vendredi 22 janvier 2010

Le combat de l'Urgent et de l'Important


Ce qui est urgent s'oppose souvent dans nos vies à ce qui est important.
Urgent : faire ce que la vie nous demande de faire : travail, courses, bricolage, temps à donner aux autres...
Important : marcher dans la nature, contempler les belles choses, prendre le temps de parler à de vieux amis...
L'urgent prend vite la place de l'important, qui peut toujours attendre et n'est presque jamais urgent. Nous le savons en théorie, comme toujours. Et en pratique, que faisons-nous ?

Personnellement, je vis ce combat de l'urgent et de l'important, chaque matin : après m'être levé tôt, que faire de ces moments durant laquelle la maison dort encore ?

En profiter pour abattre de l'urgent ? Rattraper mon travail en retard, rédiger mes mails, mes écrits en attente ? Tentant, car ça me soulage du fardeau des "choses à faire mais pas faites". Je me sentirai un peu mieux après, et ce sera palpable tout de suite.

Ou bien me dire : "Non, fais d'abord ce qui est important. Assieds-toi sur ton banc, et pratique au moins un quart d'heure de méditation en Pleine Conscience. Le reste viendra ensuite. Et si tu ne fais pas ce qui est important maintenant, tout ce qui est urgent t'aura pris à la gorge tout à l'heure, et la nuit arrivera que tu n'en auras toujours pas fini. Alors, assied-toi et tourne-toi vers l'instant présent, tu sais à quel point c'est important."

À certaines périodes, j'y arrive et je m'en trouve toujours bien. À d'autres, c'est plus difficile ; alors je me rattrape en m'accordant des tas de petits moments de pleine conscience au long de la journée, des parenthèses bénéfiques. Mais tout au fond de moi, je sens parfaitement que ce n'est pas tout à fait aussi bien. Que je suis en train de me carencer doucement...

Je n'ai toujours pas trouvé la solution. Mais tout de même, le plus grand progrès que j'ai fait ces dernières années en matière de méditation, c'est de comprendre ça : que le combat de l'urgent ou l'important, ça commence dès le matin au lever. Et que ce combat aura lieu tant que j'existerai. Que parfois je serai du côté de l'important. Mais parfois esclave de l'urgent. Et que c'est très bien comme ça : c'est le signe que je suis vivant...

Illustration : Détail du Combat de Jacob avec l'Ange, d'Eugène Delacroix. Visible à l'église Saint-Sulpice, à Paris.

jeudi 21 janvier 2010

Papa, sors ta chemise !


Quand j'étais petit, on rentrait sa chemise dans son pantalon.
Alors, j'ai tendance à continuer. Mais depuis plusieurs années, ça ne se fait plus : on ne rentre plus sa chemise dans son pantalon ; surtout en été ou quand il fait bon. Donc, lorsque je suis avec mes filles, je dois sortir ma chemise, mon T-shirt, mon polo, de mon pantalon. Pour ne pas donner l'impression d'être un "papi", moi qui pour le moment ne suis qu'un "papa". La chemise dans le pantalon, cela semble désormais un marqueur ostensible d'âge avancé.
C'est pour ça qu'un détail m'a ému lorsque le film de Clint Eastwood, Gran Torino, est sorti, il y a quelques mois. Un des signes que le personnage qu'il y incarne est un vieux grincheux, plus dans son époque, c'est son T-shirt soigneusement rentré dans son pantalon taille haute ; avec une ceinture, en plus ! Par solidarité envers lui, pendant quelques jours, j'ai rentré ma chemise dans mon pantalon...

Illustration : Clint n'a pas rentré sa chemise, mais on l'aime quand même...

mercredi 20 janvier 2010

Notre époque

Lu récemment cette citation, attribuée à Einstein : "Notre époque se caractérise par une profusion de moyens, mais une confusion des intentions".
Essayer de clarifier ses intentions, prendre le temps de réfléchir : combien de minutes y consacrons-nous chaque jour ? Essayons-nous vraiment de sortir de notre confusion ?

mardi 19 janvier 2010

Rien sur le Japon


Un ami me demandait récemment pourquoi je n'écrivais rien sur le Japon dans ce blog : je viens d'y faire un fantastique voyage, dont je suis revenu plein de souvenirs et d'expériences qui vont sans doute me changer de l'intérieur dans les temps qui viennent. Mais je n'en parle pas ici : je ne me sens pas prêt pour le faire ; je ne vois pas encore clairement en quoi cela pourra aider les internautes qui me lisent à réfléchir sur eux.
De même, rien sur Haïti, alors que je suis, comme tout le monde, hanté par ce qui s'y déroule. Certains matins, je me dis que mes états d'âme, à côté de ce qui s'y passe, c'est vraiment du luxe. Mais d'un autre côté, en parler sur ce blog, je n'y arrive pas : je suis trop dedans, pas de recul. Alors, rien sur Haïti. Ce n'est pas de l'indifférence, mais de la prudence : il y a déjà tant de réactions à chaud, un peu partout, je ne vois pas bien ce que la mienne apporterait.
C'est comme ça, parfois, dans nos vies : on a l'air indifférents ou distants ou ailleurs, et en fait, c'est juste qu'on ne sait pas quoi faire, quoi dire ; et qu'on préfère alors se taire...

lundi 18 janvier 2010

Lumière dans la nuit


De la fenêtre de notre salle de bains, j’aperçois des maisons et des immeubles. J’y jette souvent un coup d’œil aux différentes heures du jour ou de la nuit. Avant d’aller me coucher ou en me réveillant le matin.
Eh bien, il y a là-bas, au dernier étage d’un immeuble d’habitation, une lumière qui ne s’éteint jamais ! Le jour, je ne sais pas, je ne peux pas voir, mais la nuit, elle est toujours là. Je la vois lorsque je me brosse les dents avant d’aller au lit. Je la vois lorsque je me couche tard ; à 2 ou 3 heures du matin, elle est allumée. Je la vois lorsque je me lève tôt ; à 5 heures du matin, elle est allumée. En hiver, en été, quelle que soit la saison, elle brille, solitaire, quand toutes les fenêtres du quartier sont sombres autour d’elle.
J’adore ce détail, et j’adore imaginer pourquoi : quelle histoire là-derrière ? Un enfant qui a peur du noir ? Ça brille quand même bien fort pour une petite veilleuse ; et depuis plusieurs années que j’habite ici, la lumière nocturne est là, ce serait donc une sacrée bonne phobie du noir, plus qu’une simple peur enfantine…
Alors, un adulte ? J’en ai déjà rencontré pas mal, qui avaient cette peur profonde de l’obscurité, et qui dormaient avec une lumière allumée en permanence. Sinon, attaque de panique lors des éveils nocturnes. Les patients que j’ai croisé ne venaient jamais consulter pour cela, mais pour autre chose. Pour la peur du noir, cela leur paraissait plus simple de laisser l’ampoule allumée…
Ou alors, une histoire plus compliquée ? Chapelle funéraire en souvenir d’un défunt ? Ou plus simple ? Interrupteur bloqué chez une personne souffrant de procrastination ? Laboratoire où un savant fou teste de nouveaux modèles d’ampoules ?
En tout cas, une chose est sûre : le jour où la lumière ne sera plus là, j’en ai pour des années à me poser à nouveau des questions : pourquoi la lumière n’est-elle plus là ? Que s’est-il donc passé ?

Illustration : "Coucou, voisin !" (coffret à épices égyptien du temps de Toutankhamon)

vendredi 15 janvier 2010

Smiling in the rain



L'autre jour, à la fin d'un atelier de formation à la psychologie positive que j'animais pour des collègues, l'un d'entre eux me demande : "mais toi, qu'est-ce qui t'a personnellement le plus aidé dans toutes ces techniques ?"
Après quelques secondes de réflexion (en général, ce n'est pas le genre de question qu'on se pose entre pros, du moins en public), je lui réponds que je ne sais pas ce qui m'a le plus aidé. Mais que ce qui m'a aidé ces derniers temps et que je n'ai appris à faire que récemment, c'est de sourire dans l'adversité, dans la tristesse, dans l'inquiétude.
C'est le sourire le matin, à l'aube, alors qu'on sent le souci de vivre qui pointe le bout de son nez, qui vient roder, comme ça, pour voir. Et qu'on sourit quand même. Juste parce qu'on est vivant. Et que sourire alors peut donner la force, peut ramener des fantômes de bonheurs passés ou à venir, des promesses de bonheurs possibles, un jour, quand même : on ne les voit pas clairement, mais on sent leur présence, là, à nos côtés.
Bizarre comme il m'aura fallu du temps non pour le comprendre, mais pour le faire, vraiment : songer à sourire dans l'adversité, avant de songer à pleurer.

jeudi 14 janvier 2010

Le sourire de la boulangère


Je suis en train d’acheter du pain dans une boulangerie loin de mon quartier. C’est 19h25, la fermeture approche. Plus beaucoup de choix de pains. Devant moi, une jeune femme demande si elle peut prendre une demie baguette d’un pain complet restant. Elle précise : « c’est juste pour me faire un sandwich ».
Et la boulangère lui dit non. Alors qu’elle ferme dans 5 minutes et que sa baguette va peut-être lui rester sur les bras. Mais ce qui me frappe, c’est qu’elle dit ça avec un sourire très gentil, ni factice, ni provoquant, ni embarrassé. Un vrai sourire, où il y a tout : qu’elle comprend bien, mais que c’est non. Pas de justifications, pas de mauvaise humeur : juste un « non » calme et souriant. Franchement, à sa place, il me semble que je l’aurais donnée, la demie baguette de pain complet. Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse le plus.
Ce qui m’intéresse, c’est que son sourire marche fantastiquement : la cliente, qui n’a pas l’air commode pourtant, semble un peu décontenancée et par le refus et par le sourire, puis dit, en souriant elle aussi : « bon, je la prends en entier », et se met à bavarder de je ne sais plus quoi avec la boulangère.
Je repense alors à la boulangère de mon quartier, souvent revêche et peu souriante (mais son pain est très bon !). Confrontée à ce genre de situation, elle dit non, mais avec un air tellement plein de mauvaise humeur, que ce non devient une agression. Alors que le non auquel je viens d’assister, qui pose les mêmes problèmes matériels (prendre le pain entier ou pas de pain du tout) se passe tellement mieux au plan relationnel !
Certains diront : oui, mais l’essentiel, c’est le pain. Pas si sûr: le lien, ça compte aussi. Pain et lien, deux nourritures de l’humain…

mercredi 13 janvier 2010

"À très vite !"

Je n'aime pas du tout du tout quand, au téléphone, à la fin d'un message laissé sur mon répondeur, on me dit : "à très vite !"
Ça m'incommode qu'on me colle la pression, qu'on me dise en sourdine : "rappelle-moi tout de suite, et que ça saute". Ça me pousserait presque à devenir passif-agressif, tiens ! À rappeler un peu plus tard que je ne l'aurais fait spontanément. Je sais, c'est nul, mais il faut bien freiner l'épidémie d'accélérite qui frappe notre société...

mardi 12 janvier 2010

Hymnes nationaux


L’expression de l’estime de soi collective passe-t-elle par les hymnes nationaux ?
Pour mieux le savoir, je me suis procuré un livre qui recense tous ces hymnes (Le Concert des nations, par Jean-Marc Cara). J’ai été rassuré : alors que je pensais y trouver une majorité de chants guerriers et orgueilleux, la plupart d’entre eux s’avèrent plutôt pacifiques.
Bien sûr, aux côtés de notre Marseillaise nationale (« Qu'un sang impur abreuve nos sillons... »), on retrouve quelques incitations à aller se bagarrer pour défendre sa gloire et son honneur. C’est le cas pour l’Allemagne (et son célèbre « Deutschland über alles », L’Allemagne au-dessus de tout). Ou pour Cuba : « Au combat, courez, gens de Bayamo / La patrie vous contemple avec fierté / Ne craignez pas une mort glorieuse / Car mourir pour la patrie c’est vivre. » (Bayamo est une ville cubaine où a été écrit le texte de cet hymne, nommé « La Bayamaise », un peu par le même mécanisme que « La Marseillaise »).
Plus pacifique, l’hymne portugais est aussi tourné vers l’estime de soi, avec un zeste de nostalgie de la grandeur historique passée : « Héros de la mer, peuple noble / Nation vaillante, immortelle / Relevez à nouveau aujourd’hui / La splendeur du Portugal / Entre les brumes de la mémoire. »
Mais globalement, c’est plutôt l’affection et l’attachement à sa terre natale que chantent les hymnes. Par exemple au Chili : « Pur, Chili, est ton ciel bleu azur / Des brises pures te balayent aussi / Et tes champs bordés de fleurs / Sont l’heureuse copie de l’Eden. » Ou en Estonie : « Mon pays natal, ma joie enchantée / Comme tu es beau et éclatant ! / Nulle part dans le monde / Un tel lieu ne peut être trouvé / Autant aimé que je t’aime / Mon cher pays natal. »
Si ces chants nationaux traduisent les aspirations profondes de leurs peuples, alors il y a de quoi être rassuré : la plupart des humains rêvent davantage de vivre en paix plutôt que de dominer leurs voisins. Ils ont raison : la paix est plus belle encore que la victoire. Encore faut-il ne pas suivre, régulièrement, les quelques énervés qui poussent à la bagarre...

Illustration : Vive le Québec libre !

lundi 11 janvier 2010

La vraie maturité


Paroles du chien Snoopy, dans la bande dessinée de Charles Schultz, "The Peanuts", 1959 :
"Certains jours, je me sens d'une humeur bizarre. C'est comme si je ne pouvais m'empêcher de mordre un chat. Parfois, il me semble que si je ne parviens pas à mordre un chat avant le coucher du soleil, je pourrais devenir fou. Alors, je prends une grande respiration, et puis je n'y pense plus. Voilà ce que j'appelle la vraie maturité."
Moi aussi. Je suis d'accord avec Snoopy : il y a quelque chose de l'ordre de la maturité dans cette capacité, et cet effort, de renoncement. Et du coup, j'ai réfléchi à ce que serait mon équivalent psychologique du "besoin de mordre un chat". Sans doute m'abandonner à mes ruminations... Et vous ?

Merci à Jacques Fradin qui m’a passé cette citation drolatique.