vendredi 12 juin 2009

Gratitude encore


Nous avons récemment travaillé sur la gratitude avec un de nos groupes de patients, à Sainte-Anne. Nous avons réfléchi sur les différents niveaux possibles dans la pratique de la gratitude :
- en ressentir pour quelqu’un qui nous a fait du bien intentionnellement (de l’aide, un cadeau) ;
- pour quelqu’un nous qui nous a fait du bien sans penser à nous personnellement (gratitude pour le boulanger et son bon pain ; même si nous lui avons acheté : où est le problème ?) ;
- pour d’autres humains que nous ne rencontrerons jamais (gratitude pour Mozart, Bach, tous les humains qui nous ont précédé et qui nous ont légué tout ce que ce monde a de beau).
En discutant tous ensemble, nous avons même abordé des moments tels que la contemplation d’un coucher de soleil, d’une belle campagne, d’un beau ciel, etc. Puisque c’est la nature à qui nous le devons, et pas des humains, pas de gratitude ? Si, aussi ! Gratitude pour nos parents et ancêtres qui nous ont permis d’être là pour voir ça. Pour les humains du passé et du présent qui nous ont permis et nous permettent de vivre dans un pays en paix.
Toute cette réflexion sur la gratitude nous ouvre les yeux sur cette évidence : nous devons presque tout à d’autres humains. Et nous pouvons nous en réjouir, et exprimer, chaque fois que possible, notre reconnaissance.

Illustration : merci Clémence !

jeudi 11 juin 2009

Gratitude


Récemment, mon beau-père est venu passer quelques jours à Paris. Au moment où il repartait prendre son TGV, je lui donnais un petit conseil sur les horaires, qui lui permit de partir une heure plus tôt, dans un train direct sans correspondance, contrairement à ce qui était prévu.
Rien de majeur, donc. Mais le lendemain, il prenait la peine de me rappeler pour me remercier : « Christophe, grâce à votre conseil, j’ai fait un voyage très agréable, je vous en ai été reconnaissant pendant tout le trajet. »
Mon premier mouvement intérieur fut de trouver que c’était trop de gratitude pour un si petit conseil. Puis, je me suis dit qu’il avait totalement raison (comme d’habitude en matière de psychologie du bonheur : c’est un surdoué). Après tout, le fait qu’il éprouve de la gratitude avait embelli son voyage, et sa vision du monde ; et le fait qu’il me l’exprime m’avait fait plaisir.
Le tout ne nous avait « coûté », à lui comme à moi, que quelques phrases. Quelques petits mots pour beaucoup de plaisir partagé, à se sentir solidaires et amicalement liés.
La gratitude est définitivement une bonne chose : bonne pour les personnes (elle contribue à notre bonheur et notre santé), et bonne pour les groupes humains (elle rend la vie plus douce).
Pourquoi s’en passer ?

mercredi 10 juin 2009

Tristesse

Quand on est malheureux, notre tête s'incline vers le bas, nous respirons mal.
Alors qu'il faudrait sourire, regarder en l'air, vers le ciel, respirer bien fort. Sans attendre que cela nous rende heureux ; juste pour arrêter de s'enfoncer.
Courage, courage...

mardi 9 juin 2009

Entendre crier « papa » dans la rue


Ça fait toujours drôle de s’entendre appeler dans la rue.
Je vous en parle de parce que ça m’est arrivé l’autre jour : alors que j’étais loin de la maison (à Nancy, une très belle ville) j’entends tout à coup la voix d’une de mes filles qui m’appelle. Enfin, je le croyais : c’était bien une fille qui appelait son père, mais ce n’était pas moi.
Lorsque j’entends crier « Papa ! », je me retourne toujours. Presque toujours, ce n’est pas papa Christophe qu’on appelle, mais un autre papa. Pas grave, je me sens proche alors et du père et de l’enfant.
J’aime ça, ces petites surprises qui débouchent sur de grandes prises de conscience : ça m’ouvre les yeux de l’esprit sur l’universel de la condition humaine.

PS : un lien vers une belle chanson de Francis Cabrel sur ce thème (merci à Catherine qui me l’a signalé).

Illustration : gallerie Sollertis, Toulouse.

lundi 8 juin 2009

Président


Dans mon quartier réside un clochard (je dis clochard et non SDF, car il est plutôt bien intégré, il me semble ; en tout cas, autant qu'on peut l'être lorsqu'on vit dans la rue).
Il bavarde souvent à la sortie des cafés et des commerces avec des passants qu’il connaît et croise chaque jour, comme les employés de la voirie (je n’ose plus dire « balayeurs », on a l’impression de les insulter en les appelant comme ça ; et puis, ils sont maintenant souvent équipés, certains jours, de petits camions à arroser, alors il faudrait dire « balayeurs-arroseurs »…).
L’autre jour, en passant, j’entends leurs saluts, plutôt joyeux : « Salut Monsieur le Président ! » lançait le balayeur (oups…). « Salut patron » répondait le clochard.
Ce détournement de titres et de fonctions m’a ravi. Je n’y ai vu aucune ironie ni aucune amertume : juste une manière, dans un même mouvement, de se marquer de la considération et de se moquer des puissants.

vendredi 5 juin 2009

Humour noir psychiatrique


C’est un beau métier d’être psychothérapeute. Mais pas toujours facile. Certains cas de patients nous déconcertent : nous avons alors besoin des conseils et de l’expérience de nos collègues.
Par exemple, voici le petit texte d’un confrère arrivé le 28 mai 2009 sur la mailing list de l’Association Américaine de Psychologie :

« Hi All !
I would appreciate recommendations regarding a 17 year old who has urges to drink his own blood and recently cut in order to satisfy the urge. He reported that he very much enjoyed the experience and that the blood tasted "coppery at first and then very, very sweet." He reports that the urges come when he is lying in bed at night and feel overwhelming. He disclosed his urge and the behavior at the end of the last session so I was unable to complete a functional analysis. He did state that the urge is not ego-syntonic, but the consuming of the blood is.
Some background: Morbid obesity. Moderate social anxiety. Mild to moderate OCD symptoms, primarily checking locks and symmetry in his room. Recently came out with his sexual orientation. Parents are both extremely phobic of any discomfort to their son.
I would appreciate hearing from others who have treated blood drinking urges. Any Transylvanian psychologists on the list?
Thanks. »

Pour celles et ceux qui ne comprennent pas l’anglais : il s’agit en gros d’un adolescent de 17 ans qui boit son propre sang, et se coupe volontairement pour le faire. Le collègue, un peu désemparé, demande si certains d’entre nous ont déjà eu à aider ce genre de patient. Et il conclut avec humour : "y a-t-il des psychologues de Transylvanie {patrie de Dracula} dans notre liste de diffusion ?"

Illustration : Nosferatu le vampire, film de Friedrich Murnau, 1922.

jeudi 4 juin 2009

Surnoms


J’aime bien donner des surnoms affectueux aux personnes qui me sont très proches. On faisait comme ça dans ma famille. Mais mon épouse, dont la famille ne le faisait pas, s’en agace parfois: "puisque nos enfants ont de beaux prénoms, que nous avons choisis, pourquoi ne t’en sers-tu pas ?" C’est vrai, ça, pourquoi ?
En y réfléchissant un peu, j’ai trouvé trois bonnes raisons.
La première évidemment, c’est qu’il me semble que je fais passer plus d’affection au travers d’un petit surnom affectueux.
La deuxième, c’est que c’est un signal de lien privilégié : je ne me sers jamais des surnoms en public ; mais il y a aussi des surnoms que je n’utilise qu’en tête-à-tête avec la personne, qui ne concernent qu’elle et moi.
La troisième, c’est qu’il y a sans doute là-dessous quelque chose de primitif : ne pas « user » le vrai prénom. Je sais que certaines tribus procèdent ainsi, avec un nom public, dont on se sert au quotidien, et un nom secret, à garder caché : ce dernier, possédant des vertus magiques, ne doit pas être divulgué, prononcé, etc.
Ah, un dernier point : mes surnoms sont évolutifs, c'est-à-dire que pour mes filles, par exemple, ce ne sont pas les mêmes selon qu'elles soient bébés, enfants, ou adolescentes. Le surnom, là encore, est plus flexible que le nom pour incarner la personne ou le lien qu'on établit avec elle.
Et vous, vous surnommez ?

Illustration : Coco et Kiki prennent le train, © SNCF

mercredi 3 juin 2009

Se soigner par les livres


Pierre-André Bonnet, esprit curieux et étudiant en médecine à Marseille, conduit actuellement sa thèse sur la bibliothérapie : c’est-à-dire sur la manière dont on peut aider, soulager, guider, soigner par les livres.
La bibliothérapie a été l’objet de nombreuses études montrant son intérêt et son efficacité dans différentes maladies et souffrances. Elle n’est pas une panacée, mais une aide notable, à ne pas négliger.
Alors, Pierre-André Bonnet, en plus des dimensions scientifiques de son travail, souhaite étudier et comprendre aussi les dimensions humaines, les mécanismes intimes de la bibliothérapie : comment les livres aident-ils les personnes qui les lisent ?
Si vous vouliez bien témoigner à ce propos, il serait très heureux de recevoir vos réponses sur le lien de sa thèse :
http://spreadsheets.google.com/viewform?hl=fr&formkey=cm5GamI5a1g4YVVvZ085OXJXQzExQ0E6MA
Votre anonymat sera bien entendu garanti.
Pour plus de questions : pa.bonnet@yahoo.fr
Merci d’avance !

PS : et merci de faire suivre ce message à toutes les personnes de votre entourage qui seraient intéressées.En cliquant ci-dessous sur la petit lettre avec une flèche, vous pouvez par exemple envoyer cette note en entier à un(e) ami(e).

Illustration : un cabinet de bibliothérapie.

mardi 2 juin 2009

Aurores et crépuscules


La semaine dernière, j’ai du me lever très tôt à deux reprises. Du coup, j’ai assisté au lever du soleil : bonheur intense et primitif.
J’ai alors pensé à l’écrivain américain Thoreau, une de mes idoles, qui écrivait dans son ouvrage La Vie sans principe : "Pouvoir regarder le soleil se lever ou se coucher chaque jour, afin de nous relier à un phénomène universel, préserverait notre santé pour toujours."
Se poser tous les matins et tous les soirs (en tout cas, soyons réalistes, aussi souvent que possible) face au soleil levant et couchant, respirer doucement et juste rester là, à tout savourer, tout entendre et tout ressentir, en pleine conscience…

Illustration : le beau regard mélancolique d'Henry Thoreau.

lundi 1 juin 2009

Pentecôte


Cinquante jours après la Résurrection, des langues de feu se posent sur les disciples de Jésus : l’Esprit Saint, le Paraclet, leur est envoyé, pour leur enseigner toutes choses et leur rappeler son souvenir. C’était hier.

Illustration : un cadeau de ma belle-soeur Judith.