vendredi 12 mars 2010

Thomas More


Je viens de relire la biographie de Thomas More. Juste parce que j'avais passé un long moment devant son portrait, retrouvé dans un de mes livres achetés en voyage (à New-York, où on peut voir ce magnifique tableau de Hans Holbein à la Frick Collection). Je crois n'avoir jamais vu un visage aussi attachant d'intelligence tranquille. More était un humaniste courageux, auteur de L'Utopie, et ami du grand philosophe Érasme. Il fut condamné à mort par le roi d'Angleterre Henry VIII, parce qu'il refusait de cautionner le coup de force religieux (s'auto-proclamer chef de l'église anglicane) de cet ogre abusif et tyrannique, qui ne mangeait que de la viande et changeait d'épouse comme de chemise.
Je suis heureux que Thomas More ait existé. Je l'admire profondément. Je pense à lui très fort, à des siècles de distance. Et surtout, j'essayerai de penser à lui la prochaine fois que je serai tenté de me dégonfler face à une absurdité ou une injustice...

Illustration : le portrait de Thomas More, par Hans Holbein le Jeune.

jeudi 11 mars 2010

Merci William


C’est lors d’une réunion de travail qui rassemble des administratifs et des médecins (dont je fais partie) : il s’agit de concevoir des programmes de formation destinés aux médecins généralistes, adaptés notamment à certaines directives ministérielles. Tout à coup, à propos de l’interprétation faite d’une de ces directives par un des non-médecins de la réunion, un de mes confrères s’énerve. Il s’énerve même assez fort ; je le regarde un peu surpris en me demandant s’il ne faut pas que j’intervienne pour le calmer. Mais je n'en ai pas le temps, il se calme tout seul, assez vite ; après, tout de même, que ça ait claqué assez fort. La session de travail se termine dans une ambiance un peu tendue…
Le lendemain, nous recevons tous le résumé de la réunion, établi par un des responsables. Il démarre de façon élégante et savoureuse :
« Je vous prie de bien vouloir trouver en pièce jointe le compte rendu de notre réunion d’hier. Je tiens à vous remercier pour votre présence et nos échanges passionnants et passionnés : "La passion s'accroît en raison des obstacles qu'on lui oppose", écrivait William Shakespeare. »
C'est pas beau, ça ? J’adore cette convocation de Shakespeare pour recadrer nos escarmouches. C’est le genre de petit détail qui change tout : ça nous rappelle que c’est normal de se frictionner lorsqu’un sujet nous tient à cœur ; et ça nous rassure d’être éclairés par le grand William.

mercredi 10 mars 2010

Crier fort

C'est un dessin humoristique que j'avais repéré il y a quelques années, je ne sais plus très bien où.
Un monsieur et une dame discutent et n'ont pas l'air d'accord.
Tout à coup la femme dit à l'homme : "Mais pourquoi cries-tu si fort ?"
Et l'homme : "Parce que j'ai tort !"
C'est tellement vrai...

mardi 9 mars 2010

Des hommes nus, aussi !


C’est au cours d’un colloque de psychiatrie. Je viens de faire une présentation devant mes confrères. J’ai utilisé des diapositives avec ça et là des images humoristiques, pour les faire sourire. On écoute et on comprend mieux quand on est de bonne humeur.
Ce jour-là, comme j’ai parlé de méditation, je leur ai passé la photo ci-jointe. Tout le monde a ri ou souri. Enfin presque tout le monde. Parce qu’à la fin, une dame vient me trouver : « Dites donc, c’était drôle la jeune femme en petite tenue, mais pourquoi vous ne mettez pas aussi des hommes nus, il n’y a pas de raison ! »
À sa tête, je vois qu’elle ne rigole pas tout à fait. Elle a été choquée par l’instrumentalisation du corps féminin ; alors, pour ne pas l’interdire, sa fibre féministe réclame la parité. Un peu penaud, je me dis qu'elle a raison. Mais que faire ?
Renoncer à la diapo ? Non, je l’aime bien. Alors, je vais compenser, bêtement. La prochaine fois, je repasserai la jeune femme méditant en petite tenue, comme d’habitude. Et puis tout de suite après, juste pour équilibrer, je passerai l’image ci-dessous. Rien à voir, mais je n’ai pas réussi à trouver de jeune homme méditant en string léopard.
Vous avez une autre idée ? Ou une photo de méditant mâle en string léopard ?

Illustrations : une publicité pour la marque Aubade ; et l'ancien demi d'ouverture du Stade Français, Juan Martin Hernandez, un sacré bon joueur de rugby.

lundi 8 mars 2010

Essayez de ne pas l’avoir fait…


Je me souviens, lors d’un stage de méditation, que notre instructeur nous avait fait faire un de ces trucs bizarres que seuls les instructeurs de méditation sont capables de proposer.
Il nous avait réunis tous en rond. Puis demandé de faire un pas en avant. Après quelques secondes de silence, il nous avait dit alors : « Et maintenant, essayez de ne pas avoir fait ce pas. »
Jamais entendu, ni surtout vécu (c’est toute la différence entre l’enseignement par la parole et celui par l’expérience) un truc aussi frappant sur l’inanité qu’il y a à éprouver certains regrets…

Illustration : photographie de Elliott Erwitt (merci Passou).

vendredi 19 février 2010

Vivement le printemps


J'ai bien aimé cet hiver, un vrai de vrai : du grand froid, plein de neige, du ciel gris. Maintenant, j'en ai un peu marre. L'autre jour, je me suis surpris dans la cuisine en train de me caler un moment derrière la vitre, juste dans un tout petit rayon de soleil, ma tasse de thé bien chaude à la main, en fermant les yeux comme un animal qui cherche du réconfort et de la chaleur pour son corps. Il me tarde que le soleil revienne, comme hier, avec de la douceur dans l'air, des oiseaux qui chantent. J'ai de la chance, ça va arriver, ça s'appelle le printemps. Le savoir me rend léger et content d'exister.

Illustration : le merveilleux Amandier en fleurs, de Vincent Van Gogh, que je commente dans un de mes livres. On dit que l'amandier est le premier arbre à refleurir au sortir de l'hiver...

Post-scriptum : Psycho Actif va s'interrompre pour deux semaines. On se retrouve le lundi 8 mars ? D'ici là, savourez bien les premiers frémissements du printemps qui vient...

jeudi 18 février 2010

Délit de fuite


Je bavardais l’autre jour avec un ami du délit de fuite : que se passe-t-il dans la tête d’un automobiliste, lorsqu’il s’enfuit après avoir renversé un passant ou un cycliste ?
Peut-on en tirer des conclusions ? Généraliser sur la nature humaine ? C’est vrai que le délit de fuite a quelque chose de glauque et de troublant. Il semble donner raison aux pessimistes sur la nature humaine. Il a presque toujours lieu lorsque l’accident s'est produit sans témoins : il n’est pas seulement un réflexe (on fuit par peur de la « punition ») mais aussi un calcul (on fuit aussi par espoir de ne pas être justement identifié). Et c’est cette dimension de calcul qui est moche.
Je me souviens d’avoir été très perturbé, alors que j’étais étudiant, par un fait divers rapporté dans La Dépêche du Midi : un joueur du Stade Toulousain avait un soir renversé un cycliste et s’était enfui. Comment un type si courageux sur le gazon avait-il pu se montrer si lâche sur le bitume ? À l'époque, ça m’avait déconcerté. Aujourd’hui, je sais que nous sommes tous exposés à ça. La peur et la lâcheté peuvent lézarder nos valeurs. Notre personnalité ne peut prédire nos comportements que si les circonstances sont calmes ou habituelles. Si nous sommes bousculés, les prédictions sur ce que nous ferons sont plus incertaines.
Des solutions ? Oui, je pense qu’il y en a : notamment du côté de la psychologie positive et de l’éducation en général. Inlassablement éduquer aux valeurs d’entraide et d’altruisme, en parler, en discuter, les mettre en œuvre sur de tout petits moments du quotidien… Que faire de mieux ?

Illustration : Les Pas perdus, de Jean Dubuffet, 1979.

mercredi 17 février 2010

Pensées d'architectes

"Très tôt dans la vie, j'ai dû choisir entre mon arrogance naturelle et une humilité de façade ; j'ai opté pour mon arrogance."
C'est de Franck Lloyd Wright, célèbre architecte américain. C'est une façon de faire passer l'arrogance pour de la sincérité, et l'humilité pour de la dissimulation, et on n'est pas obligé d'être d'accord. Mais c'est intéressant de savoir que certains voient le le monde ainsi...

PS : c'est mon ami Jacques-Franck De Gioanni qui cite ainsi FLW sur son blog, que je vous conseille de parcourir, si vous aimez le mélange architecture (beaucoup) et psychologie (un peu).

mardi 16 février 2010

Salut, œuvre d’art !


L’autre matin, alors qu’elle se préparait pour partir au lycée, et qu’elle cherchait son manteau, je passe à ma fille aînée une écharpe que j’avais achetée il y a bien longtemps, lors d’un séjour à Cambridge, une belle écharpe du Trinity College (bonne qualité ! plus de 25 ans après, elle est toujours en bon état…).
Elle l’essaye, vérifie dans la glace du salon que le look est OK, et me dit : « ça fait vraiment anglais, on se croirait dans Harry Potter ! » Alors, quand elle s’éloigne, je lui lance de loin : « Salut, Griffon d’Or ! » Et elle, qui a mal entendu, se retourne avec un grand sourire : « Qu’est-ce que tu m'as dit, papa ? Tu m’as dit : “Salut, œuvre d’art ?!?“ »
Je corrige (peut-être je n’aurais pas du ?) et nous éclatons de rire. Puis, en rentrant dans la maison, je réfléchis à la scène : qu’elle ait pu penser que je l’ai appelée « œuvre d’art » me réjouit. En voilà une au moins (j’en connais deux autres) qui ne doute pas un instant de mon admiration à son égard. J’espère que ça lui servira dans la vie...

Illustration : écharpe originale de Trinity College.

lundi 15 février 2010

Café et cigarette


C'est lors d'une discussion, l’autre jour, avec une étudiante en psychologie venue assister à quelques consultations à Sainte-Anne. Comme un patient est en retard, je lui propose d’aller boire un café en l’attendant, pendant que je fais un peu de courrier. Elle me raconte alors qu’elle ne boit pas de café, et qu’elle ne fume pas non plus…
Devant ma tête un peu surprise par cette confidence, dont je ne saisis pas clairement le pourquoi, elle me précise alors : « Oui, pas de café ni de cigarette. Et je me suis aperçue que c’était un problème, parfois. Par exemple, dans mes stages, le moment où les buveurs de café vont en boire un, ou celui où les fumeurs sortent s’en griller une devant la porte, ce sont des moments de détente, de socialisation, de partage. Et moi, comme je n'aime ni le café ni la cigarette, je n’y participais pas, et je restais travailler. Jusqu’à ce que je comprenne. Et que je les accompagne, même pour ne pas fumer ou pour boire autre chose, même si je n’avais pas soif. J’ai compris que derrière ces petites addictions du quotidien, il y a aussi des rituels sociaux, des addictions aux bavardages, aux échanges informels. Et que c’était un truc important…. »
C’est drôle, effectivement, que nous n’arrivions pas à dire : « tiens, on se prend une petite pause pour aller un peu marcher, respirer dehors, bavarder quelques instants. » Et qu’il nous faille le prétexte d’une tasse de café ou de quelques bouffées de nicotine …

Illustration de l'excellent Xavier Gorce. Oui, les pauses-café, ça fait partie du boulot, c'est un des menus détails qui motivent et créent du lien, comme disent les consultants...