vendredi 9 octobre 2009

Nos têtes de 20 ans



L'autre jour, j'étais invité à Tarbes à un congrès médical, de gynécologie plus exactement (pour y parler de l'estime de soi et de l'image du corps). Cela m'a permis d'y retrouver vieux copains et copines du temps de mes études de médecine à Toulouse : trois amies gynécologues, un ami chirurgien.
J'étais un peu ému de ces retrouvailles, tant d'années après (presque 20 ans que j'ai quitté Toulouse). Et rassuré, bizarrement, de les reconnaître si facilement : il me semblait qu'ils n'avaient pas changé, même sourires, mêmes regards, mêmes expressions du visage, même façon de parler. Malgré les rides au coin des yeux, l'impression que le temps n'a pas été si cruel avec nous. Est-ce du déni, de l'autosuggestion ? Ou est-ce que nous ne sommes pas encore devenus vieux, vraiment vieux ?
Dans l'avion du soir qui me ramenait à Paris, en regardant par le hublot, je repensais à ces visages des vieux amis. Tout songeur. Vagues successives d'états d'âme. Douce joie de les avoir revus, d'avoir reparlé du bon vieux temps. Puis douce tristesse de la conscience de ce temps qui a, malgré tout, passé. Je repense (encore ! voir le billet d'hier...) à la chanson de Léo Ferré : "Avec le temps, va, tout s'en va..."
Mais non, Léo, tout ne s'en va pas. Pas complètement. Pas tout. Il nous reste plein de souvenirs heureux. Et de souvenirs futurs. Je sais que dans quelques années, je repenserai avec bonheur à ces retrouvailles, à la douceur de l'automne pyrénéen qui les baignait. Content malgré tout qu'on se soit revus. Peut-être pour la dernière fois ? Peut-être, mais heureux quand même, vraiment, tout au fond de moi.

Illustration : ma tête à 20 ans, dessiné par un ami de l'époque, Patrick, qui étudiait alors aux Beaux-Arts et qui est depuis devenu... psychiatre !

jeudi 8 octobre 2009

Les mots des pauvres gens


J'ai toujours été touché par ce passage de la chanson de Léo Ferré, Avec le temps, ce passage où il parle des "mots des pauvres gens" :

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid...


Ces mots simples, pour exprimer le souci de l'autre, qu'on aime, auquel on est attaché, et à qui on exprime son attachement et son amour juste en lui disant des choses plates, évidentes, matérielles. Pauvres, finalement. Mais parce qu'on n'a jamais appris à parler riche, à parler poésie, émotions, sentiments. Parce que la vie n'a jamais permis qu'on l'apprenne. Parce qu'il y avait d'autres urgences, d'autres nécessités, d'autres priorités.

Illustration : Vincent Van Gogh, Les mangeurs de pommes de terre.

mercredi 7 octobre 2009

Une patiente

Une patiente qui a du mal dans la vie, plein de problèmes psychiatriques. Du mal, beaucoup beaucoup de mal, à se faire des amis. Et à les garder. Heureusement, elle a une soeur qui l'aime et s'en occupe de son mieux. Elle l'invite souvent et lui présente ses connaissances à elle. Alors la patiente me résume ça d'une formule lumineuse : "Ma soeur est très sympa avec moi, elle me prête ses amis..."

mardi 6 octobre 2009

Tiens-toi droit(e) !


Notre état mental s’exprime largement au travers de notre corps. Par exemple, lorsqu’on est triste, on a tendance à baisser les yeux, à parler plus lentement, d’une voix plus grave.
Et ce que de nombreuses études scientifiques montrent aussi, c’est que la manière dont nous nous tenons (que notre posture soit droite ou voûtée, etc.) influence en retour notre mental. Si l’on fait par exemple remplir des questionnaires de satisfaction existentielle à des volontaires, on obtient des résultats différents selon qu’on leur ait fait passer ces questionnaires sur une petite table basse, qui les force à se voûter et à se rabougrir, ou sur un pupitre assez haut, leur permettant de tenir tête et corps bien droits. Remplir le questionnaire dans une posture repliée modifie la satisfaction à la baisse, et à l’inverse, le remplir dans une posture droite pousse à la hausse.
Quand vos parents vous disaient : « tiens-toi droit(e) ! », vous ricaniez ? Vous aviez l’impression que cela ne servait à rien ? Eh bien, vous aviez tort.
Au fait, j’espère que vous n’êtes pas en train de lire ces lignes tout(e) avachi(e) ?!

lundi 5 octobre 2009

Entraînement de l’esprit


Pourquoi la méditation est-elle ainsi devenue, depuis quelques temps, en plus d’un outil de psychothérapie à part entière, un quasi-phénomène de mode ?
C’est très logique. Nous éprouvons le besoin de faire du sport au fur et à mesure que nous sommes sédentarisés et suralimentés. Et nous éprouvons le besoin d’exercices d’intériorisation – comme ceux que propose la méditation - au fur et à mesure que nous sommes sursollicités, soumis à un tapage constant (musique permanente, publicités omniprésentes), submergés sous les interruptions et les vols d’attention (coups de téléphone, SMS, mails, Twitter). Si nous n’y prenons pas garde, nous allons devenir des handicapés de l’intériorité, incapables de penser ou de contempler de manière continue plus de trois minutes, comme d’autres sont incapables, à cause du manque d’entraînement, de courir plus d’un quart d’heure.
Voilà pourquoi cultiver notre intériorité n’est pas seulement un luxe, mais une nécessité.

Illustration : derviche tourneur découpé dans une revue (Télérama ?)

vendredi 2 octobre 2009

Psychologie positive


L’autre jour, j’animais un atelier pour thérapeutes sur le thème de la Psychologie Positive. Nous étions en train de réfléchir à des exemples de ces moments de vie où nous nageons dans le stress, mais qui, avec quelques jours ou mois de recul, s’avèrent ne pas avoir été si graves. C’est très utile de réfléchir régulièrement à de tels instants, où nous déclenchons de grands branle-bas de combat émotionnel - rages, afflictions, énervements - pour des événements finalement de peu de portée sur le cours de notre vie. Comme le disait Cioran, « nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes ».
Bref, chacun – c’était l’exercice - réfléchissait à des exemples concrets. Un de mes collègues lève alors la main pour raconter son histoire. La voici, telle que je l’ai mémorisée, j’espère que je ne le trahis pas trop…
« J’étais en vacances dans un bel endroit du Sud de la France, sur une route complètement déserte, et ma voiture tombe en panne. À l’époque, pas de portable, aucun moyen d’appeler au secours assurances, dépanneuses ou garagistes. Il me fallait donc faire 7 ou 8 km à pied jusqu’au village voisin. Je les ai faits en pestant. Mais ce qui est bizarre, c’est qu’aujourd’hui, quand je repense à ce moment, ce n’est pas le souvenir du stress qui me revient, mais celui de la beauté du paysage dans lequel j’ai marché pendant une heure…. »
J’ai adoré ce petit récit : lorsque le stress nous submerge, il occulte et recouvre tout ce qu’il y a de bon ou de beau dans la situation. Et ce n’est que lorsqu’il reflue, par exemple avec le temps, que le beau et le bon peuvent réapparaître. C’est bien de s’en rendre compte et de savourer, au moins après coup. Mais évidemment, pouvoir faire le boulot à chaud, arriver à se dire « OK vieux, c’est hyper-énervant, voilà, c’est bon. Maintenant, tu fais quoi, tu fulmines pendant une heure ou tu marches en admirant ? », c’est exactement ce que l’on cherche en psychologie positive. Pas seulement limiter le stress (c’est le travail, nécessaire, que l’on fait en psychothérapie) mais aussi cultiver régulièrement nos capacités à admirer, nous réjouir, extraire le positif du négatif ; c’est l’ambition de la psychologie positive : donner encore plus de place aux émotions positives, pour qu’elles gênent la croissance des négatives.
Comment ? Une question dans le fond de la salle ? Pour moi ? Si je me serais énervé moi aussi dans cette situation ? Hélas, je dois avouer que oui, probablement... Pourquoi croyez-vous que je me passionne pour la psychologie positive ?!!

Illustration : les gorges de la Dordogne, par l'excellent Frédéric Richet.

jeudi 1 octobre 2009

Fin de thérapie ?


On nous pose souvent la question de savoir quand arrêter une thérapie.
On le voit à peu près (et encore, pas toujours…) dans les thérapies comportementales, ciblées sur la diminution ou la disparition d’un problème, l’atteinte d’un objectif défini au départ. Mais pour les autres, les thérapies de soutien, les thérapies humanistes, etc., comment savoir ?
J’ai l’habitude de répondre que la fin d’une thérapie, c’est quand le patient commence à s’ennuyer, à avoir le sentiment de tourner en rond, le sentiment qu’on se répète ou qu’on ronronne. C’est parfois confortable, la question n’est pas là. Mais ce n’est plus vraiment de la thérapie.
Il me semble qu’alors, il vaut mieux espacer, puis interrompre. Quitte à reprendre autre chose, ailleurs, si besoin. Ou à revenir plus tard. Ou tout simplement à arrêter toute forme de thérapie, et à continuer de progresser sur d’autres chemins.
Enfin, tout ça, ce n’est que mon avis…

mercredi 30 septembre 2009

Dans le vent

"Être dans le vent ? Cela expose à un destin de feuille morte."
Jacques Prévert

mardi 29 septembre 2009

Mamma ! Perché mi hai fatto cosi bello ?


Quand j’étais étudiant, nous partions souvent en vacances en bande de copains, parmi lesquels mon pote italien Massimo. Massimo était (et est resté) un personnage jovial, toujours prêt à rire de lui comme des autres, et féru de psychologie. Un matin, alors que nous étions plusieurs dans les toilettes d’un camping, en train de nous raser face aux lavabos, il arrive après tout le monde, comme à son habitude, s’installe en chantant, se douche, se rase. Puis, il contemple un instant le résultat de tous ces soins dans le miroir, se caresse les joues, tourne la tête à droite, à gauche, avance, recule, avec l’air ravi de celui qui découvre ou redécouvre un merveilleux spectacle. Et finit par s’écrier : « Mamma ! Perché mi hai fatto cosi bello ? » (Maman ! Pourquoi m’as-tu fait aussi beau ?) Éclat de rire général dans le groupe, grosses blagues pour le remettre à sa place. Mais Massimo s’en fiche, il rit encore plus, et repart en sifflotant se choisir une belle chemise pour la journée. Quelques secondes de silence suivent son départ. Il me semble entendre chauffer les neurones : combien d’entre nous, dans le groupe, sont en train de se demander si eux aussi se trouvent beaux, se plaisent ainsi à eux-mêmes ? Et combien d’entre nous sont capables d’avoir de telles pensées spontanément et joyeusement positives en se regardant dans le miroir, chaque matin ? Massimo est content de lui, mais jamais frimeur ni prétentieux. Il s’aime bien c’est tout.

Illustration : Le Roi, de Grégoire Solotareff

lundi 28 septembre 2009

La paix du Christ


J’aime bien ce moment de la messe où les paroissiens se tournent les uns vers les autres pour se souhaiter « la Paix du Christ ». Proches, voisins, ou inconnus, on tente alors, au travers d’un regard et d’un sourire, d’une poignée de main ou d’une accolade, de faire passer un peu d’amour inconditionnel à son prochain.
J’aime ce geste qui renforce et incarne le discours, qui concrétise l’intention.
Je suis un indécrottable comportementaliste…

Illustration : merci à Philippe pour la carte postale