mardi 30 juin 2009

Au revoir et merci


En commençant ce blog, au mois de mars, je m’étais promis de tenir bon et d’y écrire tous les jours sauf le week-end.
Le plus souvent, ce fut un plaisir. Parfois, ce fut plus difficile : non parce que je n’avais pas envie ou pas d’idées (la vie est trop intéressante pour nous laisser ainsi à court), mais parce que j’étais de temps en temps un peu débordé par les "choses à faire" et les "choses à vivre".
Je m’étais fait aussi une autre promesse : d’arrêter pour les grandes vacances. Pour me reposer, pour vous reposer, et parce qu’en été, moins on passe de temps devant son écran et mieux c’est. Et pour rendre hommage aux étés de nos enfances, longs, lents, si différents des mois de l'année scolaire.
Alors, au moment de nous quitter temporairement, je souhaite vous remercier, très intensément et très sincèrement, pour votre présence à mes côtés durant ces derniers mois. Je suis aussi heureux et honoré de votre intérêt après ces quatre mois ensemble qu’aux premiers moment de ce blog. J’ai lu tous vos commentaires chaque jour, avec curiosité ; j’ai appris, j’ai souri : ça m’a plu !
Nous nous retrouverons (pour ma part, en tout cas) en septembre. En attendant, je laisse la porte ouverte : l’espace de commentaires qui suit peut accueillir vos pensées et états d'âme de l’été, comme autant de cartes postales destinées aux visiteuses et visiteurs de passage et aux habitué(e)s.
Bonnes vacances et bel été !

Illustration : photo de Florian Kleinefenn

lundi 29 juin 2009

Adieu Monsieur le Professeur


Ça sent les vacances. En tout cas pour les écoliers et autres collégiens.
J'étais samedi dernier à la fête de l'école de ma plus jeune fille, qui rentre en sixième l'an prochain. Donc c'était, à moi aussi, "ma" dernière fête d'école primaire en tant que papa. Et du coup, j'ai eu des bouffées de souvenirs d’enfance autour de cette période. Je me souviens parfaitement de mes fins d’années scolaires. Ce sont des moments à haute densité sensorielle (la chaleur, la lumière, les bagarres d’eau, les odeurs de vacances, le sentiment d'avoir une éternité de vie devant soi) et émotionnelle (les longues récréations propices aux premières amours de cour de récréation, les séparations d’avec les copains et copines, et d’avec nos enseignants).
Et c’est drôle comme je me souviens aussi de toutes mes «maîtresses» et de la plupart de mes professeurs. Aujourd’hui encore j’ai des sentiments très forts de reconnaissance pour tout ce qu’ils m’ont apporté, l’amour du travail, de la lecture, de la science. Le souci de ne pas les décevoir a été un des moteurs de mes bons résultats scolaires (même si j’étais aussi un bon élève parce je trouvais tout intéressant, c’est si bon d’apprendre !).
Bref, grand amour pour l'école et les profs, et du coup, grande tendresse pour cette vieille chanson un peu sentimentale de Hugues Auffray : Adieu Monsieur le Professeur. Qui me semble concentrer en quelques phrases simples toute la beauté (et un peu de la tristesse aussi) de ce métier d’enseignant : donner, aimer et laisser s’éloigner. Ce qui s'applique aussi à beaucoup des rencontres et des séparations de notre vie.

vendredi 26 juin 2009

Temps qui passe


Lors de mes ballades dans le bois, je croisais souvent il y a plusieurs années, un grand-père assis sur un banc, lisant à côté d’un landau où un bébé dormait. Un jour, le landau a disparu : je les croisais désormais tous les deux debout, le grand-père donnant la main à une petite créature maladroite et souriante, qui perfectionnait sa marche. Puis un jour, plus personne. Le petit-fils n’avait plus besoin de son grand-père pour aller au bois. Ou le grand-père ne pouvait plus l’accompagner. Mélancolie douce.

jeudi 25 juin 2009

Ben alors, il est où mon caddy ?!


Un jour, lors de vacances au ski, je faisais les courses dans le petit supermarché du coin. C’était mon tour de trouver de quoi nourrir 20 personnes. Je commence à remplir mon caddy, puis après deux ou trois achats, je le laisse un moment tout seul, pour me faufiler dans un petit recoin de rayon. Et alors que je reviens, avec du lait ou de l’huile dans les bras, il n’est plus là. Je cherche un peu dans l’allée voisine : disparu !
Mince alors. Quel intérêt à voler un caddy ? Je me dis que j’ai dû le mettre ailleurs ; je recommence à chercher. Et là, je vois mes premiers achats balancés sur des carottes : quelqu’un avait vidé puis embarqué mon caddy. Eh bien ça m’a fait passer un sale quart d’heure. Un peu agacé bien sûr (je m’étais fait piquer une pièce de 1 euro, et je devais retourner sur le parking chercher un autre chariot). Mais surtout attristé : le monde avait changé.
Autour de moi, il y avait désormais, au lieu de braves vacanciers et de paisibles habitants du coin, des coupables potentiels : des malpolis, des malhonnêtes, des sagouins paresseux et inciviques. Enfin, il y en avait au moins un, mais tout était contaminé, bien sûr. J’étais tout troublé par ce micro-délit : des gens qui vont ensuite remplir leur caddy de 100 ou 200 euros de nourriture, mais qui piquent calmement, vite fait bien fait, le chariot de quelqu’un d’autre.
Je n’aime pas être confronté à ça : ça me rend triste, et ça me fait dépenser de l’énergie psychique pour me calmer, relativiser et me dire que ce n’est pas méchant, qu’il y a des choses immensément plus graves, que ça a toujours existé, ces petites incartades, et que les gens qui ont fait ça ont peut-être aussi des gens qui t’aideraient si tu en avais besoin. Bref, tout un boulot pour se pacifier la tête. Pour remonter de l'émotion secondaire (la colère) à l'émotion primaire (la tristesse), puis pacifier celle-ci pour qu'elle devienne psychologiquement digeste et utilisable.
N’empêche, mon chariot, je l’ai eu à l’œil ensuite. Et j’avais le regard d’un policier à chaque fois que je croisais un « suspect » : un sourire un peu large, un regard fuyant ? Est-ce que ça ne serait pas lui qui..?
Moralité de l’histoire (je ne vais pas non plus vous en faire des tonnes sur un caddy) : j’ai eu de la chance, comme souvent. J’ai eu droit à un petit rappel sans gravité de ces deux réalités : 1) les vacheries font partie de la vie ; 2) je suis comme tout le monde, une bêtise peut m’embarquer dans des états d'âme disproportionnés, tout psychiatre que je suis. Allez, au boulot mon vieux, travaille ton recul…

mercredi 24 juin 2009

Mauvaise odeur

Ma fille Céleste, toute petite, à propos d’une mauvaise odeur : «Pouah ! Ça m’dégoûte le nez !»

mardi 23 juin 2009

Moment de grâce


Un jour de printemps ou d’été, un après-midi tout calme, sûrement des vacances ou un dimanche, je ne me souviens plus. La maison est vide. J’entends dans le jardin des petits bruits, des bribes de chanson d’enfant. Je me penche par la fenêtre : une de mes filles, 5 ou 6 ans à l’époque, joue tranquillement, sans avoir besoin de personne. Elle tourne sur elle-même en chantonnant doucement, plongée dans son monde. Ou simplement intensément présente à celui-ci.
Une petite fille qui danse toute seule.
Pleine de grâce.
Une petite fille qui danse, toute seule, en chantant doucement sa chanson.
Merci la vie, merci beaucoup.

Illustration : Félix Vallotton, Le ballon, Musée d'Orsay.

lundi 22 juin 2009

Solstice d'été


À partir d'aujourd'hui les jours se mettent à raccourcir tout doucement. Même s'il va faire de plus en plus beau, même s'il va faire de plus en plus chaud, les jours vont devenir de plus en plus courts. Lorsque je pense à ça, je me sens un peu triste, mais pas seulement. Il me semble que cela m'ouvre les yeux sur des choses essentielles.
J'aime bien ces mouvements enchevêtrés et complexes - d'un côté on gagne, de l'autre on perd - qui nous forcent à réfléchir.
Imaginez que tout ait lieu d'un seul coup : les jours courts, le froid, la pluie, la nuit... Alors que là, c'est plus subtil, nous continuons de progresser d'un côté, mais en réalité nous déclinons de l'autre. Dès que l'été commence, il est sur le déclin. Comme nous : dès la première seconde de notre vie, nous commençons à vieillir. S'en souvenir de temps en temps et vivre. Vraiment.

Illustration : merci Fred.

vendredi 19 juin 2009

Attendre le train


L’autre jour, lors d’une de mes pérégrinations vers un congrès ou une librairie, j’attendais le train sur un quai de gare. Je l’attendais vraiment : regardant l’heure régulièrement, observant l’horizon et me demandant s’il allait arriver par la droite ou la gauche. Tout en sachant que l’heure prévue du départ n’était que dans 10 minutes. Mais je me demandais si c’était un train qui venait d’ailleurs (dans ce cas, il arriverait seulement à l’heure prévue) ou s’il partait d’ici (dans ce cas, il serait à quai plus longtemps avant, et je pourrai y monter).
Bref, l’esprit complètement encombré de trucs inintéressants. Heureusement, je m’en suis rendu compte (ce n’est pas toujours le cas…). Je me suis vu tout à coup en train d’attendre mon train comme un chien attend sa pâtée. Waf ! Rien contre les chiens, ils sont sympas, mais bon, chacun sa vie…
Je me suis dit que non, c’était vraiment « trop pas intéressant » comme disent mes filles. Alors j’ai switché vers un exercice de pleine conscience : au lieu de « faire » quelque chose (attendre) je suis passé sur le registre « être juste là » et savourer l’instant présent. J’ai laissé tomber la montre et l’horizon du bout des rails. Et j’ai tourné mon attention vers ma respiration, la façon dont je me tenais, je me suis doucement redressé, j’ai ouverts mes épaules ; puis j’ai aussi ouvert mes oreilles, j’ai écouté les sons de la gare, les rumeurs, les bruits de rails, les cris d’oiseaux ; j’ai observé la lumière de ce matin de printemps (j’avais donné une conférence la veille au soir), les mouvements lents d’un train de marchandise tout au bout des quais, les nuages, toutes les installations, les panneaux, les bâtiments au loin. Fantastique tout ce qu’il y avait à voir et à ressentir.
Fantastique comme c’était intéressant et apaisant d’être intensément là, présent à ma vie de l’instant. Lorsque je suis monté dans le train, j’étais serein comme jamais. Je ne l’avais pas attendu une seconde. J’avais juste vécu ma vie. Trop pur !

jeudi 18 juin 2009

Leçon de psychothérapie


J’aime bien recevoir des leçons, plus encore qu’en donner. L’autre jour, j’ai reçu une leçon de psychothérapie de la part d’un musicien.
Juste avant une conférence à Reims, où j’avais parlé des états d'âme, un petit concert avait eu lieu, de la part d’un duo talentueux : Naturalibus.
Après la soirée, il y avait un petit cocktail avec les organisateurs et quelques uns de leurs amis et invités. Je bavardais avec le guitariste et compositeur du groupe, lorsqu’une dame s’approche, et commence à nous raconter ses problèmes avec un de ses enfants. Je vous passe les détails pour ne pas trahir de secret, même si ce n’était pas une consultation. Mais en gros, ça se passait très mal, et elle en souffrait beaucoup.
Le souci, c’est qu’il était déjà 23 heures, que j’étais fatigué par ma semaine, le voyage, la conférence : je n’avais plus de jus (comme on dit lors d’un match de rugby). Je voyais bien que ce n’était pas simple, qu’il aurait fallu, avant de la conseiller, comprendre l’histoire de leur relation, tout ce qu’elle n’avait pas fait, ce qu’elle avait mal fait, ce qu’elle aurait pu faire, ce que son enfant lui permettrait ou non de faire… Trop long, trop compliqué… Pas envie, pas ici, pas maintenant… Je me triturais ainsi l’esprit, en me disant « tu ne peux pas non plus laisser cette pauvre dame sans réponse et sans soutien » lorsque le jeune guitariste intervint, avec un bon sourire : « C’est vrai, il vous fait du mal, mais vous savez, on ne s’en prend jamais qu’à nos proches : plus on aime, plus on fait souffrir. »
Le visage de la dame s’éclaira un peu. Rien n’était changé, mais cette simple phrase avait porté. Intelligente : elle ne niait pas la réalité des souffrances, mais elle les replaçait dans un contexte moins absurde et moins douloureux. Une belle intervention psychothérapique.
J’étais ravi, et soulagé. Pas du tout vexé que ça ne soit pas venu de moi. Et j'ai pleinement savouré cette leçon de simplicité et de naturel.

Illustration : la célèbre Berggasse, à Vienne, où vécut et exerça Sigmund Freud ; sa maison, devenue musée, est indiquée par un grand panneau rouge... Vous pouvez cliquer pour agrandir l'image.

mercredi 17 juin 2009

J’ai un problème

Tous les problèmes n’ont pas à être résolus : pour certains, il suffit d’attendre.
Et de continuer de vivre. Sans en rajouter dans la souffrance et l’inquiétude.