mercredi 8 septembre 2010

"J'ai lu quelque part que fumer provoquait le cancer. Depuis, j'ai complètement arrêté. De lire."
(Henny Youngman)

Pas facile, la psycho-éducation en médecine...

mardi 7 septembre 2010

Le deuil sera fait


"Le deuil sera fait, j’imagine, lorsque nous aurons retraversé sans le mort toutes les situations vécues une première fois avec lui, lorsque nous aurons revu tous les lieux connus en sa compagnie, et rencontré l’odeur de l’arbre à papillons qu’il aimait, et ramé de nouveau dans la baie, et soufflé dans un cor de chasse à la fenêtre d’un appartement angevin, et cassé un mur à la masse, et gratté un rythme de valse sur une petite guitare espagnole…, lorsque donc nous aurons parcouru de long en large le monde sans lui et revécu seul nos aventures communes. C’est aussi bien pourquoi le deuil ne sera jamais fait et pourquoi je hais cette expression stupide qui laisse entendre que celui-ci est un travail dont nous viendrions à bout comme de tout labeur avec un peu de bonne volonté et d’application."

C'était hier dans L'Autofictif, le blog d'Éric Chevillard.

lundi 6 septembre 2010

Le psy qui allait mal


Il y a une dizaine d’années, ou plus peut-être, je me souviens que nous avions organisé avec quelques collègues, lors d’un grand congrès de psychiatrie, un symposium consacré aux relations entre thérapeutes et patients, auquel nous avions invité des représentants d’associations de patients à venir parler à nos côtés. Du coup, c'est logique, de nombreux patients membres de ces associations étaient présents aussi dans le public. Cela ne se faisait pas trop à l’époque, et pas mal de nos confrères étaient hostiles à l’idée de mélanger ainsi les genres. Mais nous pensions que les avantages de ce genre de rencontres étaient très supérieurs aux inconvénients.
Malheureusement, à un moment, une main se lève dans la salle et un monsieur à l’oeil légèrement fixe se dresse pour poser une interminable et incompréhensible question, sur un ton exalté. Sourires entendus ou compatissants de quelques-uns : «voilà ce qui se passe quand on invite des patients...» Je me sens un peu embarrassé, mais je me dis que bon, c’est la vie, avec ses surprises et ses imperfections.
À la fin du symposium, le monsieur vient me trouver et m’explique, toujours assez exalté, qu’il est fait médecin psychiatre. Comment dire ? J’étais ennuyé pour lui, bien sûr, mais j’étais aussi et surtout soulagé ! Que celui qui soit apparu dans le rôle social du «fou» ait été un soignant me paraissait moins ennuyeux que si ça avait été un patient.
Bien sûr, on passe d’un stéréotype (les patients des psys sont des fous) à un autre (les psys sont aussi fous que leurs patients). Mais les psys peuvent mieux se défendre que leurs patients, alors comme on dit, c’est moins pire...

Illustration : un psy légèrement perturbé à son retour d'Inde (mais il a vu et appris tant de belles choses...).

vendredi 3 septembre 2010

Bénéfices de la fatigue


On se plaint tout le temps de la fatigue. mais elle a aussi des avantages.

Par exemple, elle régule nos comportements : la fatigue nous empêche d'aller au-delà de nos forces.
C'est dommage lorsque ces comportements sont utiles : l'épuisement des pompiers ou des pilotes de Canadair lors des grands incendies de forêt est une limite à la lutte contre le feu.

Mais elle est la bienvenue lorsque ces comportements sont casse-pieds : par exemple, autrefois, si quelqu'un qui se sentait très heureux avait envie de chanter à tue-tête, bien sûr ça cassait les oreilles de ses voisins, mais au bout d'un moment, le chanteur épuisé s'arrêtait. Et les voisins pouvaient souffler un peu.

Le souci, c'est qu'aujourd'hui, la technologie est venue à notre secours pour limiter notre fatigue. Alors, si quelqu'un se sent très heureux et qu'au lieu de chanter à tue-tête, il met sa sono à fond, c'est un souci : comme il ne sera jamais fatigué, les nuisances et les conflits vont rapidement atteindre un niveau élevé...

C'est l'évidence : les progrès techniques nécessitent des progrès psychologiques. Malheureusement, les premiers vont bien plus vite que les seconds...

Illustration : "Waf, on reste calme, elle va bien finir par fatiguer".

jeudi 2 septembre 2010

Fin du monde


De retour de vacances, je parcours l’agenda de mon téléphone portable pour me remémorer un peu ce qui m'attend au boulot. En survolant toutes les échéances d'un oeil distrait, je trouve dans la liste une date bizarre : un truc planifié pour 2068 ! Waw... Qu’est-ce que c’est que ça ? Une erreur, sans doute. J’ouvre et je lis : «1er décembre 2068, 18 heures : fin du monde».
C’est bon, j’ai compris, c’est encore un coup de mes filles : elles me chipent régulièrement mon téléphone pour y glisser des blagues, de faux messages, de faux rendez-vous, ou des photos de grimaces loufoques.
Mais sur la fin du monde, aucune d'entre elles n'a avoué. Alors, on ne sait jamais : je vous passe l’info au cas où....

mercredi 1 septembre 2010

La vérité ?

"La vérité est une terre sans sentiers."

(cité par Tiziano Terzani, dans son ultime ouvrage : Le grand voyage de la vie, Points, 2010)

mercredi 30 juin 2010

Le bel été qui vient



Qu'est-ce que c'est passé vite ! Qu'est-ce que c'était bien ! Un peu fatigant d'avoir cette pression fructueuse de produire un billet par jour ? Oui, oui. Un peu soulagé que ça s'arrête pour deux mois ? Oui, oui aussi.
Mais je ne regrette vraiment pas de m'être donné du mal : je suis content de toutes les réflexions et discussions que cela aura permis entre les internautes psychoactifs.
On se retrouve, normalement, en septembre.
Passez un bel été...

Illustration : Le tapis volant, de Viktor Vasnetsov, 1880.

Attention, si vous souhaitez lire les messages au-delà du 200ème, cliquez en bas à droite sur "suivant", écrit en lettres rouges.

mardi 29 juin 2010

Palper les textiles


Il y a quelques semaines, j'étais invité à un colloque sur le toucher, le sens du toucher. Très intéressant, j'ai appris plein de choses. Et il y avait un atelier pratique étonnant : nous étions conduits par des guides aveugles dans une pièce, spécialement aménagée, où régnait le noir absolu : c'est-à-dire que même les deux yeux grand ouverts, il n'y avait absolument rien à voir (nous avions dû enlever nos montres et éteindre nos portables). Assez impressionnant de marcher comme ça, sans rien à se mettre dans les yeux...
À un moment, notre guide nous arrête autour d'une table, et nous fait toucher des objets pour expérimenter l'exploration par le toucher. Il s'agissait de tissus divers : doux ou rugueux, minces ou épais, tendres ou raides, etc. Nous devions les décrire. Et irrésistiblement, nous avions envie de les nommer.
Au lieu de simplement raconter ce que nous palpions ("c'est épais, un peu rugueux d'un côté, assez souple, etc.") tout le monde essayait de nommer et de deviner : "c'est du cuir ! c'est du velours ! de la dentelle !" Manque d'habitude, certes ; et aussi mauvaise habitude : celle de cataloguer et de nommer au lieu de décrire.
Exactement comme lorsque nous sommes stressés ou abattus : au lieu de décrire ce qui se passe ("j'ai échoué à faire telle chose") on saute directement à l'étiquetage ("je suis nul", "c'est une catastrophe"). Au lieu d'en rester à ce qui est ("j'ai des pensées tristes, je me sens fatigué et abattu, je vois l'avenir de manière sombre") on bondit vers ce que ça pourrait être ("je ne m'en sortirai pas, c'est une rechute de ma dépression"). Et on s'aggrave, et on solidifie ses ressentis éventuellement passagers en ruminations chroniques et toxiques.
C'est ce biais que la pleine conscience nous encourage à désamorcer, en nous entraînant régulièrement à rester dans la réalité, agréable ou désagréable, à la ressentir, la décrire. Avant de vouloir la juger ou la changer.
Qu'est-ce que c'est difficile ! Qu'est-ce que c'est à l'opposé de nos automatismes ! Et qu'est-ce que c'est intéressant quand on arrive, de temps en temps, à s'en libérer...

Illustration : tout plein de beaux textiles à palper sur ces gentes demoiselles peintes par Lucas Cranach.

lundi 28 juin 2010

Hémiconversations


L'autre jour, je bavardais des pollutions sociales avec un copain. Et il me racontait cette grande pollution des voyages en train (notamment) : la conversation à voix haute sur un portable, dont tout le wagon profite. Je me demandais pourquoi c'est si agaçant, après tout ?! Finalement, lorsque deux personnes bavardent en vrai dans le compartiment, cela va faire 2 fois plus de bruit (elles sont deux) et donc 2 fois plus de gêne. Ben non, me répondit-il.

Non, parce que d'abord, lorsqu'on parle dans un portable, on a tendance à parler plus fort qu'en face-à-face : c'est un classique de la psychologie du contrôle. Vous savez, le fait que quand on veut faire des gros chiffres en jouant aux dés, on les jette plus fort que quand on veut faire des 1 ou des 2 (là, on les jette doucement). Et au téléphone, c'est pareil : on a montré que plus les gens téléphonaient à des personnes se trouvant géographiquement loin, plus ils avaient tendance à parler fort dans le combiné. Ça ne sert à rien, mais c'est comme ça : de notre mieux, sans nous en rendre toujours compte, nous tentons d'exercer un contrôle sur les petits détails de notre vie. Et du coup, on parle inutilement fort dans nos portables, parfois.

"Et non aussi, me dit-il, parce que ce sont des hémiconversations. Ton cerveau peut faire abstraction des vraies conversations, si elles ne se déroulent pas trop fort. Mais pas de ces conversations téléphoniques bancales, où tu n'entends que la moitié des répliques : trop anormal, trop artificiel, nos neurones ne savent pas se mettre en position off..."

Ça m'a bien plu, ces explications. Bon, ce n'est pas sûr que ça m'aide beaucoup à mieux supporter les prochaines hémiconversations. Mais si, peut-être ; ce sera une petite consolation mesquine : je me dirai qu'elles ne procureront qu'un hémiplaisir à leurs émetteurs, au lieu du plaisir d'une vraie conversation. Ou de celui, encore plus savoureux, d'un moment prolongé de silence...

Illustration : deux passagers du TGV Paris-Lyon qui en viennent aux mains à cause d'une hémiconversation. Non, je rigole : c'est le combat de Jacob et l'ange, fresque imposante (là, c'est juste un bout) d'Eugène Delacroix, à l'église Saint-Sulpice de Paris.

vendredi 25 juin 2010

Instant de grâce


"J'épluchais une pomme rouge du jardin quand j'ai soudain compris que la vie ne m'offrirait jamais qu'une suite de problèmes merveilleusement insolubles. Avec cette pensée, est entré dans mon coeur l'océan d'une paix profonde."

C'est de Christian Bobin, le poète, dans une de ses chroniques (Le prophète au souffle d'or, dans le numéro de mai-juin 2010) pour Le Monde des Religions.

Pour ce genre d'illuminations, je vénère Bobin. Parce que, chaque fois que je le lis, il me remet d'aplomb, il me rattache à la douceur et à la profondeur infinie qu'il peut y avoir dans une vie tranquille et ordinaire. Et souvent, comme dans le cas de cette citation, il m'apaise absolument. Accepter que je vais continuer de rencontrer des problèmes merveilleusement insolubles ne m'angoisse pas encore plus, mais m'apaise. Comment expliquer ce truc bizarre ?

Illustration : un petit tableau plein de grâce de Chardin (une sorte de Bobin peintre ?), "Trois pommes d’api, deux châtaignes, une écuelle et un gobelet d’argent". On peut le voir à Paris, au musée du Louvre.