vendredi 15 mai 2009

Forever young


L’autre nuit, j’ai rêvé de mon meilleur ami de jeunesse, mort il y a 20 ans sous mes yeux dans un accident, alors que nous faisions un grand voyage en moto.
Il était là, devant moi, absolument vivant. Et dans mon rêve, je me disais : mais non, tu rêves, il est mort. Alors je lui demandais: «Mais tu es mort, en vrai, n’est-ce pas ?» Et il me répondait oui. Mais on continuait à discuter tranquillement, comme si le fait qu’il soit mort ou non n’avait pas plus d’importance que l’endroit où il avait garé sa moto.
Et j’étais tout perturbé, avec des états d'âme dont je me souviens précisément : joie immense de le retrouver tel il était jadis, apaisement de me dire « bon, la mort n’arrête rien, finalement », et inquiétude sourde du moment où il allait à nouveau disparaître de mon rêve. Ce qu’il fit.
Trouble intense au réveil. Bonheur pourtant de l’avoir retrouvé sorti tout vivant d’un repli de mon cerveau. Ou d’ailleurs ?
Certains rêves sont plus bouleversants et plus nourrissants pour l’âme que bien des journées….

Illustration : Rémi, par Édouard Boubat.

jeudi 14 mai 2009

Chien et maître


L’autre jour, en bavardant avec un ami. Je lui raconte comment j’ai besoin d’aller marcher presque tous les jours, me balader une demi-heure, comme ça, pour bouger mon corps et nettoyer mon esprit. Il me dit qu’il fait pareil, mais obligé par son chien, qui a peut-être les mêmes besoins que moi (et quelques autres…). Et je songe alors que dans cette histoire, je suis à la fois mon chien et mon maître.
Waf !

mercredi 13 mai 2009

Souvenirs et passé

Quand j’étais petit, j’avais des souvenirs.
Maintenant que je suis grand, j’ai un passé.

mardi 12 mai 2009

Menu plaisir


L’autre jour à la gare de Bordeaux, en revenant d’une rencontre en librairie. Je m’achète un sandwich pour le voyage. C’est mon jour de chance, le serveur (Carlos, c’est écrit sur le ticket de caisse) m’annonce qu’il y a une promotion sur le couple sandwich et boisson : seulement 5,50 euros, et ça s’appelle « Le menu plaisir ».
D’abord ça m’amuse, ce petit jeu de mots. Puis ça me laisse perplexe (sans doute la fatigue de la journée) : ce n’ est pas que les aliments soient mauvais, mais de là à parler de plaisir, même «menu»…
Cette dévaluation de la portée des mots, liée à leur usage abusif, que nous ne relevons même plus, tant nous sommes habitués, est-ce que ce n’est pas un problème, tout de même ? Cette sale habitude de la pub et du marketing de promettre et compromettre à tout bout de champ les termes de plaisir, bonheur, sérénité…
Je me dis alors : « - Mais toi aussi, tu fais pareil dans tes livres, tu parles de ces sujets ! - Oui, mais, me réponds-je, moi je passe 400 ou 500 pages à expliquer le pourquoi du comment. Je fais appel à ces mots de manière réfléchie. - D’accord, mais quand même ! – Pfff, rien à voir… »
Trop fatigué pour continuer ce dialogue intérieur, j’avale le Menu plaisir, et je regarde le paysage qui commence à défiler par la fenêtre du TGV : le refuge de l’instant présent…

lundi 11 mai 2009

Étienne et les bonbons


Encore une histoire de mon ami Étienne, dont j’ai déjà parlé dans ce blog (jeudi 2 avril 2009). Il me raconte un jour une anecdote sur la confiance inébranlable que lui portait sa mère.
Alors qu’il était petit garçon, il l’accompagne dans un magasin où elle faisait ses courses. Passant devant une étagère de bonbons, il en chipe un qu’il garde serré dans sa main. Le commerçant l’a repéré et commence à rouspéter auprès de sa mère : «Votre fils vient de me voler des bonbons.» Scandalisée, la maman repousse l’accusation : «Mon fils, un voleur, impossible, je ne l’ai pas éduqué comme ça !» Le commerçant revient à la charge : «Faites-lui ouvrir la main, vous verrez bien.» Et elle de répondre : «Pas question, je sais qu’il ne peut pas avoir volé.»
L’altercation se poursuit quelques minutes, et la maman finit par quitter le magasin en tirant son fils par sa main libre. L’autre étant toujours occupée par l’objet du délit... Étienne raconte : «J’étais mort de peur qu’elle ne me fasse ouvrir la main comme le demandait le bonhomme. Mais elle ne me l’a pas demandé, ni devant lui, ni après. Elle me faisait totalement confiance. Ou faisait totalement semblant. En tout cas, l’histoire m’a vacciné : je n’ai jamais recommencé. Mais en y repensant, je me dis que cette confiance aveugle, absolue, qu’elle avait en moi, même au déni de la réalité, c’est un sacré cadeau qu’elle m’a fait.»

jeudi 7 mai 2009

Contemplation de la grâce



Ça ne nous arrive pas souvent de rencontrer la Beauté, l’Intelligence, la Bonté. En vrai, je veux dire : pas seulement réfléchir ou discuter du concept, mais croiser quelqu’un ou quelque chose qui tout à coup nous impose l’évidence de l’incarnation d’une vertu. Ça m’est arrivé il y a peu, lors de mes dernières vacances.
C’était au Musée des Augustins à Toulouse, dans la salle dédiée à la sculpture gothique, devant une statue qui vaut le voyage à elle toute seule : Nostre Dame de Grasse.
Elle fait partie de ces œuvres devant lesquelles on passe de longs moments, le souffle coupé, l’esprit bousculé, l’âme aspirée par le vertige de l’indicible.
Et puis, ce n’est pas seulement sa grâce surhumaine qui touche. Il y a aussi l’humain en l’oeuvre : cette jeune fille a existé, sa moue triste et grave montre que les temps qu’elle a connus étaient plus sombres et durs que les nôtres.
Je suis encore sur un petit nuage d'états d'âme de légèreté et d'harmonie et de confiance dans le genre humain lorsque je sors du musée. Dans la rue je passe près d'un kiosque où d'autres têtes s'affichent à la une des magazines. Tout à coup, un flash : je compare le visage que je viens de contempler longuement, qui m'a apaisé et éveillé à la fois, aux sinistres mimiques plaquées, souriantes ou maussades, de nos stars de papier glacé ou de la télé. La différence entre le sincère et le factice, entre la grâce et la crasse. Premier mouvement de comparaison négative, de jugement réprobateur. Puis je me ressaisis : non, allez, laisse tomber, pas de ça, pas de mesquinerie, de jugements, de comparaisons. Pas maintenant. Ne gâche pas ton plaisir, ne dévalorise pas les uns pour célébrer les autres. Elle n’a pas besoin de ça pour être adorée, Nostre Dame de Grasse…

mercredi 6 mai 2009

Petite souris


États d'âme d’ineffable culpabilité toutes les fois où j’oubliais de mettre un petit cadeau ou une piécette sous l’oreiller de mes filles, quand elles avaient perdu une dent.
Leur mine triste et déconfite le matin : « la petite souris m’a oubliée... »
Et l’impression de leur avoir fait un double mal : de déception et de désillusion.

mardi 5 mai 2009

Dominator


L’autre jour en revenant du marché avec mon chariot plein de légumes, je tombe devant une grosse moto fièrement appelée (c’est écrit dessus en lettres de feu) Dominator !
Waw ! Je m’arrête un peu pour admirer. Bel engin, en effet. Mais je ne serais pas détendu de devoir rouler en Honda Dominator : j’aurais l’impression que ça va me forcer à avoir l’air conquérant et supérieur, à parler fort, à démarrer à fond aux feux rouges, à ne jamais me laisser marcher sur les pieds. À mériter le nom de ma machine. Fatigant.
Je repars bien content avec mon chariot à légumes. Il a beau être rouge vif, et avoir belle allure, lui aussi, il me met tout de même moins la pression.

lundi 4 mai 2009

Pur génie





Tout le génie cocasse et pénétrant de l’écrivain Éric Chevillard dans ces trois petits billets de son blog L’Autofictif (billet du 1er mai), où il esquisse en quelques mots : la vie mentale des anxieux, celle des timides et phobiques sociaux, et celle des phobiques du noir. J’admire complètement ce type.

"Dans la nuit, la tête sur l’oreiller, au lieu de dormir je songe à tout ce qui m’attend le lendemain. J’accomplis en pensée tous les gestes et tous les actes qu’il me faudra exécuter, je prépare les phrases qu’il me faudra dire. Au matin, je me lève épuisé, et je passe ma journée à attendre en le savourant à l’avance le moment où je pourrai poser ma tête sur l’oreiller, remonter sur moi le drap et m’endormir.



"

"Autrui est un examinateur redoutable, soucieux avant tout, semble-t-il, de sonder nos lacunes ; ainsi, lorsque l’on me présente quelqu’un, je n’ai qu’une crainte – mais terrible –, c’est que tout à trac il me demande de lui parler des Celtes.



"

"Il n’y a pas de panthère noire dans ma chambre, je m'en doute bien, au huitième étage d'une tour sise en plein centre de cette capitale européenne, je m'en doute bien mais comme il fait nuit je ne peux le voir ; allez dormir dans ces conditions !"

PS : pour le soutenir, achetez le livre de ses chroniques ! Et aussi tous les autres (Mourir m'enrhume, Démolir Nisard, etc.).