«Quand les conditions du bonheur sont enfin réunies, nous nous sommes trop bien adaptés à celles de l’infortune : trop de corne pour les voluptés promises à nos tendres muqueuses.»
Éric Chevillard, L’Autofictif du 24 septembre 2010.
Pas facile de se laisser aller au bonheur, quand on passé beaucoup de temps à se battre pour sa survie. C’est Alexandre Jollien qui en parle parfaitement dans ses livres : il appelle ça «l’après-guerre». Se battre contre le malheur ne prépare pas à savourer le bonheur. On pourrait parler de reconstruction de soi...
mercredi 6 octobre 2010
mardi 5 octobre 2010
Artiste ou banquier ?

Il y a 2 ou 3 ans, j’avais rencontré une une patiente étonnante, avec une drôle de vie et pas mal d’humour. Elle me racontait sa vie amoureuse (compliquée). Et notamment cela :
« Je n’ai jamais été vraiment raccord avec les hommes que je croisais. Par exemple, j’ai passé des années avec un artiste, un peintre fauché : quand j’étais avec lui, on on parlait tout le temps d’argent, jamais de peinture. J'ai fini par le plaquer, il était trop galère. Puis, je me suis mise en ménage avec un banquier, et avec lui, c’était l’inverse : on ne parlait jamais d’argent, mais tout le temps de peinture, on allait voir des expositions sans arrêt, on ne discutait que d’art...»
Ça ressemble à une histoire à la fois drôle et triste. Mais c’est c’est juste la vie qui est comme ça...
Illustration : Gallerie Sollertis, Toulouse.
lundi 4 octobre 2010
Festina lente

C’est un élève qui parle à son maître en méditation :
«- Maître, combien de temps me faudra-t-il pour atteindre la sérénité ?»
Long silence, puis le maître répond :
« - 30 ans.»
L’élève accuse le coup :
« - Euh... C’est un peu long. Et si je mets les bouchées doubles, si je travaille dur, jour et nuit, si je ne fais plus que ça ?»
Le maître garde le silence un long moment et finit par lâcher :
« - 50 ans...»
vendredi 1 octobre 2010
Plume d’ange

Si je vénère Claude Nougaro, ce n’est pas seulement parce qu’il est toulousain, comme je le suis. Pas seulement parce que je l’ai vu dévaler du toit du Capitole, le long d’une improbable tyrolienne, pour arriver sur un grand chariot de Carnaval, ivre mort et tombant à la renverse à chaque fois que le chariot redémarrait, entouré par une foule d’étudiants en liesse et eux aussi avinés, dont j’étais. Pas seulement parce qu’il fut peut-être le seul français à savoir chanter le jazz.
Je le vénère parce que c’est un de nos plus grands poètes. Jongleur de mots, cracheur de swing. Et son chef d’oeuvre poétique reste méconnu. Son chef d’oeuvre, c’est sa chanson Plume d’Ange.
C’est un texte sur la foi.
La foi, qui est plus belle que Dieu...
Voici les paroles.
Voici la musique.
Écoutez et jubilez.
jeudi 30 septembre 2010
L’électricité quand il pleut
C’est une petite scène à laquelle j’ai assisté l’autre jour.
Une dame âgée, alors que la pluie commence à tomber, passe avec son petit chariot de marché devant un immeuble, où elle ne semble pas résider elle-même. Elle s’adresse gentiment à deux ouvriers électriciens qui font une réparation devant la porte : «Attention, messieurs, vous savez, c’est dangereux l’électricité quand il pleut, soyez prudents !»
Les deux messieurs sourient poliment : «Merci madame, on a l’habitude...»
À quelques mètres se trouve leur camionnette, avec tous les logos attestant que leur entreprise est effectivement spécialisée en installations électriques.
Comment dire ? Cette gentillesse gratuite - et un peu naïve - de la vieille dame pour les deux inconnus m’a touché et réconforté. Et j’aime bien être touché et réconforté...
Illustration : est-ce quelqu'un a prévenu les électriciens qu'il y avait un petit souci ?
mercredi 29 septembre 2010
Travailler tout seul
"Dieu a créé le monde en sept jours. Mais il a eu la chance de pouvoir travailler seul."
(Kofi Annan)
PS : la citation prend toute sa saveur lorsqu’on se rappelle que Kofi Annan fut secrétaire général des Nations Unies pendant 10 ans...
(Kofi Annan)
PS : la citation prend toute sa saveur lorsqu’on se rappelle que Kofi Annan fut secrétaire général des Nations Unies pendant 10 ans...
mardi 28 septembre 2010
Arrêtez le massacre

L'autre jour, je suis tombé sur une carte postale très drôle : c'était une pile de vrais livres, dont les vrais titres s'enchaînaient et se répondaient, en construisant une énumération significative.
Celle de l'image que vous pouvez voir, par exemple, c'était :
L'éducation de l'oubli
La conquête du courage
La connaissance de la douleur
L'invention de la solitude
et le dernier :
Arrêtez le massacre
Je dois être de bonne humeur en ce moment : ça m'a fait mourir de rire, ce détournement cocasse...
Ces séquences se trouvent réunies dans un petit livre peu connu mais très malin : Au diable les écrivains heureux, par Laurent Dursel. Un bon investissement pour sa bonne humeur...
lundi 27 septembre 2010
Regarde les voitures rouler...

Quand on est sur l’autoroute, et qu’on passe sous un pont, dans la campagne, on voit souvent un monsieur arrêté (je n’ai jamais vu de dames faisant ça, ou alors j’ai mal regardé) qui observe le flot des voitures.
Je me suis souvent demandé pourquoi ces gens se mettaient là à voir défiler les bagnoles : il y a tellement de choses plus intéressantes et plus belles à regarder.
Et puis l’autre jour, en faisant une ballade en vélo autour de Paris, je suis passé sur un pont qui enjambait une grosse autoroute (8 voies). J’ai repensé à mes interrogations métaphysiques sur les car-spotters *, et je me suis arrêté moi aussi, pour essayer de comprendre.
Eh bien, j’avoue que j’ai un peu compris ! Malgré le bruit et l’odeur, pas terribles, j’ai découvert que c’était un spectacle tout de même fascinant, ce flot lent (grâce à la perspective en surplomb, qui aplatit et ralentit) de voitures de toutes couleurs, qui circule avec fluidité et une certaine grâce, comme un grand troupeau en fuite.
Cela fait une bonne cible mouvante pour l’attention, comme on dit en méditation.
Bon, d’accord, il y a mieux dans la nature : les nuages, les vagues, la flamme du feu. Mais cet énorme flot de ferrailles qui se suivent, se dépassent, s’évitent (en principe), ça a quelque chose d’une fascinante harmonie inhumaine.
* Le carspotting, c’est comme le trainspotting, mais avec des voitures. Ce que c’est que le trainspotting ? Une ferrovipathie...
Illustration : quand il y a beaucoup beaucoup de voitures, on peut carspotter avec des potes...
vendredi 24 septembre 2010
C’est presque moi...

Entendu l’autre jour ce message sur le répondeur téléphonique d’une amie : «Bonjour, c’est X. Enfin, presque... Laissez moi quand même un message.»
J’aime bien ce «enfin presque». La voix et l’accueil sont là, pas la personne. Comme les mails ou les SMS : ce sont des échanges d’informations auxquels il manque tout le non verbal du face-à-face. Donc : presque des communications.
En tout cas, ça m’a bien plu ce petit «presque» qui m’a fait sourire et réfléchir. C’est décidé, je vais changer le message de mon répondeur. Ce sera désormais : «Bonjour, c’est presque moi !»
Illustration : Graham Bell, l'un des inventeurs du téléphone, laisse un message sur son répondeur en 1876...
jeudi 23 septembre 2010
Tierces contenues

Je parlais récemment avec des proches de la logique des sites Internet : accrocher l’internaute pour qu’il reste captif, qu’il multiplie les clics, et soit exposé au maximum aux messages du site.
Mais il existe aussi des sites à la logique inverse, comme celui-ci, d’un poète de mes amis, Jean Déserh : http://www.lestierces.fr/
En y arrivant, vous pourrez y lire un court poème.
Un exemple, que j'adore :
Les consonnes à vélo
Soutiennent les
Voyelles
Si ça vous plaît, vous pourrez en lire deux autres (en cliquant sur la parenthèse de droite). Puis, ce sera fini. Il vous faudra revenir plus tard, vous êtes gentiment poussé vers la sortie...
Exactement à l’opposé de notre logique matérialiste : de tout, beaucoup et à volonté. Mais totalement adapté à la poésie, où le trop peut parfois écoeurer, et où, surtout, c’est ce qui se passe en nous après la lecture du poème qui compte.
Illustration : livres de poésie (non disponibles online) attendant des lecteurs.
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