lundi 16 novembre 2009

Cancer


C’est au cours d’une réunion médicale sur les difficultés psychologiques liées au cancer, à laquelle je participe. Elle est organisée par Gilles Freyer, cancérologue lyonnais et humaniste. Une patiente vient faire le récit de son expérience de la maladie cancéreuse ; elle en parle simplement, racontant les étapes de son cheminement intérieur, et comment elle a fait face. Pas de théories ou de grands discours, juste ce qu’elle a essayé de faire, ce qu’elle n’a pas réussi à faire, ce qui l’a aidée, ce qui l’a faite souffrir.
Elle rappelle ce que les patients et les soignants connaissent bien : les paradoxes qui sont propres à toutes les épreuves.
Premier paradoxe : comme dans toutes les maladies qui menacent notre survie, on se sent souvent seul ; mais le soutien de l’entourage est pourtant vital. En écoutant son histoire à elle, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est peut-être ce qui l’a sauvée, cet entourage familial et amical, ce qui a permis aux soins reçus de donner toute leur puissance. Deuxième paradoxe : c’est après, et non pendant la maladie, qu’on se sent parfois le plus seul. Après la fin des soins, après ce qui est considéré comme guérison ou rémission. Tout l’entourage, qui s’est mobilisé, a maintenant envie d’un retour à la normale. Mais le patient se sent différent, rescapé, vulnérable, secoué, insécurisé ; peut-être pour toujours. Et lui, il a du mal, évidemment, à tourner la page comme ça…
Troisième paradoxe (mais qui n’en est pas un, en fait, pour ceux qui connaissent les bases de la psychologie positive) : elle raconte enfin comment, malgré la tourmente, sa famille et elle continuaient de fêter les bons moments, ne renonçaient à aucune occasion de se réjouir, de se faire du bien. Même si évidemment, l’ambiance n’y était pas à 100%. Mais c’était bien mieux, quoi qu’il arrive et quoi qu’on ressente, que la morosité et le néant d’une attente figée et crispée de l’avenir…
En écoutant cette dame, je me sentais ému et impressionné, avec le sentiment de recevoir une leçon aux visages multiples : d’humilité, d’énergie, de lucidité. Heureux aussi d’avoir la chance d’être là, de me nourrir et de grandir dans ma tête juste en l’écoutant.

Illustration : un Grandgousier, poisson des abysses

vendredi 13 novembre 2009

Gentillesse


Je suis toujours épaté du regard condescendant ou méfiant parfois porté sur la gentillesse.
On la soupçonne d'être l'expression d'un manque : si on est gentil, c'est qu'on ne peut pas faire autrement, c'est parce qu'on est faible ; si on était fort et puissant, plus besoin d'être gentil.
Ou on s'imagine qu'elle cache quelque chose : la personne gentille attend forcément quelque chose en retour.
Mais la gentillesse est un don, sans conditions et sans attentes. On donne, et puis on verra bien ; et on continue, même si on ne voit rien. On n'est pas gentil pour obtenir quelque chose, on est gentil parce que ça fait du bien, aux autres et à nous, et que ça rend le monde plus agréable et plus vivable.
PS : aujourd'hui, c'est la journée de la Gentillesse, soutenue notamment par le magazine Psychologies.

Illustration de Grégoire Solotareff.

jeudi 12 novembre 2009

Panic transmitter


L’autre jour, Patricia, une des infirmières de la consultation, vient me remettre un bip d’une genre un peu spécial. Il est écrit sur sa boîte en carton : « Panic Transmitter ». C’est un moyen d’alerter tout le service en cas d’agression par un patient violent (ou par n'importe qui, d'ailleurs, il n'y a pas que nos patients qui peuvent péter les plombs ; ils le font peut-être même moins que les autres, mais bon, c'est un autre débat).
C’est vrai que le soir, nous finissons parfois nos consultations tard et seuls ; et que les portes sont souvent ouvertes, n’importe qui peut aller et venir. Donc, risque d'agression envers l'infirmière ou le médecin qui fait son boulot. Pas très gai, mais c’est comme ça, ça existe.
En tout cas, c’est drôle comme appellation : « Panic Transmitter », transmetteur de panique…
Ça va faire une sacrée ambiance, le jour où ça va sonner dans le couloir. D’ailleurs, pour éviter les fausses manœuvres, la manipulation est un peu compliquée : il est nécessaire d'appuyer sur les deux boutons en même temps. Mais du coup, il ne faudra pas trop paniquer tout de même…

mercredi 11 novembre 2009

La guerre des tranchées


Quand il fait bien gris et froid et pluvieux en novembre, et tout l'hiver, je pense aux soldats de la guerre de 14-18, et à leur sale vie dans la boue des tranchées. Je sais que c'est un peu idiot, mais je leur fais une petite prière de remerciements. Ils se sont battus et ils sont morts dans l'espoir que notre vie à nous soit meilleure. Qui peut dire si cela a été ou non utile ? Paix à leur âme.

mardi 10 novembre 2009

Chat heureux


Une de mes amies (il s’agit de Jeanne Siaud-Facchin, psychologue marseillaise spécialiste des surdoués) m’envoie un jour cette photo de son chat, endormi sur son bureau, dans une pose béate comme seuls les chats peuvent en adopter, devant un de mes livres sur le bonheur, dont la couverture est précisément un chat, au sourire tranquille.
Contagion du bonheur : je me sens aussitôt heureux moi aussi, même si je sais que le chat n’a sans doute pas lu mon livre.
Heureux de la coïncidence, heureux que Jeanne ait pensé à moi et pris la peine de m’envoyer la photo. Petite bouffée de bonne humeur qui va me faire du bien maintenant, et plus tard, de temps en temps, quand je retomberai sur la photo.
Merci Jeanne !

lundi 9 novembre 2009

Trop comme il faut


Mon copain Massimo l’autre jour au téléphone : « Il est sympa ton blog, mais c’est trop gentil ! Tous ces efforts pour progresser, ça finit toujours bien, tu n’en as pas marre à la fin ? »
Et pour me convaincre, il me raconte les moments où, au cours de nos aventures communes, je me mettais en colère, je rouspétais, je faisais la tête ; bref, pas comme dans le blog. Il me raconte notamment une terrible colère, une colère homérique, comme dans l’Iliade, lors d’une ballade dans les Pyrénées…
Ben oui. C’est vrai tout ça ! Merci Massimo, ça va me permettre de faire trois précisions.
D’abord, en pensant à ce passé, je mesure à quel point on peut changer ; d’idéaux, de comportements. Même si rien n’est jamais acquis, même si c’est du boulot à perpétuité.
Ensuite, même s’il me semble ne pas le cacher, que je ne suis pas toujours paisible et détendu, toujours zen. J’ai l’impression que je décris surtout, dans mes livres et mon blog, mes efforts et idéaux pour l’être davantage. Mais peut-être n’est-ce pas si clair ?
Enfin, il me semble que raconter des anecdotes sombres ou pessimistes, montrant à quel point le genre humain est indécrottable ou irrécupérable, est trop facile, que d’autres le font mieux que moi, avec plus de férocité et d’humour. Et surtout que c’est anti-thérapeutique, et je suis thérapeute ; que c’est anti-changer-le-monde, et j’ai envie que le monde change.
Voilà. Désolé pour celles et ceux que le côté boy-scout, que j’assume totalement, lasse parfois. Il n’y a aucun souci avec ça : il existe suffisamment d’endroits sur le Net où le pessimisme, la bile et le ressentiment envers le genre humain se déversent à jet continu.
Il suffit d’un petit clic !

Illustration : Jean-Baptiste Greuze, Jeune fille pleurant son oiseau mort.

vendredi 23 octobre 2009

Bonnes vacances


PsychoActif va s’interrompre pendant 15 jours pour cause de vacances (scolaires, et un peu de rabiot) : l’occasion de faire un petit point...
Merci de votre fidélité : nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir et discuter autour de ces moments que nous offre la vie quotidienne de nous interroger et de progresser. Chaque jour, avec intérêt et curiosité, je lis vos interventions.
La plupart sont approbatrices, cela me fait plaisir. Certaines sont parfois critiques, et cela aussi m’est utile. Presque toutes sont contributrices : elles nourrissent et élargissent la discussion, nous apprennent de nouvelles choses, nous entraînent vers de nouveaux thèmes.
Je n’interviens presque plus dans les débats, non parce que cela ne me concerne pas, vous l’avez compris, mais parce qu’il me semble qu’il s’agit d’une discussion entre mes invités, qui sera plus féconde si je ne m’y implique pas. Moi, j’ai déjà parlé et donné mon avis. Je préfère ensuite suivre la conversation depuis la cuisine à côté, tout en préparant le plat suivant…
Encore une fois, merci beaucoup d’enrichir ainsi cet espace de discussion sur les petits riens de notre quotidien.
Bonnes vacances à celles et ceux qui en prennent, bon courage pour les autres, et on se retrouve le lundi 9 novembre.

Illustration : un beau départ en vacances ; carte postale trouvée à Dresde, dans un vieux stock datant du temps de l'Allemagne de l'Est.

jeudi 22 octobre 2009

Avant d’ouvrir ton smoothie, fais-lui danser la Tecktonik !


Un jour, je prends dans le frigo un smoothie, vous savez ces jus de fruit épais, avec la pulpe, à la mode. Au moment d’y planter ma paille, je regarde la boîte, rigolote, pleine de couleurs et de petits textes en lettres colorées.
On m’y explique gentiment qu’il faut secouer l’emballage de mon jus de fruit avant de le boire : « Avant d’ouvrir ton smoothie, fais-lui danser la Tecktonik ! » Ah, d’accord, je secoue, je secoue. Bon, c’est plus sympa que le classique « agiter avant ouverture ». Et au moment de planter ma paille, je vois écrit à l’emplacement du trou : « Fait noir là-dedans ! » Pfff. Du coup, j’arrête de lire tous ces trucs, ça me rappelle trop les gamins pendant leur petit-déjeuner, encore mal réveillés, en train de lire les textes pas très futés écrits sur leurs paquets de corn-flakes.
Puis, je ne sais pas pourquoi, ça me donne un petit coup de vieux. Enfin si, je sais pourquoi : je me sens un peu loin de ce vocabulaire. Mais ça me fait sourire en même temps : c’est bien comme ça, que je ressente de temps en temps des petits coups de vieux. S’il n’y avait pas régulièrement toutes ces micro-occasions, tous ces petits rappels de notre âge réel, nous serions scandalisés de vieillir puis de mourir. Ne pas vouloir faire danser la Teccktonik à son jus de fruit malgré les injonctions, l’air de rien, ça nous prépare à accepter, à renoncer, à assumer notre âge. Où est le problème ?
Sinon, vieillir, c’est continuer de se sentir jeune dedans et constater tout à coup avec perplexité, parfois avec effroi, qu’on fait vieux au-dehors…

mercredi 21 octobre 2009

Tristesse

"
La tristesse descend et se pose comme la nuit, comme le brouillard, comme la neige, sur toute chose sans discrimination."

Éric Chevillard, dans son blog L'Autofictif, le 14 octobre 2009.

mardi 20 octobre 2009

Sourire dans le métro


L’autre jour, j’étais dans le métro. Je regardais les autres voyageurs, j’aime bien ça : les observer (aussi discrètement que possible), me demander qui ils sont, quel genre de vie ils mènent, qu’est-ce qu’ils font dans la vie, où ils vont, à quoi ils sont en train de penser ou de rêver ?
Comme j’étais de bonne humeur, j’étais aussi sensible au fait que peu d’entre eux souriaient ou avaient l’air de bonne humeur. Juste un ou deux visages légèrement souriants dans le wagon. Mais ça faisait du bien de les regarder. Alors je me suis joint à ce petit concert discret : j’ai tiré doucement sur mes zygomatiques et je me suis mis un tout petit sourire sur le visage. Pas trop gros pour ne pas incommoder ou déranger. Juste le petit sourire tranquille, les yeux dans le vague, de la personne qui pense à ses vacances ou aux gens qu’elle aime ou à quelque chose d’agréable qu’elle a vécu ou qu’elle va vivre. Juste comme ça, pour participer à l’amélioration de l’ambiance dans le wagon de métro. Pour tenter de faire doucement sourire, à mon tour, celles et ceux que ça intéressait de regarder les têtes des autres…