mardi 16 novembre 2010

Vélo-vélo-vélo


L’autre jour, un trajet dans Paris, en vélo. Au début, ça commence bien : une voiture s’arrête pour me laisser la priorité à un croisement de rue. Avec un sourire du conducteur, en plus. Je lui fais un petit salut de remerciement, je trouve son geste sympathique : j’avais la priorité mais il lui suffisait d’accélérer au lieu de freiner pour me passer sous le nez...

Cinq minutes après, dans un passage un peu étroit, une autre voiture arrive derrière moi, et au lieu d’attendre tranquillement en me suivant que la voie s’élargisse, elle me double, en roulant trop vite et trop près : si je fais le moindre écart, elle me percute. «Espèce de très gros con !» que je me dis...

Puis, en continuant à pédaler, je me rends compte, évidemment, que mon niveau d’activation émotionnelle est bien plus fort sur cette deuxième aventure que sur la première. Et que si je ne fais rien, mentalement, c’est ce souvenir-là qui va être mémorisé de manière bien plus vigoureuse. C’est normal, c’était ma survie qui était en jeu.

Mais tout de même, si j’en reste à une simple mémoire émotionnelle, ma vision des automobilistes va être biaisée : au lieu d’avoir en tête du 50/50, moitié sympas moitié pas sympas, je vais stocker des automatismes du genre : tous dangereux avec les vélos.

Alors, je repense au gars sympa qui m’a laissé passer, à tous les neutres qui ne m’ont pas écrasé ni klaxonné quand je me faufilais (moi aussi, je dois les énerver). Pour réajuster un peu ma vision du monde, et aussi, pour me calmer et me faire du bien, je l’avoue...

Illustration : en vélo, attention aux rond-points ! Photo de Florian Kleinefenn. Florian est un copain, et honnêtement, son site vaut le détour si vous aimez la photographie contemporaine.

lundi 15 novembre 2010

Zéro zéro zéro


«Zéro-zéro-zéro-zéro...», c’est ce que braillaient autrefois les bidasses lors de leur quille, en fin de service militaire, sur l’air de «Ce n’est qu’un au-revoir»... Mais ce n’est pas de ça que je veux vous parler.

Ça s’est passé l’autre soir : alors que je travaillais tard, je jette un oeil sur l’heure, et je vois 0:00 sur l’écran de mon ordinateur, tout en haut à droite. Juste entre le moment où les chiffres arrivent à mon esprit et celui où je réalise que c’est simplement minuit, se glisse un léger trouble.

0.00 déclenche une alerte, probablement au niveau de mes amygdales cérébrales (vous savez, ces petites zones du cerveau où sont traités les messages, à un niveau automatique et émotionnel, avant de passer par le cortex). Trois zéro, c’est comme un saut dans le néant, dans l’infini du néant. Pire que le 666 de l’Apocalypse selon Saint Jean, pire que «le nombre de la Bête» : le néant absolu...

Mais ouf, voici le 0:01 qui arrive. Je respire, je suis sauvé... Mais ça m’a fait drôle, ce microscopique instant de trouble : que de secousses émotionnelles notre esprit doit être capable d’absorber ! De la plus discrète à la plus sévère...

PS : ce genre de petits moments et de petits combats si faciles à gagner contre les superstitions absurdes, c'est ce dont souffrent, à un niveau infiniment plus intense et paniquant, nos patients anxieux souffrant de TOC (trouble obsessionnel compulsif). Je rends ici hommage à leur cran.

Illustration : l'album du groupe Aphrodite's Child, qui avait repris le célèbre 666 pour titre...

vendredi 12 novembre 2010

Joyeux mélange


Alice, 6 ans, qui s’intéresse de près à l’actualité, mais mélange parfois un peu les dates et les événements, s’adresse à ses parents et ses frères, réunis à table en ce soir du 11 novembre : 
" Vous savez pourquoi les gens, ils ont fait grève aujourd’hui ? Eh bien c’est parce qu'ils ont signé la fin de la première guerre mondiale ! "

Illustration : une photo de l'écrivain Alain de Botton, dont je vous encourage à visiter le site.

mercredi 10 novembre 2010

Grands hommes

«Les grands hommes meurent deux fois, une fois comme hommes, et une fois comme grands.»
Paul Valéry, Tel Quel, Cahier B 1910.

À méditer en cette période de prix littéraires, et en contemplant par exemple la liste des écrivains ayant reçu autrefois le prix Goncourt : que d’anciennes gloires mortes deux fois, selon la formule de Valéry !

mardi 9 novembre 2010

Mains d’aristo


C’est un souvenir de quand j’étais petit, à l’école primaire. Ça devait être en CE1 ou CE2.

La maîtresse nous racontait, pendant le cours d’histoire, que lors de la Révolution Française on dépistait les aristocrates qui essayaient de passer inaperçus pour fuir le pays, en leur faisant montrer les mains : le peuple avait toujours les mains calleuses et abîmées, et les «aristos» les avaient au contraire blanches et délicates... Une fois démasqués, couic, on leur coupait la tête (enfin, ça, c’était ma conclusion).

Cette histoire m’avait rendu très inquiet : bien que d’origine populaire et pas du tout aristo, j’avais de blanches petites mains de rejeton noble. Et je me disais que si demain, il y avait une nouvelle révolution, on me couperait sûrement la tête malgré mes protestations !

Mon grand-père communiste, à qui j’avais parlé de mes inquiétudes, dut me rassurer : «Ne t’inquiètes pas, tu ne risques rien, je leur dirai que tu es un fils du peuple, et que tu es abonné à Vaillant». Vaillant, c’était à l’époque le magazine pour la jeunesse du Parti Communiste Français. Un peu rassuré mais tout de même soucieux d’assurer ma survie, je me débrouillais du coup toujours pour en garder quelques exemplaires dans mon cartable ou mes sacoches de vélo, en cas de révolution soudaine et de retour d’expéditifs tribunaux populaires.

Je n'ai jamais pensé que l'enfance était un âge d'insouciance. Disons que les soucis durent moins longtemps, et se solidifient moins vite que chez l'adulte. Et qu'ils sont plus vite balayés par les bonheurs qui passent. En principe...

Illustration : un exemplaire de Vaillant.

lundi 8 novembre 2010

Nature morte


« Cherche, parmi tous ces objets misérables et grossiers de la vie paysanne, celui, posé ou appuyé et n’attirant point l’œil, dont la forme insignifiante, dont la nature muette peut devenir la source de ce ravissement énigmatique, silencieux, sans limite. »
Hugo von Hofmannstahl, Lettre de Lord Chandos.

Ils nous parlent, ils murmurent à nos oreilles. Mais quoi ? Il faut d’abord s’arrêter pour les entendre, ces chuchotements. Puis essayer de les comprendre. S’arrêter, respirer et s’immerger dans la contemplation des objets.

« Nature morte », quel drôle de nom ! L’appellation anglaise still life - vie immobile -, et l’allemande, et la flamande, qui disent la même chose, sont bien plus proches de la réalité : ces peintures montrent une vie silencieuse, calme, apaisée. Qu’elles nous invitent et nous incitent à rejoindre. Dans ce monde en mouvement, dans ce monde utilitaire, la nature morte nous arrête : vie immobile, vie inutile. Inutile ? Parce qu’elle n’a rien à montrer que de l’ordinaire ? Mais justement : ce qu’elle nous montre, c’est l’ordinaire qu’on ne regarde jamais.

Et si l’on regarde, on voit : de la simplicité en majesté. Une présence intense derrière l’immobilité. Si l’on regarde, on voit que même ce qui ne clignote pas, ne bouge pas, ne scintille pas, ne fait pas de bruit, peut avoir de l’intérêt et de l’importance. Si l’on regarde, on voit qu’il y a de la beauté, de l’intelligence et même de la grâce dans le simple, l’accessible, le disponible.

Je me souviens d’une discussion, un jour, avec un moine Zen qui me recommandait de toujours respecter l’inanimé. Mais qu’est-ce que l’inanimé ? C’est, me disait-il «ce qui ne crie pas quand on le frappe». Les choses, les objets, tous ces bouts de matière, qui ne crient pas, jamais. Mais qui parlent parfois...

Illustration : une "nature morte" qui vit et parle, de Chardin.

vendredi 22 octobre 2010

Télévision et gros crayons


Quand j’étais petit, on aimait encore la télévision.

Elle n’était pas critiquée et diabolisée comme aujourd’hui. Ni banalisée. Le poste de télé réunissait toute la famille, autour d'émissions tantôt populaires tantôt culturelles, que tout le monde regardait, puisqu'il n’y avait au début qu’une seule chaîne ; et puis quand il y en a eu deux ou trois, il n'y avait de toute façon qu'un poste de télé, les parents décidaient et la famille regardait...

Je me suis souvenu de tout ça l’autre jour, à Toulouse : alors que je cherchais des papiers dans le bureau de mon père, je suis tombé sur cette boîte de crayons de couleur, de gros crayons - un bout rouge et un bout bleu - dont il se servait pour souligner certains mots de ses fichiers ou dossiers.

Doucement bousculé par des bouts de souvenirs en désordre, je l’ai prise avec moi pour emporter un peu de cette époque, où le mot «télévision» était encore assez moderne et étincelant pour faire rêver et pour faire vendre. Pour apporter une touche de modernité à de bons vieux crayons de couleurs.

C’est bien fini, tout ça : la télé est devenue un objet de méfiance, et qui se sert encore de gros crayons de couleurs pour surligner ? À part moi maintenant, pour penser à mon père... C’est ma façon d’héberger un peu de douce nostalgie et de ralentir l’inexorable oubli. Et ça me fait plutôt sourire que soupirer : je suis content d'avoir vécu cette époque, télévision et gros crayons...

PS : comme un poste de télévision, PsychoActif va s'éteindre pendant deux semaines, le temps de prendre quelques vacances. Bonnes vacances ou bon courage, ou les deux. Et on se retrouve, si Dieu le veut, le lundi 8 novembre...

jeudi 21 octobre 2010

Pas d’altruisme triste


La psychologie est bien faite (du moins dans les périodes où ça tourne à peu près rond dans nos têtes).

Ainsi, rendre service aux autres nous rend plus heureux, et être plus heureux nous pousse à rendre service aux autres. De même pour ceux à qui nous avons rendu service : cela les rend un peu plus heureux (ou un peu moins malheureux), et les prépare donc à se tourner un peu plus facilement vers d’autres autres, et à les aider, etc.

Liens indissociables et réciproques entre altruisme et bonheur, donc. C’est sans doute pour ça que le bouddhisme insiste beaucoup sur le fait que la compassion a intérêt à être soutenue par la joie, pour ne pas faire souffrir la personne altruiste (ce qui finirait par tarir l’altruisme).

Nous avons à être altruistes et pas altristes : l’altruisme a tout intérêt à être joyeux, à ne jamais se couper de la joie d’aider. Il doit être basé sur l’affection pour les autres humains. Sur un désir sincère et heureux d’aider les autres. Rendre service en étant content de rendre service.

Les sinistres donnent des leçons de morale, les joyeux les mettent en pratique sans trop de discours. Supériorité de l’action sur la cogitation, et de la joie sur la tristesse..

Illustration : un petit cavalier joyeux (et altruiste ?) entrevu lors d'une visite au château de Rosenborg, au Danemark.

mercredi 20 octobre 2010

Écouter et parler

«Si nous avons deux oreilles et une seule bouche, c’est clair : cela signifie que nous avons à écouter deux fois plus que nous ne parlons.»

Je sais, ça n’a rien à voir, nous aurions pu aussi avoir, en tant qu'espèce animale, une seule oreille et deux bouches, ou six oreilles et pas de bouche, et avoir toujours cette irrépressible tendance à préférer parler qu'écouter...

Mais l'image est belle, et le message utile, non ?

mardi 19 octobre 2010

Complexes et déprimes


Cette semaine, je vais vous infliger un peu de publicité autocentrée, désolé. Pour celles et ceux que ça agace, vite, cliquez et fuyez.
Pour les autres, sachez que sort donc en librairie l'édition en poche de notre livre illustré avec Muzo, paru en 2002 sous le titre original "Petits complexes et grosses déprimes". Il s'appelle désormais, en version poche : "Je guéris mes complexes et mes déprimes"...
Il parle de mésestime de soi, de complexes, d'hypocondrie et de dépression. Et voici quelques-uns des dessins de l'excellent Muzo, qui parlent mieux que de longs textes, n'est-ce pas ?