mercredi 17 mars 2010

Je dépasse mes peurs et mes angoisses


Demain, vous pourrez trouver en librairie (même aujourd’hui, chez beaucoup de libraires) un nouveau livre intitulé : Je dépasse mes peurs et mes angoisses.
C’est un petit manuel rédigé avec mon pote le dessinateur Muzo, consacré aux différents visages de l’anxiété : inquiétudes, obsessions et phobies. Il s’agit en fait d’un "faux nouveau livre", car c’est la remise à jour en version poche de notre ouvrage paru au Seuil il y a quelques années : Petites angoisses et grosses phobies. Notre éditeur, la collection Points, a souhaité que le titre soit plus concret et plus pratique. D’où de grands débats : faut-il choisir « vaincre » ses angoisses, ou les « surmonter », ou « s’en débarrasser » ?
Il nous a semblé que « dépasser » était le plus juste et le plus honnête : on ne fait jamais totalement disparaître ses inquiétudes, mais on peut arriver à les laisser quelque part derrière soi, et non devant, nous empêchant de voir la vie et l’avenir tranquillement. Vous auriez eu une autre idée, vous ?

Illustration : le dessin que Muzo offre en dédicace aux lecteurs pour cette nouvelle édition. Si vous le voulez en vrai, venez nous voir au Salon du Livre...

mardi 16 mars 2010

Gratin de courgettes


Ça se passe chez des cousins qui nous ont invités, avec d’autres amis et cousins, dans leur maison à la montagne. Nous arrivons tard le soir et la cousine nous improvise gentiment un repas avec ce qu’elle trouve dans sa cuisine.
« Tiens, il y a du gratin de courgettes. Quelqu’un en veut ? Non ? Christophe, toi qui aimes les légumes, tu en veux un peu ? Non ? Bon, ben, je le mets tout de suite à la poubelle, ça fait plusieurs jours qu’il traîne au frigo… »
J’éclate de rire, et elle met quelques secondes à comprendre pourquoi, puis se met à rire elle aussi, un peu embarrassée mais sans plus : elle est comme ça, la cousine, spontanée et franche du collier, comme on dit. Et très gentille aussi.
Bien sûr que dans sa tête, la séquence n’était pas préméditée : « 1) je veux jeter ce truc, 2) mais je tente - au cas où - de le caser à quelqu’un, 3) je le jetterai si personne n’en veut. »
Et que c’était plutôt : « 1) tiens, il reste un peu de gratin, 2) peut-être quelqu’un en mangera, 3) le refus me fait penser que ça va traîner au frigo, 4) allez zou, on jette… »
Mais après le repas, alors que tout le monde bavarde au coin du feu, je repense à ce petit moment : la frontière entre la maladresse et l’offense est bien ténue. Si je n’ai pas été vexé mais amusé, c’est que j’aime bien la cousine et que je sais qu’elle m’aime bien. Sans ces certitudes, l’histoire du gratin serait peut-être moins bien passée. Comme quoi, ce qu’on appelle la contextualisation et le recul restent totalement nécessaires pour une bonne digestion psychologique des événements de vie. C’est pour ça aussi, d’ailleurs, que j’aime la psychologie positive : elle nous confirme scientifiquement que la bonne humeur donne justement ce recul et ces capacités de contextualisation.

Ilustration : détail du Repas de noces, de Bruegel.

lundi 15 mars 2010

Dissolution de nuage


C’est pendant les dernières vacances d’hiver. Chaque matin, après avoir accompagné tout le monde à la station de ski, je redescends à pied vers le chalet, à travers la montagne enneigée. Trop de bruit et de monde sur les pistes, ce n’est pas mon truc.
J’adore ces trois heures de marche solitaire dans la forêt, cette sensorialité intense : l’éclat du ciel et du soleil d’hiver, le crissement de la neige sous mes raquettes, la morsure de l’air froid, le silence très reconnaissable de la nature enneigée. Banal ? Oui, mais intense et délicieux.
Je m’arrête souvent, pour écouter le bruit du vent, le chant des oiseaux, le cri bizarre du tétras (il me semble que c’est cet oiseau qui fait un bruit de casserole, non ?).
Mes pensées vagabondent : je pense à la vie des trappeurs du grand Nord, comme quand j’étais enfant ; je m’émerveille devant tout ce que je vois ; je me demande pourquoi les mélèzes perdent leurs aiguilles au lieu de les garder comme les sapins ; je pense au livre que je suis en train de lire, aux conversations que nous avons eu le matin même ; je me demande pourquoi mes filles tiennent absolument à bronzer et à mettre le moins possible de crème solaire. Ou je ne pense à rien : pure présence éblouie.
Tout à coup, en levant la tête, je le vois : le seul nuage du ciel. Tout petit et solitaire dans le grand bleu total. Il est en train de disparaître, il avance doucement, se tortille, s’effiloche. Il n’en a plus pour longtemps. Je retiens mon souffle et ne le quitte plus des yeux. Il va mourir et s’évanouir. Ça y est : il n’est plus là. Tout ce qui le composait est encore là, les molécules d’eau sont toujours là, mais sous une forme, un autre assemblage. Il a disparu, mais tout continue. J’essaye de ne pas mettre mon cerveau en marche sur la vie et la mort et tout ça. Mais simplement de laisser sédimenter en moi ce que je viens de vivre. Je repars tout doucement vers la vallée, centré sur ma respiration, avec la dissolution du nuage qui flotte dans ma conscience…

vendredi 12 mars 2010

Thomas More


Je viens de relire la biographie de Thomas More. Juste parce que j'avais passé un long moment devant son portrait, retrouvé dans un de mes livres achetés en voyage (à New-York, où on peut voir ce magnifique tableau de Hans Holbein à la Frick Collection). Je crois n'avoir jamais vu un visage aussi attachant d'intelligence tranquille. More était un humaniste courageux, auteur de L'Utopie, et ami du grand philosophe Érasme. Il fut condamné à mort par le roi d'Angleterre Henry VIII, parce qu'il refusait de cautionner le coup de force religieux (s'auto-proclamer chef de l'église anglicane) de cet ogre abusif et tyrannique, qui ne mangeait que de la viande et changeait d'épouse comme de chemise.
Je suis heureux que Thomas More ait existé. Je l'admire profondément. Je pense à lui très fort, à des siècles de distance. Et surtout, j'essayerai de penser à lui la prochaine fois que je serai tenté de me dégonfler face à une absurdité ou une injustice...

Illustration : le portrait de Thomas More, par Hans Holbein le Jeune.

jeudi 11 mars 2010

Merci William


C’est lors d’une réunion de travail qui rassemble des administratifs et des médecins (dont je fais partie) : il s’agit de concevoir des programmes de formation destinés aux médecins généralistes, adaptés notamment à certaines directives ministérielles. Tout à coup, à propos de l’interprétation faite d’une de ces directives par un des non-médecins de la réunion, un de mes confrères s’énerve. Il s’énerve même assez fort ; je le regarde un peu surpris en me demandant s’il ne faut pas que j’intervienne pour le calmer. Mais je n'en ai pas le temps, il se calme tout seul, assez vite ; après, tout de même, que ça ait claqué assez fort. La session de travail se termine dans une ambiance un peu tendue…
Le lendemain, nous recevons tous le résumé de la réunion, établi par un des responsables. Il démarre de façon élégante et savoureuse :
« Je vous prie de bien vouloir trouver en pièce jointe le compte rendu de notre réunion d’hier. Je tiens à vous remercier pour votre présence et nos échanges passionnants et passionnés : "La passion s'accroît en raison des obstacles qu'on lui oppose", écrivait William Shakespeare. »
C'est pas beau, ça ? J’adore cette convocation de Shakespeare pour recadrer nos escarmouches. C’est le genre de petit détail qui change tout : ça nous rappelle que c’est normal de se frictionner lorsqu’un sujet nous tient à cœur ; et ça nous rassure d’être éclairés par le grand William.

mercredi 10 mars 2010

Crier fort

C'est un dessin humoristique que j'avais repéré il y a quelques années, je ne sais plus très bien où.
Un monsieur et une dame discutent et n'ont pas l'air d'accord.
Tout à coup la femme dit à l'homme : "Mais pourquoi cries-tu si fort ?"
Et l'homme : "Parce que j'ai tort !"
C'est tellement vrai...

mardi 9 mars 2010

Des hommes nus, aussi !


C’est au cours d’un colloque de psychiatrie. Je viens de faire une présentation devant mes confrères. J’ai utilisé des diapositives avec ça et là des images humoristiques, pour les faire sourire. On écoute et on comprend mieux quand on est de bonne humeur.
Ce jour-là, comme j’ai parlé de méditation, je leur ai passé la photo ci-jointe. Tout le monde a ri ou souri. Enfin presque tout le monde. Parce qu’à la fin, une dame vient me trouver : « Dites donc, c’était drôle la jeune femme en petite tenue, mais pourquoi vous ne mettez pas aussi des hommes nus, il n’y a pas de raison ! »
À sa tête, je vois qu’elle ne rigole pas tout à fait. Elle a été choquée par l’instrumentalisation du corps féminin ; alors, pour ne pas l’interdire, sa fibre féministe réclame la parité. Un peu penaud, je me dis qu'elle a raison. Mais que faire ?
Renoncer à la diapo ? Non, je l’aime bien. Alors, je vais compenser, bêtement. La prochaine fois, je repasserai la jeune femme méditant en petite tenue, comme d’habitude. Et puis tout de suite après, juste pour équilibrer, je passerai l’image ci-dessous. Rien à voir, mais je n’ai pas réussi à trouver de jeune homme méditant en string léopard.
Vous avez une autre idée ? Ou une photo de méditant mâle en string léopard ?

Illustrations : une publicité pour la marque Aubade ; et l'ancien demi d'ouverture du Stade Français, Juan Martin Hernandez, un sacré bon joueur de rugby.

lundi 8 mars 2010

Essayez de ne pas l’avoir fait…


Je me souviens, lors d’un stage de méditation, que notre instructeur nous avait fait faire un de ces trucs bizarres que seuls les instructeurs de méditation sont capables de proposer.
Il nous avait réunis tous en rond. Puis demandé de faire un pas en avant. Après quelques secondes de silence, il nous avait dit alors : « Et maintenant, essayez de ne pas avoir fait ce pas. »
Jamais entendu, ni surtout vécu (c’est toute la différence entre l’enseignement par la parole et celui par l’expérience) un truc aussi frappant sur l’inanité qu’il y a à éprouver certains regrets…

Illustration : photographie de Elliott Erwitt (merci Passou).

vendredi 19 février 2010

Vivement le printemps


J'ai bien aimé cet hiver, un vrai de vrai : du grand froid, plein de neige, du ciel gris. Maintenant, j'en ai un peu marre. L'autre jour, je me suis surpris dans la cuisine en train de me caler un moment derrière la vitre, juste dans un tout petit rayon de soleil, ma tasse de thé bien chaude à la main, en fermant les yeux comme un animal qui cherche du réconfort et de la chaleur pour son corps. Il me tarde que le soleil revienne, comme hier, avec de la douceur dans l'air, des oiseaux qui chantent. J'ai de la chance, ça va arriver, ça s'appelle le printemps. Le savoir me rend léger et content d'exister.

Illustration : le merveilleux Amandier en fleurs, de Vincent Van Gogh, que je commente dans un de mes livres. On dit que l'amandier est le premier arbre à refleurir au sortir de l'hiver...

Post-scriptum : Psycho Actif va s'interrompre pour deux semaines. On se retrouve le lundi 8 mars ? D'ici là, savourez bien les premiers frémissements du printemps qui vient...

jeudi 18 février 2010

Délit de fuite


Je bavardais l’autre jour avec un ami du délit de fuite : que se passe-t-il dans la tête d’un automobiliste, lorsqu’il s’enfuit après avoir renversé un passant ou un cycliste ?
Peut-on en tirer des conclusions ? Généraliser sur la nature humaine ? C’est vrai que le délit de fuite a quelque chose de glauque et de troublant. Il semble donner raison aux pessimistes sur la nature humaine. Il a presque toujours lieu lorsque l’accident s'est produit sans témoins : il n’est pas seulement un réflexe (on fuit par peur de la « punition ») mais aussi un calcul (on fuit aussi par espoir de ne pas être justement identifié). Et c’est cette dimension de calcul qui est moche.
Je me souviens d’avoir été très perturbé, alors que j’étais étudiant, par un fait divers rapporté dans La Dépêche du Midi : un joueur du Stade Toulousain avait un soir renversé un cycliste et s’était enfui. Comment un type si courageux sur le gazon avait-il pu se montrer si lâche sur le bitume ? À l'époque, ça m’avait déconcerté. Aujourd’hui, je sais que nous sommes tous exposés à ça. La peur et la lâcheté peuvent lézarder nos valeurs. Notre personnalité ne peut prédire nos comportements que si les circonstances sont calmes ou habituelles. Si nous sommes bousculés, les prédictions sur ce que nous ferons sont plus incertaines.
Des solutions ? Oui, je pense qu’il y en a : notamment du côté de la psychologie positive et de l’éducation en général. Inlassablement éduquer aux valeurs d’entraide et d’altruisme, en parler, en discuter, les mettre en œuvre sur de tout petits moments du quotidien… Que faire de mieux ?

Illustration : Les Pas perdus, de Jean Dubuffet, 1979.