que les êtres humains ne sauraient arrêter aussi longtemps qu’ils vivent : respirer et penser. En vérité, nous sommes capables de retenir notre respiration plus longtemps que nous ne pouvons nous abstenir de penser. À la réflexion, cette incapacité à arrêter la pensée, à cesser de penser, est une terrifiante contrainte. »

George Steiner, Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée.

mardi 30 novembre 2010

Et rien de douteux...


J’ai trouvé cette mention, «rien de douteux», sur une boîte de barres aux céréales. Rien de douteux : c’est bizarre comme formule, non ?

C’est la première fois que je vois ce genre d’arguments. Et à mon avis, ce ne sera pas la dernière. Cela suggère qu’il y a parfois des trucs douteux dans ce qu’on mange, ce qui est sans doute vrai. Cela suggère aussi que dans ces barres-là, ce n’est pas le cas, ce que j’aurai bien du mal à certifier...

Et ce qui est sûr, c’est que les publicitaires qui ont travaillé sur le texte ont tenté de jouer sur nos peurs puis de nous rassurer (ça a marché puisque j’ai acheté).

Impression d’un vague retour en arrière, comme lorsque nos ancêtres se méfiaient de la nourriture qu’ils trouvaient en chemin : ce champignon, cette baie, sont-ils comestibles ? La modernité ne nous rassure plus, elle nous inquiète, trop opaque, trop lointaine, trop traversée d’égoïsmes. En tout cas, c’est ce que semble nous dire cette mention «rien de douteux»...

Allez, bon appétit quand même !

lundi 29 novembre 2010

Michael Jackson et Chronos






Un été, au Danemark, en vacances avec plein d’enfants, nous visitons un château. J’essaye de canaliser un peu la horde en faisant de l’explication de monument. Par exemple : qui sont ces personnages sur le tableau, que font ces autres sur cette sculpture ? Parfois c’est le grand bide, mais parfois ça marche bien.

Ce jour-là, j’ai de la chance, ou je suis en forme : ça marche ! Les enfants jouent le jeu, et cherchent à deviner qui est qui et qui fait quoi.

À un moment, nous passons sous une statue qui représente un homme qui tient un bébé dans ses bras, au-dessus du vide : c’est Chronos dévorant ses enfants.

Alors je questionne :
«Et ça, jeunes gens, c’est qui ? Que fait-il ?»
«C’est Michaël Jackson !»
«Euh... Michaël Jackson ? Mais pourquoi ?»
«Eh ben, comme sur la photo où on le voyait tenir son bébé en l’air au-dessus du balcon...»

Bon, ben me voilà sans voix.
C’est vrai que ça ressemble un peu, finalement : un adulte qui tient un enfant dans une position dangereuse. Je vous joins la photo, pour celles et ceux qui aurait oublié : à l’époque, le pauvre cyborg-chanteur avait été très critiqué après que ces images eurent fait le tour du monde : tout le monde y avait vu la confirmation de son incapacité à être père, au travers de ce geste un peu inconscient tout de même, destiné plus à satisfaire la foule qu’à prendre soin du bébé.

C’est aussi de la culture, après tout. Mais tout de même, j’ai essayé d’expliquer la légende de Chronos.
Michaël Jackson ou Chronos : on verra bien ce qu’il en restera dans quelques années.

vendredi 26 novembre 2010

Comme si la vie s’échappait de moi



C’est un vieux copain que j’aime bien, d’une grande gentillesse, intelligent et sensible.

Nous nous retrouvons et nous donnons de nos nouvelles. Il me raconte une rupture sentimentale récente, et me rassure : «ça va, j’arrive à faire face, même si c’est douloureux».

Mais du coup, il me parle d’une autre rupture, plus ancienne : «celle-là, j’ai failli en mourir». Et il me décrit notamment le moment où il se retrouva seul après le départ de la femme qu’il aimait, avec son corps qui se vidait de toute force : «j’avais l’impression que la vie s’échappait de moi...»

Je suis pétrifié en écoutant son récit d'hémorragie psychique, d'anéantissement, en réalisant comment l’amour qui nous donne vie peut, lorsqu’il se retire brutalement de notre existence, nous laisser quelque temps aux portes de la mort.

jeudi 25 novembre 2010

Une grande question


C'est dans le TGV Rennes-Paris, en revenant d'une conférence. Il y a deux gamins qui mettent un souk pas possible : ils parlent très fort, se disputent, hurlent pour attirer l’attention de la mère.

Celle-ci est exaspérée, peut-être épuisée, et fonctionne (malheureusement pour elle, pour ses enfants et pour les passagers) sur le registre : ne rien dire, puis exploser, hurler et menacer, mais de façon irréaliste : «à la prochaine gare, tu descends tout seul sur le quai...»

Tu parles que ça les impressionne, les deux lascars... Ils sont habitués à ces menaces bidon. La mère ne les punit pas, jamais, elle prononce de temps en temps des «chut !» désespérés et impuissants quand les passagers alentour relèvent la tête après un hurlement surpuissant d’un des deux petits agités.

Mais à un moment, un peu fatigués, ils commencent à dire des choses intéressantes.

Notamment cette drôle de question, en voyant qu'il reste des personnes sur le quai lorsque nous redémarrons de je ne sais plus quel arrêt : «pourquoi les gens ils sont pas tous dans le train ?»

C'est vrai ça, pourquoi tout le monde n’est pas dans le train, avec nous ?

Évidemment, ça nous paraît une question de peu de sens. Mais c’est sa vision du monde : si lui y est, alors tout le monde devrait y être. Finalement, nous continuons de nous poser ce genre de questions une fois adultes : si la vie est un voyage en train, pourquoi il y a des gens qui descendent, et dans ce cas où vont-ils ? Et pourquoi des gens montent (naissent) ? Et avant, où étaient-ils ?

Du coup, les deux gamins me semblent moins mal élevés, et je ne vois plus seulement en eux deux sales gosses, mais deux petits garçons avec de grandes questions existentielles. En plus, ils finissent par se fatiguer et somnoler, je vais pouvoir finir mon voyage tranquille et me poser moi aussi des questions sans réponse...

Illustration : un passager de TGV un peu agacé par le boucan que font deux jeunes enfants moyennement bien élevés...

mercredi 24 novembre 2010

Esprit et corps

« L’esprit et le corps sont-ils séparés, et si oui, lequel vaut-il mieux choisir ? »

Woody Allen

mardi 23 novembre 2010

Crise et monastères


La crise est partout, nous dit-on.

En tout cas, il semble qu'elle affecte même le recrutement dans certains monastères. Je parlais l’autre jour avec une moniale d’une communauté Zen, qui me racontait que dans les années 70 et 80, le nombre de résidents dans son monastère était bien plus important : autrefois, les sympathisants attirés par la vie monastique ne craignaient pas de venir y passer 2 ou 3 ans, puis de repartir dans la vie laïque : ils savaient qu’ils retrouveraient toujours leur travail, ou un autre.

Aujourd’hui, ce genre de démarche est plus compliqué : il est devenu inquiétant et aléatoire de lâcher son boulot. Du coup, le nombre de personnes qui se permettent de prendre du temps, beaucoup de temps, pour méditer, prier et réfléchir sur leur vie et la vie en général tend à diminuer.

Je n’ai pas d’arguments particuliers, mais il me semble que c’est dommage. Que certaines personnes aient la possibilité (et le cran !) de passer quelques années à l’écart, en vivant très sobrement, mais en pouvant réintégrer ensuite la société, je crois que c’est un phénomène bénéfique justement à cette même société. Mais je n’ai ni arguments ni preuves....

Illustration : un beau Thangka tibétain.